La Ro­ja a per­du à la rou­lette russe

Eli­mi­née par la Rus­sie aux tirs au but (1-1, 4-3 t.a.b.), l’Es­pagne voit l’ab­sence d’évo­lu­tion de son style de jeu sanc­tion­née

20 Minutes (Marseille) - - COUPE DU MONDE 2018 - De notre en­voyé spé­cial à Mos­cou, Julien La­loye

L’Es­pagne telle qu’on l’a connue n’est plus. Elle a été pu­nie par le style qui en a fait la meilleure sé­lec­tion de ce jeu au XXIe siècle, pré­ci­sé­ment le jour où elle a vou­lu l’aban­don­ner. Une idéo­lo­gie qu’on laisse en che­min et qui fi­nit par vous coû­ter un match pour­tant im­per­dable face aux Russes : plus de 1000 passes pour la Ro­ja, record ab­so­lu de­puis le Mon­dial 1966. Plus de 1000 passes pour rien, ou si peu.

Une vraie re­mise en cause ?

Un but contre son camp d’Igna­she­vich, et une oc­ca­sion en pro­lon­ga­tion pour Ro­dri­go, avant que De Gea ne dise adieu à son Mon­dial ca­tas­tro­phique sur une séance de tirs au but L’Es­pagne n’a plus gagné un match à éli­mi­na­tion di­recte de­puis son tri­plé 2008-2010-2012. L’Es­pagne est per­due, et elle ne l’a tou­jours pas com­pris, à l’ins­tar de Luis Ru­biales, le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion : «On a été très su­pé­rieur, mais ce sport est tel­le­ment ex­tra­or­di­naire qu’il peut per­mettre à des équipes qui sont moins fortes de ga­gner un match comme ce­lui-ci. » Il ne re­grette pas d’avoir vi­ré Lo­pe­te­gui (le sé­lec­tion­neur d’alors), avant le Mon­dial? Tant mieux pour lui, tant pis pour Hierro, qui n’avait pas les épaules pour ac­com­pa­gner une idée du foot­ball qui se meurt en deux se­maines. Lui, au moins, avait conscience du drame qui s’est joué à Mos­cou : « Le foot a chan­gé de­puis 2012. Main­te­nant, les équipes misent tout sur le jeu ra­pide en tran­si­tion. J’en­tends qu’on puisse pen­ser que notre mo­dèle ne marche plus. Ce se­rait plus fa­cile de ba­lan­cer des longs bal­lons dans la sur­face. Mais ce n’est pas comme ça que joue l’Es­pagne.» Ce n’est pas en­core comme ça, pour être plus juste. Les ga­rants du style s’en vont les uns après les autres. Xa­vi au Bré­sil, Inies­ta en Rus­sie. Le for­mi­dable mi­lieu ca­ta­lan a com­men­cé son der­nier match de sé­lec­tion sur le banc, et son en­trée n’a rien chan­gé à la pos­ses­sion anes­thé­siante de la Ro­ja. Il s’est quand même fen­du d’un mes­sage pour ses suc­ces­seurs : «L’iden­ti­té de jeu, c’est une ques­tion qui de­vra être tran­chée par l’en­traî­neur qui au­ra l’équipe en charge. C’est in­dis­cu­table que le style qui nous a don­né tant de vic­toires a été très mar­qué. Le style, ce se­ra les joueurs que tu veux avoir ou que tu ne veux pas avoir.» Reste à sa­voir ce qu’on veut. Mais sor­tie sans gloire par la 70e na­tion au clas­se­ment Fi­fa, qui n’avait pas grand-chose d’autre à pro­po­ser que du cou­rage et des co­jones, l’Es­pagne n’en sait foutre rien.

Pour son der­nier Mon­dial, An­drés Inies­ta ne ver­ra pas les quarts de fi­nale.

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