UN ÉTÉ UN PEU TROP SEC

Vision (Canada) - - La Une - EVELYNE BERGERON evelyne.bergeron@eap.on.ca Avec la col­la­bo­ra­tion d’Alexia Marsillo, de Ca­ro­line Pré­vost et de Gregg Cham­ber­lain.

NDLR : Ce texte a été mis sous presse le 20 juillet et ne tient pas compte de pré­ci­pi­ta­tions qui pour­raient être sur­ve­nues au cours des der­niers jours.

Il fait beau, il fait chaud. Pour plu­sieurs, c’est l’été idéal. Mais pas pour les agri­cul­teurs qui su­bissent des pertes de pro­duc­tion en rai­son de la sé­che­resse qui sé­vit de­puis plu­sieurs se­maines main­te­nant.

La si­tua­tion est pro­blé­ma­tique dans les champs de la ré­gion, comme ailleurs en On­ta­rio et au Qué­bec. Les der­nières se­maines ont été pé­nibles pour les cultures. L’ab­sence de pluie et les cha­leurs in­tenses pen­dant plu­sieurs se­maines créent une sé­che­resse ra­re­ment connue chez nous. Et ce­la a un im­pact ma­jeur sur un très grand nombre de cultures et d’éle­vages.

« Comme on dit en bon ca­na­dien fran­çais, c’est sec. Cette se­maine je suis al­lé faire un tour d’au­to­mo­bile dans la ré­gion de SaintAl­bert, Cas­sel­man et Saint-Isi­dore, et on voit que le dom­mage est dé­jà fait », a té­moi­gné Ré­jean Pom­main­ville, pro­duc­teur de grandes cultures et di­rec­teur re­pré­sen­tant Stor­mont, Glen­gar­ry, Pres­cott et Rus­sell au sein de la Fé­dé­ra­tion de l’agri­cul­ture de l’On­ta­rio.

Si­mon Du­rand, di­rec­teur exé­cu­tif de l’Union des culti­va­teurs fran­co-on­ta­riens (UCFO), a aus­si at­tes­té que les champs sont secs et que les ren­de­ments ont di­mi­nué, no­tam­ment pour la deuxième coupe de foin. « Et les pro­duc­teurs lai­tiers eux, ils ont be­soin de foin. Là on a fait deux ré­coltes, et à la deuxième, il n’y en avait pas beau­coup (de foin). S’il ne pleut pas, il n’y au­ra pas de troi­sième et qua­trième ré­colte », s’est in­quié­té M. Pom­main­ville.

La si­tua­tion est sé­rieuse un peu par­tout sur le ter­ri­toire. C’est ce qu’a in­di­qué Jo­van Do­zet, conseiller en pro­duc­tion vé­gé­tale à la Coo­pé­ra­tive agri­cole d’Em­brun. Pour son tra­vail, il par­court ré­gu­liè­re­ment les champs des fer­miers de la ré­gion, par­ti­cu­liè­re­ment dans le nord-ouest de l’Est on­ta­rien.

« Je com­mence à voir des champs qui ont des pertes to­tales, dans le maïs sur­tout, et le soya aus­si com­mence à mou­rir, car­ré­ment », a-t-il rap­por­té. Il a pré­ci­sé que la si­tua­tion peut être va­riable d’un en­droit à l’autre, en rai­son du type de sol et de la quan­ti­té de pré­ci­pi­ta­tions re­çue de­puis le dé­but de la sai­son.

M. Du­rand a rap­pe­lé que la ré­gion a connu une im­por­tante sé­che­resse en 2016, alors que la sai­son der­nière avait été « très mouillée ». « Je n’ai pas vrai­ment de sta­tis­tiques mé­téo, mais c’est as­sez fort comme sé­che­resse cette an­née. Quand c’est le contraire et que c’est trop mouillé, les pro­blèmes sont dif­fé­rents, mais ça donne les mêmes consé­quences », a-t-il in­di­qué.

À ce mo­ment-ci, il est dif­fi­cile d’éva­luer les consé­quences de la sé­che­resse sur les ré­coltes et les dif­fé­rentes pro­duc­tions. « Ça dé­pend com­bien de temps cette sé­che­resse va du­rer », a in­for­mé M. Du­rand. Mais même s’il de­vait y avoir une aug­men­ta­tion des pré­ci­pi­ta­tions, a-t-il fait re­mar­quer, plu­sieurs agri­cul­teurs ont dé­jà su­bi des pertes.

« Cette an­née si on peut s’en sor­tir avec une ré­colte juste moyenne, je pense qu’on va pou­voir se comp­ter chan­ceux. Si on pou­vait avoir de la pluie dans les pro­chains jours – pas dans les pro­chaines se­maines là, dans les pro­chains jours, parce que ça presse – ça fe­rait une grosse dif­fé­rence… », a sou­hai­té Ré­jean Pom­main­ville.

