Ap­pel à l'uni­té pour vaincre Daech

Moins de quinze jours après le car­nage de Nice, la France se re­trou­vait à nou­veau en état de choc après l'égor­ge­ment mar­di par deux ji­ha­distes d'un prêtre dans son église.

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية -

Les re­pré­sen­tants des re­li­gions pré­sentes en France ont mon­tré mer­cre­di leur uni­té, cru­ciale se­lon eux pour vaincre l'or­ga­ni­sa­tion Etat is­la­mique (Daech), au len­de­main de l'as­sas­si­nat d'un prêtre. Le pré­sident de la Confé­rence des re­pré­sen­tants des cultes a ju­gé "in­con­ce­vable et in­fai­sable" de pro­té­ger tous les lieux de culte, après une réunion de la Confé­rence avec Fran­çois Hol­lande, le Pre­mier mi­nistre, Ma­nuel Valls, et le mi­nistre de l'In­té­rieur, Bernard Ca­ze­neuve, à l'Ely­sée. Pour pro­té­ger ces lieux, Fran­çois Cla­vai­ro­ly, qui pré­side éga­le­ment la Fé­dé­ra­tion pro­tes­tante de France, a es­ti­mé qu'"il s’agit de faire ap­pel à la maî­trise de cha­cun, aux bonnes pra­tiques, à la sur­veillance, à la res­pon­sa­bi­li­té de cha­cun". Après le meurtre du prêtre à Saint-Etienne du Rou­vray (Seine-Ma­ri­time), près de Rouen, Fran­çois Hol­lande a pro­mis au pape Fran­çois de tout faire pour pro­té­ger les églises. L'uni­té, a pour­sui­vi Fran­çois Cla­vai­ro­ly, est "la condi­tion de la vic­toire contre Daech". "Daech dé­sire jouer avec la dé­mo­cra­tie et la vaincre et Daech per­dra, ce­la nous a été as­su­ré et ce­la nous le croyons", a-t-il ajou­té. Un mes­sage re­layé par l'ar­che­vêque de Paris. "Nous ne pou­vons pas nous lais­ser en­traî­ner dans le jeu po­li­tique de Daech qui veut dres­ser les uns contre les autres les enfants d’une même fa­mille", a dit André Vingt-Trois. Pour les ca­tho­liques, "leur croyance au Ch­rist ne fait pas d’eux des com­bat­tants, des mi­li­tants, elle fait d’eux des hommes de paix, de ré­con­ci­lia­tion et d’amour", a-t-il ajou­té. Le rec­teur de la mos­quée de Paris, Da­lil Bou­ba­keur, a quant à lui condam­né "ce sa­cri­lège blas­phé­ma­toire, contraire à tout l’enseignement de notre re­li­gion" et dit la si­dé­ra­tion et le re­jet de ce crime par tous les mu­sul­mans de France. A no­ter que la mos­quée de Saint-Étienne-duRou­vray a été inau­gu­rée en 2000 sur une par­celle de ter­rain of­ferte par la pa­roisse ca­tho­lique de la ville.

L'at­taque

L'at­taque, ra­pi­de­ment en­dos­sée par l'or­ga­ni­sa­tion État is­la­mique s'est dé­rou­lée à Saint-Étienne-duRou­vray, une ci­té ou­vrière de 29 000 ha­bi­tants dans la ban­lieue de Rouen, en Nor­man­die. En pleine messe, deux as­saillants ont fait ir­rup­tion dans l'église où se trou­vaient au moins cinq per­sonnes et égor­gé le père Jacques Ha­mel, un prêtre oc­to­gé­naire. Un autre otage a été griè­ve­ment bles­sé. Les as­saillants, qui ont crié «Al­lah Ak­bar!», ont été abat­tus par la police au mo­ment où ils sor­taient sur le par­vis de l'église. Ils avaient des armes blanches, se­lon des sources proches du dos­sier. Le prêtre «était en­core en aube, il était au pied de l'au­tel, ils l'ont obli­gé à se mettre à ge­noux et à ne pas bou­ger. Quand on a vu le cou­teau, la main droite, j'ai dit bon, c'est sûr que là, y a quelque chose qui va se pas­ser», a té­moi­gné dans des mé­dias fran­çais une re­li­gieuse, Soeur Danielle, qui a don­né l'alerte en réus­sis­sant à s'en­fuir avant le meurtre. «Ils se sont en­re­gis­trés. Ils ont fait un peu comme un ser­mon au­tour de l'au­tel en arabe», a-t-elle ajou­té.

