Le Journal de Quebec - Weekend

DEUXIÈME VAGUE : PRENDRE SOIN DE SOI ET... DES AUTRES

- Dre CHRISTINE GROU Psychologu­e et présidente de l’Ordre des psychologu­es du Québec

Les quelques moments de répit accordés cet été aux plus chanceux d’entre nous ont été beaucoup trop brefs entre les deux vagues de cette crise pandémique. Alors que des milliers de Québécois parvenaien­t enfin à sortir la tête de l’eau et reprenaien­t peu à peu leur souffle, cette deuxième vague est revenue frapper la province de plein fouet, ramenant avec elle de bien mauvais souvenirs. PLUS FATIGUÉS

La deuxième vague ressembler­a-t-elle à la première qui nous a tous pris par surprise au début de cette pandémie ?

En mars dernier, il s’agissait d’un phénomène nouveau et inattendu. Il a fallu se serrer les coudes, se mobiliser, afficher sa solidarité, et quelques arcsen-ciel !

Si notre stress était grand, notre réserve d’énergie l’était aussi tout au début de cette crise.

Or, après plusieurs semaines de confinemen­t, la fatigue s’accumulait et notre niveau d’énergie diminuait.

Plusieurs recherches démontrent que ce premier épisode ne fut pas sans conséquenc­e : anxiété, dépression, troubles du sommeil, épuisement, consommati­on plus grande d’alcool, augmentati­on des douleurs chroniques, etc.

Le retour en force de cette pandémie survient alors que nos connaissan­ces sur le virus sont plus grandes… mais notre fatigue de vigilance et de restrictio­ns l’est également.

LES DÉFIS ET PARTICULAR­ITÉS DE CETTE DEUXIÈME VAGUE

En plus de cette fatigue, les effets collatérau­x de cette pandémie ont été plus que nombreux : les deuils douloureux, les insécurité­s financière­s, les pertes d’emploi, la promiscuit­é ou l’isolement, sans compter le stress de la rentrée scolaire. Trop vite passée, la saison estivale ne nous a pas permis de recharger pleinement nos batteries après une période aussi éprouvante.

Dans ce contexte, un « reconfinem­ent », même partiel, nous rend forcément moins tolérants, plus irritables, et dans certains cas, agressifs. C’est une chose d’être critique à l’égard des politicien­s ou des autorités médicales, mais sur les réseaux sociaux, nous assistons en ce moment à une avalanche de propos haineux, violents, qui démontrent un épuisement généralisé. Et si nous ne prêtons pas attention à cette détresse, ses conséquenc­es risquent de s’aggraver davantage.

S’OCCUPER DE SOI… ET DES AUTRES

Ces manifestat­ions de colère et d’impatience doivent nous servir de rappel, et surtout d’invitation à prendre soin de soi. En prenant soin de vous-même, vous contribuer­ez non seulement à votre bien-être, vous serez aussi plus attentif et à l’écoute de l’autre. Il vous sera alors plus facile de prendre soin de vos proches, et plus particuliè­rement de ceux qui souffrent encore plus que vous en ces temps difficiles.

Prendre soin de soi signifie notamment de rester actif physiqueme­nt et de bouger, surtout à l’extérieur, puis de se détendre, en s’éloignant des sources d’anxiété ou des scénarios catastroph­es. Ce qui ne veut pas dire cesser de s’informer, mais de le faire avec modération. Il faut éviter de nourrir notre colère : à péter les plombs pour un rien ou à se battre contre tout le monde. La situation actuelle s’avère suffisamme­nt pénible pour chacun. Alors, pourquoi s’accabler les uns les autres ?

Il ne faut jamais perdre de vue les bienfaits de l’empathie : comprendre l’autre, c’est aussi comprendre qu’il ou elle ne réagira pas nécessaire­ment de la même façon que nous devant un même événement, ou une même directive contraigna­nte.

CHANGERLES­CHOSES

À défaut de pouvoir tout contrôler durant cette crise, il faut justement cerner clairement ce sur quoi nous avons du contrôle.

Premièreme­nt, il est possible d’avoir un certain contrôle sur soi et de prendre du recul, et souvent par des gestes simples : se retirer dans sa chambre, aller faire une marche, vivre dans le moment présent et éviter l’anticipati­on, prendre le temps de respirer, lire, dépenser de l’énergie, avoir une saine hygiène de vie, et surtout se détendre.

Ensuite, on peut aussi avoir du contrôle sur nos actions et se demander, compte tenu du contexte, quels sont les gestes concrets que l’on peut poser pour favoriser notre bien-être, celui de notre entourage, et pour que cela se passe mieux.

Tout cela ne fera pas disparaîtr­e la COVID-19, mais nous permettra de cicatriser, lentement mais sûrement, ces blessures ravivées par le souvenir du premier confinemen­t.

Nous avons tiré quelques leçons de cette expérience, qui fut longue et pénible pour plusieurs d’entre nous, mais il ne faut jamais perdre de vue que la suivante aura elle aussi une fin. Et elle sera moins douloureus­e à traverser si chacun d’entre nous laisse place au courage et à la bonne humeur plutôt qu’à la mauvaise humeur.

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