Le plus an­cien mo­nas­tère chré­tien d’Irak dé­truit par Daech

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Le mo­nas­tère Saint-Elie (Dair Mar Elia) de Mos­soul, le plus an­cien mo­nas­tère chré­tien d’Irak vieux de 1400 ans, a été dé­truit par les dji­ha­distes de l’Etat is­la­mique (Daech).

Les images sa­tel­lites dif­fu­sées mer­cre­di der­nier par l’agence As­so­cia­ted Press confirment la des­truc­tion du plus vieux mo­nas­tère chré­tien d’Irak si­tué dans la ville ira­kienne de Mos­soul. Ré­duit en pous­sière par l’État is­la­mique, le mo­nas­tère Saint-Elie âgé de 1400 ans au­rait été dé­truit, se­lon toute pro­ba­bi­li­té entre le 27 août et le 28 sep­tembre 2014. C’est un nou­veau site his­to­rique ap­par­te­nant au pa­tri­moine mon­dial qui dis­pa­raît.

Dès le mois de juin 2014, au mo­ment où Mos­soul est tom­bé aux mains des ji­ha­distes de l’État is­la­mique, les au­to­ri­tés re­li­gieuses mais aus­si les dé­fen­seurs du pa­tri­moine du Moyen-Orient avaient émis des craintes concer­nant le de­ve­nir de ce bâ­ti­ment his­to­rique.

Construit entre 582 et 590 AC, le mo­nas­tère Saint-Elie ap­pe­lé aus­si Dair Mar Elia porte le nom du moine chré­tien as­sy­rien – Saint-Élie. S’éten- dant sur près de 2500 mètres car­rés, il res­sem­blait à une for­te­resse construite sur une col­line, au-des­sus de Mos­soul. Site sa­cré pour les chré­tiens ira­kiens pen­dant des siècles, des lettres grecques «chi» et «rho» qui re­pré­sentent les deux pre­mières lettres du nom de Ch­rist étaient gra­vées à l’en­trée de ce mo­nu­ment.

Com­po­sé de 26 pièces dis­tinctes, d’un sanc­tuaire et d’une cha­pelle, ni l’épreuve du temps par l’éro­sion ou par les nom­breuses guerres tra­ver­sées par le pays n’avait pu le dé­truire même si une grande par­tie du toit avait dis­pa­ru. Pen­dant la guerre d’Irak, d’ailleurs des mi­li­taires amé­ri­cains s’en étaient ser­vis comme lieu de culte.

Les pires pres­sen­ti­ments de des­truc­tion au mo­ment de la prise de Mos­soul par Daech en 2014 se sont mal­heu­reu­se­ment mus en réa­li­té. C’est à la suite de la de­mande de l’agence As­so­cia­ted Press que le ca­bi­net d’ima­ge­rie spa­tiale Di­gi­talG­lobe a pris des pho­tos sa­tel­lites du site. Grâce à la com­pa­rai­son de ces images avec celles qui avaient été prises an­té­rieu­re­ment, la so­cié­té res­pon­sable a pu da­ter le mo­ment de la des­truc­tion. Se­lon Ste­phen Wood, le PDG de l’ana­lyse AllSource qui est spé­cia­li­sé en ima­ge­rie sa­tel­li­taire, avant le 27 août, on aper­ce­vrait le mo­nas­tère et ses 26 chambres, sa cha­pelle et son sanc­tuaire, ce qui n’est plus le cas un mois plus tard puisque les «murs de pierre ont été lit­té­ra­le­ment pul­vé­ri­sés». «Des bull­do­zers, du ma­té­riel lourd, des mar­teaux de for­ge­ron, et peut-être des ex­plo­sifs ont ré­duit ces murs de pierre en un champ de pous­sière grise-blanche. Ils l’ont com­plè­te­ment dé­truit». ex­plique en­core ce spé­cia­liste.

