Al­lez, au lit !

Se pré­mu­nir de la casse ou évi­ter qu’une fê­lure ne se trans­forme en drame sont deux ex­cel­lentes rai­sons de ren­for­cer une crosse. Ne tar­dez pas plus long­temps, confiez ce tra­vail à votre armurier, vous irez chas­ser l’es­prit plus tran­quille.

Armes de Chasse - - Sommaire - Texte et pho­tos Da­ny Ma­gloire, ar­mu­re­rie de la Ville­neuve

Bed­ding et ren­forts de crosse

Le bois est un ma­té­riau vi­vant, c’est pour ce­la qu’il est pas­sion­nant. C’est pour ce­la aus­si qu’il peut, au fil du temps et de l’uti­li­sa­tion, se dé­for­mer, sous l’ef­fet des aléas cli­ma­tiques et de l’usure. Point n’est be­soin de ti­rer des salves et des salves pour ce­la, une uti­li­sa­tion nor­male suf­fit à dé­for­mer les bois d’une arme. Avec des ré­per­cus­sions plus ou moins im­por­tantes sur son fonc­tion­ne­ment, et même sa fia­bi­li­té. Vous ou l’un de vos com­pa­gnons de chasse avez peut-être dé­jà eu la fâ­cheuse ex­pé­rience de voir la crosse d’une ca­ra­bine se fis­su­rer ou se cas­ser sous l’ac­tion d’un tir. Sous l’ef­fet de la pres­sion exer­cée par la per­cus sion de l’amorce, la prise de rayure de la balle, son par­cours dans le ca­non et la dé­to­na­tion, puis le re­cul, la par­tie mé­ca­nique de l’arme et le ca­non peuvent fra­gi­li­ser la crosse et fi­nir par la cas­ser ou gé­né­rer de mi­cro-fê­lures. Les chocs à ré­pé­ti­tion, no­tam­ment sur les carabines de calibre puis­sant (.375 et au-de­là), peuvent al­té­rer la so­li­di­té de l’arme et à terme fis­su­rer la crosse à di­vers en­droits, par exemple au ni­veau de la sé­cu­ri­té ou en­core de chaque cô­té du de­vant. Cer­tains signes peuvent vous aler­ter, comme la pré­sence d’un jeu trop im­por­tant entre la crosse et le mé­ca­nisme de votre arme (boî­tier de cu­lasse, ca­non..) ou en­core lorsque les vis de sé­cu­ri­té laissent ap­pa­raître quelques signes de re­lâ­che­ment. Afin de pré­ve­nir plu­tôt que gué­rir, vous pou­vez re­cou­rir à des tech­niques à même de ren­for­cer la crosse. Elles sont au nombre de deux, et consistent soit à po­ser des tiges de mé­tal dans la crosse, soit à réa­li­ser un bed­ding.

Du mé­tal pour rendre plus fort

Les tiges de ren­fort de crosse, éga­le­ment ap­pe­lées en­tre­toises de re­cul, sont de pe­tites barres mé­tal­liques (d’acier en règle gé­né­rale) qui tra­versent de part en part la crosse à l’ar­rière et par­fois aus­si à l’avant du boî­tier. Ce der­nier vient prendre ap­pui sur l’en­tre­toise ar­rière, un pla­cage au noir de fu­mée ou à la san­guine s’im­pose. Ain­si, à chaque tir, la pres­sion s’exerce sur cette tige de mé­tal, qua­si in­dé­for­mable, et non plus sur le ma­té­riau meuble qu’est le bois, et se ré­par­tit dans l’en­semble de la crosse. Ces ren­forts peuvent être mis en place en usine, comme c’est le cas sur les mo­dèles Sa­fa­ri de la CZ (calibre .450 ou .550) ou sur cer­tains drillings de fa­bri­ca­tion au­tri­chienne. Ils peuvent aus­si être ins­tal­lés ul­té­rieu­re­ment, sur des armes ache­tées neuves ou d’oc­ca­sion lors que les

pre­miers signes de fa­tigue se font sen­tir ou lors­qu’une fis­sure est re mar­quée. Sa­chez tou­te­fois qu’une fê­lure dans le bois, même im­por­tante, ne si­gni­fie pas for­cé­ment que la crosse doit être chan­gée, mais une vi­site chez l’armurier s’im­pose.

