Balles lé­gères et bêtes noires

Un rap­port de force sur­pre­nant

Armes de Chasse - - Sommaire - Do­mi­nique Czer­mann

Un rap­port de force sur­pre­nant

Des di­zaines de balles sont ap­pa­rues sur le mar­ché ces der­nières an­nées. Plus per­for­mantes, plus mo­dernes, plus com­pli­quées et, avec leurs ma­té­riaux in­no­vants et sou­vent sans plomb, plus lé­gères aus­si. Dès lors, la ques­tion se pose : Font-elles en­core le poids face à nos san­gliers ?

Dieu est tou­jours du cô­té des balles lourdes » , cette maxime, sou­vent ré­pé­tée par le co­lo­nel Ar­thur Al­phin, le fon­da­teur de la so­cié­té A-Square, au­rait pu être aus­si celle de John « Pon­do­ro » Tay­lor et de nom­breux chas­seurs « blancs » de l’époque de gloire de la grande chasse afri­caine. Au­jourd’hui en­core, elle reste le leit­mo­tiv de ceux qui « as­surent » et pal­lient les dé­faillances, voire les dé­fi­ciences de cer­tains « aven­tu­riers » de la gran- de chasse. Tou­te­fois, dès le dé­but du XXe siècle, cer­tains chas­seurs se sont lan­cés dans la vi­tesse à tout prix, ce qui a en­traî­né une sérieuse ré­duc­tion du poids de balle, à ca­libre don­né. S’il y eut des ré­sul­tats spec­ta­cu­laires ( sou­vent non ré­édi­tables), il y eut moult ac­ci­dents, avec bles­sés et morts. D’ailleurs, les vrais pro­fes­sion­nels, adeptes de pe­tits ca­libres et des balles lé­gères ayant connu le suc­cès, uti­li­saient tous les balles les plus lourdes adap­tées à leurs armes et car­touches. A l’exemple de Ka­ra­mo­jo Bell, qui em­ployait prin­ci­pa­le­ment une ca­ra­bine Mau­ser Rig­by en .275 Rig­by (balle de 140 grains) et ti­rait uni­que­ment des 7 mm Mau­ser DWM à balles ogi­vales blin­dées de 173 grains, plus ou moins. Les pre­mières mu­ni­tions de Wea­ther­by n’avaient au­cune ré­gu­la­ri­té en termes de lé­ta­li­té et al­laient du mi­ra­cu­leux au pire, et ce sur ani­maux ar­rê­tés. Une ex­cep­tion no­table, ja­mais contro­ver­sée : la .350 Rig­by, qui fut réel­le­ment la pre­mière car­touche à balle lé­gère en rap­port du ca­libre ef­fi­cace et ja­mais cri­ti - quée pour ses per­for­mances ter­mi­nales ( avec le .375 H& H à balle de 235 grains), y com­pris les plus gros ani­maux en rai­son de balles très bien conçues. Avec la puis­sance de la .35 Whe­len, mais dans un étui plus gros pour ré­duire les pres­sions. Pour clore ce long avant- pro­pos, j’ajoute que les termes « balles lé­gères » ne veulent rien dire si ne sont pas pré­ci­sés le ca­libre et les mu­ni-

tions. Et, pour évi­ter tout mal­en­ten­du, je pré­cise éga­le­ment que je suis plu­tôt un adepte du lourd et que j’aime bien les 22 à 26 g de plombs que lancent mes .45- 70 et .450 Mar­lin. Même si mon épaule com­mence à s’en las­ser.

