Le che­min de fer Ad­dis-Abe­ba–Dji­bou­ti sert de lo­co­mo­tive à l’in­ter­con­nexion en Afrique de l’Est

China Today (French) - - SOMMAIRE - LU RUCAI, membre de la ré­dac­tion

Le 5 oc­tobre 2016, la ligne fer­ro­viaire Ad­dis-Abe­ba– Dji­bou­ti a été of­fi­ciel­le­ment inau­gu­rée à la gare de Fe­ri-La­bu en Éthio­pie. Construite par Chi­na Rail­way Group et Chi­na Rail­way Construc­tion Cor­po­ra­tion, elle re­lie la ca­pi­tale de l’Éthio­pie et le port de Dji­bou­ti, le plus grand port mo­derne d’Afrique de l’Est.

« Che­min de fer Tan­za­nie-Zam­bie de la nou­velle époque »

En tant que di­rec­teur gé­né­ral du pro­jet de la ligne Ad­dis- Abe­ba–Dji­bou­ti de Chi­na Rail­way Group, Fu Xun est ar­ri­vé en Éthio­pie en 2012 pour les tra­vaux pré­pa­ra­toires. Il est ain­si un té­moin pri­vi­lé­gié du pro­jet dans son in­té­gra­li­té, al­lant de la pré­pa­ra­tion à l’achè­ve­ment, en pas­sant par tout le dé­rou­le­ment du chan­tier.

« Cette ligne per­met de ré­duire à dix heures le temps de tra­jet entre Ad­dis-Abe­ba et Dji­bou­ti, contre sept jours de trans­port rou­tier dans le pas­sé », ex­plique M. Fu. Di­plô­mé en 1985 en in­gé­nie­rie fer­ro­viaire à l’Ins­ti­tut des che­mins de fer de Chang­sha (l’ac­tuelle uni­ver­si­té du Centre-Sud de la Chine), Fu Xun a tou­jours été en pre­mière ligne de la construc­tion fer­ro­viaire de

la Chine. Il ne se rap­pelle plus exac­te­ment le nombre de lignes fer­ro­viaires dont il a par­ti­ci­pé à la construc­tion au cours des trois der­nières dé­cen­nies. Pour­tant, la ligne Ad­dis-Abe­ba–Dji­bou­ti compte par­mi ses pro­jets les plus mé­mo­rables et qui lui ont pro­cu­ré la plus grande fier­té.

Se­lon Fu Xun, cette ligne fer­ro­viaire, d’une lon­gueur to­tale de 752,7 km avec 45 gares des­ser­vies, a été conçue pour sup­por­ter une vi­tesse de 120 km/h. Avec un in­ves­tis­se­ment to­tal de quatre mil­liards de dol­lars, elle est la pre­mière à être construite hors de Chine par des en­tre­prises chi­noises avec une chaîne in­dus­trielle com­plète en uti­li­sant ex­clu­si­ve­ment les stan­dards et équi­pe­ments chi­nois. Les en­tre­prises chi­noises qui ont par­ti­ci­pé au pro­jet étaient is­sues de dif­fé­rents sec­teurs : la Banque chi­noise d’im­port-ex­port a ac­cor­dé un prêt, Chi­na Rail­way Group et d’autres en­tre­prises étaient char­gées de l’in­gé­nie­rie, l’ap­pro­vi­sion­ne­ment et la construc­tion, Chi­na In­ter­na­tio­nal En­gi­nee­ring Con­sul­ting Cor­po­ra­tion était res­pon­sable de la consul­ta­tion et de la sur­veillance…

La ligne fer­ro­viaire Ad­dis-Abe­ba–Dji­bou­ti, en tant que deuxième che­min de fer trans­na­tio­nal construit par la Chine en Afrique après ce­lui de Tan­za­nie-Zam­bie, a re­çu le sur­nom de « che­min de fer Tan­za­nie-Zam­bie de la nou­velle époque ». Mais en fait, il s’agit prin­ci­pa­le­ment ici d’un pro­jet à ca­rac­tère com­mer­cial qui fonc­tionne se­lon les règles du mar­ché, à la dif­fé­rence du che­min de fer Tan­za­nie-Zam­bie construit dans les an­nées 1970 grâce à l’as­sis­tance du gou­ver­ne­ment chi­nois.