Le mo­nas­tère Saint-Elie de Mos­soul vient re­joindre la liste dé­jà longue de plus de 100 sites re­li­gieux et his­to­riques dé­mo­lis en Sy­rie et en Irak, comme la des­truc­tion du Temple de Bel de Pal­myre, un très bel édi­fice de cette ci­té an­tique. Face à la des­truc­tion du plus an­cien mo­nas­tère chré­tien d’Irak, le révérend Paul Tha­bit Ha­bib, en exil à Er­bil, une ville si­tuée dans le nord de l’Irak a dé­cla­ré à l’agence As­so­cia­ted Press: «Je ne peux pas dé­crire ma tris­tesse. Notre his­toire chré­tienne à Mos­soul est vic­time d’une bar­ba­rie ja­mais éga­lée. Nous voyons ce­la comme une ten­ta­tive de nous ex­pul­ser [les chré­tiens] d’Irak et l’éli­mi­ner notre exis­tence sur cette terre.»

Les chiffres viennent faire écho à l’af­fir­ma­tion de cet homme re­li­gieux : se­lon les au­to­ri­tés re­li­gieuses, la po­pu­la­tion chré­tienne est pas­sée de 1,3 mil­lion à 300 000 fi­dèles. Des mil­liers de ci­vils ont été mas­sa­crés par l’État is­la­mique et d’autres ont dû fuir une ré­gion où pour­tant ils étaient ins­tal­lés de­puis 2000 ans.

La di­rec­trice gé­né­rale de l'Unes­co, Iri­na Bo­ko­va, a de sa part ex­pri­mé jeu­di sa pré­oc­cu­pa­tion après la des­truc­tion du mo­nas­tère Saint Elie à Mos­soul en Irak. "J'ex­prime mes plus vives pré­oc­cu­pa­tions après la des­truc­tion du mo­nas­tère Saint Elie. Il était le plus an­cien mo­nas­tère d'Irak, et le té­moin pré­cieux de la riche di­ver­si­té cultu­relle et re­li­gieuse de ce pays.

Pen­dant 1.400 ans ce mo­nas­tère a ser­vi de lieu de culte et de mé­di­ta­tion, dont l'exis­tence était ac­cep­tée par des gens de toutes les confes­sions. Sa des­truc­tion est une nou­velle at­taque vio­lente contre le peuple ira­kien, qui confirme les crimes contre l'hu­ma­ni­té et l'am­pleur du net­toyage cultu­rel en cours en Irak", a dé­cla­ré Mme Bo­ko­va.

"L'Unes­co de­meure ré­so­lue à pro­té­ger le pa­tri­moine de l'Irak et à me­ner la lutte contre le tra­fic illi­cite des biens cultu­rels, qui contri­bue di­rec­te­ment au fi­nan­ce­ment du ter­ro­risme", a en­fin sou­li­gné la di­rec­trice gé­né­rale de l'Unes­co. L'édi­fice avait sur­vé­cu à des siècles de ca­tas­trophes na­tu­relles et de spo­lia­tions. Des gé­né­ra­tions de moines avaient prié dans sa cha­pelle à la lu­mière de la bou­gie. Sur la porte d'en­trée, avaient été creu­sées les lettres grecques «chi» et «rho», re­pré­sen­tant les deux pre­mières lettres du nom du Ch­rist dans l'al­pha­bet grec. Tou­jours nom­mée «la grande ville» dans la Bible, Mos­soul n'est pas le seul lieu à avoir su­bi des exac­tions de cet ordre. Le «ré­gi­ment de pi­rates qui n'a rien d'un état» comme l'ap­pelle Joann Sfar, s'est li­vré à des actes de des­truc­tion dans de nom­breux sites an­tiques en Sy­rie et en Irak, no­tam­ment dans le pres­ti­gieux sanc­tuaire de Pal­myre, tom­bé aux mains des dji­ha­distes en mai der­nier. L'État is­la­mique a dé­jà tué des mil­liers de ci­vils et contraint des cen­taines de mil­liers de chré­tiens à fuir la ré­gion où ils étaient ins­tal­lés de­puis près de 2.000 ans.

Le mo­nas­tère Saint-Elie

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