Fi­del Cas­tro, un "gé­né­ral de Gaulle" pour les Cu­bains

Fi­del Cas­tro, le père de la Ré­vo­lu­tion cu­baine, qui a te­nu son île d’une main de fer et dé­fié la su­per­puis­sance amé­ri­caine pen­dant plus d’un de­mi-siècle avant de cé­der le pou­voir à son frère Raul, est mort à l’âge de 90 ans.

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية -

Fi­del Cas­tro est une fi­gure po­li­tique contro­ver­sée, sus­ci­tant au­tant d'ad­mi­ra­tion que de cri­tiques. C'est une très grande fi­gure de l'his­toire du XXe siècle qui dis­pa­raît. Non seule­ment c'était un re­belle, un ré­vo­lu­tion­naire, un stra­tège qui ad­mi­rait Na­po­léon, mais aus­si un homme de com­mu­ni­ca­tion as­sez ex­cep­tion­nel, un homme d'État et, par cer­tains as­pects, un grand ré­for­ma­teur de Cu­ba. Il faut rap­pe­ler qu'il a ré­duit un grand nombre d'in­éga­li­tés so­ciales dans son pays.

Il avait aus­si une réelle vi­sion des rap­ports in­ter­na­tio­naux et se po­sait en pré­cur­seur sur de nom­breux su­jets, comme l'en­vi­ron­ne­ment. S'il s'était re­ti­ré de toutes ses fonc­tions of­fi­cielles de­puis quelques an­nées [il a lais­sé le pou­voir à son frère Raul Cas­tro en 2006], ce­lui qui se dé­fi­nis­sait comme le sol­dat des idées conti­nuait de com­mu­ni­quer au monde en­tier ses ré­flexions. Il a d'ailleurs dis­cu­té éco­lo­gie avec Fran­çois Hol­lande, lors de sa vi­site à La Ha­vane en mai 2015, pour pré­pa­rer la COP21.

L'an­cien pré­sident cu­bain est res­té en fonc­tion pen­dant près de 50 ans (1959-2008). Il se consi­dé­rait comme étant le seul à pou­voir te­nir tête au plus im­por­tant em­pire po­li­tique, éco­no­mique et mi­li­taire de tous les temps [les États-Unis].

Con­crè­te­ment, sa dis­pa­ri­tion n'im­plique pas de chan­ge­ment à court terme dans le rap­pro­che­ment cu­ba­noa­mé­ri­cain. Il faut sa­voir qu'il vou­lait que la ré­con­ci­lia­tion avec les ÉtatsU­nis in­ter­vienne de son vi­vant. Avant de quit­ter la scène, Fi­del Cas­tro a pu as­sis­ter voi­ci deux ans à l’an­nonce his­to­rique du rap­pro­che­ment entre Cu­ba et les Etats-Unis. Sa dis­pa­ri­tion tourne donc dé­fi­ni­ti­ve­ment la page de la Guerre froide, qui avait me­né le monde au bord du conflit nu­cléaire lors de la crise des mis­siles d’oc­tobre 1962. Au de­là du bi­lan du cas­trisme, les Cu­bains sont at­ta­chés à la per­son­na­li­té de Fi­del. Ils sont fi­dé­listes avant d'être com­mu­nistes. Ils sont at­ta­chés à sa per­sonne comme les Fran­çais le sont au gé­né­ral de Gaulle, l'homme de la Ré­sis­tance et de la li­bé­ra­tion na­tio­nale. Le lien des Cu­bains pour Fi­del Cas­tro trans­cende les cli­vages po­li­tiques. Même si de­puis quelques an­nées, la jeu­nesse as­pi­rait à des chan­ge­ments, elle ne se tour­nait pas contre sa per­son­na­li­té.

Par­cours

Né à Co­lo­nia Bi­ran (Cu­ba) le 13/6/ 1926; mort à La Ha­vane (Cu­ba) le 25/ 11/2016. En 1945, Fi­del Cas­tro in­tègre l'uni­ver­si­té de La Ha­vane, dont il sort di­plô­mé en droit. C'est du­rant ses an­nées d'études qu'il s'ini­tie à la lutte ar­mée contre les dic­ta­tures d'Amé­rique du Sud. Il part no­tam­ment com­battre en Co­lom­bie et par­ti­cipe à la ten­ta­tive de sou­lè­ve­ment en Ré­pu­blique do­mi­ni­caine.

