Vivre et tra­vailler à l’étran­ger : An­dré Del­tell

De Lo­ret­te­ville à Lou­lé

Prestige - - Sommaire - ■ Pa r Jean Chou­ze­noux , cor­res­pon­dant eu­ro­péen

Ori­gi­naire de Qué­bec, où il a gran­di dans les an­nées 1960 et 1970, An­dré Del­tell vit main­te­nant en Al­garve, au sud du Por­tu­gal, de­puis l’an 2000.

Ce di­plô­mé en gé­nie élec­trique de l’Uni­ver­si­té La­val est le fils d’une fa­mille d’im­mi­grants; des Pieds-Noirs d’Al­gé­rie qui ar­rivent au Ca­na­da en 1958, alors qu’An­dré a à peine deux ans. Deux autres gar­çons naî­tront à Qué­bec : Claude, qui est mu­si­cien, et Gé­rard, l’ac­tuel dé­pu­té conser­va­teur dans la cir­cons­crip­tion de Louis-Saint-Laurent.

Du­rant sa jeu­nesse, An­dré Del­tell se pas­sionne, entre autres, pour la plon­gée sous-ma­rine, le pia­no et les sciences. Bien sûr, il rêve de voyages, ce qui l’amène à tra­ver­ser le Ca­na­da en mo­to, mais aus­si, à vi­si­ter la Tas­ma­nie, l’Égypte, le Né­pal et l’Inde. « Je suis res­té une heure de­vant le Taj Ma­hal sans pou­voir par­ler tant j’étais ému. »

Une ren­contre mar­quante

En 1979, il fran­chit les portes de l’Of­fice na­tio­nal du film (ONF) à Mon­tréal, où il tra­vaille­ra du­rant 17 ans. Dans les an­nées 1980, une équipe de tech­ni­ciens bré­si­liens vient bé­né­fi­cier d’une for­ma­tion ci­né­ma­to­gra­phique au­près des spé­cia­listes de l’ONF. Afin de fa­ci­li­ter les échanges, l’en­tre­prise en­gage une se­cré­taire qui parle fran­çais, an­glais et por­tu­gais, et qui ser­vi­ra, par le fait même, d’in­ter­prète. Vous de­vi­nez la suite… La gen­tille in­ter­prète parle aus­si le lan­gage du coeur et ce­lui d’An­dré n’y ré­sis­te­ra pas ! Le ma­riage est pro­non­cé en 1990. Si­mone pos­sède un peu le même par­cours fa­mi­lial qu’An­dré; ses pa­rents por­tu­gais ont im­mi­gré au Qué­bec, ils y ont tra­vaillé et éle­vé leur fille. À un car­re­four de leur vie pro­fes­sion­nelle et fa­mi­liale, un soir d’été, An­dré et Si­mone en­gagent une ré­flexion quant à leur ave­nir. Ra­pi­de­ment, la dé­ci­sion est prise d’al­ler ten­ter l’ex­pé­rience au Por­tu­gal. Mieux : de car­ré­ment s’y éta­blir ! En ef­fet, tout converge à fa­ci­li­ter cette tran­si­tion. Les pa­rents de Si­mone sont ren­trés au pays na­tal et ont fait construire une grande vil­la à Lou­lé, au sud du pays. Les en­fants du couple n’ont alors que cinq et six ans. Vivre

dans la ville de la belle-fa­mille fa­ci­li­te­ra l’ap­proche de contacts pro­fes­sion­nels. Reste à in­for­mer pa­rents et amis. Ceux-ci se mon­tre­ront non seule­ment com­pré­hen­sifs, mais ai­de­ront la jeune fa­mille à faire la tran­si­tion. Six mois plus tard, la fa­mille Del­tell dé­barque en Al­garve, prête pour une nou­velle aven­ture !

