Chasses d’été et re­char­ge­ment

Faites de meilleures car­touches !

Armes de Chasse - - Sommaire - Alain F. Gheer­brant, pho­tos Bru­no Ber­bes­sou

Faites de meilleures car­touches !

Mais oui, re­char­ger pour chas­ser per­met d’uti­li­ser de meilleures car­touches à la chasse. Pour­quoi meilleures ? Tout sim­ple­ment parce que par­fai­te­ment adap­tées aux gi­biers re­cher­chés et aux modes de chasse pra­ti­qués. Voi­ci quelques pistes pour vos tirs d’été.

Choi­sir une car­touche ou un char­ge­ment sou­lève par­fois bien des ques­tions, et les ré­ponses ne sont pas si fa­ciles à trou­ver ou à mettre en oeuvre. En de­hors de toute consi­dé­ra­tion de ca­libre, de coût ou de prix de re­vient, dans un monde idéal, nous au­rions un char­ge­ment dé­dié à cha­cune de nos ac­ti­vi­tés. Une car­touche douce et très pré­cise pour l’en­traî­ne­ment et les loi­sirs, une car­touche à la fois pré­cise et ef­fi­cace pour l’ap­proche des ca­pri­dés, une car­touche à balle lourde et bien construite pour la bat­tue, une car­touche un peu plus ra­pide et très pré­cise pour l’af­fût, etc. Mais la vie est ain­si faite que les mul­tiples en­car­tou­cheurs qui nous ap­pro- vi­sionnent se can­tonnent tou­jours à quelques char­ge­ments qui, éco­no­mie, ha­bi­tudes et mar­ché ai­dant, re­pré­sentent 80 % de leurs ventes. C’est par­fai­te­ment ac­cep­table pour la ma­jo­ri­té des uti­li­sa­teurs et ce­la fonc­tionne ha­bi­tuel­le­ment plu­tôt pas mal sur le terrain. Di­sons, là en­core, dans 80 % des cas. Oui, mais… Chaque sai­son, on nous pro­pose des balles nou­velles et des char­ge­ments tout aus­si nou­veaux. Chaque an­née, quelques ré­fé­rences éprou­vées dis­pa­raissent des ca­ta­logues. A condi­tion de re­char­ger, on peut les re­faire, re­créer ce qu’on ne nous offre plus. Com­ment? Eh bien li­sez la suite. Quand on parle tirs d’été, on pense le plus sou­vent à l’ap­proche des ca­pri­dés, par­fois en contexte mon­ta­gnard. Ce­la im­pose des tirs ten­dus, sou­vent as­sez loin­tains, une éner­gie suf­fi­sante à l’im­pact, une per­for­mance ter­mi­nale sans dé­faut avec le pro­jec­tile choi­si. Les ca­libres le plus sou­vent em­ployés vont de l’humble .222 Re­ming­ton aux grands clas­siques « à tout faire » que sont les di­vers 6,5 et 7 mm. On re­cherche des vi­tesses as­sez éle­vées pour ob­te­nir des tra­jec­toires aus­si « plates » que pos­sible, on pri­vi­lé­gie des co­ef­fi­cients ba­lis­tiques im­por­tants et sur­tout une pé­né­tra­tion suf­fi­sante sous la plu­part des angles de tir. Ce­la im­plique de bien connaître l’arme, la balle et la car­touche re­te­nues.

L’es­sen­tiel

La pre­mière chose à dé­ter­mi­ner est le ca­libre. La plu­part pré­sentent des li­mi­ta­tions tout à fait ob­jec­tives. Par exemple, en ca­libre .22, la qua­si-to­ta­li­té des char­ge­ments dis­po­nibles chez votre ar­mu­rier fa­vo­ri em­ploient des balles ab­so­lu­ment pas faites pour la chasse des on­gu­lés. Trop fra­giles, elles sont des­ti­nées au tir des nui­sibles, ce qui les li­mite à l’af­fût du re­nard. Si on veut se frot­ter aux cha­mois, aux isards ou aux bro­cards de France ou d’ailleurs, il fau­dra choi­sir une balle mieux faite ou mieux adap­tée, par son poids comme par sa construc­tion. Il en va de même en ca­libre 6 ou 6,5 mm. Une fois réglée la ques­tion du ca­libre reste à choi­sir la balle qui pro­cu­re­ra les ef­fets re­cher­chés. Les pro­grès sont constants dans ce do­maine. Certes, il existe des balles ho­mo­gè-