Le pour­quoi du comment

Il est ques­tion ici de chasse en bat­tue des grands ani­maux, plus par­ti­cu­liè­re­ment de la bête noire. Com­men­çons donc par éta­blir un do­maine d’em­ploi et de choix de mu­ni­tions dont le bon sens vou­dra qu’on ne des­cende pas trop en dia­mètre de balles, même s’il est ar­ri­vé et ar­ri­ve­ra en­core que de très pe­tites car­touches et des balles ano­rexiques tuent de grosses bêtes. De nom­breux ( vrais) spé­cia­listes s’en­tendent pour ne pas tom­ber en des­sous du 6,5 mm. Le 6,5 x55 Mau­ser Sué­dois éta­blis­sant la ré­fé­rence en rai­son de cen­taines de mil­liers de suc­cès at­tes­tés, ré­pé­tés et confir­més sur tous les grands gi­biers d’Eu­rope en bat­tue. Pour la li­mite haute, on peut fixer le .375 H& H ou, pour les adeptes des armes à le­vier de sous­garde dont je fais par­tie, le .444 et .450 Mar­lin ou le .45- 70, sou­vent tour­né en dé­ri­sion par ceux qui chassent as­sis de­vant leur or­di­na­teur. Il nous faut éga­le­ment com­prendre comment et pour­quoi, au­jourd’hui, on peut « ti­rer plus lé­ger » à ca­libre don­né par rap­port à ce que nous ti­rions avant. Tout en rap­pe­lant que ce qui fonc­tion­nait il y a cent ans, voire plus, fonc­tionne en­core par­fai- te­ment et sou­vent mieux. Lors de la gé­né­ra­li­sa­tion de la poudre blanche, ou poudre vive, l’ac­crois­se­ment des vi­tesses a im­po­sé la créa­tion de balles che­mi­sées en tom­bac ou acier doux ni­cke­lé pour ré­duire l’em­plom­bage et conser­ver une pré­ci­sion cor­recte. Il est vite ap­pa­ru qu’à l’im­pact ces balles voyaient leur par­tie avant se désa­gré­ger. Lors­qu’elles pas­saient dans le gi­bier, la che­mise se sé­pa­rait sou­vent du noyau, en­traî­nant une couse er­ra­tique, un im­por­tant frei­nage et une pé­né­tra­tion ré­duite. Pour conser­ver cette pé­né­tra­tion ga­rante d’une mort ra­pide sur de grands gi­biers, la seule so­lu­tion était de faire les balles les plus lourdes pos­sible en fonc­tion de la conte­nance de l’étui, de la forme de la chambre et du pas de rayures. Les exemples types sont les 9,3 x62 et 74R à balles de 18,5 g, le .30-06 à balle de 13 à 14,25 g, le 8 x 57 IS dont cer­taines balles pe - saient 15,8 g ou les 6,5 x 55 Sué­dois et 6,5 x 54 MS dont la balle stan­dard se si­tuait entre 10,1 et 10,4 g.

Du stan­dard au light

Avec de telles balles sim­plis­simes, ces mu­ni­tions ont ac­cu­mu­lé plus de suc­cès qu’au­cune mer­veille « su­per­ex­tra-long-short-mag­num » do­tée de balles miracles n’éga­le­ra ja­mais. Mais l’homme, étant ce qu’il est, a es­sayé d’amé­lio­rer et de rendre plus ef­fi­caces ses ou­tils. En ren­for­çant ou par­ti­tion­nant les che­mises des balles (Bren­neke puis Nos­ler), en uti­li­sant des doubles noyaux (Bren­neke), en do­tant les balles de coiffes ba­lis­tiques (West­ley Ri­chards, Bren­neke, CIL, Re­ming­ton, Win­ches­ter, DWM), en ren­for­çant l’ar­rière de la che­mise tout en pro­té­geant par un re­pli la pointe plomb, voire en cein­tu­rant les che­mises (Pe­ters Bel­ted), les fa­bri­cants sont ar­ri­vés à construire des balles qui conser­vaient une im­por­tante masse ré­si­duelle tout en ex­pan­sant de fa­çon plus ou moins contrô­lée. Les poids ont com­men­cé à se ré­duire sans que le ré­sul­tat ter­mi­nal en pâ tisse, bien au contraire. Tant qu’ils n’ont pas dé­pas­sé les li­mites de la rai­son. Il est de­ve­nu pos­sible pour le chas­seur d’em­ployer de par le monde des balles plus lé­gères pour chas­ser ses san­gliers, cer­vi­dés et autres an­ti­lopes di­verses.

