TÉ­LÉ­VI­SION COM­BAT LE DE MA­CHA

Ma­cha Li­mon­chik s’en sou­vient en­core. Alors qu’elle dis­cu­tait des dif­fi­cul­tés pour une ac­trice de plus de 40 ans d’ob­te­nir un rôle prin­ci­pal dans une sé­rie lourde au Qué­bec, deux hommes avaient le­vé les yeux au ciel en guise d’exas­pé­ra­tion. C’était en 201

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Marc-An­dré Le­mieux Le Jour­nal de Mon­tréal marc-andre.le­mieux @que­be­cor­me­dia.com

Deux ans plus tard, les choses ont (re­la­ti­ve­ment) chan­gé. Le dis­cours en­tou­rant la place des femmes ayant ga­gné du ter­rain (tout comme ce­lui dé­criant le manque de di­ver­si­té), la co­mé­dienne com­mence à re­mar­quer une dif­fé­rence. Pas né­ces­sai­re­ment à l’écran, mais dans la fa­çon dont la ques­tion est ac­cueillie. «Les gens sont plus ré­cep­tifs, ob­serve-telle. On nous écoute da­van­tage. Il y a en­core beau­coup de che­min à faire, mais j’ose es­pé­rer que ceux qui m’avaient rou­lé des yeux en pleine face se gar­de­raient une pe­tite gêne au­jourd’hui.»

UN CA­DEAU

Con­nais­sant les obs­tacles pro­fes­sion­nels qu’elle a dû sur­mon­ter de­puis qu’elle a souf­flé ses 40 bou­gies en 2010, on com­prend mieux pour­quoi Ma­cha Li­mon­chik qua­li­fie de «vé­ri­table ca­deau» son rôle dans Fa­tale-Sta­tion, la nou­velle sé­rie de Sté­phane Bour­gui­gnon ( La vie, la vie, Tout sur moi) qui dé­barque sur ICI Tou.tv Ex­tra mar­di. Dans cette fic­tion aux al­lures de «wes­tern contem­po­rain», elle in­carne Sa­rah, une femme qui s’ins­talle à Fa­tale-Sta­tion, un pe­tit vil­lage per­du, après avoir quit­té un homme qui me­nace de mettre fin à ses jours.

En en­tre­vue au Jour­nal, la co­mé­dienne parle d’un per­son­nage com­plexe de type «an­ti­hé­ros», un genre de pro­ta­go­niste ha­bi­tuel­le­ment ré­ser­vé aux ac­teurs. «C’est une femme pour­chas­sée, pré­cise-telle. Quand la sé­rie com­mence, Sa­rah a des airs de vic­time, mais en fait, c’est loin d’en être une. C’est quel­qu’un qui a beau­coup de res­sort. On voit qu’elle est ca­pable de beau­coup de choses pour sau­ver sa peau.»

«C’était un beau dé­fi d’ac­trice, pour­sui­telle. À la té­lé, on m’a beau­coup vue jouer des per­son­nages sym­pa­thiques, comme Claire dans La vie, la vie et Da­nielle dans Nou­velle adresse. Fa­tale-Sta­tion, c’est autre chose. C’était très in­sé­cu­ri­sant. Comment on joue une fille qui craint pour sa vie du­rant 10 épi­sodes sans se ré­pé­ter? Comment on fait une fille in­quiète? Comment on tra­duit ça? Quand est-ce que ça de­vient en­nuyant? Quand est-ce qu’on ar­rête de faire la même face? Qu’est-ce qu’on dé­cide de ré­vé­ler? Qu’est-ce qu’on dé­cide de ca­cher? C’était beau­coup dans les pe­tits dé­tails comme ça...»

SCÈNES EXIGEANTES

Ma­cha Li­mon­chik donne la ré­plique à plu­sieurs ac­teurs che­vron­nés dans Fa­tale-Sta­tion, dont De­nis Ber­nard (le maire du vil­lage), Claude Le­gault (le gé­rant du res­to-bar) et Mi­che­line Lanc­tôt (la ma- triarche du bled). La co­mé­dienne ra­conte avoir été ner­veuse à plu­sieurs re­prises au cours du tour­nage di­ri­gé par Ra­faël Ouel­let ( Ca­mion, Nou­velle adresse), no­tam­ment quand ve­nait le temps de jouer des scènes exigeantes dans les­quelles elle pou­vait briller… ou s’en­far­ger.

«On avait de gros mor­ceaux de bra­voure à dé­fendre. En ar­ri­vant le ma­tin, quand on sa­vait qu’on al­lait fil­mer des sé­quences plus exigeantes, on avait tous une pe­tite in­quié­tude dans l’oeil… une pe­tite ex­ci­ta­tion aus­si. Parce qu’on vou­lait bien faire.»

SOUS PRES­SION

Ma­cha Li­mon­chik se met «beau­coup, beau­coup, beau­coup de pres­sion» chaque fois qu’elle dé­croche un nou­veau rôle. Cette ha­bi­tude l’aide à don­ner le meilleur d’elle-même, tra­vailler en­core plus fort et dé­pas­ser ses propres li­mites de­vant l’ob­jec­tif, dit-elle. «À chaque pro­jet, c’est la même chose. Et comme je n’en fais pas beau­coup, ma han­tise, c’est de dé­ce­voir.»

La pres­sion était par­ti­cu­liè­re­ment forte sur Fa­tale-Sta­tion, puisque Sté­phane Bour­gui­gnon, son conjoint, avait écrit le per­son­nage prin­ci­pal pour elle et Arte, la cé­lèbre chaîne cultu­relle fran­co-al­le­mande, avait ache­té la sé­rie en 2015 à par­tir des textes seu­le­ment. «Je vou­lais rendre tout le monde heu­reux. Ils croient en cette sé­rie. Ils prennent un risque. Fais en sorte qu’ils te trouvent bonne!»

UN SEN­TI­MENT ÉTRANGE

À quelques jours du lan­ce­ment de Fa­tale-Sta­tion, Ma­cha Li­mon­chik avoue être plus an­xieuse que ja­mais.

«Ce n’est pas su­per agréable. Quand les choses sortent, je veux juste me mettre en boule et at­tendre que tout soit ter­mi­né! Ce n’est pas agréable de voir qu’on vieillit à l’écran non plus. Di­sons que je n’irai pas me pro­me­ner comme un paon au mar­ché Jean-Ta­lon pour voir si quel­qu’un va ve­nir me par­ler du show. Ce­la dit, j’es­père que les gens vont l’écou­ter. Parce qu’on a fait quelque chose de vrai­ment, vrai­ment spé­cial.»

Ma­cha Li­mon­chik, qu’on ver­ra dans Ca­li­gu­la au Théâtre du Nou­veau-Monde au prin­temps, se sou­haite d’autres rôles aus­si riches et sti­mu­lants que ce­lui de Sa­rah dans Fa­tale-Sta­tion. «Dans une car­rière d’ac­trice, c’est très étrange et dif­fi­cile de moins tra­vailler au mo­ment où tout de­vrait être plus fruc­tueux et épa­nouis­sant parce qu’on pos­sède notre mé­tier et qu’on a plus de guts. » Ra­dio-Ca­na­da pré­sen­te­ra le pre­mier épi­sode de Fa­tale-Sta­tion mar­di à 21 h. Les 5 pre­miers épi­sodes se­ront mis en ligne sur ICI Tou.tv Ex­tra le 20 jan­vier. Les 5 autres sui­vront le 20 jan­vier.

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