Vive la so­li­da­ri­té !

L’autre so­lu­tion pour ren­for­cer votre arme consiste à y faire réa­li­ser un bed­ding, c’est-à-dire un mou­lage du boî­tier de cu­lasse dans la crosse, qui va ré­gu­ler le ré­gime vi­bra­toire du ca­non en maxi­mi­sant le contact de la crosse avec le fond du mé­ca­nisme. Uti­li­sé à l’ori­gine sur les armes spor­tives pour as­su­rer une ré­gu­la­ri­té par­faite tir après tir, le bed­ding est aus­si un moyen très ef­fi­cace de ren­for­cer et main­te­nir un as­sem­blage so lide de toutes les pièces de l’arme. Les écarts de tem­pé­ra­ture, d’hy­gro­mé­trie et les vi­bra­tions aux­quels sont sou­mises les crosses ne les mettent pas à l’abri des dé­for­ma­tions et ce­la en dé­pit d’un hui­lage et d’un en­tre­tien exem­plaires. Les dif­fé­rentes ré sines aux­quelles re­court la tech­nique du bed­ding vont do­ter le bois d’une sta­bi­li­té par­faite. L’en­semble boî­tier de cu­lasse/ crosse ac­quiert une uni­ci­té à toute épreuve. Bien que les carabines soient tra­di­tion­nel­le­ment do­tées d’un lo­ge­ment en bois fa­çon­né dans le de­vant de la crosse, les contraintes évo­quées peuvent les dé­for­mer. Avec un calibre puis­sant, un boî­tier de cu­lasse di­rec­te­ment in­sé­ré dans un mou­lage en ré­sine in­dé­for­mable se­ra bien plus sé­cu­ri­sant. Sans comp­ter qu’en plus de cette ré­sis­tance ren­for­cée, l’arme gagne une plus grande pré­ci­sion. Vous l’au­rez de­vi­né, c’est une in­ter­ven­tion qui doit être réa­li­sée par un homme de l’art. Il s’agit de maî­tri­ser la mise en place de la ré­sine, en­core mal­léable, au contact du mé­tal pour pou­voir en­suite la dé­so­li­da­ri­ser sans mal. J’ai vu un jour dé­bar­quer dans mon ate­lier une ca­ra­bine dont la mé­ca­nique était ari­mée pour l’éter­ni­té au bois de la crosse. La seule so­lu­tion res­tait de cas­ser la crosse et de pon­cer le mé­tal jus­qu’à le dé­bar­ras­ser de la ré­sine dur­cie. La pe­tite éco­no­mie réa­li­sée en vou­lant se pas­ser d’un pro­fes­sion­nel se sol­dait par un sau­ve­tage au coût as­tro­no­mique.

Gage de so­li­di­té mais aus­si de pré­ci­sion, un bed­ding en fond de crosse per­met de mieux as­seoir le mé­ca­nisme.

Pour cette ca­ra­bine, c’est trop tard, la casse a eu lieu. Mieux vaut ré­agir et agir dès qu’une pe­tite fê­lure ap­pa­raît.

Avant la pose de la ré­sine, il faut bou­cher les trous sur le bois et le mé­tal, en grais­sant ce der­nier pour qu’il puisse en­suite se « dé­mou­ler ».

La crosse est nue, prête à re­ce­voir un bed­ding en ré­sine.

Une en­tre­toise de re­cul : en tra­ver­sant la crosse et en ser­vant d’ap­pui au boî­tier, elle va li­mi­ter les chocs sur le bois.

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