Ain­si les stan­dards pré­ci­tés ont été équi­pés de balles de 15 à 16,2 g pour les 9,3, de 10,5 à 11,7 g pour le .3006, 12,7 g pour les 8 mm, 10,4 g pour les 7 mm et 10,1 pour les 6,5mm. Pour au­tant, la de­mande de balles lourdes est res­tée stable et elles ont été amé­lio­rées et ren­dues plus fiables et ef­fi­caces. Rap­pe­lez-vous les 7x64 Tig de 11,5 g et les 9,3 x74R Alas­ka ou T-Man­tel de 18,5 g qui furent des stan­dards de nos bat­tues même lorsque les mag­num sont ar­ri­vées. En 1964, un Amé­ri­cain, qui reste mé­con­nu chez nous, William « Bill » Stei­gers (et non pas M. Bit­ter­root comme j’ai pu le lire) in­vente un pro­cé­dé chi­mique qui per­met de sou­der le noyau à la che­mise. La balle de­vient presque in­des­truc­tible. Si on mo­dule l’épais­seur, la forme de la che­mise, la du­re­té du noyau, les Bit­ter­root Bul­lets (du nom d’une par­tie des Ro­cheuses, dé­so­lée et très sau­vage du Mon­ta­na et de l’Ida­ho) conservent au mi­ni­mum 90% de leur masse, ex­pansent for­te­ment et res­sortent la plu­part du temps. Une balle de ca­libre 30 de 9,7 à 11 g fait le tra­vail d’une balle de 11,7 à 13 g, vi­tesse en plus et re­cul en moins. L’his­toire de l’al­lè­ge­ment des pro­jec­tiles de chasse conti­nue quand Barnes Bul­lets, sous la hou­lette de Ran­dy Brooks, lance sa fa­meuse balle X. Tou­te­fois, les pre­mières X Bul­let n’ont pas été conçues en vue de ré­duire le poids, mais pour as­su­rer une pé­né­tra­tion to­tale quel que soit l’angle de tir tout en ex­pan­sant for­te­ment. Le pre­mier gi­bier of­fi­ciel­le­ment abat­tu, en 1986, par une X-Bul­let de 270 grains en .375 H& H est un énorme ours brun d’Alas­ka.

In­no­va­tions made in France

En Eu­rope, l’al­lè­ge­ment et l’amé­lio­ra­tion des balles des­ti­nées au tir de bat­tue vient de France. En 189698 est in­ven­tée et adop­tée la pre­mière balle boat tail ( « à ar­rière fuyant » ) ma­tri­cée en al­liage cui­vreux pour faire la guerre, la balle D du ca­pi­taine De­sa­leux. En 1996, nous de­ve­nons des pré­cur­seurs dans l’em­ploi de balles en al­liage cui­vreux, vrai­ment lé­gères à ca­libre don­né, pour le tir spé­ci­fique des san­gliers en bat­tue avec la balle à Grande Puis­sance d’Ar­rêt ( GPA) in­ven­tée par Paul Car­ré. Por­tée sur le de­vant de la scène cy­né­gé­tique par An­dré Quin sa, elle est ren­due en­core plus ef­fi­cace au­jourd’hui par un char­ge­ment et une fa­bri­ca­tion soi­gnée sous l’égide de Thi­baut Vuille­mey, qui a boos­té la mai­son So­logne de­puis qu’il en a fait le ra­chat. Bien que contro­ver­sée par cer­tains dé­ten­teurs de la vé­ri­té unique, cette balle re­pré­sente l’ar­ché­type de la balle lé­gère, spé­cia­li­sée pour le tir du san­glier. In­tel­li­gem­ment, So­logne pro­pose sou­vent deux ou trois poids dif­fé­rents qui res­tent lé­gers ou moyens pour le ca­libre. Cette balle en a ins­pi­ré d’autres (Nor­ma Ka­la­ha­ri, RWS Bio­nic,

