UNE grande fresque ÉPIQUE SI­GNÉE MAR­TIN SCOR­SESE

Mar­tin Scor­sese au­ra mis près de trente ans avant de réus­sir à por­ter à l’écran le ro­man Si­lence de l’au­teur ja­po­nais Shu­sa­ku En­do. Par res­pect pour ce livre com­plexe qui le fas­cine de­puis tant d’an­nées, le cé­lèbre ci­néaste amé­ri­cain a vou­lu prendre son t

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Maxime De­mers Le Jour­nal de Mon­tréal

Fresque épique am­bi­tieuse se dé­rou­lant au 17e siècle, Si­lence ra­conte l’his­toire de deux mis­sion­naires jé­suites por­tu­gais (joués par An­drew Gar­field et Adam Dri­ver) qui dé­cident de s’em­bar­quer pour un long voyage au Ja­pon pour ten­ter de re­trou­ver leur men­tor, le Père Cristóvão Fer­rei­ra (Liam Nee­son), qui ne leur a plus don­né de nou­velles de­puis des an­nées.

Sur place, ils se­ront confron­tés aux ter­ribles per­sé­cu­tions re­li­gieuses que doivent su­bir les ch­ré­tiens au Ja­pon. Et ils ap­pren­dront que le Père Fer­rei­ra a re­non­cé à sa foi, après avoir lui-même été tor­tu­ré par les au­to­ri­tés ja­po­naises.

«Dès que j’ai lu le ro­man, en 1989, j’ai tout de suite su que je vou­lais l’adap­ter au ci­né­ma, a ré­vé­lé Mar­tin Scor­sese lors d’une ren­contre avec quelques jour­na­listes (dont un re­pré­sen­tant du Jour­nal) il y a quelques se­maines à New York.

«Le pro­blème, c’est que je n’avais au­cune idée comment trans­po­ser cette his­toire à l’écran. Ça m’a pris plu­sieurs an­nées et plu­sieurs re­lec­tures du livre pour éven­tuel­le­ment trou­ver la fa­çon d’en faire un film. Et au­jourd’hui, je ne pour­rais pas voir d’autre fa­çon d’adap­ter ce livre.» QUES­TIONS FON­DA­MEN­TALES

Scor­sese a lu le ro­man Si­lence peu de temps après la sor­tie de son film La der

nière ten­ta­tion du Ch­rist, en 1989. De son propre aveu, il a été fas­ci­né par la fa­çon dont ce livre qui aborde le thème de la foi chré­tienne, un su­jet om­ni­pré­sent dans l’oeuvre du ci­néaste de 74 ans qui a gran­di au sein d’une fa­mille ca­tho­lique tra­di­tio­na­liste.

«La vraie ques­tion du livre, se­lon moi, est: qu’est-ce qui pousse un jé­suite à com­mettre l’apos­ta­sie (re­non­cer pu­bli­que­ment à sa foi) et comment un tel acte peut être per­çu comme une vic­toire, sou­ligne le réa­li­sa­teur de Taxi Dri­ver, Les

Af­fran­chis et Le loup de Wall Street. «C’est ce qui m’a in­tri­gué et fas­ci­né. J’ai trou­vé que ce­la po­sait des ques­tions in­té­res­santes sur la foi et sur le chris­tia­nisme. Et ce sont des ques­tions qui m’ont tou­jours trot­té dans la tête de­puis le dé­but de ma car­rière, même à l’époque de

Mean Streets (1973). La pre­mière phrase dans Mean Streets: on ne ra­chète pas ses fautes à l’église mais dans la rue». Ça veut dire qu’on ne se sé­pare pas de la re-

li­gion quand on met le pied de­hors. On ne peut pas se com­por­ter d’une fa­çon quand on va à l’église le di­manche et en­suite agir au­tre­ment le reste de la se­maine.

«Le vrai mystère de cette apos­ta­sie, c’est qu’il re­nonce à la vé­ri­té qu’il est al­lé par­ta­ger au Ja­pon. Et ul­ti­me­ment, il se range der­rière la vraie vé­ri­té du chris­tia­nisme, qui est de s’ou­blier soi-même to­ta­le­ment der­rière la re­li­gion, sans avoir de rai­son d’en être fier. On vou­lait dé­mon­trer, avec ce film, que la foi peut être quelque chose qu’on garde pour nous. » CURE SPIRITUELLE

Même si le livre d’En­do est très bien do­cu­men­té et riche en in­for­ma­tions, Scor­sese a fait re­cours à plu­sieurs re­li­gieux – dont l’au­teur et prêtre jé­suite James Mar­tin - qui ont ser­vi de consul­tants pen­dant l’écri­ture du scé­na­rio mais aus­si le tour­nage du film. Les ac­teurs ont eux aus­si dû faire leurs de­voirs pour se pré­pa­rer pour le tour­nage.

En plus d’avoir dû perdre beau­coup de poids pour leurs rôles res­pec­tifs, An­drew Gar­field et Adam Dri­ver ont dû faire une cure de si­lence pen­dant une longue se­maine dans un mo­nas­tère jé­suite au Pays de Galles.

«C’était as­sez évident qui étaient les deux ac­teurs du groupe, ra­conte en riant Adam Dri­ver. Mais c’était une ex­pé­rience qui nous a per­mis d’ap­prendre beau­coup de choses. Et c’était sur­tout une bonne his­toire à ra­con­ter par la suite!»

Le film Si­lence pren­dra l’affiche à Qué­bec en jan­vier. Liam Nee­son joue un père jé­suite por­té dis­pa­ru dans le film Si­lence.

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