As­su­rance : à chaque tor­chon, sa gue­nille…

Il m’ar­rive sou­vent de consta­ter à quel point l’as­su­rance vie est mal com­prise, et mal­heu­reu­se­ment, mal ven­due. C’est le cas no­tam­ment des po­lices avec va­leur de ra­chat.

Les Affaires Plus - - En Couverture - par Da­ny Pro­vost

Une po­lice avec va­leur de ra­chat com­porte, comme son nom l’in­dique, une va­leur à la­quelle son ti­tu­laire a droit en cas de ra­chat.

Je m’at­tar­de­rai ici à ex­pli­quer la dif­fé­rence entre deux grands types de po­lice com­por­tant de telles valeurs: la po­lice dite « vie en­tière » et la po­lice « uni­ver­selle ».

Vie en­tière

Une telle po­lice a un ca­pi­tal-dé­cès gé­né­ra­le­ment fixe et les primes sont sou­vent payables à vie. En cas d’an­nu­la­tion du contrat, le ti­tu­laire re­çoit le mon­tant de la va­leur pré­vue au contrat. Ce mon­tant est nul au cours des pre­mières an­nées, car les frais en­gen­drés par l’émis­sion du contrat, dont les com­mis­sions aux re­pré­sen­tants, sont su­pé­rieurs aux mon­tants dé­bour­sés par le payeur. Il est donc nor­mal que l’as­su­reur n’ac­corde pas de com­pen­sa­tion à la ré­si­lia­tion du contrat…

Il y a aus­si les po­lices payables plus ra­pi­de­ment, par exemple sur une pé­riode de 10 ou de 20 ans. À la fin du paie­ment des primes, la po­lice est dite « li­bé­rée », et reste donc en vi­gueur jus­qu’au dé­cès sans qu’au­cun dé­bour­sé sup­plé­men­taire soit exi­gible. Ce type de po­lice est utile jus­te­ment lorsque le ti­tu­laire dé­sire « s’en dé­bar­ras­ser » et ne plus avoir de primes à payer dans ses vieux jours.

Ce­pen­dant, lorsque l’in­ten­tion du ti­tu­laire est de payer pen­dant toute sa vie et de conser­ver sa po­lice jus­qu’à son dé­cès (on sup­pose ici que le payeur et l’as­su­ré sont la même per­sonne), il fait une er­reur en ache­tant un tel pro­duit.

En ef­fet, il existe un autre type de po­lice « per­ma­nente » que l’on ap­pelle tem­po­raire à 100 ans, ou T-100, dans le jar­gon du mé­tier. Ce type de po­lice peut com­por­ter un ca­pi­tal-dé­cès égal à ce­lui d’une vie en­tière, sans pour au­tant avoir de va­leur de ra­chat. Si le ti­tu­laire met fin à son contrat, l’as­su­reur ne lui doit rien. Comme il s’agit d’un in­con­vé­nient par rap­port à une vie en­tière, la prime d’un tel pro­duit est moins éle­vée. C’est pour­quoi on dit que ce genre de po­lice est « fi­nan­cé par les aban­dons ».

Vie uni­ver­selle

Da­tant du dé­but des an­nées 1980, ce pro­duit d’as­su­rance per­met des dé­pôts variables. Dans la me­sure où ces dé­pôts res­pectent cer­taines li­mites – un mi­ni­mum pour cou­vrir le coût d’as­su­rance et un maxi­mum fis­cal –, les dé­pôts, en sus du coût d’as­su­rance, s’ac­cu­mulent dans un fonds d’in­ves­tis­se­ment dont les ca­rac­té­ris­tiques sont choi­sies par le ti­tu­laire.

Le fonds ac­cu­mu­lé est payable en plus du ca­pi­tal-dé­cès de base, qui pour sa part est gé­né­ra­le­ment fixe.

Si le ti­tu­laire sou­haite ar­rê­ter ses dé­pôts, on doit pro­cé­der à des si­mu­la­tions afin de sa­voir si les sommes ac­cu­mu­lées sont suf­fi­santes pour cou­vrir les coûts d’as­su­rance fu­turs. Si tel n’est pas le cas, on risque de mau­vaises sur­prises à un âge avan­cé, alors que l’on croyait avoir fi­ni de payer. Et comme il s’agit sou­vent de contrats dont les sommes sont im­por­tantes, les consé­quences peuvent être dra­ma­tiques.

La vie uni­ver­selle est un ex­cellent pro­duit qui per­met d’aug­men­ter la va­leur de sa suc­ces­sion. Le fonds consti­tue l’équi­valent fis­cal d’un CELI, mais sans li­mite pré­éta­blie…

La vie en­tière avec va­leur de ra­chat est sou­vent le pire pla­ce­ment qu’on puisse faire de son vi­vant… En ef­fet, cet « in­ves­tis­se­ment » est am­pu­té des coûts d’as­su­rance en plus d’avoir une plus-va­lue im­po­sable à 100% lors d’un re­trait, alors qu’un gain en ca­pi­tal est im­po­sable à 50 %. Un bon vieux compte non en­re­gis­tré bat n’im­porte quelle po­lice d’as­su­rance… Lorsque c’est pour la suc­ces­sion, c’est une autre his­toire, car les sommes sont « re­ti­rées » (ca­pi­tal-dé­cès) sans im­pôt… c’est un in­ves­tis­se­ment sou­vent très ren­table.

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