La pla­tine de Bees­ley

La gloire éter­nelle de Pur­dey

Armes de Chasse - - Sommaire - Dja­mel Tal­ha

La gloire éter­nelle de Pur­dey

En ven­dant, pour 35 livres en 1880, une mé­ca­nique de son in­ven­tion, Fre­de­rick Bees­ley fit le suc­cès et la gloire de Pur­dey. Pour lui, il reste une place éter­nelle au pan­théon des grands ar­mu­riers et le mé­rite d’une mé­ca­nique de gé­nie. En voi­ci l’his­toire.

Comme la plu­part des pro­duits ma­nu­fac­tu­rés, bien des armes à feu et mu­ni­tions ont été dé­ve­lop­pées au fil d’un long pro­ces­sus. Un fa­bri­cant in­vente un sys­tème, un autre l’amé­liore, un troi­sième en pro­pose une nouvelle ap­proche, un qua­trième lui donne une forme es­thé­tique dif­fé­rente, etc. Dans l’uni­vers des armes fines, tel fut le des­tin de la pla­tine Hol­land & Hol­land, de l’éjec­teur Perkes, de la mo­no­dé­tente ou de la car­touche au­to­nome. Mais de temps en temps, l’his­toire de l’ar­mu­re­rie voit naître des créa­tions com­plè­te­ment à part, ne res­sem­blant à rien de connu, que nul in­dice n’an­non­çait. La pla­tine de Fre­de­rick Bees­ley est de celles-là, elle en est même l’in­car­na­tion ul­time. « En­tiè­re­ment dif­fé­rente » , c’est le com­men­taire qu’en fai­sait Bees­ley lui-même. Il avait rai­son. Sa pla­tine n’était pas seu­le­ment la pre­mière dans la­quelle les chiens étaient ar­més par les res­sorts plu­tôt que par un le­vier, elle était aus­si la pre­mière à être do­tée d’un self-ope­ning in­té­gré en tant que par­tie pre­nante du mé­ca­nisme. Mais lais­sons pour le mo­ment la des­crip­tion de cette in­ven­tion pour s’at­tar­der un ins­tant sur l’his­toire de son créa­teur, ce­lui qui était dé­jà une lé­gende de son vi­vant. Un per­son­nage connu comme « l’in­ven­teur des ar­mu­riers de Londres ».

Une offre en ex­clu­si­vi­té

En 1861, Fre­de­rick Bees­ley quitte à l’âge de 15 ans la ferme fa­mi­liale de l’Ox­ford­shire pour Londres, où il de­vient ap­pren­ti chez l’an­cien cros­sier de Joseph Man­ton, William Moore. Sept ans plus tard, son ap­pren­tis­sage ache­vé, il tra­vaille pour quelques ar­mu­riers lon­do­niens pen­dant un an ou deux avant de re­joindre Pur­dey, où il de­meure jus­qu’à la créa­tion de sa propre af­faire, en 1879. Les dé­buts sont dif­fi­ciles. Bees­ley se trouve a court d’ar­gent, ce qui l’in-

