Mer­veilleuse dé­cou­verte dans la né­cro­pole des py­ra­mides d’Abou­sir

Un an­cien na­vire de 18 mètres de long vient d'être dé­cou­vert par une équipe d'ar­chéo­logues tchèque. Il re­mon­te­rait à l’Égypte an­tique et da­te­rait ain­si d'il y a plus de 4.500 ans. Il a été re­trou­vé non loin du Caire, près des py­ra­mides d'Abou­sir, dans une

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية -

L’Égypte n'a vi­si­ble­ment pas fi­ni de dé­voi­ler tous ses tré­sors. Si de très nom­breuses fouilles ont dé­jà eu lieu au cours des der­niers siècles, les ar­chéo­logues par­viennent en­core à y faire des dé­cou­vertes éton­nantes. C'est le cas d'une équipe tchèque de l'Uni­ver­si­té de Prague qui vient d'an­non­cer avoir mis au jour un an­cien na­vire au sud du Caire, non loin des py­ra­mides d'Abou­sir. Cette dé­cou­verte a été réa­li­sée dans le cadre de fouilles me­nées de­puis 2009 sur un large mas­ta­ba, un grand édi­fice fu­né­raire égyp­tien pour pha­raons et no­table du ré­gime. Le ba­teau était ca­ché à 12 mètres du lieu et re­mon­te­rait à 2.500 avant J.C. Les ex­perts s'ap­puient sur dif­fé­rents élé­ments pour le da­ter et no­tam­ment sur des élé­ments gla­nés tout au­tour, des po­te­ries ou de la vais­selle. Les ar­chéo­logues ont dé­cou­vert un bol avec gra­vé des­sus "Roi Hou­ni de la troi­sième dy­nas­tie". Bien que le na­vire soit en­ter­ré à 12 mètres du mas­ta­ba, son orien­ta­tion et sa lon­gueur sug­gèrent qu'il y a une connexion évi­dente entre les deux. Le dé­funt était pro­ba­ble­ment le pro­prié­taire du ba­teau. Mais son iden­ti­té reste très mys­té­rieuse. Un dé­funt au rang social éle­vé. Comme le sou­ligne le com­mu­ni­qué, le tom­beau n'est pas si­tué près de la py­ra­mide royale, ce qui si­gni­fie que le pro­prié­taire n'était sur­ement pas membre de la fa­mille royale. Tou­te­fois, plu­sieurs élé­ments sug­gèrent qu'il s'agis­sait d'une "per­son­na­li­té au rang ex­trê­me­ment éle­vé". "En réa­li­té, c'est une dé­cou­verte hau­te­ment in­ha­bi­tuelle parce que les ba­teaux d'une telle taille et construc­tion étaient, du­rant cette pé­riode, ré­ser­vés uni­que­ment aux membres de l'élite de la so­cié­té, qui ap­par­te­naient gé­né­ra­le­ment à la fa­mille royale", in­dique dans le com­mu­ni­qué le Dr Mi­ro­slav Bár­ta qui di­rige la mis­sion. De même, le fait d'en­ter­rer un na- vire à cô­té du dé­funt était une pra­tique ré­pan­due à l'époque mais uni­que­ment pour les membres de la fa­mille royale. Outre ce mys­tère, le ba­teau re­pré­sente une pièce par­ti­cu­liè­re­ment pré­cieuse car peu d'em­bar­ca­tions de l'an­cienne Égypte ont été re­trou­vés dans un si bon état de con­ser­va­tion. "Les planches de bois étaient at­ta­chées les unes aux autres par des che­villes en bois", ex­plique Lu­cie Kett­ne­ro­va, ar­chéo­logue de l'équipe. "D'ex­tra­or­di­naire ma­nière, le sable du dé­sert qui le re­cou­vrait a pré­ser­vé les ma­tières vé­gé­tales qui étaient sur les cou­tures de planches". Ain­si, le ba­teau va consti­tuer un tré­sor riche en in­for­ma­tions pour les ar­chéo­logues. "C'est en tous points une dé­cou­verte re­mar­quable" qui "contri­bue­ra à mieux com­prendre les na­vires d’Égypte an­cienne ain­si que leur place dans le culte fu­né­raire", sou­ligne le Dr Mi­ro­slav Bár­ta avant de conclure : "Et où il y a un ba­teau, il pour­rait bien y avoir plus".

