SA­VOU­REUX BOU­QUET DE SOU­VE­NIRS

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES - MA­RIE-FRANCE BORNAIS

Même s’il avait an­non­cé qu’il al­lait prendre une an­née de congé, Mi­chel Trem­blay, ce conteur in­épui­sable, in­fa­ti­gable, n’a pas pu ré­sis­ter à l’ap­pel de la plume... Il offre cet au­tomne un bou­quet de sou­ve­nirs d’écrits à la troi­sième per­sonne, même s’ils sont tous vrais, dans un ro­man court et ab­so­lu­ment ir­ré­sis­tible, Vingt-trois se­crets bien gar­dés.

Le grand dra­ma­turge se ra­conte, sans filtre, dans 23 ré­cits qui lui sont ap­pa­rus comme on dé­roule le fil de ses sou­ve­nirs, sans ordre pré­cis. On y re­trouve des sou­ve­nirs de sa tendre en­fance, de son ado­les­cence, de sa vie de jeune écri­vain et de dra­ma­turge. Toutes sortes d’his­toires co­lo­rées, drôles ou tendres, cho­quantes même, nous le font connaître da­van­tage, sur le plan in­time.

Il ra­conte la fes­sée qu’il a re­çue de son pro­fes­seur d’an­glais – le ter­ri­fiant et in­juste mon­sieur Pou­let – à l’âge de 13 ans, sa ren­contre avec An­dré Bras­sard au parc La Fon­taine, son pre­mier voyage à Aca­pul­co, la fin de la guerre. Mais aus­si, sa peur d’en­trer au bar Le Tro­pi­cal et un in­ci­dent qui a failli le lais­ser nu-fesses dans les rues de New York.

Il parle aus­si de sou­ve­nirs de fa­mille, d’amour, de l’opé­ra­tion pour une tu­meur qui l’a lais­sé sourd d’une oreille, de son amour pour la mu­sique. C’est un dé­lice, page après page. AU FIL DE LA MÉ­MOIRE

En en­tre­vue, il ex­plique avoir choi­si d’écrire au fil de la mé­moire plu­tôt qu’en ordre chro­no­lo­gique. « Un sou­ve­nir en ame­nait un autre », dit-il. L’idée du livre est née quand, avec un groupe d’amis réunis au­tour de la table dans sa mai­son de Key West, ils ont tous ra­con­té leurs plus vieux sou­ve­nirs.

« J’ai été éton­né de voir à quel point il y a des gens qui ont gom­mé leur pe­tite en­fance, qui ne se rap­pellent rien avant 4-5 ans alors que moi, j’ai tou­jours eu le sou­ve­nir d’une chose qui s’est pas­sée quand j’étais en­core bé­bé. »

Il a écrit un pe­tit texte sur ce pre­mier sou­ve­nir, dont il n’avait ja­mais par­lé. « Ça m’a don­né en­vie de par­ler d’autres choses dont je n’avais ja­mais par­lé. Des choses un peu hon­teuses, des choses drôles, des choses amu­santes, des choses dra­ma­tiques. Et j’en ai trou­vé vingt-trois. » À LA TROI­SIÈME PER­SONNE Il est très sin­cère et trans­pa­rent dans sa fa­çon de se ra­con­ter, sans cen­sure au­cune. Il a choi­si d’écrire à la troi­sième per­sonne, comme si les évé­ne­ments étaient ar­ri­vés à quel­qu’un d’autre. « Comme ça, je n’avais pas la res­pon­sa­bi­li­té de la confes­sion ! blague-t-il. Mais ce n’est pas de la fic­tion, ce sont de vraies choses dont j’ai peu par­lé, même à mes amis. » Tous ces sou­ve­nirs sont des mo­ments im­por­tants de sa vie. « Même des épi­sodes drôles, comme quand je perds mes cu­lottes dans un ci­né­ma por­no, c’est quand même for­ma­teur de vivre une af­faire de même ! » Tout le re­cueil per­met de mieux le connaître. « Je vou­lais qu’à la fin, on ait l’im­pres­sion d’avoir ren­con­tré une per­sonne, qu’on connaisse mieux la per­sonne qu’on ne connais­sait pas au dé­but, même par pe­tites bribes. »

L’ORDRE DU QUÉ­BEC

Mi­chel Trem­blay parle pu­bli­que­ment, pour la pre­mière fois, d’une conver­sa­tion té­lé­pho­nique qu’il a eue avec la peintre Mar­celle Fer­ron dans les an­nées 1980. Elle lui ap­pre­nait que Mgr Mau­rice Cou­ture avait exer­cé son pou­voir sur Ro­bert Bou­ras­sa afin qu’il raye son nom de la liste des per­sonnes re­te­nues pour ob­te­nir l’Ordre du Qué­bec.

« Mes amis in­times connais­saient cette his­toire-là, mais je ne l’avais ja­mais ra­con­tée en pu­blic. Je trou­vais que c’était im­por­tant. L’an­née sui­vante, mon­sieur Bou­ras­sa était ma­lade et ma­dame Ba­con as­su­rait l’in­té­rim. Elle en a pro­fi­té pour faire pas­ser mon nom, parce qu’elle avait été cho­quée par cette his­toire-là. »

« Et voi­là que sur la scène d’un des plus im­por­tants théâtres de Mon­tréal, quelques mi­nutes avant la créa­tion de sa nou­velle pièce, le doute, le mau­dit doute, peut-être le plus cui­sant de­puis long­temps, lui tombe des­sus comme une dalle de bé­ton. La faute au trac ? À la ner­vo­si­té ? Parce qu’il vou­drait se re­trou­ver à des milles de là, ou plus tard, au res­tau­rant, à fê­ter le suc­cès ou à pleu­rer le flop ? » Mi­chel Trem­blay Vingt-trois se­crets bien gar­dés Édi­tions Le­méac/Actes Sud

VINGT-TROIS SE­CRETS BIEN GAR­DÉS Mi­chel Trem­blay Édi­tions Le­méac/Actes Sud 112 pages

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