nes (Barnes), de plus en plus ef­fi­caces, dont les quelques in­con­vé­nients, en grande par­tie ima­gi­naires, passent de plus en plus au se­cond plan de nos pré­oc­cu­pa­tions. Des balles à noyau sou­dé ap­pa­raissent qua­si­ment chaque mois : Nos­ler, Nor­ma, Swift, Speer et quelques autres nous offrent de quoi éle­ver la per­for­mance ter­mi­nale de nos armes de petit ca­libre, c’est une ex­cel­lente nouvelle. Plus ef­fi­caces « in vivo », sou­vent d’une re­dou­table pré­ci­sion, elles ouvrent de nou­velles pers­pec­tives aux chas­seurs- re­char­geurs. Nos­ler pro­pose une Bon­ded So­lid Base en dia­mètre de 0,224 pouce en 64 grains, par exemple, qui com­plè­te­ra ce qu’ap­por­tait la cé­lèbre et in­con­tour­nable Par­ti­tion de 60 grains. Chez Swift Bul­lets, les Sci­roc­co II éga­le­ment en dia­mètre de 0,224 pouce (ogives sé­cantes, ar­rières fuyants, poids éle­vés) ouvrent de belles ave­nues aux chas­seurs d’été. Speer a an­non­cé des balles Deep Curl en 6 mm qui font ap­pel à des che­mises pla­quées par élec­tro­lyse et pro­curent ex­pan­sion et pé­né­tra­tion spec­ta­cu­laires sur les ca­pri­dés et les cer­vi­dés de pe­tite taille, aus­si bien que sur les bêtes rousses en contexte d’af­fût. Plus que ja­mais, nous avons le choix. Bien en­ten­du, ces pro­jec­tiles peuvent pa­raître quelque peu « exo­ti - ques » et ne se trouvent pas n’im­porte où. Si, es­sais faits, vous vou­lez en dis­po­ser à vo­lon­té, il vous fau­dra pla­ni­fier vos achats et gé­rer vos stocks de près. Mais ce­la n’est pas un obs­tacle, tout au plus une ques­tion de pa­tience.

Quelles pré­cau­tions ?

A prio­ri, la pro­cé­dure com­porte peu de dif­fi­cul­tés. La se­conde édi­tion du Guide pra­tique du re­char­ge­ment vous se­ra d’une aide pré­cieuse, même si toutes les balles ré­centes n’y fi­gurent pas. Il vous suf­fi­ra d’ap­pli­quer à la balle « in­édite » la « mé­thode de l’es­ca­lier ». Il est à peu près im­pos­sible de réunir tous les pro­jec­tiles dans des dé­lais rai­son­nables, ne se­rait- ce qu’en rai­son de l’im­por­tance de la de­mande mon­diale et de l’im­pact d’« ac­ca­pa­reurs » de plus en plus nom­breux qui stockent pro­jec­tiles et autres com­po­sants avec l’es­poir de réa­li­ser des bé­né­fices fa­ciles en quelques mois. C’est le cas pour les .22 Long Rifle dans cer­taines ré­gions du monde. La pre­mière pré­cau­tion à prendre est de dé­ter­mi­ner la lon­gueur hors-tout de la car­touche char­gée, puis d’af­fi­ner cette don­née par des tirs d’es­sai. La tech­nique en est bien connue, et une simple ba­guette de net­toyage suf­fit. Ha­bi­tuel­le­ment, un vol libre de 0,5 mm donne de bons ré­sul­tats. Sou­ve­nez-vous sim­ple­ment que les balles pour­vues d’ogives sé­cantes donnent en gé­né­ral une lon­gueur su­pé­rieure à celle qu’on ob­tient avec un pro­jec­tile dont l’ogive est tan­gente. Deuxième pré­cau­tion, ré­flé­chir à la charge de poudre. Le Guide pra­tique contient de mul­tiples tables de char­ge­ment, avec de mul­tiples poudres. Comme tou­jours, il se peut que la