Tri Blade Ti­tan…), même si les fa­bri­cants le passent sous si­lence. Autre pré­cur­seur des balles de bat­tue lé­gères et ef­fi­caces, Thi­fan In­dus­trie, que nous ap­pel­le­ront Sau­vestre pour sim­pli­fier. Après le suc­cès de ses balles flèches pour fu­sil lisse, JeanC­laude Sau­vestre a conçu une balle ori­gi­nale des­ti­née prio­ri­tai­re­ment à la bat­tue : la Fip, pour Flèche In­terne Por­tée. Cette balle mo­no­mé­tal­lique, ou plu­tôt bi­mé­tal­lique si on prend en compte l’acier doux de la flèche in­terne, se com­porte de fa­çon aus­si ef­fi­cace en tir de bat­tue que la GPA. Comme So­logne, Sau­vestre a long­temps été li­mi­té par le manque de co­opé­ra­tion des four­nis­seurs d’étuis, fa­bri­cants ou im­por­ta­teurs, ce qui gre­vait le coût de ses car­touches. Des boîtes de seize au lieu de vingt ne contri­buaient pas non plus à leur po­pu­la­ri­té. Au­jourd’hui dis­po­nibles par vingt uni­tés, les Fip sont de­ve­nues plus ac­ces­sibles. Plus lé­gères que les stan­dards moyens des ca­libres de bat­tue, elles sont d’ex­cel­lentes balles aux ré­sul­tats sou­vent spec­ta­cu­laires. Autre balle in­clas­sable que je n’au­rais ja­mais cru trou­ver en bonne po­si­tion lors des bat­tues mais dont les ré­sul­tats que j’ai ob­ser­vés sur quelque 150 san­gliers ( pas que les miens !) m’im­pres­sionnent : la Win- ches­ter Ex­treme Point. Lé­gère avec ses 9,7 g, sur­tout pour la car­touche de .300 Win­ches­ter Mag et son étui de grande ca­pa­ci­té, mais rai­son­nable en .30-06 et .308 Win­ches­ter (8,4 g en .270 Win­ches­ter, poids stan­dard pour cette der­nière), l’Ex­treme Point, conçue à l’ori­gine pour la chasse aux Etats-Unis des cerfs de Vir­gi­nie et cerfs mu­lets, tue ef­fi­ca­ce­ment et très ra­pi­de­ment les bêtes noires.

Le cas de l’Ex­treme Point

Quand elles sont ti­rées de près entre 0 et 35 m et pla­cées en zone tho­ra­cique, ces balles sont les pre­mières à m’avoir mon­tré l’ef­fet réel du choc hy­dro­sta­tique de fa­çon ré­gu­lière avec une ex­plo­sion qua­si gé­né­rale des veines et vais­seaux se pro­pa­geant à la ca­vi­té ab­do­mi­nale (dont la pa­roi est cou­leur lie de vin). Comme les Evo Green et Ze­ro lors­qu’elles touchent l’épaule, les dé­gâts peuvent être consé­quents. Même si elles ne res­sortent pas sou­vent à dis­tance de bat­tue, l’ani­mal ne va ja­mais loin. Après tout, c’est ce que l’on de­mande, sur­tout chez moi dans le Sud où la viande n’est pas com­mer­cia­li­sée. Au­jourd’hui, nous dis­po­sons d’une plé­thore de mu­ni­tions et de balles pour la chasse en gé­né­ral. Cer­tains, sur­tout ceux qui les vendent, di­ront trop. Ce n’est pas mon cas. Le seul pro­blème que ce choix gé­nère est jus­te­ment le choix ! Alors, même si j’ai l’im­pres­sion de me ré­pé­ter (il faut bien que je gagne ma vie !), je vais es­sayer de don­ner quelques exemples de car­touches et balles lé­gères ca­pables de ti­rer leur épingle

du jeu en bat­tue. Je me pla­ce­rai ici dans une po­si­tion de pos­té, non pas de tra­queur ou de conduc­teur de chien, et je rap­pel­le­rai que lorsque je parle d’ef­fi­ca­ci­té, celle- ci est consé­cu­tive à un tir cof­fré, en zone coeur- pou­mons- épaules. Au­cune mu­ni­tion d’arme de chasse ne ga­ran­ti­ra la mort ra­pide et « hu­maine » d’un gi­bier si elle est mal pla­cée. D’autre part, je re­tien­drai uni­que­ment des pro­duits dont la per­for­mance est avé­rée, que j’em­ploie, ai em­ployés ou vu en ac­tion de fa­çon sub­stan­tielle.

Balles lé­gères et ca­libres moyens

Ayant dé­fi­ni le 6,5 mm comme ca­libre mi­ni­mum, j’ai re­te­nu le plus cou­rant au­jourd’hui en Eu­rope, à sa­voir le 6,5 x 55 Sué­dois. Je ne l’uti­lise qu’à l’ap­proche ou au tir à moyenne et longue dis­tance, mais j’ai pu ap­pré­cier son ef­fi­ca­ci­té entre les mains de chas­seurs scan­di­naves. Même si sa ré­pu­ta­tion est ba­sée sur l’em­ploi de balles lourdes (10,1 à 10,4 g), une RWS DK de 9,1 g ou une Nor­ma à balle Par­ti­tion de même poids ap­portent un pe­tit plus en vi­tesse qui ré­duit l’avance à don­ner et per­met une ex­pan­sion plus vio­lente. Il existe d’autres choix, mais plus dif­fi­ciles à trou­ver. Ceux qui re­chargent peuvent ai­sé­ment « boos­ter » les per­for­mances, sans exa­gé­rer, car les mu­ni­tions usines sont li­mi­tées par les normes CIP. Une GPA de 7,4 g ou une TSX de 7,8 à 8,4 g char­gées avec in­tel­li­gence ne sont pas loin du .270 Win­ches­ter et conviennent par­fai­te­ment. Ca­libre mi­ni­mum pour la bat­tue, il est à ré­ser­ver aux bons ti­reurs qui cher­che­ront la qua­li­té du tir et non le

