L’im­mo­bi­lier qui fait place à la com­mu­nau­té

Les Affaires - - Manchette - Si­mon Lord re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc Évé­ne­ments Les Af­faires — ESTRIE — MAGOG CENTRE- DU- QUÉ­BEC —

Plu­sieurs nou­veaux pro­jets im­mo­bi­liers dans la ré­gion de Mon­tréal sont de na­ture mixte: on y trouve des co­pro­prié­tés, des ap­par­te­ments lo­ca­tifs, des com­merces, des res­tau­rants, des aires com­munes, des centres de loi­sirs. Pour­quoi cette ten­dance, et quels en sont les avantages?

Le 21e Ar­ron­dis­se­ment, un pro­jet de Pré­vel si­tué à la jonc­tion du Vieux-Mon­tréal et de Grif­fin­town, est un bon exemple de pro­jet mixte. On y comp­te­ra 900 uni­tés lorsque la construc­tion se­ra ter­mi­née en 2022. Il y au­ra des co­pro­prié­tés de même que des ap­par­te­ments à louer, mais, sur­tout, on y trou­ve­ra des com­merces, des res­tau­rants et des es­paces com­muns qui ont été pen­sés de sorte à fa­vo­ri­ser la vie de quar­tier.

« C’est com­plexe pour nous de faire un tel pro­jet, mais les es­paces com­muns et les com­merces fa­vo­risent les in­ter­ac­tions entre les gens, et ça amène de la vie », dit Lau­rence Vincent, vice-pré­si­dente des ventes et du mar­ke­ting chez Pré­vel. Elle se­ra confé­ren­cière le 14 no­vembre à l’évé­ne­ment Mar­ché de l’ha­bi­ta­tion, or­ga­ni­sé par le Groupe Les Af­faires.

Pour créer les es­paces pu­blics de ce pro­jet, Pré­vel s’ins­pire du concept de pri­va­te­ly-ow­ned pu­blic space, ou es­pace pu­blic dé­te­nu par le pri­vé. Il s’agit, comme le nom l’in­dique, d’un es­pace pu­blic ou­vert à tous, mais dont l’en­tre­prise de­meure pro­prié­taire.

Pré­vel construit ain­si une rue pié­tonne me­nant à un grand es­pace cen­tral dont le tiers est au­jourd’hui ter­mi­né. On y trouve no­tam­ment une ter­rasse. L’en­tre­prise a éga­le­ment prio­ri­sé les com­merces qui font dans l’alimen­ta­tion de proxi­mi­té. Elle vou­lait évi­ter les grandes chaînes et pri­vi­lé­gier les com­mer­çants lo­caux, de ma­nière à ani­mer l’es­pace pu­blic et à fa­vo­ri­ser la construc­tion de re­la­tions avec la clien­tèle. Pour l’ins­tant, on re­marque deux comp­toirs ali­men­taires, un ca­fé et un res­tau­rant axé sur les pro­duits du ter­roir nom­mé Mé­lisse. Une bou­lan­ge­rie s’en vient, et peut-être un trai­teur ou un bar à vin.

Le pro­mo­teur a même re­fu­sé l’offre d’une phar­ma­cie qui vou­lait s’ins­tal­ler au sein du pro­jet.

« Ça au­rait été très payant, mais ce n’est pas ce qu’on cher­chait. Bien sûr, le pro­jet doit être ren­table, mais on vou­lait sur­tout ani­mer l’es­pace », dit Lau­rence Vincent.

Beau­coup à ga­gner

Un pro­jet mixte est bien sûr avan­ta­geux pour les gens qui l’ha­bitent: la proxi­mi­té des com­merces est non seule­ment très pra­tique, mais elle per­met aus­si d’at­ti­rer du monde dans les es­paces pu­blics créés par le pro­mo­teur. Et plus les lieux sont ani­més, plus ils fa­vo­risent l’in­ter­ac­tion hu­maine, plus il de­vient in­té­res­sant d’y vivre.

