Entre vi­site et sa­lon

Architecture Durable - - Voyage de Presse - Pierre-Oli­vier Cha­nez

En sep­tembre, l’ex­ten­sion de l’Ecole Su­pé­rieure d’In­gé­nieurs des Tra­vaux de la Construc­tion (ESITC) de Caen a été inau­gu­rée (Voir p.14). La maî­trise d’oeuvre de ce chan­tier a été confiée au ca­bi­net DHA Pa­ris, as­so­cié au ca­bi­net Lio­nel Car­li de Gran­ville et aux bu­reaux d’études Ba­bin et Rop­tin.

Li­vrer un bâ­ti­ment pour un ar­chi­tecte, marque la fin d’une aven­ture qui a du­ré plu­sieurs mois. Elle dé­marre par la com­pé­ti­tion entre ar­chi­tectes, pé­riode de ges­ta­tion du pro­jet, de sa pro­jec­tion sur le site dans le res­pect des ob­jec­tifs du pro­gramme, elle conti­nue par les mises au point au plus près des fu­turs uti­li­sa­teurs et dans le dia­logue avec l’en­semble des ac­teurs, elle se pour­sui­vit par la construc­tion du bâ­ti­ment en étroite col­la­bo­ra­tion avec les en­tre­prises et l’en­semble des ac­teurs de la construc­tion, pour ar­ri­ver à sa li­vrai­son. Pour ma part, ce long cycle, ce par­te­na­riat qua­si-quo­ti­dien pen­dant plu­sieurs mois, voire an­nées, avec l’en­semble des ac­teurs ne peut se dé­rou­ler sans que je mette une forte dose d’af­fect dans mon in­ves­tis­se­ment. De ce fait, quand le bâ­ti­ment se ter­mine, il marque éga­le­ment la fin du che­min par­ta­gé, et laisse la place à un grand vide. Le blues m’en­va­hit, car ce bâ­ti­ment qui a scan­dé la vie de l’agence, la mienne, et oc­cu­pé nombre de pen­sées, nour­ri d’in­nom­brables échanges et dis­cus­sions, m’a fait vivre - dans tous les sens du terme - va dé­sor­mais vivre avec et pour les autres, usa­gers et spec­ta­teurs du site. Mais cette dou­leur pas­sa­gère est né­ces­saire, elle confirme que notre in­ter­ven­tion sur le cadre bâ­ti, sur le cadre de vie des gens, n’est pas ba­nale. Elle marque la Ci­té et nous marque aus­si.

Réa­li­ser un bâ­ti­ment est un acte ju­bi­la­toire. D’un pro­gramme ima­gi­né par les don­neurs d’ordre, pour une va­leur d’usage bien dé­fi­nie, l’ar­chi­tecte va mettre en vo­lume les pen­sées. Les mots vont de­ve­nir ma­tières, formes et cou­leurs. Le lieu va être ima­gi­né, pro­je­té, construit par l’ar­chi­tecte et, in fine, ha­bi­té et re­gar­dé. Et quand il est bien ha­bi­té, qu’il ré­pond cor­rec­te­ment à sa va­leur d’usage et qu’il est bien re­gar­dé parce que bien ins­crit dans son site, l’ar­chi­tecte que je suis est à la fois ému et heu­reux de ce rôle de mar­queur d’époque et de pas­seur so­cié­tal qu’il joue. En conclu­sion, voir mon bâ­ti­ment fi­ni ça me donne en­vie d’en faire un autre! Ces cycles de concep­tion/construc­tion, mé­lan­co­lie/plai­sir, c’est la vie, c’est ma vie. Ce pro­jet a été pour nous une ex­pé­rience heu­reuse et po­si­tive, avec des in­ter­lo­cu­teurs en­thou­siastes et ac­tifs. Il m’a sem­blé le jour de l’inau­gu­ra­tion qu’outre l’en­goue­ment pro­vo­qué par cette belle in­no­va­tion des pa­vés (co­quillages), il y avait aus­si une joie par­ta­gée pour les élèves, les uti­li­sa­teurs et tous ceux qui ha­bitent ce bâ­ti­ment de ren­trer dans une école neuve. L’ex­pé­rience de la re­struc­tu­ra­tion - ex­ten­sion nous semble réus­sie comme nous l’avons dit de­puis le dé­but lorsque l’en­semble fi­ni ne fait qu’un. Il me semble que c’est ce que ce pro­jet pro­duit : une image uni­taire, une réuni­fi­ca­tion, et si c’est per­çu comme tel, eh bien c’est ce­la notre réus­site. Nous avions fait le pa­ri d’un lieu se­rein, c’est ce que ce lieu dé­gage, c’est la rai­son d’être de notre mé­tier : faire que ce lieu de tra­vail et de vie concoure au bien être de tous. Ce­la donne le sen­ti­ment d’avoir bien oeu­vré. Ce n’était pas que des mots lan­cés pen­dant le concours de maî­trise d’oeuvre. C’était une vraie croyance et un vrai ob­jec­tif. La du­rée d’éclo­sion d’un pro­jet est longue et courte à la fois, beau­coup d’éner­gie dé­pen­sée tous en­semble, un tra­vail d’équipe avec chaque ac­teur et ils sont nom­breux : le Maître d’ou­vrage, les uti­li­sa­teurs, toute notre équipe de maî­trise d’oeuvre, les en­tre­prises de tra­vaux... La fin d’un pro­jet, c’est le point fi­nal de cette aven­ture d’abord hu­maine.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.