Un texte d'Hip­po­crate dé­cou­vert sur un ma­nus­crit du mo­nas­tère Sainte-Catherine

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية -

Une dé­cou­verte ré­cente à la bi­blio­thèque du mo­nas­tère de Sainte-Catherine au Si­naï a créé beau­coup d'ex­ci­ta­tion dans les mi­lieux de l'an­ti­qui­té et re­li­gieux. La dé­cou­verte, an­non­cée au Caire au dé­but du mois cou­rant par le mi­nistre des An­ti­qui­tés, Kha­led al-Ena­ni, com­prend un ma­nus­crit du 5ème ou 6ème siècle qui com­porte des textes bi­bliques en langue sy­riaque du cé­lèbre Co­dex Si­nai­ti­cus, la Bible grecque ma­nus­crite du 4ème siècle.

Le ma­nus­crit a été dé­cou­vert lors des tra­vaux de res­tau­ra­tion dans la bi­blio­thèque du mo­nas­tère.

Dans ce mo­nas­tère grec-or­tho­doxe si­tué au pied du Mont Moïse, les scien­ti­fiques ont uti­li­sé les tech­niques mo­dernes d’imagerie spec­trale pour re­dé­cou­vrir les textes ca­chés du ma­nus­crit.

L'ar­chéo­logue Ab­del-Ra­him Ri­hane, di­rec­teur gé­né­ral de la re­cherche, des études et des pu­bli­ca­tions au Si­naï et chef de l'équipe de re­cherche du mi­nis­tère des An­ti­qui­tés, a confir­mé que le ma­nus­crit est l'un des ma­nus­crits «pa­limp­sestes» et est la plus an­cienne ver­sion connue de la Bible en langue sy­riaque. On pense qu'il a été tra­duit du grec au deuxième siècle après J.C.

Les ma­nus­crits pa­limp­sestes, ex­plique Dr Ri­hane, sont des ma­nus­crits très connus sur le cuir et for­més de deux couches. La pre­mière, a-t-il dit, se­rait ef­fa­cée pour qu'un nou­veau texte soit écrit sur le cuir. Ce­la a été fait en rai­son du coût éle­vé du cuir à cette époque.

Mo­ha­mad Ab­del-La­tif, mi­nistre ad­joint des An­ti­qui­tés pour les sites ar­chéo­lo­giques, a dé­cla­ré que le ma­nus­crit ré­cem­ment dé­cou­vert est écrit sur du cuir et porte des par­ties d'une re­cette mé­di­cale du cé­lèbre mé­de­cin grec Hip­po­crate (460 à 370 av. J.C.). Il a éga­le­ment trois autres re­cettes mé­di­cales écrites par un scribe ano­nyme, dont l'un contient des des­sins d'herbes mé­di­ci­nales de la re­cette grecque.

La deuxième couche d'écri­ture trou­vée sur le ma­nus­crit est le texte de la Bible sy­riaque.

Mo­ha­mad Ab­del-La­tif a in­di­qué qu’une autre page dé­cou­verte ren­fer­mait un texte en arabe du cé­lèbre mé­de­cin grec Claude Ga­lien, re­mon­tant au IXe siècle. Ce texte a été ré­di­gé sur des écrits re­li­gieux de saint Paul de Tarse, da­tant du Ve siècle.

Deuxième bi­blio­thèque de ma­nus­crits an­ciens au monde après celle du Va­ti­can, elle est l’ob­jet de re­cherches scien­ti­fiques dans le cadre du pro­jet d’énu­mé­ra­tion et de pho­to­gra­phie de ses pré­cieux té­moins des pre­miers siècles du chris­tia­nisme.

Ce pro­jet scien­ti­fique a été lan­cé suite à une de­mande faite en 2013 par Di­mi­tri Da­mia­nos, l’ar­che­vêque du mo­nas­tère. Il est di­ri­gé par Mi­chael Phelps, pré­sident de l’an­cienne bi­blio­thèque des ma­nus­crits élec­tro­niques à Los An­geles, ac­com­pa­gné de dix autres scien­ti­fiques.

Ce pro­jet de pho­to­gra­phie, com­men­cé il y a quatre ans, vise à sau­ve­gar­der les biens cultu­rels du mo­nas­tère et à nu­mé­ri­ser les col­lec­tions de ma­nus­crits, pa­limp­sestes in­clus, afin de les rendre ac­ces­sibles aux cher­cheurs du monde en­tier.

La bi­blio­thèque de Sainte Catherine de 1500 ans com­prend plu­sieurs ma­nus­crits pa­limp­sestes ain­si que quelque 6 000 ma­nus­crits, dont 600 ma­nus­crits en arabe, grec, éthio­pien, copte, ar­mé­nien et sy­riaque. Le plus an­cien date du 4ème siècle.

La plu­part des ma­nus­crits sont des textes re­li­gieux chré­tiens pour ins­pi­rer ou gui­der les moines dans leur en­ga­ge­ment.

D’autres sont de na­ture édu­ca­tive, comme les textes grecs clas­siques, les textes mé­di­caux, en plus des ma­nus­crits his­to­riques, géo­gra­phiques et phi­lo­so­phiques. Le ma­nus­crit le plus cé­lèbre est le Co­dex Si­nai­ti­cus du IVe siècle, dont douze pages et quelque vingt-quatre frag­ments écrits en sy­riaque sont res­tés au mo­nas­tère.

Conser­vé au mo­nas­tère Sainte-Catherine, au Si­naï, jus­qu’au XIXe siècle, ce Co­dex – dont le mo­nas­tère ré­clame la res­ti­tu­tion de­puis long­temps – a été em­me­né en Eu­rope par un éru­dit de Leip­zig, Cons­tan­tin von Ti­schen­dorff. Ce der­nier per­sua­da le Père su­pé­rieur du couvent d’en faire ca­deau au tsar russe Alexandre II qui fi­nan­çait les re­cherches à Sainte-Catherine. En 1933, la Rus­sie étant de­ve­nue so­vié­tique, les au­to­ri­tés com­mu­nistes ven­dirent le Co­dex Si­nai­ti­cus à la Grande-Bre­tagne pour 100.000 livres. Il fut dé­po­sé à la Bri­tish Li­bra­ry de Londres.

Au cours des an­nées, di­verses par­ties du Co­dex furent dis­per­sées. Grâce à la mise en place d’un im­por­tant pro­gramme de re­cherche in­ter­dis­ci­pli­naire, la Bri­tish Li­bra­ry a pu co­or­don­ner avec les autres ins­ti­tu­tions pos­sé­dant une par­tie du Co­dex la nu­mé­ri­sa­tion de l’en­semble des pages conser­vées.

Le ma­nus­crit dé­cou­vert

Le mo­nas­tère Sainte Catherine

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