L'un des deux as­saillants iden­ti­fié comme Adel Ker­miche, âgé de 19 ans et né en France, était dé­jà in­cul­pé pour liens avec le ter­ro­risme et avait été pla­cé en dé­ten­tion avant de bé­né­fi­cier d'une liberté condi­tion­nelle. Il avait ten­té de ral­lier la Syrie par deux fois en 2015, et de­puis sa li­bé­ra­tion, il avait obli­ga­tion de por­ter un bra­ce­let élec­tro­nique per­met­tant à la police de le lo­ca­li­ser en per­ma­nence.

Dans plu­sieurs villes comme Lyon (centre est) et Mont­pel­lier (Sud-Est), des messes ont été cé­lé­brées hier soir à la mé­moire du prêtre as­sas­si­né. La Confé­rence des évêques a ap­pe­lé les ca­tho­liques fran­çais à une «jour­née de jeûne et de prière» ven­dre­di. Chré­tiens, mu­sul­mans ou juifs, les re­pré­sen­tants des cultes en France ont af­fi­ché leur so­li­da­ri­té dans le deuil avec leurs «frères» ca­tho­liques, ap­pe­lant à «l'uni­té». Le Va­ti­can a dé­non­cé une «tue­rie bar­bare» qui s'est dé­rou­lée dans un lieu «sa­cré». «En s'at­ta­quant à un prêtre, on voit bien quel est l'ob­jec­tif: je­ter les Fran­çais les uns contre les autres, s'at­ta­quer à une re­li­gion pour pro­vo­quer une guerre de re­li­gions», a mis en garde le Pre­mier mi­nistre Ma­nuel Valls sur la chaîne de té­lé­vi­sion pri­vée TF1. Il s'agit de la pre­mière at­taque contre un lieu de culte ca­tho­lique en Eu­rope re­ven­di­quée par le groupe État is- la­mique, la por­tée sym­bo­lique de cet at­ten­tat am­pli­fiant en­core l'onde de choc. Ce­la fai­sait plus d'un an que la me­nace d'une at­taque contre un lieu de culte ch­ré­tien pla­nait en France, no­tam­ment de­puis l'échec d'un pro­jet d'at­ten­tat en avril 2015 contre une église ca­tho­lique de Ville­juif, en ban­lieue pa­ri­sienne.

Frap­pée trois fois en 18 mois par des at­ten­tats sans pré­cé­dent (17 morts en jan­vier 2015, 130 morts le 13 no­vembre, 84 morts le 14 juillet), la France vit dans la crainte de nou­velles at­taques ris­quant de frac­tu­rer da­van­tage en­core la so­cié­té.

Qui était le père Jacques Ha­mel?

Ce prêtre, sau­va­ge­ment tué à 86 ans, mar­di ma­tin, dans une église de Saint-Etienne-du-Rou­vray, près de Rouen, est dé­crit comme un homme bon, tou­jours au ser­vice des autres.

Le Père Jacques Ha­mel était né en 1930 à Dar­né­tal, en Seine-Ma­ri­time. Il avait été or­don­né prêtre en 1958 et avait fê­té son ju­bi­lé d'or (cin­quante an­née de ser­vice) en 2008.

En l'ab­sence du cu­ré, l'ab­bé Au­guste Moan­da-Phua­ti, c'était lui qui of­fi­ciait dans l'église. C'était un prêtre cou­ra­geux pour son âge. Les prêtres ont le droit à la re­traite à par­tir de 75 ans, il a pré­fé­ré conti­nuer à tra­vailler au ser­vice des gens car il se sen­tait en­core fort. Le père Jacques Ha­mel di­sait qu'il n'y avait pas as­sez de prêtres et qu'il pou­vait en­core rendre ser­vice. Très ap­pré­cié, c'était un homme simple et sans ex­tra­va­gance.

Dans la der­nière feuille pa­rois­siale, le père Jacques Ha­mel ap­pe­lait à prier tout l'été, par­ti­cu­liè­re­ment dans le contexte ter­ro­riste. "At­ten­tifs à ce qui se pas­se­ra dans notre monde à ce mo­ment-là. Prions pour ceux qui en ont le plus be­soin, pour la paix, pour un meilleur vivre en­semble", écri­vait-il.

Le père Jacques Ha­mel

A Notre-Dame de Paris lors de la messe en hom­mage au P. Ha­mel

Un homme se re­cueillant de­vant le mé­mo­rial en hom­mage au père Jacques Ha­mel

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