La vie à Lou­lé

« Nous sommes ar­ri­vés à Lou­lé au cours de l’an­née 2000 et, peu de temps après, j’étais em­bau­ché comme des­si­na­teur in­dus­triel à la mai­rie de la ville. » Entre-temps, il a fal­lu fran­chir bien des étapes. « D’abord, j’ai pu ob­te­nir la ci­toyen­ne­té por­tu­gaise sans ab­di­quer de mes na­tio­na­li­tés ca­na­dienne et fran­çaise. De plus, mon di­plôme uni­ver­si­taire a été ra­pi­de­ment re­con­nu. » An­dré s’ins­crit en­suite à l’uni­ver­si­té de l’Al­garve, ce qui lui per­met de se fa­mi­lia­ri­ser avec le por­tu­gais de ma­nière in­ten­sive. Ra­pi­de­ment, il pro­gresse et de­vient in­gé­nieur élec­tro­tech­nique à la Ville de Lou­lé. Ses com­pé­tences sont uti­li­sées dans plu­sieurs do­maines. « C’est l’avan­tage de tra­vailler pour une mu­ni­ci­pa­li­té; je planche sur des pro­jets de spec­tacles, d’éclai­rage de rues, de mise en va­leur de mo­nu­ments his­to­riques et je cô­toie des spé­cia­listes de di­vers ho­ri­zons; des ar­chéo­logues, par exemple. »

Pour les en­fants, l’in­té­gra­tion a été as­sez fa­cile. Quoique cer­tains mets qué­bé­cois leur manquent en­core et la neige semble un loin­tain sou­ve­nir. « Par contre, nous avons te­nu à ce qu’ils de­meurent fi­dèles à leurs ra­cines. Ain­si, à la mai­son, nous leur par­lons ré­gu­liè­re­ment en fran­çais et ils sont en contact fré­quent avec leurs grands-pa­rents. »

Quels sont les avan­tages qu’An­dré trouve à ce trans­fert ? Il me ré­pond que l’union de l’Eu­rope au dé­but des an­nées 2000 lui a fa­ci­li­té la tâche; les pos­si­bi­li­tés d’em­plois étaient bonnes. « Quoi qu’on en pense, les tech­no­lo­gies re­liées à mes spé­cia­li­tés sont très bien dé­ve­lop­pées en Eu­rope; je ne me sens pas du tout dé­pas­sé. » Bien sûr, le cli­mat est un atout ma­jeur : 300 jours de so­leil par an et cette mer toute proche… dif­fi­cile de ne pas s’en sa­tis­faire !

An­dré re­vient ré­gu­liè­re­ment aux sources, chez lui, à Qué­bec. Par­fois seul, par­fois avec les siens. En 2010, il as­sis­tait à la cé­ré­mo­nie de re­mise de la croix du com­bat­tant, dé­cer­née par le gou­ver­ne­ment fran­çais à sa mère, Paule, et, en 2011, toute la fa­mille a fait la tra­ver­sée de l’At­lan­tique pour être aux cô­tés de Guy Del­tell, le père d’An­dré, qui s’est vu dé­cer­ner la mé­daille de la Lé­gion d’hon­neur du gou­ver­ne­ment fran­çais, re­mise par le Consu­lat de France à Qué­bec. « De grands évé­ne­ments, qui sou­lignent à quel point j’ai des pa­rents ex­cep­tion­nels, qui ont fait de moi ce que je suis de­ve­nu. »

La plon­gée, une pas­sion pour An­dré Del­tell.

Le sud du Por­tu­gal re­gorge de plages fa­bu­leuses, dont celle-ci, si­tuée à quelques mi­nutes de la mai­son des Del­tell.

La mu­raille du Châ­teau de Lou­lé, la nuit : un pro­jet d’éclai­rage réa­li­sé par An­dré Del­tell.

An­dré et ses en­fants, Émi­lien et Cé­li­na, de­vant une char­rette ty­pi­que­ment por­tu­gaise, sur un pa­vé en pierres po­sées à la main se­lon des mé­thodes da­tant du temps des Ro­mains.

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