Jé­ru­sa­lem, creu­set des ten­sions

Le conflit is­raé­lo-pa­les­ti­nien s’est tou­jours cris­tal­li­sé sur la ville trois fois sainte

20 Minutes (Rennes) - - Actualité - Thi­baut Che­vil­lard

Les pre­miers heurts n’ont pas tar­dé. Jeu­di, des Pa­les­ti­niens ont af­fron­té des sol­dats is­raé­liens et brû­lé le por­trait du pré­sident amé­ri­cain pour pro­tes­ter contre la dé­ci­sion prise par ce der­nier, la veille, de re­con­naître Jé­ru­sa­lem comme la ca­pi­tale d’Is­raël. D’autres vio­lences ont été rap­por­tées à tra­vers toute la Cis­jor­da­nie et dans la bande de Ga­za tan­dis que le Ha­mas s’est pro­non­cé pour une nou­velle in­ti­fa­da. « Jé­ru­sa­lem cris­tal­lise la ques­tion du conflit is­raé­lo-pa­les­ti­nien, à sa­voir la so­lu­tion à deux Etats et du par­tage du ter­ri­toire, analyse Eli­sa­beth Mar­teu, doc­teure en science po­li­tique et spé­cia­liste du Proche-Orient. C’est un sym­bole, puisque le propre même de la ville est d’être di­vi­sée. » Une ville qui est aus­si « le ber­ceau com­mun des trois re­li­gions mo­no­théistes, dont se ré­clament une grande ma­jo­ri­té des ha­bi­tants de la pla­nète », sou­ligne Vincent Le­mire, his­to­rien spé­cia­liste de Jé­ru­sa­lem. De­puis l’émer­gence de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale et du droit af­fé­rent au dé­but du XXe siècle, elle est au centre de toutes les at­ten­tions.

Ville monde

Vé­ri­table ville monde où se mêlent de nom­breuses re­li­gions, peuples et groupes so­cio-éco­no­miques, la ci­té est par­ti­cu­liè­re­ment ex­po­sée. Alors, « quand il y a une dé­ci­sion uni­la­té­rale comme celle prise par Do­nald Trump, ça dé­sta­bi­lise très for­te­ment la si­tua­tion lo­cale », pour­suit Vincent Le­mire. Les di­ri­geants pa­les­ti­niens re­ven­diquent Jé­ru­sa­lem-est, oc­cu­pée, puis an­nexée, par Is­raël en 1967, comme la ca­pi­tale de l’Etat au­quel ils as­pirent. Is­raël pro­clame tout Jé­ru­sa­lem, ouest et est, ca­pi­tale « éter­nelle et in­di­vi­sible ». L’his­to­rien es­time pour­tant que « Jé­ru­sa­lem est une “ca­pi­tale im­pos­sible” au sens d’une ca­pi­tale ex­clu­sive d’un seul Etat ». « La ville n’a ja­mais été un centre po­li­tique, une ca­pi­tale. Elle a tou­jours été une ville de pro­vince dans des em­pires su­pra­na­tio­naux », pré­cise-t-il. Avant de s’in­ter­ro­ger : « Com­ment faire de Jé­ru­sa­lem la ca­pi­tale ex­clu­sive d’un seul Etat quand 40 % de sa po­pu­la­tion n’est pas ci­toyenne de cet Etat ? » Se­lon Eli­sa­beth Mar­teu, beau­coup de Pa­les­ti­niens pensent, qu’un jour, « la si­tua­tion tour­ne­ra en leur fa­veur ». Mais, « au re­gard du dé­ve­lop­pe­ment de la co­lo­ni­sa­tion, de la ra­di­ca­li­sa­tion du gou­ver­ne­ment is­raé­lien et d’une par­tie des mou­ve­ments po­li­tiques is­raé­liens, on ne voit pas com­ment il pour­rait y avoir une en­tente sur Jé­ru­sa­lem et les lieux saints ». « Il y a des so­lu­tions, mais ça reste une ques­tion de vo­lon­té po­li­tique. »

La bande de Ga­za s’est en­flam­mée, jeu­di, après l’an­nonce de Trump.

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