cite à pro­po­ser à son an­cien em - ployeur l’achat d’une bas­cule ham­mer­less qu’il vient d’in­ven­ter. Voi­ci ce qu’il écrit dans le cour­rier pré­sen­tant cette pro­po­si­tion à James Pur­dey le Jeune da­té du 18 décembre 1879 : « Ve­nant d’in­ven­ter une bas­cule sans chiens ex­té­rieurs dont je crois qu’elle est égale, si­non su­pé­rieure, à tout ce qui a été fabriqué jus­qu’ici, je suis dé­si­reux de cé­der mes droits sur celle-ci. Cette bas­cule est ba­sée sur un prin­cipe en­tiè­re­ment dif­fé­rent de tous ceux qui sont com­mer­cia­li­sés et pos­sède aus­si l’avan­tage par­ti­cu­lier de pou­voir être adap­tée sur n’im­porte quelle arme plus an­cienne pour la trans­for­mer à peu de frais en arme à mar­teaux in­té­rieurs. Je vous pro­pose cette bas­cule avant d’en par­ler à qui que ce soit d’autre dans la pro­fes­sion et se­rais heu­reux d’être re­çu par vous, si vous ju­gez cette in­ven­tion digne de votre at­ten­tion, pour vous pré­sen­ter une conver­sion fonc­tion­nelle. » Pur­dey avait dé­jà construit quelques armes ham­mer­less sur le prin­cipe Anson & Dee­ley et à par­tir du bre­vet de Gibbs & Pitt, mais il voit tout de suite en la bas­cule Bees­ley l’oc­ca­sion d’ac­qué­rir une mé­ca­nique qui lui se­rait propre, qui ne res­sem­ble­rait à rien d’autre sur le mar­ché. Outre les qua­li­tés in­trin­sèques, l’as­pect soi­gné et gra­cieux des pla­tines et de la bas­cule joua sans doute un rôle im­por­tant dans la ré­ponse du fa­bri­cant. A cet égard, cette mé­ca­nique était cer­tai­ne­ment en avance sur la plu­part de ses contem­po­raines. Le bre­vet n° 31 est ven­du à James Pur­dey le Jeune en juillet 1880, pour 35 livres. Le contrat confère à la fir- me l’usage ex­clu­sif pour les qua­torze an­nées sui­vantes, dé­lai de la pro­tec­tion du bre­vet avant qu’il ne tombe dans le do­maine pu­blic. La pre­mière arme do­tée du nou­veau sys­tème est fa­bri­quée cette même an­née et nul jux­ta­po­sé construit se­lon une autre concep­tion n’est sor­ti des ate­liers Pur­dey de­puis, si on ex­clut les grades in­fé­rieurs, qui étaient sous-trai­tés.

Le prix d’un en­vol

L’in­ven­tion va être dé­ci­sive pour l’hé­gé­mo­nie des armes pro­duites par Pur­dey. Elle as­su­re­ra même la sur­vie de la firme, « sé­cu­ri­se­ra sa po­si­tion plus fer­me­ment » , écrit Geof­frey Boo­throyd ( The shot­gun). La somme payée en échange peut lais­ser pen­ser que Pur­dey le Jeune fut l’unique ga­gnant de ce mar­ché. Telle n’est pas tout à fait la vé­ri­té. La tran­sac­tion per­mit non seu­le­ment à Bees­ley de ré­soudre ses pro­blèmes im­mé­diats de tré­so­re­rie, mais aus­si d’ins­tal­ler son ate­lier à une adresse pres­ti­gieuse, au 3, rue Saint-James, près du coeur du quar­tier lon­do­nien des ar­mu­riers. Sur­tout, elle lui don­na la li­ber­té né­ces­saire pour se concen­trer sur d’au-