Réus­sir un pro­jet mixte n’est tou­te­fois pas évident. Un pro­mo­teur doit trou­ver la bonne bou­tique et conce­voir les places pu­bliques de ma­nière que les gens aient en­vie de les uti­li­ser. Qui vou­drait pas­ser une jour­née sous le so­leil brû­lant dans un es­pace sans zone om­bra­gée?

Les places pu­bliques doivent éga­le­ment être pen­sées de fa­çon à per­mettre d’y te­nir à l’oc­ca­sion un mar­ché de Noël, par exemple, ou un mar­ché de ci­trouilles.

Au fi­nal, s’ils font bien leur tra­vail, les pro­mo­teurs ont beau­coup à ga­gner, même si les pro­jets ne sont pas né­ces­sai­re­ment plus ren­tables.

« Je ne crois pas que créer un pro­jet mixte per­met de vendre les uni­tés plus cher, dit Mme Vincent. Ce­pen­dant, quand le mi­lieu de vie est plai­sant, les gens nous ré­fèrent et veulent ra­che­ter avec nous. »

Nom­breux pro­jets à ve­nir

Les pro­jets mixtes se mul­ti­plient au pays. Se­lon le rap­port « Emer­ging Trends in Ca­na­dian Real Es­tate 2017 », de PwC Ca­na­da, les im­meubles com­po­sés uni­que­ment de co­pro­prié­tés font de plus en plus place à des com­plexes d’ha­bi­ta­tion à vo­ca­tion mixte. Plu­sieurs pro­jets sont à ve­nir, es­time la firme, sur­tout dans les sec­teurs qui se trouvent à proxi­mi­té des tran­sports en com­mun.

Se­lon De­nis Sau­vé, fon­da­teur et pré­sident de Gui­deHa­bi­ta­tion.ca, un ré­per­toire en ligne pour trou­ver une ha­bi­ta­tion, cette ten­dance est no­tam­ment la consé­quence de la hausse des prix en im­mo­bi­lier et de la né­ces­si­té de den­si­fier les centres ur­bains.

Il note d’ailleurs que le Plan mé­tro­po­li­tain d’amé­na­ge­ment et de dé­ve­lop­pe­ment du Grand Mon­tréal, en vi­gueur de­puis 2012, met en avant des règles qui visent à frei­ner l’éta­le­ment.

Et comme les prix aug­mentent et que le bud­get des ache­teurs de­meure sen­si­ble­ment le même, ceux-ci doivent sou­vent ache­ter plus pe­tit. Avoir ac­cès à des es­paces com­muns per­met donc d’en avoir plus pour son ar­gent, sur­tout quand il s’agit par exemple d’une ter­rasse au som­met d’un bâ­ti­ment d’une ving­taine d’étages avec une vue gran­diose.

« Je pense que c’est juste du bon, dit De­nis Sau­vé. Quand les mi­lieux de vie de­viennent plus denses, ils de­viennent plus vi­vants. »

la Quelque 200 per­sonnes ont as­sis­té ré­cem­ment à l’inau­gu­ra­tion du Quar­tier de l’in­no­va­tion de Magog. Les par­te­naires du pro­jet sont convain­cus de créer 700 em­plois d’ici 2022, des postes qui s’ajou­te­ront aux quelque 300 em­ployés oeu­vrant dé­jà dans plus de 45 en­tre­prises. Ain­si, 500 per­sonnes de­vraient tra­vailler en 2020 et un mil­lier en 2022. Ces tra­vailleurs des tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion au­ront pi­gnon sur rue dans les bu­reaux éri­gés dans les îlots Tou­ri­gny, Saint-Pa­trice et du Quai. La construc­tion d’un qua­trième bâ­ti­ment de­vrait com­men­cer bien­tôt. Ces in­ves­tis­se­ments pour­raient sti­mu­ler le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique de la MRC de Mem­phré­ma­gog à hau­teur de 300 à 400 M$ d’ici 2027.

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