Dé­cès de Jeanne Mo­reau, une des plus grandes ar­tistes du siècle

Jeanne Mo­reau est morte à Pa­ris à l'âge de 89 ans. Avec sa dis­pa­ri­tion, le ci­né­ma fran­çais perd l'une de ses plus grandes am­bas­sa­drices, une icône du 7e art qui a fas­ci­né les plus grands réa­li­sa­teurs en plus de 60 ans de car­rière. Cette femme belle, in­tel

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية -

La grande co­mé­dienne à la beau­té sen­suelle et à l'in­imi­table voix grave a été re­trou­vée morte lun­di ma­tin dans son ap­par­te­ment pa­ri­sien.

Née le 23 jan­vier 1928 à Pa­ris, d'un père res­tau­ra­teur et d'une mère an­glaise, dan­seuse, l'in­ou­bliable in­ter­prète de la chan­son "Le Tour­billon de la vie" dans "Jules et Jim" (1962) a tour­né dans plus de 130 films par­mi les­quels on compte bien en­ten­du «As­cen­seur pour l’écha­faud» – qui pro­pul­se­ra sa car­rière – et «Les Amants» de Louis Malle (1958), «Éva» de Jo­seph Lo­sev (1962), «La Ma­riée était en noir» de Fran­çois Truf­faut (1968), «La Vieille qui mar­chait dans la mer», de Laurent Hey­ne­mann (1991), et plus ré­cem­ment «Une Es­to­nienne à Pa­ris», Il­mar Raag, 2012.

L'ac­trice qui a fas­ci­né Welles ("Une his­toire im­mor­telle"), Buñuel ("Jour­nal d'une femme de chambre"), An­to­nio­ni ("La notte") ou Lo­sey ("Eva"), avait re­çu en 1992 le Cé­sar de la meilleure ac­trice pour "La vieille qui mar­chait dans la mer".

Jeanne Mo­reau, qui a fait ses classes à la Co­mé­die fran­çaise à 19 ans, laisse l'em­preinte d'une ac­trice éclec­tique. Femme de plu­sieurs amours - Louis Malle, Pierre Car­din - et de deux ma­riages éphé­mères, elle ren­voyait l'image d'une grande sé­duc­trice.

Lau­réate du prix d'in­ter­pré­ta­tion fé­mi­nine 1960 à Cannes (pour Mo­de­ra­to Can­ta­bile), Jeanne Mo­reau fut aus­si la seule co­mé­dienne à avoir présidé deux fois le ju­ry sur la Croisette, en 1975, puis en 1995 où on la vit chan­ter aux cô­tés de Va­nes­sa Pa­ra­dis.

Elle a re­çu deux Cé­sars d’hon­neur (1995, 2008) ain­si qu’un Os­car d’hon­neur pour l’en­semble de sa car­rière (1998). En­fin, elle a été la pre­mière femme élue à l’Aca­dé­mie des beaux-arts de l’Ins­ti­tut de France (2000).

La mi­nistre de la Culture Fran­çoise Nys­sen a fait part de son "émo­tion, à la hau­teur du ta­lent et hé­ri­tage de Jeanne Mo­reau : im­mense". "Elle s'éteint, mais la voix, le gé­nie, la vi­sion de l'ar­tiste de­meurent", a-t-elle twee­té.

"Il est des per­son­na­li­tés qui à elles seules semblent ré­su­mer leur art. Jeanne Mo­reau fut de celles-ci. Avec elle dis­pa­raît une ar­tiste qui in­car­nait le ci­né­ma dans sa com­plexi­té, sa mé­moire, son exi­gence", a sou­li­gné le pré­sident Emmanuel Ma­cron dans un com­mu­ni­qué.

"Il y a tout juste 70 ans, elle se pré­pa­rait pour le tout pre­mier Fes­ti­val d'Avi­gnon", où elle a joué de pe­tits rôles dans les trois pièces mon­tées par Jean Vi­lar, a rap­pe­lé pour sa part sa fa­mille dans un com­mu­ni­qué.