spray and pray (« ar­rose et prie )… Pour les adeptes des .270, le choix reste simple et ne se pose pour ain­si dire pas. Même si je pré­fère les 10,1 g Vul­kan ou les 10,4 g Par­ti­tion et Me­ga, il ne fait au­cun doute que les balles de 8 à 8,4 g clas­siques ou mo­no­mé­tal­liques as­surent avec ef­fi­ca­ci­té sur nos san­gliers lorsque le ti­reur fait ce qu’il faut. Là en­core, les usual sus­pects sont de ri­gueur, avec une pré­fé­rence pour les fran­çaises Fip et GPA, un peu de chau­vi­nisme ne nuit pas. Si Sau­vestre n’offre qu’une Fip de 8,15 g, son presque voi­sin de clo­cher pro­pose, comme nous le men­tion­nions plus haut, trois poids pour ses GPA. C’est votre bon sens, le bio­tope où vous évo­luez et le poids mé­dian des ani­maux que vous êtes sus­cep­tible de chas­ser qui de­vra dé­ter­mi­ner votre choix, ain­si que, de moindre fa­çon, la chambre de votre ca­ra­bine. A ceux qui se jouent des normes CIP, je peux ga­ran­tir que toutes les chambres ne sont pas égales ! Re­ve­nons à nos GPA de ca­libre .270. La plus lé­gère fait 7,4 g et la plus lourde 9,4 g. Je re­tiens l’in­ter­mé­diaire, la 8,6 g, qui s’ap­proche du poids qui a fait le suc­cès du .270 Win­ches­ter. Au risque de pa­raître trop « fran­chouillard », voire de faire mon­ter la co­lère chez les im­por­ta­teurs, je pense, dans le cas du .270 WSM, que les GPA de 8,4 g et Fip de 8,15 g sont les meilleures balles lé­gères pour la bat­tue dans cette mu­ni­tion. No­tez l’ad­jec­tif « lé­gères » ! Seul pe­tit hic : leur forme fait qu’elles peuvent ne pas ali­men­ter avec 100% de fia­bi­li­té dans cer­taines ca­ra­bines se­mi-au­to­ma­tiques. Pour les 7 mm, qu’ils soient stan­dards ou mag­num, le choix est plus vaste mais se com­plique en rai­son d’une im­por­tante va­ria­tion de ca­pa­ci­té d’étuis. Je ne fe­rai pas un in­ven­taire à la Pré­vert de toutes les balles light dis­po­nibles, mais je re­viens sur ce qui pré­cède : toute balle de struc­ture suf­fi­sam­ment so­lide pour ré­sis­ter à l’im­pact et pé­né­trer pro­fon­dé­ment convien­dra par­fai­te­ment si l’ex­pan­sion est ga­ran­tie. Avec des balles com­po­sées d’un noyau et d’une che­mise, sou­dée ou ver­rouillée de fa­çon mé­ca­nique, je conseille un poids al­lant de 9,7 à un peu plus de 10 g. Ces balles ex­pansent tou­jours mieux que les mo­no­mé­tal­liques lorsque la vi­tesse est li­mi­tée ou tom­bée ( 7- 08 Rem et 7 x 57 R par exemple).

