Phi­lippe Couillard à l’écoute ?

Le Journal de Quebec - - OPINIONS - DE­NISE BOMBARDIER e Blo­gueuse au Jour­nal Jour­na­liste, écri­vaine et au­teure de­nise.bombardier @que­be­cor­me­dia.com

Le pre­mier mi­nistre du Qué­bec s’est ré­vé­lé tel qu’en lui-même au cours de la cé­ré­mo­nie d’as­ser­men­ta­tion de son nou­veau ca­bi­net. À un an des élec­tions, il tente de convaincre les Qué­bé­cois fran­co­phones qui, dans les son­dages ac­tuels, dé­sertent le PLQ, qu’il est dé­sor­mais à leur écoute, c’est-àdire de­puis la gifle ma­gis­trale que son par­ti a re­çue lors de l’élec­tion par­tielle ré­cente.

Mais comment peut-il les écou­ter lors­qu’il parle de fa­çon ob­ses­sion­nelle du « re­pli de soi et du né­ga­ti­visme », sa fa­çon de dé­non­cer en­core l’in­quié­tude iden­ti­taire d’une ma­jo­ri­té de fran­co­phones ?

Comment peut-il les écou­ter lorsque l’on sait que le pre­mier mi­nistre n’a pas en­core com­pris que ses mi­nistres ont be­soin d’ac­cé­der à lui, de lui par­ler ? Un pre­mier mi­nistre doit en­ca­drer le tra­vail de ses mi­nistres, ce que Phi­lippe Couillard semble in­ca­pable de faire. Sous le cou­vert de l’ano­ny­mat et avec crainte, cer­tains osent confier que Phi­lippe Couillard n’est ja­mais ou presque pas ac­ces­sible.

EMBRASSADES

Au cours de la cé­ré­mo­nie, les embrassades in­ter­mi­nables des mi­nistres de­vant les ca­mé­ras s’ex­pliquent peu­têtre par le plai­sir qu’ils res­sen­taient d’être en­fin en sa pré­sence. Et que dire de ses dé­pu­tés qui n’ont ja­mais pu lui adres­ser la pa­role en tête à tête de­puis trois ans ?

L’homme froid et gauche dans l’ex­pres­sion de ses émo­tions a in­sis­té sur l’im­por­tance de fa­vo­ri­ser la vie de fa­mille. Il a même ame­né dans ses bras la pe­tite fille de son nou­veau et jeune mi­nistre des Tran­sports An­dré For­tin au mo­ment où ce der­nier était as­ser­men­té. On a eu droit par la suite aux al­lers-re­tours de la pe­tite et de sa grande soeur vers pa­pa alors que l’as­ser­men­ta­tion se pour­sui­vait. L’uti­li­sa­tion des en­fants par les po­li­ti­ciens alors que la ma­man était as­sise au pre­mier rang et pou­vait les re­te­nir au­près d’elle est-elle ac­cep­table ? Mon­sieur Couillard ne se laisse-t-il pas in­fluen­cer par Jus­tin Tru­deau à cet égard ? Tout le monde n’est pas dupe, mais la pho­to du bé­bé dans les bras du pa­pa mi­nistre a fait les man­chettes hier.

Po­li­tique de l’image oblige. Les cé­ré­mo­nies pro­to­co­laires, donc, em­preintes de so­len­ni­té, qui ex­priment le res­pect de l’ins­ti­tu­tion et des fonc­tions po­li­tiques, conti­nuent d’être en­ta­chées par la cul­ture de sel­fies.

COMMUNAUTARISME

Phi­lippe Couillard compte-t-il convaincre les fran­co­phones en re­pre­nant son dis­cours com­mu­nau­ta­riste à la face du Qué­bec ? « Toutes nos ap­par­te­nances nous ren­forcent. Pour af­fir­mer une iden­ti­té, nul be­soin d’en ef­fa­cer, d’en di­mi­nuer ou d’en re­je­ter une autre », a-t-il dé­cla­ré hier avec une convic­tion vi­brante. Mais qui donc le conseille et l’in­forme en ces ma­tières in­flam­ma­toires ? Et pour­quoi au cours de cette cé­ré­mo­nie a-t-il mis tant d’in­sis­tance sur ce thème si­non qu’il sent l’ombre de Fran­çois Legault, qui lui brouille dé­sor­mais la vue avec sa CAQ, seule so­lu­tion de re­change vrai­sem­blable à ce par­ti li­bé­ral di­ri­gé par un nou­veau père Fouet­tard ?

Qui est as­sez naïf ou in­cons­cient pour croire que le nou­veau gou­ver­ne­ment va chan­ger de cap en moins d’un an sans que le pre­mier mi­nistre ait fait son exa­men de conscience sur l’in­sen­si­bi­li­té qui a mar­qué ses po­li­tiques à ce jour ?

Phi­lippe Couillard ac­com­pa­gné du nou­veau mi­nistre des Tran­sports, An­dré For­tin, et de sa pe­tite fille Élo­die.

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