Yan­nick Clé­rouin

La Bourse pour­rait aus­si gra­vir de nou­veaux som­mets pour la simple rai­son qu’elle n’a pas de concur­rent sé­rieux.

Les Affaires - - Brèves - Yan­nick Clé­rouin yan­nick.cle­rouin@tc.tc Chro­ni­queur | C @@ Cle­rouin_Inc In­ves­tir

L’an­née où vous re­ce­vrez votre 4 %

Si je me ran­geais du cô­té de la ma­jo­ri­té des stra­tèges bour­siers, je vous énu­mé­re­rais toutes les bonnes rai­sons qui laissent en­tre­voir une nou­velle hausse des in­dices su­pé­rieure à la moyenne his­to­rique – entre 8% et 12 % – en 2018. Il y a ce­pen­dant en moi un pe­tit dé­mon qui m’in­cite à re­je­ter l’avis ma­jo­ri­taire et à an­ti­ci­per plu­tôt une pro­gres­sion mo­deste qui se si­tue entre 3% et 5% des deux cô­tés de la fron­tière.

Étant de na­ture op­ti­miste, je me re­tiens de ne pas évo­quer une pos­sible cor­rec­tion l’an pro­chain. Pas parce que je crains que les éco­no­mies amé­ri­caine et mon­diale dé­vient de leur tra­jec­toire de crois­sance syn­chro­ni­sée, bien au contraire, mais parce qu’un évé­ne­ment in­at­ten­du risque de faire dé­railler le doyen de tous les mar­chés haus­siers.

L’in­dice S&P 500 amor­ce­ra sa dixième an­née haus­sière en mars. Au-de­là de cette lon­gé­vi­té re­cord, il faut gar­der en tête qu’une cor­rec­tion de 10% ou plus se pro­duit tous les deux ou trois ans. La der­nière en lice, de 15%, est sur­ve­nue en fé­vrier 2016, mais elle a vite été ou­bliée. Après une an­née où la vo­la­ti­li­té est res­tée au plan­cher en dé­pit de la mul­ti­tude d’épées de Da­mo­clès sus­pen­dues au-des­sus des mar­chés, les pro­ba­bi­li­tés qu’une se­cousse vienne per­tur­ber cette éton­nante quié­tude semblent plus éle­vées. Les ex­cès ap­pa­raissent souvent après une longue pé­riode haus­sière, comme ce fut le cas en 2 000 avec la bulle des technos.

Du res­ser­re­ment mar­qué des taux d’in­té­rêt en pas­sant par les va­lo­ri­sa­tions éle­vées ac­cor­dées aux ac­tions à une flam­bée de l’in­fla­tion at­ti­sée par le plein em­ploi, les risques évo­qués par les ex­perts abondent. Il y a ce­pen­dant un dan­ger qui reste sous-es­ti­mé et qui, pour­tant, m’ap­pa­raît de plus en plus trou­blant: l’ef­fon­dre­ment des cryp­to­mon­naies avec ef­fet do­mi­no sur les autres ac­tifs.

Se­lon ce scé­na­rio, les in­ves­tis­seurs qui ont spé­cu­lé sur le bit­coin ré­agissent à une dé­grin­go­lade des cryp­to­mon­naies en ven­dant les pla­ce­ments qui ont été payants, dans l’es­poir de pro­té­ger leurs gains. Nous en avons eu ré­cem­ment un aper­çu lorsque les ve­dettes de la tech­no – Ama­zon, Fa­ce­book, Google et com­pa­gnie – ont re­cu­lé de pair avec les de­vises vir­tuelles.

L’ap­pré­cia­tion phé­no­mé­nale des titres tech­no­lo­giques de­puis 2009, par­ti­cu­liè­re­ment au cours de la der­nière an­née, ac­croît leur vul­né­ra­bi­li­té. Les Ama­zon, Fa­ce­book, Net­flix, Nvi­dia, Sho­pi­fy, Pay­pal, Elec­tro­nic Arts et com­pa­gnie ont beau en­re­gis­trer une forte crois­sance de leurs re­ve­nus et de leurs bé­né­fices, elles ne sont pas pour au­tant à l’abri d’un chan­ge­ment abrupt de l’hu­meur des in­ves­tis­seurs qui les va­lo­risent très gé­né­reu­se­ment.

D’au­tant qu’une ro­ta­tion des por­te­feuilles vers les en­tre­prises plus sus­cep­tibles de pro­fi­ter de la baisse du taux d’im­po­si­tion pro­mise par l’ad­mi­nis­tra­tion Trump s’est amor­cée ré­cem­ment. Les titres fi­nan­ciers amé­ri­cains res­tent des coups de coeur des ex­perts pour 2018. En plus d’être par­mi les en­tre­prises les plus im­po­sées, les banques se né­go­cient moins cher que le mar­ché dans son en­semble. En­fin, Ama­zon, Google et Fa­ce­book pour­raient être at­ta­quées par les gou­ver­ne­ments eu­ro­péens et amé­ri­cain, en rai­son de leur po­si­tion trop do­mi­nante. Bourse ca­na­dienne: peu de bou­gies d’al­lu­mage J’ai beau cher­cher, je trouve en­core moins de bou­gies d’al­lu­mage pour la Bourse ca­na­dienne. Ses poids lourds, les titres des sec­teurs de la fi­nance (35% de l’in­dice S&P/TSX) et de l’éner­gie (19% de l’in­dice), pré­sentent un po­ten­tiel d’ap­pré­cia­tion li­mi­té.