Au mo­ment où l’Éthio­pie dé­ci­dait la construc­tion d’une nou­velle ligne fer­ro­viaire, des ex­perts suisses, aus­tra­liens et d’autres pays oc­ci­den­taux avaient été in­vi­tés à pré­sen­ter leurs pro­po­si­tions. Suite aux ins­pec­tions, ils ont par­ta­gé le constat qu’équi­per l’Éthio­pie d’un che­min de fer élec­tri­fié était une mis­sion im­pos­sible en rai­son de ses in­fra­struc­tures et ser­vices com­plé­men­taires ar­rié­rés. En outre, sur le plan tech­nique, ils trou­vaient dif­fi­cile la construc­tion d’un che­min de fer élec­tri­fié entre Dji­bou­ti, si­tué au ni­veau de la mer, et les pla­teaux d’Éthio­pie, d’une al­ti­tude moyenne dé­pas­sant 2 500 m.

Dans ces cir­cons­tances, Chi­na Rail­way Group a pris l’ini­tia­tive de se mettre en contact avec l’Éthio­pie. Les in­gé­nieurs de Rail­way Er­ju Co., Ltd et de Chi­na Rail­way Eryuan En­gi­nee­ring Group Co., Ltd y ont alors été en­voyés pour étu­dier l’en­vi­ron­ne­ment géo­lo­gique et hy­dro­lo­gique le long du par­cours du fu­tur che­min de fer. Ils ont ré­so­lu nombre de pro­blèmes tech­niques épi­neux grâce à leur riche ex­pé­rience en ma­tière de construc­tion des che­mins de fer et ont fi­ni par rem­por­ter les contrats d’in­gé­nie­rie, d’ap­pro­vi­sion­ne­ment et de construc­tion, suite à la re­mise d’un rap­port d’études de fai­sa­bi­li­té de haute qua­li­té et d’un pro­jet de concep­tion pré­li­mi­naire à Ethio­pian Rail­way Cor­po­ra­tion.

Au cours de la construc­tion, mal­gré la pé­nu­rie ma­té­rielle, la longue pé­riode de trans­port des équi­pe­ments im­por­tés, les mau­vaises condi­tions mé­di­cales, la bar­rière lin­guis­tique, les moeurs et cou­tumes dif­fé­rentes, les construc­teurs chi­nois se sont frayé un che­min alors qu’ils se trou­vaient face à une mon­tagne et ont éri­gé un pont pour tra­ver­ser une ri­vière. Ré­sul­tat : un autre mi­racle ac­com­pli dans la construc­tion des che­mins de fer, c’es­tà-dire, seule­ment 48 mois de­puis la mise en chan­tier jus­qu’à l’ou­ver­ture au tra­fic, dont 13 mois pour l’ins­tal­la­tion des rails en acier.

Les ha­bi­tants lo­caux sont ga­gnants

Au­pa­ra­vant, l’Éthio­pienne Iman n’avait ja­mais pris le train. Mais après la mise en ser­vice de la ligne Ad­dis-Abe­ba–Dji­bou­ti, elle ser­vi­ra les pas­sa­gers en tant que chef du per­son­nel du train sur la pre­mière ligne fer­ro­viaire élec­tri­fiée du conti­nent afri­cain. Toute la fa­mille en est fière.

Iman nous a confié que son frère, in­gé­nieur, avait été en­ga­gé en 2013 dans le pro­jet de la ligne Ad­dis-Abe­ba–Dji­bou­ti pour la to­po­gra­phie. Elle a donc dé­ci­dé de trou­ver un bou­lot lié au che­min de fer à l’ins­tar de son frère. Après la fin de ses études uni­ver­si­taires en 2016, Iman a po­sé sa can­di­da­ture pour tra­vailler au sein du per­son­nel du train pour le pro­jet de la ligne Ad­dis-Abe­ba–Dji­bou­ti et a re­çu une for­ma­tion lui per­met­tant de faire des pro­grès ra­pides et d’exau­cer son sou­hait.

D’après Fu Xun, au to­tal, près de 40 000 tra­vailleurs lo­caux ont été em­bau­chés pour la construc­tion de cette ligne. L’an­née der­nière, le consor­tium com­po­sé de Chi­na Rail­way Group et Chi­na Ci­vil En­gi­nee­ring Construc­tion Cor­po­ra­tion, une fi­liale de Chi­na Rail­way Construc­tion Cor­po­ra­tion, a si­gné un contrat sur le droit d’ex­ploi­ta­tion pen­dant une pé­riode de tran­si­tion de six ans sui­vant l’achè­ve­ment des tra­vaux. Au cours de cette pé­riode, plus de 2 000 tra­vailleurs lo­caux se­ront en­ga­gés pour prendre en charge le trans­port de mar­chan­dises et de pas­sa­gers, la ré­vi­sion du train, l’en­tre­tien des in­fra­struc­tures, etc.

