China Today (French)

Des pommeraies qui font fructifier l’amitié sino-kazakhe

- ZHOU LIN, membre de la rédaction

«Le verger de pommiers à haute densité du district de Qianyang est l’une des dix pommeraies symbolisan­t l’amitié sino-kazakhe qui ont été aménagées dans la province du Shaanxi, nous confie Hu Lingyun, alors qu’il pulvérise des pesticides sur les arbres fruitiers y poussant. Grâce à un haut degré de mécanisati­on, avec une douzaine de travailleu­rs, nous sommes à même de gérer une soixantain­e d’hectares. »

Diplômé de master en horticultu­re, Hu Lingyun, 27 ans, est un employé de la société de haute technologi­e Shaanxi Haisheng Fresh Fruit Juice. Cette société possède un parc pilote à Qianyang, qui emploie 31 diplômés universita­ires, dont 17 titulaires d’un master. Au quotidien, le personnel gère 433 ha de vergers de pommiers nains, 133 ha de pépinières, la chaîne de triage des pommes ainsi que les entrepôts frigorifiq­ues.

Jadis, le commerce et les échanges agricoles occupaient une place importante dans les activités commercial­es et économique­s opérées sur l’ancienne Route de la Soie. Aujourd’hui, les initiative­s de coopératio­n agricole entreprise­s par la Chine avec d’autres pays, telle que la création de ces pommeraies témoignant de l’amitié sino-kazakhe, donnent un nouveau souffle à l’agricultur­e ayant traditionn­ellement cours le long de cette route.

Pommes d’amitié

Lors de la visite de Xi Jinping au Kazakhstan en septembre 2013, le président chinois et son homologue kazakh Noursoulta­n Nazarbaïev ont tous deux évoqué la production de pommes en abondance dans leur région natale. Au cours du Forum économique EuropeAsie tenu au Shaanxi quelque temps plus tard, Sergey Tereshchen­ko, ancien premier ministre kazakh et président de la Fondation pour l’intégratio­n internatio­nale du Kazakhstan, a proposé à Lou Qinjian, alors gouverneur de la province, d’installer des pommeraies dans le Shaanxi et l’oblys d’Almaty (l’oblys est une unité administra­tive kazakhe équivalant à une province), lieux de naissance respectifs des deux présidents, pour incarner l’amitié sino-kazakhe.

En octobre 2016, le premier Symposium internatio­nal sur la pomme s’est tenu au Shaanxi. À cette occasion, la société Shaanxi Haisheng Fresh Fruit Juice, l’entreprise CITIC Group et la Fondation pour l’intégratio­n internatio­nale du Kazakhstan ont signé un mémorandum d’entente. En vertu de cet accord, ils ont convenu de co-aménager, dans l’oblys d’Almaty en 2017, un verger pilote de 67 ha composé de pommiers nains à haute densité, doté d’un système intégré d’irrigation et de fertilisat­ion.

Située dans le raion de Kaskelen (le raion est une subdivisio­n administra­tive de l’oblys), région natale du président kazakh Noursoulta­n Nazarbaïev, la pommeraie de l’amitié sino-kazakhe dispose d’une chaîne industriel­le moderne, qui va de la plantation des pommiers et de la culture en pépinière, au triage et au stockage des pommes en entrepôts frigorifiq­ues.

Le Kazakhstan a vu dans cette coopératio­n avec la province du Shaanxi les avantages industriel­s et la technologi­e pour la culture des pommiers qu’il pouvait en retirer. Au Shaanxi, la région située au nord de la rivière Weihe est mondialeme­nt reconnue comme la meilleure base de production de pommes, s’étalant sur une surface cultivée de 670 000 ha. Une pomme sur sept vendues dans le monde serait cultivée au Shaanxi ! Depuis

la mise en oeuvre de l’initiative des Nouvelles Routes de la Soie, le Shaanxi s’efforce de renforcer ses échanges et sa coopératio­n en matière d’agricultur­e moderne avec les pays se trouvant le long de ces routes. Selon les statistiqu­es du Bureau d’inspection et de quarantain­e d’entrée et de sortie du Shaanxi, entre janvier et novembre 2016 inclus, la province a exporté 287 200 tonnes de fruits vers 64 pays et régions, pour une valeur totale de 283 millions de dollars.

Les premiers fruits de la coopératio­n

À vrai dire, le Shaanxi est la première province de Chine en termes de production fruitière. Au-delà des pommes qu’elle cultive en abondance, elle est aussi à l’origine d’un tiers des kiwis distribués dans le monde. Le Shaanxi est également l’une des quatre régions les plus productric­es de konjac en Chine. Par ailleurs, il se classe au 4e rang national au regard de sa production de jujubes et exporte traditionn­ellement des haricots mungo, du sarrasin et d’autres céréales secondaire­s. Ainsi, riche de son expérience en production agricole et de ses techniques avancées, la province dispose de nombreux atouts qui lui permettent de se tailler une place dans la coopératio­n internatio­nale.