Si j’op­tais pour le choix « éco­lo », je ne dé­pas­se­rais pas les 9 à 9,7 g pour les car­touches stan­dards afin de ga­ran­tir une vi­tesse ré­si­duelle suf­fi­sante dans le cas d’un tir loin­tain – bat­tue en re­lief mon­ta­gneux ou mon­té­ria. Dans ce cas de fi­gure, ma pré­fé­rence va aux balles clas­siques. En 7 mm Mag­num, une balle de 10,1 à 10,5 g fe­ra l’af­faire. J’ai une as­sez bonne ex­pé­rience avec les 7-08 Re­ming­ton, 7 x 64 et 65 R en bat­tue. Le res­pect de ces choix m’a tou­jours don­né sa­tis­fac­tion tout comme à mes amis qui s’y tiennent. Un seul pro­blème avec tous ces pe­tits ca­libres et balles lé­gères, si l’ani­mal est ti­ré un peu loin ( plus de 50 m pour sim­pli­fier) et que la balle at­ter­rit dans la panse, il n’ac­cuse pas le coup dans 75% des cas, se­lon une es­ti­ma­tion ba­sée sur des constats de tirs. Ce genre de tir laisse peu d’in­dices à l’im­pact, le gi­bier est an­non­cé : man­qué! Quel que soit le pro­jec­tile, mi­ra­cu­leux ou pas.

Après la grande am­nis­tie

Avant la li­bé­ra­li­sa­tion des « re­dou­tables mu­ni­tions de guerre » (je me moque), le choix en ca­libre .30 se li­mi­tait aux di­vers .300 Mag­num longs ou courts. Les .30- 30, .307 Win­ches­ter et .300 Sa­vage ra­re­ment em­ployées sous nos cieux, dé­ni­grées par ceux qui ne s’en sont ja­mais ser­vi, l’étaient et le sont tou­jours par quelques ama­teurs qui tirent peu mais juste et tuent sans se po­ser de ques­tion. De­puis 2013 et la li­bé­ra­li­sa­tion des ca­libres mi­li­taires, le chas­seur fran­çais a ap­pris qu’il n’y a rien de mieux que le .30-06 et nom­breuses sont les « .300 et 7x64 Bar » à re­joindre le râ­te­lier des oc­ca­sions chez les ar­mu­riers, rem­pla­cées par la « mer­veille des mer­veilles ». Ni meilleur ni pire que le 7 x 64 ou le .280 Re­ming­ton, voire le .270 Win­ches­ter, le .30-06 a éta­bli sa ré­pu­ta­tion avec des balles de 11,7 à 14,25 g. Si cette der­nière a dis­pa­ru de presque tous les ca­ta­logues (de même qu’en .300 Win­ches­ter Mag­num) la balle de 11,7 g reste le stan­dard. Ce poids quelle que soit la struc­ture de la balle reste une va­leur in­con­tour­nable en .30-06 et .300 Mag. Il est ce­pen­dant tout à fait conce­vable d’em­ployer des balles plus lé­gères, plus ra­pides, dans une four­chette de poids de 9,7 à 10,5 g avec des ré­sul­tats pro­bants pour peu qu’elles soient « cof­frées ». Il en va de même pour le .308 Win­ches­ter qui pos­sède, en ca­non court, un ren­de­ment su­pé­rieur à la vieille ré­gle­men­taire amé­ri­caine. J’ai pu ti­rer plus d’une qua­ran­taine de bêtes avec cette car­touche ( ap­proche et bat­tue) avec des balles de 9,7 à 10,5 g, dont quelques so­lides ani­maux afri­cains. Je la pré­fère au .3006. Si j’ai be­soin de plus, je passe aux 9,3 x 62, 8 x 68S ou .338 Win­ches­ter Mag. En .300 Mag, le chas­seur qui veut ti­rer plus lé­ger doit veiller à adap­ter sa balle à la vi­tesse, aux dis­tances de tir et au gi­bier. Les balles mo­no­mé­tal­liques ou à noyau sou­dé se jus­ti­fient plus en­core quand on des­cend dans le poids. Très sou­vent em­ployés en bat­tue, les 8x57IRS, 9,3 x62 et 74 R se re­trouvent aus­si avec des balles lé­gères. Le seul pro­blème avec les deux « vieilles à bour­re­let » reste la conver­gence dans les ca­ra­bines doubles. Si l’in­con­vé­nient est ré­glé, une GPA de 10,1 g, une Eco Strike de 10,4 g, une Evo Green ou Ze­ro de 9 g consti­tuent un choix in­té­res­sant. En 9,3 x 74 R s’ajoutent la Fip de 16,45 g et les stan­dards Oryx et Vul­kan de 15 g ou la DK de 14,25 g. On peut étendre ce choix au 9,3 x 62 qui est en­core plus re­dou­table qu’avant en tir de bat­tue. Après avoir em­ployé les Oryx de 18,5 g, es­sayé celles de 21 g et les Hawk de 19,4 g, je suis pas­sé pen­dant long­temps aux Oryx de 15 g. Avec un re­cul ré­duit, une ef­fi­ca­ci­té égale si­non su­pé­rieure sur les san­gliers eu­ro­péens, elles sont un des musts des balles lé­gères pour les 9,3. Tou­te­fois, de­puis l’an pas­sé, j’ai cé­dé aux charmes de l’Eco Strike, pas pour sa fibre éco­lo, mais parce qu’elle est belle – c’est comme ça, on ne se re­fait pas – et qu’elle tue bien, vite, pro­pre­ment et cogne peu. Seul son prix reste contra­riant. Sans re­nier mes prin­cipes ni mes pro­pos an­té­rieurs et res­tant tou­jours un grand fan des balles lourdes et re­la­ti­ve­ment lentes, sans sa­cri­fier au dieu vi­tesse et à des va­leurs plus ou moins fu­meuses, sans être dé­ten­teur d’un dogme et en fonc­tion de ma mo­deste ex­pé­rience, j’écris sans hon te ni crain t e qu’il est pos­sible au­jourd’hui de ti­rer plus lé­ger qu’avant avec au­tant d’ef­fi­ca­ci­té en bat­tue. J’ajoute, et ré­pète, que ce qui mar­chait avant fonc­tionne tou­jours et même mieux. Si « Dieu est tou­jours du cô­té des balles lourdes » (vé­ri­té in­con­tes­tée et in­con­tes­table sur les Big Five ou dans des fermes dan­ge­reux), il a po­sé son re­gard sur les uti­li­sa­teurs de balles lé­gères et mo­dernes, et s’est aus­si ran­gé à leur cô­té… A condi­tion de rai­son gar­der !