Les ba­teaux sont d'une grande im­por­tance dans la ci­vi­li­sa­tion égyp­tienne an­tique. Nombre de ceux-ci as­su­raient le tra­fic tout le long du Nil, voie de trans­port prin­ci­pale re­liant le pays du nord au sud.

De plus, ils avaient une di­men­sion sym­bo­lique et re­li­gieuse forte. Le dieu-so­leil Rê lui-même dis­pose de deux barques :

- la pre­mière qui l'em­mène du­rant sa course diurne, lors­qu'il oc­cupe le ciel,

- la se­conde dé­diée à son tra­jet dans le royaume des morts, qu'il ac­com­plit du­rant la nuit.

Mais que fai­sait donc un ba­teau dans un site fu­né­raire ? C'est en­core un point qui n'a pas été to­ta­le­ment tran­ché par les spé­cia­listes. Est-ce un moyen de trans­port pour les dé­funts dans l'autre monde, ou est-ce un sym­bole de la barque uti­li­sée par Rê dans sa tra­ver­sée du monde sou­ter­rain?

Nous connais­sons plu­sieurs ba­teaux uti­li­sés dans les com­plexes fu­né­raires. Les plus connus sont les barques de Khéops, re­trou­vées dans cinq fosses aux pieds de la Grande Py­ra­mide, et dont cer­taines sont en­core au­jourd'hui en cours de res­tau­ra­tion en Egypte. Là, il s'agi­rait bien de "barques so­laires", des­ti­nées à em­me­ner le pha­raon dé­funt, sur le mo­dèle du par­cours du dieu­so­leil. En 1952, des ar­chéo­logues ont pu dé­ter­rer le mieux pré­ser­vé d'entre eux, une em­bar­ca­tion de 43 mètres de long, to­tale- ment dé­mon­tée. Ses 1224 pièces étaient soi­gneu­se­ment nu­mé­ro­tées, les sym­boles mar­qués sur le bois consti­tuant une sorte de "no­tice de mon­tage" pour qu'elle puisse être ré­as­sem­blée dans l'autre monde...

Le plus an­cien, lui, me­sure en­vi­ron six mètres et re­mon­te­rait à la pre­mière dy­nas­tie (2950 avant notre ère). Il a été trou­vé sur un autre site fu­né­raire, ce­lui d'Abou Ra­wash, à quelques ki­lo­mètres au nord de Gui­zeh, et ap­par­te­nait à un Egyp­tien de haut rang. En tout, les restes d'une ving­taine de ces ba­teaux ont été re­trou­vés en divers sites fu­né­raires. Mal­heu­reu­se­ment, nombre de fosses dans les­quelles des barques fu­né­raires avaient été en­se­ve­lies ont été vi­dées de leur bois. Dans d'autres, il ne res­tait que de la pous­sière brune de la forme de l'em­bar­ca­tion ori­gi­nale.

Dans un tel contexte, la dé­cou­verte faite à Abou­sir est re­mar­quable à plu­sieurs titres.

L'état de con­ser­va­tion du ba­teau, tout d'abord : on peut en­core voir les che­villes de bois ser­vant à l'as­sem­blage des planches, ain­si que des lattes en fibres qui re­cou­vraient le bois. Alors que d'autres na­vires étaient dé­mon­tés, ce­lui d'Abou­sir, lui, com­porte tous ses élé­ments dans leur em­pla­ce­ment d'ori­gine. Ce der­nier point va d'ailleurs ai­der les spé­cia­listes à mieux com­prendre les tech­niques uti­li­sées par les Egyp­tiens de cette pé­riode de l'an­ti­qui­té pour construire leurs na­vires.

La barque d'Abou­sir est aus­si une au­baine pour es­sayer d'in­ter­pré­ter les cou­tumes fu­né­raires liées à ces em­bar­ca­tions. Le fait qu'elle soit connec­tée à la tombe d'une per­sonne de rang éle­vé, mais qui ne fai­sait pas par­tie de la fa­mille royale, mé­rite une ex­pli­ca­tion. Le tra­vail ef­fec­tué par l'équipe va re­pré­sen­ter une contri­bu­tion consi­dé­rable à la com­pré­hen­sion des em­bar­ca­tions de l'Egypte an­cienne et de leur place dans le culte fu­né­raire.

Le site d'Abou­sir où le ba­teau a été dé­cou­vert

Vue du ba­teau du­rant l'ex­ca­va­tion

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.