Étant don­né la pro­duc­tion amé­ri­caine qui s’ajuste ra­pi­de­ment à la hausse des prix, il est dif­fi­cile de voir les cours du brut grim­per. De plus, les banques, qui ont en­core confon­du les scep­tiques en 2017 (lire en­ca­dré), ont moins de chances d’être sou­le­vées par une éva­lua­tion plus gé­né­reuse comme ce fut le cas cette an­née. C’est sans par­ler des risques éle­vés d’un re­cul ma­jeur du mar­ché im­mo­bi­lier. Et des consé­quences d’un échec des né­go­cia­tions por­tant sur le libre-échange avec les États-Unis.

Je suis moins op­ti­miste que Brian G. Bels­ki, de BMO Mar­chés des ca­pi­taux, qui voit le prin­ci­pal in­dice ca­na­dien à 17600 à la fin de 2018, ce qui laisse en­tre­voir un ren­de­ment de 9%. L’ac­cé­lé­ra­tion de la crois­sance de l’éco­no­mie amé­ri­caine ali­men­tée par la ré­forme fis­cale de­vrait se­lon lui sou­le­ver l’in­dice S&P/TSX. Une crois­sance vi­gou­reuse de l’éco­no­mie mon­diale, no­tam­ment en Chine, pour­rait aus­si nour­rir la de­mande pour les ma­tières pre­mières, sou­ligne-t-il.

Les titres des épi­ciers ont peut-être per­du de leurs atouts dé­fen­sifs avec la me­nace d’Ama­zon, mais ils pour­raient re­ga­gner la fa­veur des in­ves­tis­seurs en 2018. Me­tro (MRU, 40,83 $) et Lo­blaw (L, 68,19 $) doivent certes com­po­ser avec une concur­rence in­tense et avec la hausse du sa­laire mi­ni­mum en On­ta­rio, mais elles ap­pa­raissent re­la­ti­ve­ment peu chères par rap­port au mar­ché dans son en­semble. L’in­té­gra­tion du Groupe Jean Cou­tu de­vrait par ailleurs don­ner un élan de crois­sance à l’épi­cier qué­bé­cois. Le re­tour du « stock­pi­cker » Même si j’évoque les nuages qui planent sur les mar­chés en cette fin de cycle d’ex­pan­sion éco­no­mique, 2018 pour­rait de nou­veau sur­prendre les ob­ser­va­teurs pru­dents, dont je fais par­tie. Après tout, la crois­sance des bé­né­fices de­vrait de­meu­rer ro­buste. Les ana­lystes son­dés par Bar­ron’s an­ti­cipent un bé­né­fice moyen de 145 $ US par ac­tion pour le S&P 500 en 2018 (141,46 $ US chez Reu­ters, 147 $ chez Bloom­berg), ce qui re­pré­sen­te­rait une crois­sance de près de 10% par rap­port à cette an­née. Ce chiffre pour­rait être do­pé par l’adop­tion de la ré­forme de l’im­pôt des so­cié­tés. Celle-ci ajou­te­rait entre 7 $ US et 15 $ US au bé­né­fice par ac­tion, se­lon RBC.

La Bourse pour­rait aus­si gra­vir de nou­veaux som­mets pour la simple rai­son qu’elle n’a pas de concur­rent sé­rieux. Si les ac­tions sont ju­gées oné­reuses, les obli­ga­tions sont en zone en­core plus dan­ge­reuse. Se­lon J.P. Mor­gan, plus de 10 tril­lions de dol­lars amé­ri­cains se­raient in­ves­tis dans des obli­ga­tions gou­ver­ne­men­tales, ce qui pro­cu­re­rait un ren­de­ment in­fé­rieur à… 0%. To­ta­le­ment ir­ra­tion­nel!

Voi­là pour­quoi les op­ti­mistes comme le ges­tion­naire de por­te­feuille Bill Miller af­firment que les ac­tions vont de­meu­rer le choix re­la­tif par dé­faut pour en­core un bon mo­ment.

Ce­la dit, après plu­sieurs an­nées où la simple dé­ten­tion d’un fonds ou FNB qui re­pro­duit les in­dices a été ren­table, 2018 pour­rait être celle du grand re­tour des « stock pi­ckers ». La sé­lec­tion d’en­tre­prises de qua­li­té, rai­son­na­ble­ment éva­luées et peu en­det­tées re­vien­dra, se­lon moi, à l’avant-scène. C’est de toute fa­çon la meilleure dé­marche à suivre dans une an­née qui s’an­nonce plus ora­geuse qu’en 2017. San­té et pros­pé­ri­té à tous mes lec­teurs!