tres in­ven­tions qui, deux dé­cen­nies plus tard, fe­ront dire à Teas­da­leBu­ckell, ré­dac­teur en chef du ma­ga­zine Land and Wa­ter de 1885 à 1899, que William Pal­mer Jones était le plus grand in­ven­teur dans le do­maine des armes à feu à Bir­min­gham et que Fre­de­rick Bees­ley oc­cu­pait une place si­mi­laire à Londres. A la mort de l’ar­mu­rier, en 1928, vingt-cinq bre­vets por­taient sa si­gna­ture. Certes, le plus connu et le plus im­por­tant d’entre eux reste le pre­mier, le n° 31, ce­lui de la « bas­cule ham­mer­less à ou­ver­ture au­to­ma­tique », ce­lui qui ins­cri­ra éter­nel­le­ment le nom Bees­ley dans l’his­toire de l’ar­mu­re­rie. « Le fu­sil de Pur­dey, tout en ap­par­te­nant à la ca­té­go­rie des ham­mer- less avec pla­tine, est d’une grande ori­gi­na­li­té de concep­tion » , ob­serve Fer­di­nand Cou­ral­ly ( Les Armes de chasse et leur tir). En ef­fet, mé­ca­ni­que­ment, le bre­vet n° 31 inau­gure une nouvelle ca­té­go­rie de bas­cules, celles à « ar­me­ment par res­sorts » ( spring- cocked), où une par­tie de l’éner­gie sto­ckée dans le res­sort prin­ci­pal est uti­li­sée pour ar­mer les pla­tines. Deux ans plus tôt, Hen­ry Tol­ley avait dé­po­sé un bre­vet (n° 461) pour une bas­cule faite sur un concept si­mi­laire, à la dif­fé­rence près qu’elle était à chiens ex­té­rieurs ( ham­mer­gun). Bees­ley est bien le pre­mier à ap­pli­quer le prin­cipe à une arme ham­mer­less. Pour ap­pré­cier tout le ca­rac­tère in­no­vant du sys­tème, il faut se sou­ve­nir que l’ap­pro che stan­dard de l’époque, tou jours en vi­gueur au - jourd’hui, était d’uti­li­ser un le­vier pour ar­mer les chiens lorsque l’arme est ou­verte. Le res­sort prin­ci­pal du mé­ca­nisme pos­sède alors une branche fixe ser­vant de point d’an­crage à par­tir du­quel l’autre branche fait tout le tra­vail. Ce­la si­gni­fie que le res­sort peut dé­pen­ser de l’éner­gie dans une seule di­rec­tion. Le sys­tème Bees­ley fonc­tionne à l’in­verse, le mé­ca­nisme est ar­mé lorsque le fu­sil est fer­mé. En outre, les deux pièces du res­sort jouent un rôle ac­tif. Comme il le ra­con­te­ra plus tard, Bees­ley s’est ins­pi­ré de la pla­tine dite à re­bon­dis­sant bre­ve­tée en 1867 par John Stan­ton ( bre­vet n° 367), un pla­ti­neur lon­do­nien de grande ré­pu­ta­tion. Ce der­nier avait dé­mon­tré que le grand res­sort en V peut avoir plus d’une fonc­tion dans un mé­ca­nisme. Se­lon sa concep­tion, la branche su­pé­rieure pro­pulse le chien vers l’avant et la branche in­fé­rieure le ren­voie à sa po­si­tion de de­miar­mé évi­tant l’en­clouage des amorces. Dans ce trans­fert de la ten­sion d’une branche à l’autre et vice ver­sa, Bees­ley a vu la base d’une concep­tion qui al­lait de­ve­nir « l’une des plus cé­lèbres bas­cules de tous les temps et la plus constam­ment re­cher­chée dans le monde » (Geof­frey Boo­throyd). Deux autres sys­tèmes d’ar­me­ment par res­sort bre­ve­tés par Bees­ley ont été as­so­ciés à de pres­ti­gieuses fa­bri­ca­tions bri­tan­niques : l’un que Bees­ley bre­ve­ta conjoin­te­ment avec James Wood­ward (n° 2813-1883) et l’autre ( n° 425- 1884) uti­li­sé par Charles Lan­cas­ter sur quel­que­sunes de ses armes, com­mu­né­ment ap­pe­lé le « bri­seur de poi­gnet » tant il ren­dait dif­fi­cile l’ar­me­ment du fu­sil à la fer­me­ture.

