Je suis dé­goû­tée

Le Journal de Quebec - - OPINIONS - DE­NISE BOM­BAR­DIER de­nise.bom­bar­dier @que­be­cor­me­dia.com

Le titre est en de­çà de ce que je res­sens face au qua­si-si­lence des mé­dias à pro­pos du comportement de l’église au Sa­gue­nay-lacSaint-jean, qui a tu du­rant des dé­cen­nies les agres­sions sexuelles du pédophile Paul-an­dré Har­vey, un prêtre du dio­cèse.

À la suite du tra­vail re­mar­quable de ma consoeur Isa­belle Ha­chey pu­blié dans La Presse de lun­di, le scan­dale de­vrait écla­ter à la gran­deur du Qué­bec. Car l’ex-prêtre dé­cé­dé en pri­son au dé­but du mois a lais­sé des do­cu­ments où il blâme ses évêques, in­for­més par lui de sa per­ver­sion, de ne pas l’avoir soi­gné. On le chan­geait plu­tôt de pa­roisse. Douze fois de 1963 à 1985. Du­rant cette pé­riode, l’ab­bé fut convo­qué à quatre re­prises par les corps de po­lice du Sa­gue­nay. Sans consé­quence, sauf des aver­tis­se­ments lui in­ti­mant de se po­li­cer lui-même. Une qua­ran­taine d’en­fants, filles et gar­çons, furent ses vic­times.

Dès 1965, l’ab­bé pédophile aver­tit l’évêque de Chi­cou­ti­mi Mgr Ma­rius Pa­ré de sa dé­viance sexuelle et ce der­nier lui conseille plu­tôt de prier et d’être pru­dent avec les en­fants. En 1977, un autre évêque, Mgr Jean-guy Cou­ture nie­ra l’exis­tence d’une culture du si­lence au sein du dio­cèse.

SO­LI­DA­RI­TÉ ECCLÉSIALE

L’ex-ab­bé a lais­sé une confes­sion écrite, qui confirme que ses actes sexuels ont été ba­na­li­sés par la hié­rar­chie de l’église. Ces hommes de foi ont pé­ché par omis­sion et par so­li­da­ri­té ecclésiale pour pro­té­ger l’ins­ti­tu­tion qu’ils in­carnent. Aucune mo­rale n’a gui­dé leurs actes. Ils ont lais­sé dé­flo­rer, cor­rompre, flé­trir et tuer psy­cho­lo­gi­que­ment des en­fants. Rap­pe­lons la pa­role de l’évan­gile dans Ma­thieu 18:6 : « Si quel­qu’un scan­da­li­sait un de ces pe­tits qui croient en moi, il vau­drait mieux pour lui qu’on sus­pen­dît à son cou une meule de mou­lin, et qu’on le je­tât au fond de la mer. »

Ces hommes d’église sont du même aca­bit que tous ces pa­rents qui taisent l’in­ceste pour ne pas bri­ser la fa­mille. Tous ces adultes hy­po­crites qui pro­tègent les pré­da­teurs d’en­fants pour évi­ter la ré­pro­ba­tion so­ciale, toutes ces mères qui ferment les yeux de­vant leur conjoint-abu­seur de peur qu’il ne les quitte.

Nombre de fa­milles qué­bé­coises comptent des pé­do­philes en leur sein. La plu­part des en­fants su­bissent des at­tou­che­ments de la part d’oncles, de cou­sins et d’amis des pa­rents. La pé­do­phi­lie est une plaie so­ciale qu’on re­fuse de re­gar­der de peur qu’elle nous ren­voie l’image de gens que l’on connaît, que l’on fré­quente.

SI­LENCE COU­PABLE

L’église qué­bé­coise, à ce jour, a évi­té d’être dé­non­cée à sa tête. Comme ce fut le cas aux États-unis et en Ir­lande. L’ex-prêtre Har­vey en lais­sant ses textes post­humes a dé­chi­ré le voile du Temple.

Les Qué­bé­cois ne peuvent pas s’en­fer­mer dans leur confort et lais­ser ces en­fants souillés, au­jourd’hui adultes, se battre seuls contre l’église, qui lutte, elle, de­vant les tri­bu­naux pour nier le mons­trueux pé­ché d’avoir lais­sé des hommes aux mains consa­crées dis­tri­buer la com­mu­nion le ma­tin et ca­res­ser des éco­liers et éco­lières l’après-mi­di en leur mar­mon­nant des pa­roles à faire vo­mir.

Mau­dite soit cette Église qué­bé­coise. Honte à ceux qui se terrent dans le si­lence.

L’église qué­bé­coise, à ce jour, a évi­té d’être dé­non­cée à sa tête.

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