Les pre­miers es­sais de Roy Wea­ther­by étaient pour le moins étranges. Notre homme pul­vé­ri­sait des bi­dons, écla­tait des arbres…

Face au san­glier, la balle la plus lourde n’a pas for­cé­ment rai­son, mais at­ten­tion à bien choi­sir sa balle light !

Les nou­velles balles per­mettent de mieux ex­ploi­ter les per­for­mances d’une car­touche don­née, et peuvent même perdre un peu de poids.

Pour les balles, l’ère de la vi­tesse à tout prix semble ter­mi­née.

Comme en té­moignent ces 10,3 g en 6,5 x 54 MS, on choi­sis­sait au­tre­fois la balle la plus lourde pour un ca­libre don­né.

La Bio­nic fai­sait par­tie des pro­to­types créés pour l’Evo. Elle n’a pas été re­te­nue, mais est res­sor­tie des car­tons avec l’in­ter­dic­tion du plomb dans cer­tains Län­der al­le­mands.

En dé­pit des dé­né­ga­tions des fa­bri­cants, la Ka­la­ha­ri de Nor­ma est ins­pi­rée de la GPA.

En France, GPA et Fip ont de nom­breuses bêtes noires à leur pal­ma­rès.

La Fip Plus est plus lourde que la Fip Clas­sique, de quoi ras­su­rer les plus mé­fiants.

La Fip de Sau­vestre est l’autre balle fran­çaise sans plomb et lé­gère.

Ce san­glier a été fou­droyé par une Win­ches­ter Ex­treme Point, une autre balle lé­gère et mo­derne.

L’Evo Green est l’une des deux ou trois balles les plus lé­gères du mar­ché à ca­libre don­né. En 9,3 x 62, elle ne pèse que 11,9 g.

L’Eco Strike sans plomb de Nor­ma per­met de chas­ser le san­glier au .30-06 comme ici et de fa­çon se­reine avec des balles de 9,7 g seu­le­ment.

L’Oryx de Nor­ma en 9,3 x 62 est pro­po­sée en trois poids dif­fé­rents, 15, 18,5 et 21 g.

Face au très grand san­glier, le droit à l’er­reur n’existe pas, une balle lé­gère doit gar­der sa masse, ex­pan­ser et si pos­sible tra­ver­ser.

Si vous dou­tez en­core des balles lé­gères, ache­tez le « pack test » de RWS avec quatre balles de poids dif­fé­rents et com­pa­rez.

Les ré­sul­tats de l’Eco Strike en .308 Win sont tout sim­ple­ment ex­cel­lents.

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