balle que vous avez choi­sie n’y fi­gure pas. Par­tez alors de la table d’une balle proche par sa masse et son pro­fil et re­faites un « es­ca­lier ». Le ch­ro­no­graphe vous ai­de­ra beau­coup dans cette dé­marche. Troi­sième pré­cau­tion, se sou­ve­nir que l’ef­fi­ca­ci­té d’une balle quel­con- que en tir de chasse dé­pend de mul­tiples fac­teurs et pas seu­le­ment de la vi­tesse ini­tiale. Ce qui compte est la vi­tesse à l’im­pact, et cette don­née change en fonc­tion de la den­si­té de sec­tion de votre pro­jec­tile, sur­tout au-de­là de 100 à 150 m. In­utile de choi­sir une balle « spé­ciale longue dis­tance » ré­pu­tée of­frir une per­for­mance ter­mi­nale ex­cep­tion­nelle à grande dis­tance si vous ne ti­rez ja­mais un ani­mal à plus de 200 m !

Pas trop lé­ger !

On se pré­oc­cu­pe­ra aus­si de la te­nue de telle ou telle balle dans tel ou tel pas de rayure. Il est rare de trou­ver, par exemple, une .22-.250 dont le ca­non pos­sède un pas de moins de 305 mm, ce qui rend la ca­ra­bine in­com­pa­tible avec les balles les plus lourdes dans ce ca­libre. Il existe des pro­jec­tiles « faits pour » que le re­char­geur au­ra tout loi­sir d’em­ployer ; là en­core, une pe­tite ré­flexion préa­lable peut faire ga­gner du temps et des com­po­sants. Lors­qu’on parle « pe­tits ca­libres », beau­coup de chas­seurs se laissent trom­per par les vi­tesses ini­tiales éle­vées af­fi­chées dans les ca­ta­logues. Sou­vent, ils n’ac­cordent au­cune im­por­tance aux lon­gueurs de ca­non. Par­fois, ils cèdent aux im­pres­sions : l’au­ra de la marque, par exemple, ou les dé­cla­ra­tions de l’un ou l’autre com­pa­gnon de chasse. Même s’il tombe sous le sens qu’on ne va pas em­ployer la même balle pour mettre un terme à l’exis­tence de quelques ra­gon­dins fouis­seurs de rives ou rap­por­ter un jo­li bro­card bien coif­fé et bien do­du, bien des gens ne prêtent pas d’at­ten­tion à ce « dé­tail ». Et dé­couvrent fi­na­le­ment que les choses ne fonc­tionnent pas comme ils pen­saient qu’elles de­vaient fonc­tion­ner. Par­ti­cu­liè­re­ment en ca­libres .22 à per­cus­sion cen­trale à hautes vi­tesses ini­tiales, et par­fois en ca­libres 6 mm, on tend à char­ger des balles trop lé­gères ou in­suf­fi­sam­ment « co­hé­rentes » après l’im­pact, des balles qui blessent plus qu’elles ne tuent. Pour­quoi ? Parce que notre balle à ra­gon­dins n’a pas be­soin de pé­né­trer pro­fon­dé­ment et doit se frag­men­ter ou s’ex­pan­ser très vite, dans les pre­miers 2,5 cm de sa pé­né­tra­tion, alors qu’un che­vreuil ou un cha­mois pré­sente une épais­seur bien su­pé­rieure et une den­si­té os­seuse ou ner­veuse bien plus im­por­tante éga­le­ment. Ti­rer « lourd pour le ca­libre » s’im­pose donc, et per­met ra­re­ment l’em­ploi d’autre chose que de car­touches re­char­gées. Si vous les pro­dui­sez avec as­sez de soin et d’at­ten­tion, sans ou­blier l’in­dis­pen­sable ri­gueur qui est la clé de voûte du re­char­ge­ment, ces car­touches se­ront bien plus pré­cises, vous met­tez toutes les chances de votre cô­té.

Chez Speer, la nouvelle Deep Curl en 6 mm pour­rait bien dé­trô­ner la Grand Slam.

Les balles très fra­giles et fan­gibles sont par­faites pour

la chasse du re­nard, il n’en ira pas de même avec un che­vreuil.

Ti­rer lourd pour le ca­libre est une des clés

du suc­cès.

Pen­sez à bien me­su­rer la lon­gueur to­tale des balles et à dé­ter­mi­ner le vol libre.

Le re­char­ge­ment vous offre en pre­mier lieu un choix de balles illi­mi­té, à vous de trou­ver celle qui se­ra par­faite pour vos chasses.

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