Le dé­fi des res­sources hu­maines

Les Affaires - - Entrepreneuriat - Jean-Fran­çois Venne re­dac­tion­le­saf­faires@tc.tc SOS for­ma­tion

Lorsque l’en­tre­prise com­mence à gran­dir, se pose alors le dé­fi re­dou­té par plus d’un en­tre­pre­neur : em­bau­cher et gé­rer des res­sources hu­maines. Plu­sieurs ré­clament de l’aide pour ap­prendre à me­ner à bien ces pro­ces­sus cru­ciaux.

« Les res­sources hu­maines, c’est mon plus grand dé­fi, j’au­rais be­soin d’ac­com­pa­gne­ment pour faire les en­tre­vues et bien re­cru­ter, confie Fré­dé­rik Mar­cil, fon­da­teur de Kube Innovation. Trou­ver les bonnes per­sonnes et créer une culture d’en­tre­prise, c’est un dé­fi co­los­sal. »

Ces pro­pos sont loin d’éton­ner Serge La­vergne, vice-pré­sident aux in­ves­tis­se­ments du Fonds In­no­vex­port. « La ges­tion des res­sources hu­maines est sou­vent le grand point faible des en­tre­pre­neurs, sou­tient-il. Ils sont nom­breux à avoir de la dif­fi­cul­té à re­cru­ter les bonnes res­sources et à les gar­der. Or, ce­la nuit à la crois­sance. Quand les ventes pla­fonnent, c’est sou­vent en rai­son d’un manque de res­sources ou de mau­vaises em­bauches. »

Or, les en­tre­pre­neurs se re­trouvent trop sou­vent seuls pour re­cru­ter. Béa­trice Cou­ture, DG d’In­noCi­té Mon­tréal, va jus­qu’à par­ler de « cou­loir de la mort ». « Ils sont un peu aban­don­nés à leur sort là-de­dans, in­dique-t-elle. Ils ont leurs in­ves­tis­seurs, par­fois leur con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion, mais ils doivent gé­rer ça eux-mêmes. »

L’ar­gent, le nerf de la guerre

La ques­tion est d’au­tant plus dé­li­cate que plu­sieurs ré­gions vivent le plein-emploi. Les res­sources spé­cia­li­sées, no­tam­ment en de­hors des grands centres, peuvent se faire rares. Dans un tel contexte, les très pe­tits joueurs éprouvent de la dif­fi­cul­té à ri­va­li­ser avec les grandes en­tre­prises. « Il y a une grande concur­rence pour al­ler cher­cher les res­sources spé­cia­li­sées, no­tam­ment en ré­gion, et si l’on n’y ar­rive pas, ce­la ra­len­tit la crois­sance de l’en­tre­prise », lance William Du­bé, PDG et fon­da­teur de Thun­der Lo­tus Games.

« Nous met­tons de l’avant une culture d’en­tre­prise et l’en­ga­ge­ment per­son­nel, mais c’est sûr que c’est dif­fi­cile de re­cru­ter sans ar­gent », ad­met An­to­ny Diaz, fon­da­teur et PDG de UVolt, une start-up tech­no­lo­gique dont l’ob­jec­tif est de rendre plus ac­ces­sible les éner­gies re­nou­ve­lables.

Cette si­tua­tion place les en­tre­pre­neurs de­vant un di­lemme : prendre le risque d’in­ves­tir dans l’em­bauche de nou­velles res­sources pour gé­né­rer de la crois­sance, ou at­tendre d’avoir ob­te­nu une crois­sance des re­ve­nus avant d’em­bau­cher de nou­velles res­sources. « Les en­tre­pre­neurs se re­trouvent sou­vent dé­bor­dés parce qu’ils craignent d’in­ves­tir dans les res­sources hu­maines. Or, le manque de res­sources hu­maines ne leur per­met pas de bien gé­rer leur crois­sance, » dé­plore Mi­kaël Guille­mette, pré­sident de la Jeune chambre de com­merce de Qué­bec.

« Les en­tre­pre­neurs tardent à en­ga­ger plus de monde, ils en prennent trop sur leurs épaules, sou­ligne Mé­la­nie Ja­cob, chef ac­com­pa­gne­ment et ex­pé­rience client à Fem­mes­sor. À un cer­tain point dans la crois­sance de l’en­tre­prise, ils doivent ap­prendre à re­dé­fi­nir leur propre rôle et à s’en­tou­rer de nou­velles res­sources. » L’en­tre­pre­neur doit aus­si se ques­tion­ner sur le rôle qu’il en­tend of­frir aux gens qui joignent son en­tre­prise. « Bien sûr, on peut ten­ter de re­cru­ter un nou­vel em­ployé et le payer au prix du mar­ché, af­firme William Du­bé, mais on peut aus­si cher­cher une per­sonne dont l’ex­per­tise com­plète la nôtre et lui of­frir de de­ve­nir co­fon­da­teur. »

« Les pre­miers em­ployés sont très im­por­tants pour la réus­site du pro­jet ; ils doivent par­ta­ger la vi­sion et les va­leurs de l’en­tre­pre­neur, ajoute Marc Obeid. Pour eux, il est sou­vent es­sen­tiel de dé­ve­lop­per une dé­marche dif­fé­rente, de leur of­frir un re­tour sur les pro­fits à ve­nir, par exemple. »

Pour se dé­mê­ler dans tout ce­la, les en­tre­pre­neurs ont be­soin d’aide. « Il y a un manque d’ac­com­pa­gne­ment des en­tre­pre­neurs du cô­té de la ges­tion des RH, qui est pour­tant une mécanique as­sez com­plexe, se­lon Em­ma Williams. Il faut of­frir plus de for­ma­tion, c’est vrai­ment un be­soin criant. »

la

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.