Au théâtre, la co­mé­dienne a don­né vie aux textes de Jean Coc­teau, Frank We­de­kind ou en­core Hei­ner Mül­ler, sous la di­rec­tion des plus grands met­teurs en scène (Brook, Vi­tez, Ré­gy, Grü­ber).

Elle res­te­ra as­so­ciée à plu­sieurs scènes my­thiques du 7e Art, celles de "Jules et Jim" mais aus­si la fin tra­gique d'une ex-dé­te­nue dans "Les Val­seuses" ou ce "French can­can" aux cô­tés de Bri­gitte Bar­dot dans "Vi­va Ma­ria"."Notre collaboration dans "Vi­va Ma­ria", de Louis Malle, nous a mises en com­pé­ti­tion mais aus­si en com­plé­men­ta­ri­té. C'est un beau sou­ve­nir que je garde d'elle à ja­mais", a dé­cla­ré BB.

"Pour moi, Jeanne Mo­reau, c'était la gai­té", a pour sa part dit Jean-Paul Bel­mon­do, qui a tour­né avec elle dans "Mo­de­ra­to Can­ta­bile" qui a va­lu à l'ac­trice le prix d'in­ter­pré­ta­tion à Cannes, en 1960. "Elle ai­mait beau­coup faire des farces et, évi­dem­ment, avec moi l'en­tente était par­faite", a ajou­té l'ac­teur.

"La France, comme nous tous, a per­du un tré­sor na­tio­nal. Mais son es­prit vi­vra à ja­mais. Au re­voir Jeanne" s'est ému sur Twit­ter son se­cond ex-ma­ri, le réa­li­sa­teur de "French Con­nec­tion" William Fried­kin.

"Un vi­sage d'une beau­té tel­le­ment forte, tel­le­ment... ex­pres­sive. Dès ses pre­miers pe­tits rôles" a ré­agi sur Twit­ter Pierre Les­cure, pré­sident du Fes­ti­val de Cannes.

"Jeanne Mo­reau, c'est l'art, la culture, la beau­té, le chic, l'es­prit fran­çais", sou­ligne l'ex-pré­sident du Fes­ti­val Gilles Ja­cob dans une tri­bune au Huf­fing­ton Post.

"Je suis pro­fon­dé­ment bou­le­ver­sé. C'est quel­qu'un que j'ai­mais beau­coup" a dé­cla­ré sur M6 Alain De­lon, qui avait tour­né avec elle dans "L'homme pres­sé" et "Mon­sieur Klein".

Le chan­teur Etienne Da­ho, qui a tra­vaillé en 2011 avec la co­mé­dienne pour sa der­nière ap­pa­ri­tion à Avi­gnon, dans "Le condam­né à mort" de Ge­net, a pu­blié sur sa page Fa­ce­book un simple "Jeanne" ac­com­pa­gnant une photo d'elle en noir et blanc.

Les chaînes lui ont ren­du hom­mage : Arte dif­fu­sait lun­di soir "Jour­nal d'une femme de Chambre" puis "Jules et Jim", alors que France Té­lé­vi­sions a at­ten­du mar­di soir avec "As­cen­seur pour l'écha­faud" (France 5) et "Vi­va Ma­ria" (France 2). Pa­ris Pre­mière (M6) a dif­fu­sé mar­di une sé­rie d'en­tre­tiens: "Pe­tites confi­dences entre amis".

Mais c’est cer­tai­ne­ment les Unes des ta­bloïdes du monde en­tier qui ré­sument par­fai­te­ment ce que son dé­cès re­pré­sente comme perte pour le monde de la culture. De New York à To­kyo, de Bey­routh à Berlin, les jour­naux du monde en­tier ont ren­du hom­mage à l’illustre ac­trice, sa­luant son ta­lent et fai­sant les éloges de sa per­son­na­li­té.

Des hom­mages mé­ri­tés pour une femme dont la voix conti­nue­ra à rai­son­ner et dont le vi­sage res­te­ra d’une fa­çon ou d’une autre à l’écran et dans nos coeurs.

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