UNE CHAN­SON QUI FRAPPE ... EN PLEIN COEUR

De son propre aveu, Pierre Lapointe n’au­rait ja­mais écrit Ma chambre, la chan­son trai­tant de sui­cide avec la­quelle Sté­pha­nie St-Jean a rem­por­té La Voix di­manche der­nier, s’il avait su qu’en mai 2015, la jeune femme de 25 ans avait été hos­pi­ta­li­sée pour av

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Marc-An­dré Le­mieux Le Jour­nal de Mon­tréal marc-andre.le­mieux @que­be­cor­me­dia.com

C’est en lui jouant la pièce pour la pre­mière fois qu’il a réa­li­sé com­bien ses dou­lou­reux sou­ve­nirs étaient ré­cents. «Elle était ex­trê­me­ment bou­le­ver­sée… J’étais ex­trê­me­ment bou­le­ver­sé, ré­vèle Pierre Lapointe en en­tre­vue au Jour­nal. Si j’avais su que ça fai­sait à peine un an qu’elle avait re­mon­té la pente, je n’au­rais ja­mais osé écrire cette chan­son. Je me se­rais dit : elle est trop fra­gile. C’est trop in­tru­sif. J’au­rais gar­dé une cer­taine pu­deur.»

« PE­TIT À PE­TIT »

Bien en­ten­du, Pierre Lapointe avait re­çu la fiche des­crip­tive de Sté­pha­nie St-Jean; il avait pré­fé­ré la mettre de cô­té.

«J’aime mieux ap­prendre des trucs sur eux pe­tit à pe­tit, de fa­çon na­tu­relle, comme quand on ren­contre quel­qu’un pour vrai, ex­plique le chan­teur. C’est un peu bi­zarre d’avoir une fiche avec tous ces dé­tails.»

QUITTE OU DOUBLE

C’est en tra­vaillant de plus en plus étroi­te­ment avec Sté­pha­nie que Pierre Lapointe a créé Ma chambre. «J’ai sen­ti dans son re­gard une es­pèce de fra­gi­li­té, mais en même temps, une force in­croyable. Ça m’a ins­pi­ré cette phrase : Dans ma chambre d’hô­pi­tal, j’ai les idées qui s’em­bal

lent… Et quand elle a ga­gné sa de­mi­fi­nale, j’ai plon­gé. Après 40 mi­nutes, c’était ter­mi­né.»

L’au­teur-com­po­si­teur-in­ter­prète a écrit cette pièce en pen­sant au plai­sir que Sté­pha­nie avait eu aux quarts de fi­nale en re­pre­nant Oh Hap­py Day. «Je vou­lais quelque chose avec du soul. Je vou­lais un choeur… Je n’aime pas écrire sous pres­sion parce que c’est tou­jours quitte ou double : des fois, c’est réus­si, des fois c’est ra­té.»

UNE RA­RE­TÉ

Pierre Lapointe était par­ti­cu­liè­re­ment ner­veux au mo­ment de faire en­tendre le ré­sul­tat fi­nal à Sté­pha­nie. Il a d’ailleurs fait une chose qu’il ne fait ja­mais : il s’est ins­tal­lé au pia­no et s’est mis à jouer pour elle… et uni­que­ment elle. «C’est très in­time et très in­ti­mi­dant de chan­ter à quel­qu’un di­rec­te­ment. C’est gê­nant et stres­sant, parce que c’est une étape im­por­tante. Tu veux que l’autre aime ta chan­son. Le pire, c’est d’ar­ri­ver de­vant des gens plus ou moins in­té­res­sés et d’en­tendre un: “Ouin. Elle est bonne”. Heu­reu­se­ment, Sté­pha­nie était su­per émue. Quand j’ai vu ça, je me suis dit : si elle peut li­vrer un mo­ment émo­tif et char­gé en fi­nale, elle a peut-être une chance de ga­gner. Et c’est ce qui est ar­ri­vé.»

La vic­toire de Sté­pha­nie marque le pre­mier triomphe de Pierre Lapointe à titre de coach à La Voix. Le prin­ci­pal in­té­res­sé re­fuse tou­te­fois de voir les choses ain­si.

«Les gens me fé­li­citent, mais je n’ai pas ga­gné. J’ai plu­tôt ac­com­pa­gné quel­qu’un qui a ga­gné. Ça me rend heu­reux parce qu’elle le mé­rite. Mais je n’en re­tire au­cune sa­tis­fac­tion égo­cen­trique. Je me sens seule­ment pri­vi­lé­gié de vivre ce mo­ment avec elle.»

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