L'Egypte et l'Ara­bie saou­dite al­liés et poids-lourds du Moyen-Orient

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Ab­del Mas­sih Fel­li

Les re­la­tions entre l'Egypte et l'Ara­bie saou­dite sont fortes et ne peuvent pas être ex­pri­mées pu­bli­que­ment non seule­ment parce que l'Egypte re­çoit une aide de l'Ara­bie saou­dite, mais plu­tôt parce qu'ils sont deux pays im­por­tants dans la ré­gion. La ré­cente sus­pen­sion de Sau­di Aram­co des li­vrai­sons de pé­trole vers l'Egypte ne si­gni­fie pas que l'ac­cord entre ARAM­CO et l'Egyp­tian Ge­ne­ral Pe­tro­leum Cor­po­ra­tion (EGPC) a été an­nu­lé, se­lon les in­for­ma­tions du Centre de Sup­port de la dé­ci­sion du Ca­bi­net égyp­tien.

L’Egypte a af­fir­mé qu'elle a ob­te­nu les im­por­ta­tions de car­bu­rant pour com­pen­ser un manque cau­sé par la dé­ci­sion abrupte de l'Ara­bie saou­dite de stop­per les en­vois pré­cé­dem­ment conve­nus, évi­tant ain­si une pé­nu­rie de car­bu­rant po­ten­tiel­le­ment po­li­ti­que­ment coû­teuse.

Le porte-pa­role du mi­nis­tère du Pé­trole Ham­di Ab­de­la­ziz a été ci­té par les jour­naux égyp­tiens mer­cre­di, di­sant que plu­sieurs li­vrai­sons de car­bu­rant en provenance d'autres four­nis­seurs sont ar­ri­vées en Égypte après des ap­pels d'offres «ur­gentes».

Les désac­cords s'ac­croissent entre l'Égypte et l'Ara­bie saou­dite, al­liés et poids-lourds du MoyenO­rient qui n’hé­sitent plus à les af­fi­cher pu­bli­que­ment sur plu­sieurs dos­siers ré­gio­naux comme la Syrie et le Yémen. Les deux pays, étant al­liés stra­té­giques, ne vont pas per­mettre d’éro­der leurs re­la­tions so­lides. Ob­jets du désac­cord, les dos­siers sy­rien et yé­mé­nite. L‘Égypte et l’Ara­bie saou­dite ont des points de vue bien di­ver­gents sur les is­sues de sor­tie des crises qui se­couent ces pays.

Le gou­ver­ne­ment égyp­tien a nié l’exis­tence de mo­biles po­li­tiques der­rière l’ar­rêt des im­por­ta­tions de pé­trole en provenance de l’Ara­bie saou­dite. « C’est une af­faire com­mer­ciale et non po­li­tique », a as­su­ré Ham­di Ab­de­la­ziz, porte-pa­role du mi­nis­tère du Pé­trole égyp­tien, ci­té par des or­ganes de presse. Pen­dant ce temps, l’Egypte avait in­vi­té des so­cié­tés mon­diales à sou­mettre des offres lui per­met­tant de com­bler ses be­soins en pé­trole raf­fi­né pour le mois d’oc­tobre. Le Caire es­père ain­si com­pen­ser en­vi­ron 700.000 tonnes de pé­trole qu’il s’ap­prê­tait à im­por­ter de l’Ara­bie saou­dite. L’Egypte pour­ra comp­ter sur le Ko­weït afin de four­nir les be­soins pé­tro­liers au prix bas.