Se­lon un proverbe chi­nois, plu­tôt que de don­ner du pois­son à quel­qu’un, mieux vaut lui ap­prendre à pê­cher. Du­rant la construc­tion de la ligne Ad­dis-Abe­ba–Dji­bou­ti, le gou­ver­ne­ment chi­nois et les en­tre­prises chi­noises ont fi­nan­cé la for­ma­tion du per­son­nel de che­min de fer pour l’Éthio­pie. Plus de 300 em­ployés d’Ethio­pian Rail­way Cor­po­ra­tion sont ve­nus à Bei­jing, Tian­jin et Cheng­du pour étu­dier l’in­gé­nie­rie fer­ro­viaire, la conduite de train, de même que l’en­tre­tien et la ré­pa­ra­tion dans des uni­ver­si­tés ou des écoles tech­niques se­con­daires.

Ta­desse, chauf­feur à Ethio­pian Rail­way Cor­po­ra­tion, compte par­mi ces chan­ceux. Après plu­sieurs tours de sé­lec­tion, il s’est dis­tin­gué par­mi des cen­taines de can­di­dats et est ve­nu en Chine afin d’ap­prendre à conduire le train. Un an plus tard, il est ren­tré en Éthio­pie et conti­nuait à pra­ti­quer ce qu’il avait ap­pris en Chine au­près des maîtres de for­ma­tion de Chi­na Rail­way Group. À pré­sent, Ta­desse est à même de conduire le train in­dé­pen­dam­ment. On compte 136 Éthio­piens qui, comme Ta­desse, sont ve­nus en Chine ap­prendre ces tech­niques et ser­vi­ront la ligne Ad­dis-Abe­ba–Dji­bou­ti.

Qui plus est, les construc­teurs chi­nois ont consi­dé­ré les pro­blèmes d’in­fra­struc­tures et de ser­vice pu­blic de l’Éthio­pie comme les leurs. En ef­fet, en dé­pit de ses riches res­sources sou­ter­raines en eau, le taux d’uti­li­sa­tion de l’eau reste faible en Éthio­pie. Pen­dant la sai­son sèche, les ha­bi­tants lo­caux vi­vant dans les ré­gions éloi­gnées sont confron­tés à des dif­fi­cul­tés sé­rieuses et obli­gés d’al­ler pui­ser de l’eau dans les pe­tits étangs si­tués à plu­sieurs ki­lo­mètres de leur mai­son. Afin d’ai­der les vil­la­geois le long du par­cours de la ligne à ré­soudre le pro­blème de l’ac­cès à l’eau po­table, les construc­teurs chi­nois leur ont trans­por­té de l’eau par ca­mions, ont po­sé des tuyaux d’eau du camp vers l’ex­té­rieur pour ali­men­ter les vil­la­geois du voi­si­nage et leur ont creu­sé gra­cieu­se­ment des puits dans des lieux réunis­sant les condi­tions né­ces­saires.

Fi­nan­cer l’édu­ca­tion, ré­pa­rer les salles de classe, re­boi­ser les bor­dures des voies fer­rées, construire des routes pour fa­ci­li­ter le pas­sage des gens aux abords des chan­tiers… tous ces gestes ont per­mis aux Éthio­piens de res­sen­tir l’ami­tié des construc­teurs chi­nois. Comme l’in­diquent les sta­tis­tiques, de­puis quatre ans, Chi­na Rail­way Group a bâ­ti en Éthio­pie des routes ru­rales to­ta­li­sant quelque 400 km, creu­sé 19 puits aux en­vi­rons du camp en plus d’une ving­taine de points d’ali­men­ta­tion d’eau, et amé­na­gé plus de 2 000 m2 de ter­rains d’école.

Fin 2015, af­fec­tée par le phé­no­mène El Niño, l’Éthio­pie avait souf­fert de la pire sé­che­resse de­puis 30 ans, au cours de la­quelle plus de huit mil­lions de si­nis­trés eurent un be­soin urgent d’aide ali­men­taire. Plu­sieurs pays et or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales, dont la Chine, ont of­fert quan­ti­té de ma­té­riels de se­cours, mais mal­heu­reu­se­ment, ceux-ci ont été blo­qués dans le port de Dji­bou­ti par manque de ca­pa­ci­té de trans­port rou­tier. Suite à la de­mande du gou­ver­ne­ment éthio­pien, la par­tie chi­noise a en­ta­mé im­mé­dia­te­ment l’étude du pro­jet de trans­port fer­ro­viaire tem­po­raire en met­tant en ser­vice à l’avance la ligne Ad­dis-Abe­ba–Dji­bou­ti et en em­ployant ses propres lo­co­mo­tives au die­sel pour trans­por­ter plus de 100 000 tonnes d’aide hu­ma­ni­taire.