Une « pile » re­char­geable

La mé­ca­nique Bees­ley a été dé­crite par nombre d’émi­nents spé­cia­listes. Ce­pen­dant, à l’ex­cep­tion de Tho­mas Gough, très peu d’entre eux l’ont vrai­ment com­prise dans sa pré­ci­sion, no­tam­ment s’agis­sant du fonc­tion­ne­ment du grand res­sort en V, coeur du sys­tème et son prin­ci­pal élé­ment. John Hen­ry Walsh ( The Mo­dern Sports­man’s Gun and Rifle, 1882), William Wel­ling­ton Gree­ner ( The Gun and Its De­ve­lop­ment, 1910), Sir Ge­rald Bur­rard ( The Mo­dern Shot­gun, 1931) et Ri­chard Ake­hurst ( Game Guns and Rifles, 1969), tous se sont trom­pés en avan­çant que l’une des branches du res­sort est plus forte que l’autre et que les deux branches agissent in­dé­pen­dam­ment l’une de l’autre. Deux af­fir­ma­tions mé­ca­ni­que­ment im­pos­sibles. L’en­semble du res­sort tra­vaille en réa­li­té tout le temps, mais il exerce sa force dans dif­fé­rentes di­rec­tions, sui­vant la branche qui est ban­dée. Les deux branches du res­sort ap - puient sur le chien, avec des angles qui confèrent un plus grand avan­tage mé­ca­nique à celle du haut. Cette der­nière fait tour­ner le chien en ar­rière dans la po­si­tion ar­mée, lorsque le fu­sil est ou­vert. Pen­dant cette opé­ra­tion, la branche in­fé­rieure est ten­due. En­suite, quand la bas­cule est fer­mée, une tige en­gage une came pi­vo­tante qui com­prime le res­sort en for­çant la branche su­pé­rieure vers le bas, hors de contact avec le chien. La came de­vient ain­si le point d’an­crage pour le bras su­pé­rieur de sorte que le res­sort dé­ploie son éner­gie vers le bas, pro­pul­sant le chien en avant lorsque vous ap­puyez sur la dé­tente. Quand le chien avance, la der­nière por­tion de sa ro­ta­tion com­prime très lé­gè­re­ment le res­sort. Quand il re­vient au re­pos, le res­sort fait tour­ner le chien lé­gè­re­ment en

ar­rière. Ain­si la concep­tion Bees­ley est-elle une vé­ri­table pla­tine à re­bon­dis­sant. L’en­semble fonc­ti - onne en ver­tu du fait que le mé­ca­nisme al­terne la branche du res­sort qui est ban­dée et celle pou­vant se dé­pla­cer et ce fai­sant dé­pen­ser de l’éner­gie sto­ckée. « De tous les in­nom­brables concepts d’armes à feu ham­mer­less mis en évi­dence au cours de la der­nière par­tie du siècle der­nier [ XIXe siècle], deux, cha­cun à leur ma­nière, se dé­ta­chaient au- des­sus du reste et ont sur­vé­cu avec un suc­cès sans pré­cé­dent. Ce sont le sys­tème Anson & Dee­ley, qui re­pré­sente la sim­pli­ci­té ul­time, et la pla­tine Pur­dey, qui in­carne l’in­gé­nio­si­té et le raf­fi­ne­ment fonc­tion­nel. » Tels sont les pro­pos de Tho­mas Gough, un in­gé­nieur de for­ma­tion par­fai­te­ment au fait de la mé­ca­nique des armes à feu, et in­con­di­tion­nel de la bas­cule Bees­ley. In­gé­nieuse et fonc­tion­nelle, celle-ci l’est in­du­bi­ta­ble­ment. Il est dif­fi­cile d’ima­gi­ner un meilleur sys­tème in­té­grant avec au­tant de réus­site trois fonc­tions sé­pa­rées et dis­tinctes : ar­me­ment, mise à feu et ou­ver­ture au­to­ma­tique. Comme une montre suisse, chaque par­tie des com­po­sants rem­plit une fonc­tion spé­ci­fique d’une ma­nière spé­ci­fique et avec une ab­so­lue pré­ci­sion. Il n’y a au­cun gas­pillage d’éner­gie ou de mou­ve­ment. Le tout étant ac­tion­né par un seul res­sort, la source d’éner­gie qui fait que le reste fonc­tionne, une sorte de pile mé­ca­nique re­char­geable en somme.