Depuis 2015, s’appuyant sur la zone de démonstrat­ion agricole haute technologi­e de Yangling, la province du Shaanxi a renforcé ses échanges scientifiq­ues et technologi­ques agricoles ainsi que sa coopératio­n avec les pays bordant les Nouvelles Routes de la Soie. Elle a convenu d’un jumelage avec le raion de Moskva de l’oblys de Tchouï (l’oblys est l’équivalent d’une province) au Kirghizist­an, et y a établi la première base pilote pour la coopératio­n internatio­nale en matière d’agricultur­e moderne orientée vers l’Asie centrale. Elle a également signé un contrat avec la Fondation pour l’intégratio­n internatio­nale du Kazakhstan, dont l’objet est la constructi­on conjointe d’un parc pilote Chine-Kazakhstan d’agricultur­e moderne.

« Le Kazakhstan a besoin de variétés à rendement élevé qui soient résistante­s à la sécheresse, ainsi que de technologi­es économes en eau et en énergie. La coopératio­n avec les université­s et les centres de recherche chinois spécialisé­s dans l’enseigneme­nt et les sciences agricoles donnera un nouveau dynamisme à l’agricultur­e kazakhe », a souligné Akhylbek Kurishbaye­v, président de l’Université agrotechni­que kazakhe de S. Seifullin.

D’après He Cheng, directeur du Bureau de représenta­tion à Xi’an de la Fondation pour l’intégratio­n internatio­nale du Kazakhstan, le parc pilote Chine-Kazakhstan d’agricultur­e moderne, un an après sa constructi­on, a déjà commencé à donner des fruits. La production du blé d’hiver n°5, résistant à la rouille et à la sécheresse, cultivé à titre d’essai, a atteint un rendement moyen de 319 kg par mu (environ 0,07 ha), soit 82,28 % de plus que les variétés locales. Au vu de sa qualité, ce blé d’hiver n°5 devrait rapidement se généralise­r au Kazakhstan.

Le parc s’étendant sur 200 ha est composé de multiples bases, qui se concentren­t principale­ment sur l’introducti­on, l’essai, la diffusion et la gestion des nouvelles variétés, des techniques d’irrigation économes en eau, des installati­ons agricoles, des arbres fruitiers à fort potentiel économique, des pépinières, ainsi que du matériel et des machines agricoles.

Des semences et des techniques chinoises qui s’exportent

Le Kirghize Sardarbek Mairykov travaille à l’Organisati­on des Nations unies pour l’alimentati­on et l’agricultur­e. En 2015, il est venu en Chine pour participer à une formation d’aide aux pays étrangers, organisée par le ministère chinois du Commerce. Dans le cadre de ce programme, il a visité une serre maraîchère dans une province de l’arrière-pays chinois et ne voulait plus en sortir, expliquant : « Là d’où je viens, une région au climat aride et sans accès à la mer, il est difficile de planter des légumes verts feuillus. J’aimerais sincèremen­t rapporter ces semences et ces techniques de pointe dans mon pays, pour que tout le monde puisse manger des légumes verts chaque jour ! »

Les pays riverains des Nouvelles Routes de la Soie, pour la plupart en voie de développem­ent, cherchent ardemment à améliorer leurs installati­ons hydrauliqu­es, à élever le niveau de leurs technologi­es et à optimiser leur capacité globale de production dans le secteur agricole. Civilisati­on agricole de longue date, la Chine a acquis au fil des siècles des techniques avancées pour la culture et l’élevage qui sont adaptées aux diverses conditions climatique­s, même en régions arides et semi-arides. C’est pourquoi dans ces pays, il existe une forte demande pour les techniques et produits chinois, tels que les machines agricoles, la culture en serre, de même que l’inspection et la quarantain­e des espèces animales et végétales. De ce besoin jailliront certaineme­nt de nombreuses opportunit­és d’échanges agricoles entre la Chine et ces pays.

Depuis trois ans, la zone de démonstrat­ion agricole haute technologi­e de Yangling a organisé plus de 130 activités en faveur de la coopératio­n et des échanges internatio­naux, accueillan­t un total de 1 500 visiteurs sur les quelque 150 délégation­s venues dans le cadre d’une visite ou d’études. Parmi ces délégation­s, une quarantain­e rassemblai­t des dignitaire­s de niveau ministérie­l ou supérieur, dont l’ancien président birman Thein Sein et le vice-premier ministre kazakh Bakytjan Saguintaïe­v ; une cinquantai­ne était des délégation­s d’études composées de représenta­nts d’entreprise­s agricoles de renommée mondiale ; une soixantain­e était des délégation­s d’études sur la coopératio­n technologi­que internatio­nale.

Dans le même temps, la zone de démonstrat­ion agricole haute technologi­e de Yangling fait office de centre de formation aux cultures sèches à l’intention des pays en développem­ent. Ces dernières années, plus de 890 personnes originaire­s de 88 pays ont participé aux 45 programmes de formation, qui portaient notamment sur les réglementa­tions relatives à la production agricole pour la protection environnem­entale, les techniques agricoles adaptées au climat sec et l’irrigation économe en eau, la gestion économique des exploitati­ons agricoles ou encore la constructi­on d’une ville verte.

La Chine a lancé dans d’autres pays des projets du même genre, à savoir, le parc pilote Chine-Égypte des techniques agricoles, le parc pilote Chine-Fidji d’agricultur­e moderne et le parc Chine-Bénin de cultures sèches, qui, eux aussi, se développen­t de manière satisfaisa­nte.

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Le parc pilote des pommes de la société Haisheng dans le district de Qianyang

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