Suite au coup d'Etat du gé­né­ral Ful­gen­cio Ba­tis­ta en 1952, Fi­del Cas­tro fait en­tendre son op­po­si­tion et se re­trouve em­pri­son­né. Am­nis­tié, il est li­bé­ré deux ans plus tard et choi­sit l'exil, ac­com­pa­gné par son frère ca­det Raul. En dé­cembre 1956, il dé­barque clan­des­ti­ne­ment sur l'île avec pour pro­jet de ren­ver­ser la dic­ta­ture mi­li­taire sou­te­nue par les Etats-Unis. Après deux ans de gué­rilla achar­née, Fi­del Cas­tro par­vient à pro­vo­quer la fuite de Ba­tis­ta et s'ins­talle au pou­voir en jan­vier 1959. C'est alors qu'il se rap­proche du Par­ti com­mu­niste cu­bain, et il ne tarde pas à pro­cla­mer que son gou­ver­ne­ment prend mo­dèle sur le so­cia­lisme ré­vo­lu­tion­naire. Des exé­cu­tions som­maires sont di­li­gen­tées contre les "traîtres" par Er­nes­to Gue­va­ra, com­plice de Cas­tro à cette époque.

Du­rant les an­nées 1960, les EtatsU­nis ins­taurent un em­bar­go contre Cu­ba et un bras de fer op­pose les deux na­tions, dont la ten­sion culmine avec le dé­bar­que­ment man­qué de la baie des Co­chons et la crise des mis­siles de Cu­ba. Fi­del Cas­tro pro­cède à la na­tio­na­li­sa­tion de toutes les grandes en­tre­prises et in­ter­dit le libre com­merce. La pau­vre­té et la pé­nu­rie s'ins­tallent tan­dis que l'émi­gra­tion vers les Etats-Unis ex­plose. L'aide de l'URSS est alors pré­cieuse pour évi­ter la fa­mine gé­né­ra­li­sée.

La san­té du "Lea­der Maxi­mo" se dé­grade très for­te­ment et le conduit à dé­mis­sion­ner de son poste de chef de l'Etat qui re­vient à son frère Raul en fé­vrier 2008. Dans les pre­mières an­nées de sa "re­traite", il in­ter­vient ré­gu­liè­re­ment dans le pay­sage po­li­tique, mais ses in­ter­ven­tions se ra­ré­fient. Fi­del Cas­tro ap­pa­raît en­suite vieillis­sant et af­fai­bli.

En rai­son d'un can­cer du co­lon, Fi­del est contraint, le 31 juillet 2006, de cé­der "à titre pro­vi­soire" le pou­voir à son frère Raul, vice-pré­sident du Conseil d'État. Après de longs mois de ru- meurs et de dé­men­tis, il quitte ses fonc­tions dé­fi­ni­ti­ve­ment en fé­vrier 2008 et dé­signe Raul comme hé­ri­tier. Le prag­ma­tique, spé­cia­liste de l'éco­no­mie, suc­cède à l'idéo­logue. Sou­cieux de res­ter pré­sent dans le dé­bat po­li­tique, Fi­del conti­nue de pu­blier des écrits et re­çoit ré­gu­liè­re­ment des chefs d'État. Ses ap­pa­ri­tions en pu­blic étaient de­ve­nues de plus en plus rares.

Neuf jours de deuil na­tio­nal

Fi­del Cas­tro a été in­ci­né­ré sa­me­di 26 no­vembre et ses cendres en­ter­rées ce di­manche 4 dé­cembre à San­tia­go de Cu­ba. Les cendres du «Co­man­dante» re­posent au ci­me­tière de San­ta Ifi­ge­nia.

Pen­dant les jour­nées des 28 et 29 no­vembre, les cendres étaient ex­po­sées au mé­mo­rial Jose Mar­ti, sur la place de la Ré­vo­lu­tion de La Ha­vane, une es­pla­nade où Fi­del Cas­tro a pro­non­cé de nom­breux dis­cours. «La po­pu­la­tion de la ca­pi­tale pou­vait rendre un hom­mage mé­ri­té» au Li­der Maxi­mo.

En­suite, ce fut le dé­part pour un pé­riple d’un mil­lier de ki­lo­mètres vers la deuxième ville du pays. Le cor­tège, sui­vi par la po­pu­la­tion, a par­cou­ru en sens contraire le tra­jet de la «Ca­ra­vane de la li­ber­té», à bord de la­quelle Fi­del Cas­tro avait re­lié San­tia­go à La Ha­vane, où il était en­tré le 8 jan­vier 1959. Une fois à San­tia­go, une nou­velle «cé­ré­mo­nie de masse» a été or­ga­ni­sée hier sur la place An­to­nio Ma­ceo. Les fu­né­railles aux­quelles de­vraient as­sis­ter de nom­breuses per­son­na­li­tés du monde en­tier, étaient or­ga­ni­sées ce di­manche.

Des étu­diants al­lu­mant des bou­gies en l'honneur du di­ri­geant à l’Uni­ver­si­té de La Ha­vane

Le pape Fran­çois en vi­site chez Fi­del Cas­tro

Le pré­sident Hol­lande avec Fi­del Cas­tro

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.