LE JOUR OÙ JE PERDRAI MON PÉ­NIS

Summum - - ÉDITO -

On ne sait pas trop comment le jus­ti­fier, mais des fois, il y a des choses qui ar­rivent et tu n’es pas ca­pable d’ex­pli­quer le pour­quoi du comment. Ç’a été le cas en mars der­nier avec le dé­cès de Jean La­pierre, un chro­ni­queur po­li­tique res­pec­té de tous, mort su­bi­te­ment alors que l’avion dans le­quel il pre­nait place s’est écra­sé sur ses îles na­tales. C’est fou. Ç’a tou­ché le Qué­bec, même si on ne le connais­sait pas per­son­nel­le­ment. Moi-même, j’ai été très tou­chée par son dé­part, alors que je ne l’ai ja­mais ren­con­tré de ma vie. J’ai pleu­ré comme un bé­bé quand j’ai re­gar­dé les nou­velles. C’était comme si on ve­nait de m’en­le­ver une par­tie de moi.

Quelques jours avant, j’ai vi­dé une boîte de Klee­nex com­plète en re­gar­dant un pas­sage de La Poule aux oeufs d’or. Pas que je suis une fan fi­nie de Guy Mongrain; je zap­pais, il n’y avait rien à la té­lé. Le mon­sieur, ima­gi­nez-vous dont – et vous pou­vez « star­ter » les rou­le­ments de tam­bour –, a rem­por­té le gros lot. J’étais donc ben contente pour lui. J’avais en­vie de lui faire un gros hug. Mais je me suis re­te­nue. Ma té­lé est ac­cro­chée sur le mur à la hau­teur de mon men­ton et, mal­heu­reu­se­ment, étant qua­si naine, je n’ai pas as­sez long de bras. Ces temps-ci, je pleure tel­le­ment sou­vent que j’ai re­çu un ap­pel de Puffs. C’est le fun, ils veulent me com­man­di­ter. Comment dire non?

Scien­ti­fi­que­ment, j’ai lu sur In­ter­net que si je pleu­rais aus­si sou­vent – In­ter­net, la ré­ponse à tous les maux – c’est parce que j’ai un sur­plus d’hor­mones. Y’en a qui ont des sur­plus de graisse, moi c’est un sur­plus d’af­faires qui font brailler. Plus loin, j’ai lu que le sur­plus d’hor­mones ar­rive sur­tout dans les cas de gros­sesse. C’est là que j’ai com­pris que j’avais un sur­plus de graisse ET un sur­plus d’hor­mones. En fai­sant un test pi­pi sur un bout de plas­tique ache­té au Dol­la­ra­ma, j’ai dé­cou­vert que j’avais aus­si un sur­plus d’être hu­main dans le corps.

Et là je me suis dit : « Merde, est-ce que je suis en train de perdre mon pé­nis? Est-ce que le fait d’avoir un pain dans le four va faire de moi un être faible qui braille tout le temps pour au­cune rai­son? Qu’est-ce que je vais faire sans boire de bière? Pas de bière, pas de fun, pas de plai­sir? Est-ce que je vais de­ve­nir une de ces mô­mans ga­gas com­plè­te­ment folles et me trans­for­mer en chro­ni­queuse pour le Huf­fing­ton Post ou TPL MOM­MY ma­chin chouette? » (Ça veut dire quoi TPL, by the way?)

Je me suis dit que la meilleure fa­çon de ne pas perdre ma graine, c’était qu’une graine sorte de mon va­gin. C’est bien as­su­mé et me croi­sant les doigts, fai­sant une pe­tite prière à Mau­rice Ri­chard et à Boule Noire, que j’ai dé­ci­dé de pous­ser mes re­cherches plus loin et de de­man­der à une ma­dame pas sym­pa­thique de me « che­cker » l’in­té­rieur de la graisse avec une ma­chine frette. Ré­sul­tat : j’ai dû tro­quer ma sau­cisse pour pas un, mais deux pains hot­dogs (pour l’ins­tant!). Va fal­loir que je conti­nue moi-même de gar­der mon pé­nis bien pré­sent, faut croire!

Conclu­sion : SUMMUM re­cherche un pé­nis pour me rem­pla­cer. À qui la chance? Na­tha­cha Gil­bert

ngil­bert@sum­mum­mag.com

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