Pile pour la Bourse ca­na­dienne, à cô­té de la plaque pour l’amé­ri­caine

Qui au­rait pu pré­dire que la Bourse amé­ri­caine en­re­gis­tre­rait un gain de plus de 18%, sur­tout après l’élec­tion de Do­nald Trump? Pas moi. À la même pé­riode l’an der­nier, j’avais an­ti­ci­pé un ren­de­ment mo­deste des deux cô­tés de la fron­tière, soit de 5%. C’est pile la pro­gres­sion de l’in­dice S&P/TSX de­puis le dé­but de 2017. Ma pré­vi­sion pour la Bourse amé­ri­caine me rap­pelle tou­te­fois la né­ces­si­té de res­ter humble – et la fu­ti­li­té d’es­sayer de pré­voir les mar­chés –, puisque le S&P 500 a mon­té net­te­ment plus que la plu­part des ex­perts s’at­ten­daient. Comme je l’avais sou­li­gné l’an der­nier, le re­tour de la crois­sance des bé­né­fices a été un fac­teur es­sen­tiel à cette nou­velle pous­sée des in­dices. Les stra­tèges avaient vu juste en pré­voyant une hausse de 11% des pro­fits pour l’an­née. Ce qui a brouillé les pré­vi­sions, c’est que le ra­tio cours/ bé­né­fice de l’in­dice a conti­nué de grim­per. En ce qui a trait à la Bourse ca­na­dienne, j’avais men­tion­né que les lo­co­mo­tives qui ont ti­ré le S&P/TSX en 2016, les banques et les res­sources – no­tam­ment les pro­duc­teurs d’éner­gie –, se­raient moins puis­santes en 2017. Les pro­duc­teurs de pé­trole et de gaz ont en ef­fet re­cu­lé de 11% et les pro­duc­teurs de ma­té­riaux ont à peine mon­té (+1,4%). Les banques ont moins brillé qu’en 2016, mais elles ont tout de même en­re­gis­tré une per­for­mance trois fois su­pé­rieure à celle du S&P/TSX en moyenne. J’avais par ailleurs men­tion­né qu’Apple (Nas­daq, 169,95$ US) pou­vait grim­per grâce à la sor­tie du iPhone 8. La pre­mière ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière mon­diale a, comme la ma­jo­ri­té des technos, connu une an­née ex­cep­tion­nelle, avec un gain de… 55 %.

Steve Ar­thur, de RBC Mar­chés des ca­pi­taux, abaisse sa re­com­man­da­tion à « per­for­mance de sec­teur ». L’ac­tion était sous-éva­luée, mais elle ap­proche main­te­nant de sa pleine va­leur, croit l’ana­lyste. La per­for­mance de­vrait se pour­suivre dans les pro­chains tri­mestres, mais elle semble de plus en plus re­flé­tée dans le prix de l’ac­tion. La cible est haus­sée de 44 $ à 49 $. Eric Zaun­scherb, de Ca­nac­cord Ge­nui­ty, ré­itère une re­com­man­da­tion « achat spé­cu­la­tif ». La pro­duc­tion com­mer­ciale à grande échelle de­meure la grande ques­tion alors que la dé­mons­tra­tion de sa ca­pa­ci­té de pro­duc­tion n’est pour l’ins­tant prou­vée qu’à par­tir d’une usine pi­lote, se­lon l’ana­lyste. Mal­gré une hausse de plus de 20 % en un mois, M. Zaun­scherb note que le titre se né­go­cie à un es­compte in­té­res­sant par rap­port à des so­cié­tés d’ex­plo­ra­tion et en dé­ve­lop­pe­ment. La cible est à 2,25 $. Il se­ra dif­fi­cile pour un in­ves­tis­seur de se trou­ver en po­si­tion confor­table dans le sec­teur des grands ma­ga­sins sur un ho­ri­zon court et moyen terme, tranche De­rek Dlay, de Ca­nac­cord Ge­nui­ty, qui a une re­com­man­da­tion « per­for­mance de sec­teur ». La Baie conti­nue de faire face à une hausse de la concur­rence (no­tam­ment en ligne). Ses propres ventes en ligne ont été par­tiel­le­ment ré­duites par des pro­blèmes ju­gés tem­po­raires, at­tri­bués au plan de trans­for­ma­tion en cours. La cible passe de 12 $ à 11 $. Pour conser­ver son im­por­tant mul­tiple, Brian Mor­ri­son, de Va­leurs mo­bi­lières TD, es­time que Dol­la­ra­ma de­vra af­fi­cher une crois­sance de son bé­né­fice dans la haute four­chette à deux chiffres. L’ana­lyste cal­cule que les pré­vi­sions de la di­rec­tion se tra­dui­raient par une crois­sance de 5 % du bé­né­fice net et de 11 % du bé­né­fice par ac­tion. Il les juge ce­pen­dant pru­dentes. Il ré­itère une re­com­man­da­tion « conser­ver ». La cible est à 160 $.

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