Un agen­ce­ment

simple

La ci­né­ma­tique de la pla­tine re­pose sur l’agen­ce­ment simple de deux cames et d’une tige. La pre­mière came se trouve sur la char­nière de la bas­cule, sa sur­face su­pé­rieure est plane et vient en bu­tée sur la face in­fé­rieure des ca­nons. Nous l’ap­pel­le­rons pous­soir pour la dif­fé­ren­cier de la se­conde came. Celle-ci est fixée sur le corps de la pla­tine, juste au­des­sus du grand res­sort. La tige (ou tringle) cou­lisse dans un trou fo­ré le long du corps de la bas­cule. La pre­mière fi­gure ci-contre montre la bas­cule ou­verte et le mé­ca­nisme ar­mé. Lorsque vous fer­mez la bas­cule, le pous­soir (A), pi­vo­tant sur l’axe de char­nière, pousse la tige (B) vers l’ar­rière contre la came de la pla­tine (C). La came pi­vote, pas­sant sur un rou­leau ( ou ga­let), et force la branche su­pé­rieure du res­sort (D) vers le bas et com­prime le res­sort, comme vous le voyez dans la fi­gure 2. ( Un rou­leau sur la branche su­pé­rieure, non vi­sible sur l’image, em­pêche toute fric­tion entre le res­sort et la came et as­sou­plit le mou­ve­ment.) Lorsque la pla­tine est ar mée, la came sert à an­crer la branche su­pé­rieure du res­sort. Ain­si, comme vous pou­vez l’ob­ser­vez sur la fi­gure 3, lorsque la queue de dé­tente sou­lève la queue de la gâ­chette ( G), la branche in­fé­rieure ( E) se dé­ploie vers le bas et fait pi­vo­ter le chien (F) sur son axe, vers l’avant, contre le per­cu­teur.

Ima­gi­nez main­te­nant la même sé­quence mais dans le sens in­verse, quand vous ou­vrez la bas­cule. De par la fa­çon dont les deux branches du res­sort sont en contact avec le chien, celle du haut a le plus grand ef­fet de le­vier. Dans la sé­quence d’ou­ver­ture et de l’ar­me­ment, la branche in­fé­rieure est donc an­crée et celle du haut agit à la fois contre le chien et la came. Ain­si, à l’ou­ver­ture, le res­sort fait tour­ner le chien et force en même temps la came vers le haut. La came pousse la tige en avant, trans­fé­rant de l’éner­gie au pous­soir, et le pous­soir fait pres­sion à son tour contre le plat des ca­nons, ce qui oblige la bas­cule à s’ou­vrir vi­gou­reu­se­ment, comme une bou­teille de cham­pagne. In­dé­pen­dam­ment du fait que l’arme a ti­ré ou non, la bas­cule Bees­ley s’ouvre au­to­ma­ti­que­ment : elle est donc l’une des rares à être une vraie self-ope­ning, le res­sort conserve un de­gré de com­pres­sion et est libre de flé­chir à tout mo­ment quand la bas­cule est ou­verte. Ce­la si­gni­fie aus­si que le res­sort n’est com­plè­te­ment com­pri­mé que lorsque l’arme est fer­mée, ce qui ré­duit le stress sur le res­sort et évite d’avoir à dé­mon­ter le fu­sil avant le sto­ckage, de per­cu­ter à vide ou en­core d’uti­li­ser des douilles amor­tis­seurs pour sou­la­ger le mé­ca­nisme. Il suf­fit d’ou­vrir la bas­cule et d’en­le­ver les ca­nons pour mettre les res­sorts au re­pos.

