Fran­çois Bour­don, chef des pla­ce­ments glo­bal, Fie­ra Ca­pi­tal : « Pas de ré­ces­sion avant 2020 »

– Fran­çois Bour­don, chef des pla­ce­ments glo­bal, Fie­ra Ca­pi­tal

Les Affaires - - Billet / Sommaire - Do­mi­nique Beauchamp do­mi­nique.beauchamp@tc.tc beau­champ_­dom

DO­MI­NIQUE BEAUCHAMP – Vous mi­sez sur le re­tour à la nor­male, dix ans après la crise. Ex­pli­quez-nous le scé­na­rio d’ex­pan­sion au­quel vous ac­cor­dez une pro­ba­bi­li­té de 80 %.

FRAN­ÇOIS BOUR­DON – Nous tour­nons la page sur le choc fi­nan­cier de 2008 et la lente re­prise qui a sui­vi de­puis. Même si les coûts du vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion et la mo­dé­ra­tion de la pro­duc­ti­vi­té ra­len­tissent le po­ten­tiel de crois­sance de l’éco­no­mie, les cycles éco­no­miques ne sont pas dis­pa­rus pour au­tant. Les forces cy­cliques sont plus fortes. Les pro­chaines an­nées ver­ront donc une pé­riode d’ac­cé­lé­ra­tion éco­no­mique, sui­vie d’une ré­ces­sion, en 2020 peut-être, et en­suite d’une re­prise.

D.B. – La hausse des taux ne va-t-elle pas tuer dans l’oeuf cette phase de crois­sance ?

F.B. – Les taux re­montent pour les bonnes rai­sons. Dé­jà, l’éco­no­mie mon­diale prend des forces de­puis 18 mois et la nou­velle syn­chro­ni­sa­tion mon­diale in­dique que l’ef­fet de la crise de 2008 se dis­sipe. Es­sen­tiel­le­ment, l’ef­fet cu­mu­lé des me­sures de re­lance des gou­ver­ne­ments réus­si­ra à sti­mu­ler la de­mande. La re­prise se trans­for­me­ra en vé­ri­table ex­pan­sion. Nous pré­voyons le re­tour à un rythme éco­no­mique de 3 %, à une in­fla­tion près de 2,5 % et à un taux di­rec­teur de 4 %, aux États-Unis, d’ici 2024. On a l’im­pres­sion que se sont de gros chiffres, mais, en réa­li­té, une telle crois­sance est bien in­fé­rieure à la moyenne.

D.B. – Qu’est-ce qui dé­clen­che­ra la ré­ces­sion de mi-2020 que vous pré­voyez ?

F.B. – Comme par le pas­sé, l’in­fla­tion et la hausse consé­quente des taux in­ver­se­ront éven­tuel­le­ment la courbe des taux (des taux à court terme plus éle­vés que ceux à long terme), ce qui pro­vo­que­ra une ré­ces­sion clas­sique. Puisque la nor­ma­li­sa­tion se­ra gra­duelle, nous croyons que la ré­ces­sion sur­vien­dra plus tard que plus tôt. Dans cet environnement, les pro­fits pro­gres­se­ront plus vite que les cours, en même temps que la hausse des taux com­pri­me­ra les mul­tiples d’éva­lua­tion. On paie moins cher pour un dol­lar de pro­fit lorsque les taux montent. Le ra­tio cours/bé­né­fices re­trou­ve­ra donc un ni­veau plus nor­mal de 15 fois au­tour de 2024.

D.B. – Ex­pli­quez-nous l’in­fluence du duel entre le vieillis­se­ment et la pro­duc­ti­vi­té sur votre scé­na­rio.

F.B. – Le vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion est un poids fi­nan­cier pour les gou­ver­ne­ments, qui pous­se­ront les coûts pu­blics, l’in­fla­tion et donc les taux à la hausse. Par contre, une po­pu­la­tion plus âgée est un frein à la pro­duc­ti­vi­té et donc à la crois­sance éco­no­mique, deux forces qui mo­dé­re­ront le ni­veau de l’in­fla­tion et des taux d’in­té­rêt. Les be­soins en re­ve­nus des re­trai­tés vont aus­si pro­lon­ger la de­mande pour les pla­ce­ments à re­ve­nus fixes, ce qui em­pê­che­ra la hausse des taux de s’em­bal­ler. Les avan­cées tech­no­lo­giques de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et de l’au­to­ma­ti­sa­tion contre­ba­lan­ce­ront aus­si l’ef­fet ra­len­tis­seur du vieillis­se­ment sur la pro­duc­ti­vi­té.

D.B. – Qu’est-ce qui pour­rait faire dé­railler votre scé­na­rio ?

F.B. – La pos­si­bi­li­té que la de­mande ac­crue pour les biens et ser­vices ne soit pas au ren­dez-vous. Si tel était le cas, on re­tom­be­rait dans la dés­in­fla­tion, ce qui dé­clen­che­rait une ré­ces­sion hâ­tive. À l’in­verse, la na­ture in­fla­tion­niste des dé­penses gou­ver­ne­men­tales et des po­li­tiques pro­tec­tion­nistes pour­rait en­traî­ner l’éco­no­mie mon­diale en stag­fla­tion, di­mi­nuant ain­si le pou­voir d’achat des en­tre­prises et des consom­ma­teurs, au mo­ment où les banques cen­trales ont peu de moyens pour pro­té­ger l’éco­no­mie. Ad­ve­nant ce scé­na­rio, la va­leur des obli­ga­tions et des ac­tions se dé­pré­cie­rait en même temps.

D.B. – Pour­quoi pré­fé­rez-vous les mar­chés ca­na­diens et émer­gents à ce­lui des États-Unis ?

F.B. – C’est un choix re­la­tif. La crois­sance mon­diale syn­chro­ni­sée est plus fa­vo­rable à la Bourse ca­na­dienne, car elle sou­lève les cours des ma­tières pre­mières et les taux, ce qui fa­vo­rise les pro­duc­teurs de res­sources et le sec­teur fi­nan­cier, les deux poids lourds de la Bourse lo­cale. Les mar­chés émer­gents croissent plus vite quand l’éco­no­mie mon­diale gagne en vi­gueur. Plu­sieurs de ces pays sont aus­si moins dé­pen­dants du cours des ma­tières pre­mières qu’avant et vivent aus­si leur propre boom tech­no­lo­gique. De plus, les pays émer­gents se sont adap­tés à la fuite des ca­pi­taux et à la force du dol­lar amé­ri­cain qui a do­mi­né entre 2010 et 2016. Ces pays sont donc bien aguer­ris pour pro­fi­ter de la meilleure conjoncture mon­diale et d’un dol­lar amé­ri­cain qui pour­rait vi­vo­ter parce que son éco­no­mie croî­tra moins vite que celle du reste du monde, et parce que le cli­mat po­li­tique in­quiète.

La nou­velle syn­chro­ni­sa­tion mon­diale in­dique que l’ef­fet de la crise de 2008 se dis­sipe, se­lon Fran­çois Bour­don.

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