Même le maïs, pour­tant re­con­nu comme une culture plus ré­sis­tante, montre des signes de fa­tigue. Quand les feuilles se re­plient sur elles-mêmes, c’est le signe d’un manque d’eau. Se­lon John McCart, pré­sident du sec­teur Ar­gen­teuil à l’UPA Ou­taouais-Lau­ren­tides, les pro­chains jours se­ront cru­ciaux pour les cultures de maïs et les autres cé­réales, comme le so­ja.

Un en­jeu pour les fruits et lé­gumes aus­si

Pour les pro­duc­teurs ma­raî­chers, l’am­pleur des dé­gâts semble moindre pour le mo­ment. « Ce sont des fermes qui ont sou­vent des sys­tèmes d’ir­ri­ga­tion. Ils peuvent se pro­té­ger contre la cha­leur en ar­ro­sant leurs pro­duc­tions », a ex­pli­qué Si­mon Du­rand. C’est tout de même loin d’être la si­tua­tion idéale. Le temps très chaud fait en sorte que l’eau s’éva­pore ra­pi­de­ment. Et pour cer­tains, les bas­sins de ré­ten­tion s’épuisent.

Jacques La­mou­reux ex­ploite Les Jar­dins La­mou­reux à Vank­leek Hill, une ferme mixte de fruits et de lé­gumes. Au cours des der­nières se­maines, lui et ses em­ployés ont dû ar­ro­ser les champs de fraises, de fram­boises, de bleuets, de maïs et de ha­ri­cots. L’eau pro­ve­nait d’un étang sur la pro­prié­té qui est éva­cuée par un drain mu­ni­ci­pal, mais l’étang était en dan­ger de se des­sé­cher.

« Ce­la au­rait été une ca­tas­trophe », a dé­cla­ré M. La­mou­reux, ajou­tant que l’étang était vide la nuit où l’orage a frap­pé. En plus de don­ner un sac­cage com­plet à toutes les ré­coltes, la pluie a rem­pli l’étang jus­qu’à une pro­fon­deur de deux pieds avec de l’eau pour l’ir­ri­ga­tion fu­ture. « Main­te­nant, nous avons be­soin d’au moins 20 mil­li­mètres de pluie chaque se­maine », a-t-il dé­cla­ré.

Les ani­maux aus­si ont chaud

La sé­che­resse af­fecte aus­si les ani­maux. Les pro­duc­teurs lai­tiers doivent com­po­ser avec une baisse de pro­duc­tion de leur bé­tail. « La ca­ni­cule qu’on a eue est aus­si dom­ma­geable que le manque d’eau, parce que ça met un stress plus éle­vé sur les plantes et sur les ani­maux », a af­fir­mé M. Pom­main­ville, qui est aus­si un an­cien pro­duc­teur lai­tier.

Du cô­té des éle­vages, ce sont les coûts de pro­duc­tion qui risquent d’aug­men­ter et d’af­fec­ter les pro­fits des pro­duc­teurs. Comme les hu­mains, les ani­maux sont moins por­tés à se nour­rir lors­qu’il fait chaud. Ils mettent donc plus de temps à en­grais­ser. Et la ra­re­té du grain et du foin au­ra as­su­ré­ment un im­pact sur leur prix. Les gains sur in­ves­tis­se­ments s’en ver­ront donc af­fec­tés.

Prière de re­ti­rer les cha­pe­lets de la corde à linge

L’averse de pluie qu’il y a eue dans la nuit du 16 au 17 juillet a été bien ac­cueillie par les agri­cul­teurs lo­caux. Mais il en faut da­van­tage. « Cette pluie était comme de l’ar­gent à la banque », a dé­cla­ré Ro­bert Kir­by, pro­prié­taire et ex­ploi­tant d’une ferme mixte dans le can­ton d’Haw­kes­bu­ry-Est.

M. Kir­by, qui est un fer­mier à temps plein en plus d’être maire du can­ton, a no­té que sa ré­colte de so­ja com­men­çait à souf­frir de la sé­che­resse pro­lon­gée qui dure de­puis le mois de juin. « Dans cer­tains en­droits, il y au­ra des pertes. Les cultures au­ront be­soin de plus de pluie à coup sûr », a-t-il in­di­qué.

pho­to Gregg Cham­ber­lain

The dry and hot wea­ther that do­mi­na­ted the months of June and Ju­ly this summer wor­ries ma­ny far­mers, ma­ny of which have suf­fe­red pro­duc­tion losses be­cause of the drought. Far­mers in the area conti­nue to main­tain their fields while praying that the rain...

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.