Belle et par­faite

Mais au-de­là de ses avan­tages mé­ca­niques, la pla­tine Bees­ley re­pré­sente sur­tout ce que Tho­mas Gough dé­crit comme « l’at­trait es­thé­tique d’un mé­ca­nisme per­fec­tion­né, de ceux qui ef­fec­tuent im­mé­dia­te­ment un cycle com­plet d’opé­ra­tions à la com­mande d’une simple pres­sion du doigt. Nul be­soin d’être un ex­pert en mé­ca­nique pour être sen­sible à son ap­pel. » Le seul re­proche fré­quem­ment adres­sé à la pla­tine Bees­ley est de rendre l’arme dif­fi­cile à fer­mer, même si ce­la « dis­pa­raît avec un peu d’uti­li­sa­tion et l’ac­qui­si­tion d’un cer­tain ta­lent » ( Tho­mas Gough). Les per­sonnes pou­vant se per­mettre de pos­sé­der un Pur­dey dans les an­nées 1880-1890 avaient de toute fa­çon des char­geurs à leur dis­po­si­tion. Ajou­tons que, au sein de la mai­son Pur­dey, le fait ne fut ja­mais en­vi­sa­gé comme un pro­blème, mais plu­tôt comme un avan­tage. Car en rai­son de cette ré­sis­tance à la fer­me­ture, les pro­prié­taires ( et char­geurs !) étaient moins en­clins à cla­quer le fu­sil, évi­tant de fis­su­rer ou bri­ser la crosse, ce qui ar­rive avec une bas­cule clas­sique. La Bees­leyPur­dey est en quelque sorte son propre amor­tis­seur.

No­tons que les gâ­chettes et les crans de dé­part ( rampes) de la pla­tine Bees­ley étant d’une grande force, on consi­dé­ra dans un pre­mier temps que seule une sé­cu­ri­té au­to­ma­tique fonc­tion­nant sur les dé­tentes était né­ces­saire. Des gâ­chettes de sé­cu­ri­té furent tou­te­fois ajou­tées plus tard pour ren­for­cer la sé­cu­ri­té.

Les conquêtes de la Bees­ley

Le sys­tème Bees­ley est certes in­gé­nieux, mais n’est pas le plus simple ja­mais conçu. Sa fa­bri­ca­tion né­ces­site une main de maître et beau­coup d’ex­pé­rience. « Les pla­tines Pur­dey sont des mé­ca­nismes so­phis­ti­qués, ce qui les rend plus dif­fi­ciles à fa­bri­quer et plus dif­fi­ciles à ré­gler, me confiait Ri­chard Barnes, ar­mu­rier for­mé chez Pur­dey. Bien que j’aie fabriqué de nom­breux res­sorts dans ma car­rière, je n’ai­me­rais guère avoir à re­pro­duire un res­sort Pur­dey. Une réa­li­sa­tion de­man­dant au bas mot huit à dix heures de tra­vail. » De plus, aux dires de Ion Clarke, di­rec­teur de l’ate­lier d’usi­nage chez Pur­dey, res­pon­sable no­tam­ment de la concep­tion du ca­libre .410, la bas­cule Bees­ley est par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile à réa­li­ser dans les pe­tits ca­libres. « Vous ne pou­vez pas réduire pro­por­tion­nel­le­ment le res­sort à l’échelle du ca­libre. Sa géo­mé­trie se­rait en­tiè­re­ment fausse et il de­vien­drait trop faible pour faire tout ce qu’on at­tend de lui. » Au cours des der­nières an­nées, quelques ar­ti­sans ont fabriqué des armes ba­sées sur la mé­ca­nique Bees­ley. Pra­ti­que­ment tous sont des an­ciens de Pur­dey, comme Mi­chael Lou­ca (Wat­son Bros), Pe­ter Symes et Alex Wright, les deux fon­da­teurs de Symes & Wright, Alan Crewe (exCog­swell & Har­ri­son), Pe­ter Chap­man ou en­core Pe­ter Nel­son. Hors des fron­tières de l’An­gle­terre, des fa­bri­cants belges, comme Fran­cotte ou Tho­non, ont re­le­vé le dé­fi, sur des mé­ca­niques réa­li­sées le plus sou­vent par le pla­ti­neur Jac­quet. En Al­le­magne, ci­tons Hartmann & Weiss, et, pour l’Es­pagne, la pla­tine Bees­ley du Se­nior, un mo­dèle fabriqué par Aya. Et en France, vous de­man­dez-vous, au­cun fa­bri­cant ne s’est ris­qué dans l’aven­ture? Ils sont rares, mais existent néan­moins, à l’exemple de Cons­tant. Seu­le­ment ces fu­sils furent rares et pas­sèrent sou­vent in­aper­çus car fa­bri­qués pour d’autres comme Lien-Cha­pu-Cal­lens avec, très sou­vent là en­core, une mé­ca­nique belge si­gnée Jac­quet. Pour au­tant, l’his­toire de Fre­de­rick Bees­ley reste dé­fi­ni­ti­ve­ment liée à celle de Pur­dey. Lui, le fils d’agri­cul­teur de l’Ox­ford­shire, se­rait fier d’ap­prendre que sa grande in­ven­tion est tou­jours fa­bri­quée, presque à l’iden­tique de son des­sin de bre­vet, dans les ate­liers qui portent le nom de ce­lui qui lui ache­ta son bre­vet, il y a de ce­la cent trente-quatre ans !