Sur le cas sy­rien, l’Ara­bie saou­dite est pour un dé­part du pré­sident Ba­char Al-As­sad, condi­tion sine qua none se­lon Ryad pour une ré­so­lu­tion de la crise. Pour Le Caire ce­pen­dant, il faut ta­bler sur un dia­logue po­li­tique in­cluant le pré­sident sy­rien. D’ailleurs, l‘Égypte n’a pas hé­si­té à sou­te­nir une ré­so­lu­tion russe qui op­po­sait son vé­to à un vé­to préa­la­ble­ment pré­sen­té par la France et sou­te­nu par l’Ara­bie saou­dite. Pour l’Ara­bie saou­dite, c’est la goutte d’eau qui a fait dé­bor­der le vase alors qu’il en­tre­tient avec l‘Égypte des re­la­tions pri­vi­lé­giées. L’am­bas­sa­deur saou­dien à l’ONU Ab­dal­lah al-Moual­li­mi a même dé­cla­ré à Al-Ja­zee­ra qu’il était "pé­nible que les Sé­né­ga­lais et les Ma­lai­siens aient des po­si­tions plus proches du consen­sus arabe, que celle du re­pré­sen­tant arabe (au Conseil de sé­cu­ri­té, l’Egypte)". En ce qui concerne le Yémen, bien que l‘Égypte par­ti­cipe of­fi­ciel­le­ment à la coa­li­tion militaire lan­cée par l’Ara­bie saou­dite et sou­te­nue par l’Iran pour lut­ter contre les Hou­this, il se dit dans les cou­lisses que l‘Égypte hé­site à s’en­ga­ger ac­ti­ve­ment. Pour­tant, Le Caire avait pro­mis à son al­lié de mettre des troupes à dis­po­si­tion pour une in­ter­ven­tion au sol si né­ces­saire.

Au Yémen, l'ar­mée égyp­tienne par­ti­cipe of­fi­ciel­le­ment de­puis 2015 à la coa­li­tion lan­cée par l'Ara­bie saou­dite pour lut­ter contre les Hou­this, et s'est même en­ga­gée à mettre des troupes à dis­po­si­tion pour une in­ter­ven­tion au sol si né­ces­saire. Mais les com­men­ta­teurs es­timent qu'en cou­lisse, l'Égypte est ré­ti­cente à s'en­ga­ger ac­ti­ve­ment. L'Égypte évite de s'im­pli­quer, en rai­son de son ex­pé­rience dif­fi­cile dans les an­nées soixante, en ré­fé­rence à l'in­ter­ven­tion militaire au Yémen or­don­née par Ga­mal Ab­del Nas­ser consi­dé­rée comme un « Viet­nam égyp­tien ». «L'Ara­bie saou­dite a une po­si­tion tran­chée en ce qui concerne le dé­part de Ba­char al-As­sad, et y voit la so­lu­tion à la crise. Tan­dis que l'Egypte est pour une so­lu­tion po­li­tique, qui in­clut As­sad», confirme Al-Sayyed Amin Cha­la­bi, di­rec­teur du conseil égyp­tien pour les af­faires étran­gères, un cercle de ré­flexion in­dé­pen­dant.

Dans ce contexte, l'Egypte a lan­cé des ap­pels d'offre pour son ap­pro­vi­sion­ne­ment en pé­trole après la sus­pen­sion par le géant pé­tro­lier saou­dien Aram­co de la li­vrai­son de 700.000 tonnes de pro­duits pé­tro­liers, ont in­di­qué mar­di les au­to­ri­tés. Les au­to­ri­tés égyp­tiennes doivent ra­pi­de­ment trou­ver une al­ter­na­tive après la dé­ci­sion sur­prise d'Aram­co alors que Riyad était l'un des l'un des prin­ci­paux sou­tiens du pré­sident Ab­del Fat­tah AlSis­si. Elles ont lan­cé "des ap­pels d'offre sur les mar­chés in­ter­na­tio­naux pour im­por­ter la quan­ti­té né­ces­saire pour oc­tobre. Nous avons ou­vert une ligne de cré­dit à la banque cen­trale et nous al­lons bien­tôt avoir un ac­cord", a in­di­qué un porte-pa­role du mi­nis­tère du Pé­trole, Ham­di Ab­de­la­ziz.

L'Ara­bie saou­dite avait pas­sé un ac­cord en avril avec l'Egypte pour la four­ni­ture, sur cinq ans, de 700.000 tonnes de pro­duits pé­tro­liers par mois, pour une va­leur de plus de 20 mil­liards de dol­lars. "La com­pa­gnie saou­dienne Aram­co a in­for­mé ver­ba­le­ment la Ge­ne­ral Pe­tro­leum Cor­po­ra­tion au dé­but de ce mois qu'elle ne li­vre­rait pas de pé­trole en oc­tobre ", a dit Ab­de­la­ziz.

La dé­ci­sion d'Aram­co est in­ter­ve­nue avant le vote de l’Egypte, a sou­li­gné Ab­del Aziz. "C'est un pro­blème com­mer­cial, et non po­li­tique. C'est nor­mal pour cer­taines li­vrai­sons d'avoir du re­tard", a-t-il as­su­ré en pré­ci­sant que l'ac­cord avec les Saou­diens était tou­jours va­lide.

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