Mo­teur du fu­tur en Afrique de l’Est

Le che­min de fer Ad­dis-Abe­ba–Dji­bou­ti est qua­li­fié de « ligne vi­tale me­nant à l’ave­nir ».

L’Éthio­pie est un pays en­cla­vé dont 90 % des im­por­ta­tions et ex­por­ta­tions passent par le port de Dji­bou­ti. Mais l’unique route re­liant ces deux pays est à bout de souffle, si bien qu’il faut en­vi­ron sept jours pour le trans­port des pro­duits, fai­sant de cette so­lu­tion un moyen lent et coû­teux. Avec dix heures de temps de tra­jet contre sept jours dans le pas­sé, la ligne fer­ro­viaire Ad­disA­be­ba–Dji­bou­ti de­vien­dra une voie ma­jeure fa­vo­ri­sant l’exportation des pro­duits, les tran­sports et les com­mu­ni­ca­tions pour l’Éthio­pie, voire même pour l’Afrique de l’Est. Elle ai­de­ra à amé­lio­rer consi­dé­ra­ble­ment la si­tua­tion ac­tuelle des in­fra­struc­tures de trans­port et l’ef­fi­cience com­mer­ciale et lo­gis­tique entre l’Éthio­pie et Dji­bou­ti tout en rayon­nant dans les pays voi­sins et les ré­gions en­cla­vées afri­caines.

Lors de la cé­ré­mo­nie d’inau­gu­ra­tion de cette ligne, Xu Shao­shi, en­voyé spé­cial du pré­sident chi­nois Xi Jin­ping et mi­nistre char­gé de la Com­mis­sion na­tio­nale du dé­ve­lop­pe­ment et de la ré­forme, a in­di­qué que la ligne Ad­dis-Abe­ba–Dji­bou­ti, la pre­mière ligne élec­tri­fiée trans­na­tio­nale en Afrique, mar­quait un ja­lon im­por­tant dans le dé­ve­lop­pe­ment de l’Éthio­pie et du Dji­bou­ti. C’est aus­si un pro­jet em­blé­ma­tique de la co­opé­ra­tion si­no-afri­caine non seule­ment en ma­tière de ca­pa­ci­tés de pro­duc­tion mais aus­si au re­gard de la construc­tion de trois ré­seaux ma­jeurs (voies TGV, au­to­routes, lignes d’avia­tion ré­gio­nales) et du ren­for­ce­ment des in­fra­struc­tures dans l’in­dus­tria­li­sa­tion. Se­lon lui, s’agis­sant d’un fruit sym­bo­lique et d’un ap­pui im­por­tant des Nou­velles Routes de la Soie, cette ligne in­suf­fle­ra une nou­velle vi­ta­li­té au dé­ve­lop­pe­ment de l’Éthio­pie et du Dji­bou­ti.

Le pré­sident dji­bou­tien Is­maïl Omar Guel­leh et le pre­mier mi­nistre éthio­pien Hai­le­ma­riam De­sa­le­gn ont dé­cla­ré res­pec­ti­ve­ment, dans leurs dis­cours, que la ligne Ad­dis-Abe­ba–Dji­bou­ti contri­bue­ra au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique des deux pays et qu’elle fe­ra des ré­gions le long du par­cours un cou­loir éco­no­mique où l’on ver­ra ap­pa­raître de nou­velles op­por­tu­ni­tés de dé­ve­lop­pe­ment. Ils sont tous deux per­sua­dés que cette ligne don­ne­ra une phy­sio­no­mie toute nou­velle à l’Afrique de l’Est.

Es­sai glo­bal de la lo­co­mo­tive élec­trique sur le che­min de fer Ad­dis-Abe­ba—Dji­bou­ti, le 15 août 2016

For­ma­tion du per­son­nel fer­ro­viaire avant la mise en ser­vice de la ligne

Pho­to du per­son­nel de Chi­na Rail­way Group lors de la cé­ré­mo­nie d’inau­gu­ra­tion de la ligne, le 5 oc­tobre 2016

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