Aud­ley House, le siège de Pur­dey vou­lu par James Pur­dey le Jeune.

Fre­de­rick Bees­ley, sans doute l’ar­mu­rier le plus créa­tif de son époque.

Si Pur­dey a gar­dé cette au­ra « ma­gique », c’est grâce à la qua­li­té de sa fa­bri­ca­tion et sur­tout grâce à la mé­ca­nique Bees­ley. Gé­niale et fiable, certes, mais sur­tout per­met­tant la réa­li­sa­tion d’une bas­cule aux su­perbes pro­por­tions

et à la re­lime unique.

La com­plexi­té des res­sorts des Pur­dey est telle

que cer­taines paires, comme ici,

étaient li­vrées avec une trousse com­plète de pièces de re­change.

Une pla­tine Pur­dey. Seule la gâ­chette de sé­cu­ri­té ac­cro­chant la tête

du chien n’a pas été dessinée par Bees­ley.

Outre le po­si­tion­ne­ment ca­rac­té­ris­tique des axes, c’est à sa gra­vure que l’on re­con­naît la bas­cule Pur­dey.

Ce sont les deux cames dé­pas­sant de la table de bas­cule qui vont re­pous­ser les ca­nons à l’ou­ver­ture.

De­puis 134 ans, Pur­dey uti­lise

la pla­tine Bees­ley pour ses jux­ta­po­sés.

FIG. 1 A l’ou­ver­ture, les deux

branches du res­sort re­montent, la branche su­pé­rieure fait re­cu­ler le chien

jus­qu’en po­si­tion ar­mée.

FIG. 2

A la fer­me­ture, la pièce A re­pousse B qui re­pousse C qui à son tour com­prime le res­sort (D). La pla­tine

est ar­mée.

FIG. 3

Le tir est dû à la force de la branche in­fé­rieure du res­sort.

A l’ou­ver­ture, la branche su­pé­rieure re­pousse C, B et A,

qui as­sure le self-ope­ning.

On dit sou­vent que la seule pièce fra­gile de cette mé­ca­nique est son doigt d’éjec­teur, la pe­tite pièce qui forme un D ma­jus­cule. Elle n’a pas été conçue par Bees­ley !

La pla­tine Bees­ley est l’une des rares dont les pièces as­surent deux fonc­tions à la fois. L’une des rares aus­si dont les deux branches du res­sort sont mo­biles et do­tées

de rôles dif­fé­rents.

Le Se­nior d’Aya (ci-des­sus) em­ploie une mé­ca­nique Bees­ley. Pour vous en convaincre, il suf­fit de com­pa­rer la po­si­tion des dif­fé­rents axes sur la pla­tine : iden­tique.

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