« Le ci­né­ma réa­liste nous em­merde, Ca­ro et moi »

« 20 Mi­nutes » a ren­con­tré le ci­néaste à l’occasion de l’ex­po « Ca­ro/Jeunet »

20 Minutes (Toulouse) - - LA UNE - Pro­pos re­cueillis par Fa­bien Ran­danne

L’ex­po­si­tion « Ca­ro /Jeunet », à la Halle Saint-Pierre, à Pa­ris jus­qu’au 31 juillet 2018, a de quoi don­ner le tour­nis. A tra­vers un par­cours cir­cu­laire, elle re­trace la car­rière ci­né­ma­to­gra­phique des deux ar­tistes à l’ima­gi­naire foi­son­nant. 20 Mi­nutes a ren­con­tré Jean-Pierre Jeunet.

Cette ex­po­si­tion, dans le quar­tier de Mont­martre, c’était une évi­dence ?

Oui, la Halle Saint-Pierre est un mu­sée que j’adore. La moi­tié des ob­jets ex­po­sés étaient dans mon bu­reau. Les gens me di­saient : « Wouah, qu’est-ce que c’est beau! » Ç’au­rait été bal­lot de ne pas les partager. Il a fal­lu deux ans et de­mi pour tout ras­sem­bler.

Le sens de la vi­site est cir­cu­laire, comme un ma­nège…

Oui, si je me mets au mi­lieu et que je tourne sur moi-même, je vois qua­rante ans de car­rière en deux se­condes et de­mie. C’est trou­blant et at­ten­dris­sant. Tous les films ont été des cau­che­mars, mais l’être hu­main est ain­si fait : on ne conserve que les bons sou­ve­nirs, le bon­heur à faire les choses.

A « fa­bri­quer » les choses, aus­si…

Le faire est très im­por­tant. Marc Ca­ro et moi conti­nuons à uti­li­ser nos mains.

Quel re­gard por­tez-vous sur le ci­né­ma fran­çais ?

Le ci­né­ma réa­liste nous em­merde, Marc Ca­ro et moi. Je peux être ému par un film réa­liste en tant que spec­ta­teur, mais ça m’em­mer­de­rait de le réa­li­ser parce que, au ci­né­ma, j’ai be­soin de jouer avec tous les élé­ments.

Ce qui fonc­tionne en ce mo­ment , c’est sur­tout les films de su­per­hé­ros, les suites, les re­makes…

Parce que le mar­ke­ting prend le pou­voir sur l’ar­tis­tique dans tous les do­maines. Dans un fes­ti­val qui s’ap­pe­lait « Les films qu’on ne peut plus faire », De­li­ca­tes­sen était pro­gram­mé.

Vous ne pour­riez plus réa­li­ser De­li­ca­tes­sen, au­jourd’hui ?

Non. Même Amé­lie Pou­lain. Les fi­nan­ciers me disent que je n’au­rais au­cune chance de le faire au­jourd’hui, parce que c’est trop dé­ca­lé, trop bi­zarre. En France, l’ima­gi­naire n’est pas très bien vu. Sur l’es­thé­tique de nos films, on s’en est tou­jours pris plein la gueule.

Quels sont vos pro­jets ?

J’ai trois scé­na­rios ter­mi­nés. Un sur l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle trai­tée sous la forme d’une co­mé­die ; un autre sur le sexe, un peu dur à mon­ter; et un beau film de com­mande, plus clas­sique. J’es­père que l’un des trois va réus­sir à se concré­ti­ser, mais ça se­ra dif­fi­cile.

L’ex­po­si­tion se tient à la Halle Saint-Pierre, à Pa­ris, jus­qu’au 31 juillet 2018.

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