RETOUR DE VE­NISE FON­DA­TION PRA­DA

Art Press - - LA UNE -

Mi­lan/ Ou­ver­ture le 9 mai 2015 Le nou­veau bâ­ti­ment – une an­cienne dis­til­le­rie – abri­tant la Fon­da­tion Pra­da a ou­vert ses portes le 9 mai der­nier via Lar­go Isar­co, au sud de Mi­lan, en bor­dure d’un quar­tier en pleine ré­ha­bi­li­ta­tion urbaine. Le ré­amé­na­ge­ment en a été confié à Rem Kool­haas. Ana­lyse d’un par­ti pris es­thé­tique qui os­cille entre dis­cré­tion, raf­fi­ne­ment et éclec­tisme.

La vo­ca­tion de la Fon­da­tion Pra­da est triple : abri­ter les gé­né­reuses col­lec­tions d’art contemporain de cette fon­da­tion créée en 1995 par Miuc­cia Pra­da et Pa­tri­zio Ber­tel­li, son ma­ri, à la tête de la re­nom­mée mai­son de luxe Pra­da, sym­bole de l’es­prit d’en­tre­prise mi­la­nais ; concen­trer les archives de la fon­da­tion ; of­frir un nou­veau site d’ac­ti­vi­té cultu­relle à la ca­pi­tale lom­barde. L’ar­chi­tec­ture de cette nou­velle ins­ti­tu­tion, éta­blie dans les lo­caux d’une dis­til­le­rie désaf­fec­tée du dé­but du siècle der­nier et of­frant de vastes es­paces, a été confiée au « star­chi­tecte » néer­lan­dais Rem Kool­haas (Pritz­ker Price 2000), créa­teur, en 1975, de l’agence OMA (Of­fice for Me­tro­po­li­tan Ar­chi­tec­ture). En­trer dans la Fon­da­tion Pra­da, c’est comme en­trer dans l’usine de Mon­sieur Hen­ri peinte ja­dis par Co­rot : une porte d’en­trée mé­tal­lique toute simple, une mai­son de gar­dien à droite, de vastes bâ­ti­ments de pierre cal­caire sans qua­li­té par­ti­cu­lière si­non celle d’une construc­tion faite pour du­rer. C’est dans ces bâ­ti­ments « pre­miers » qu’est pré­sen­tée une par­tie de la col­lec­tion, en en­fi­lade au nord et au sud, an­cien ate­lier après an­cien ate­lier (le plan ori­gi­nel est conser­vé), ain­si que dans dif­fé­rents lo­caux su­per­po­sés de type pa­villon ou iso­lés comme l’est la ci­terne de l’usine, au bout de la cour in­té­rieure. Cette suc­ces­sion de niches est l’oc­ca­sion, pour l’ou­ver­ture au pu­blic, de confron­ter le vi­si­teur avec l’uni­vers re­tran­ché d’un Robert Go­ber ou d’une Louise Bour­geois, et de mettre en pers­pec­tive des ar­tistes tels que Pi­no Pas­ca­li, Eva Hesse ou Da­mien Hirst, qui bé­né­fi­cient de cha­pelles spé­ci­fiques, en plus de pré­sen­ta­tions plus « ac­cu­mu­la­tives » mixant les genres, non sans au­dace par­fois. On fré­mit ain­si à la vi­sion d’un grand Bar­nett New­man ex­po­sé sur un pa­pier peint co­lo­ré, coin­cé dans une cage d’es­ca­lier, comme à la mai­son, dans l’ou­bli de l’es­prit du white cube. Plus vaste, l’an­cien de­po­si­to (le « dé­pôt ») sert de par­king pour dif­fé­rentes au­to­mo­biles d’ar­tistes, des épaves ac­ci­den­tées de Sarah Lu­cas à la fausse Lam­bor­ghi­ni de To­bias Reh­ber­ger. Pré­ci­sons que les oeuvres ex­po­sées, dans ce dis­po­si­tif re­tors à l’uni­for­mi­té, ont à su­bir les amé­na­ge­ments nou­veaux du bâ­ti­ment, claires-voies mas­quant par­fois une par­tie des fe­nêtres ou en­core par­ties bâ­ties peintes à la feuille d’or, à l’ins­tar, en ex­té­rieur, de plu­sieurs sec­tions mu­rales et du pa­villon dit de « La mai­son han­tée ». Cette am­biance es­thé­ti­sante, tou­jours agréable pour l’oeil, pour­ra dé­ran­ger les pu­ristes.

COM­PLÉ­MEN­TA­RI­TÉ, FRAG­MEN­TA­TION

Les ajouts de Rem Kool­haas à l’en­semble « pre­mier » s’in­tègrent par­fai­te­ment à l’offre ar­chi­tec­tu­rale ini­tiale. L’ar­chi­tecte, qui re­part du bâ­ti­ment ori­gi­nel, a ca­lé dans la lon­gueur de son plan trois élé­ments in­té­grés, que seul dif­fé­ren­cie leur style propre : un pa­villon d’ex­po­si­tion vi­tré de deux étages, de type fonc­tion­na­liste, qui re­çoit la grande ex­po­si­tion clas­sique d’ou­ver­ture, consa­crée à la co­pie dans la sta­tuaire an­tique ( Por­table Clas­sic, com­mis­sa­riat de Sal­va­tore Set­tis et Da­vide Gas­pa­rot­to) ; un ci­né­ma do­té en ex­té­rieur, sur un flanc, d’un grand mi­roir mé­tal­lique dé­mul­ti­pliant es­paces et re­flets ; une tour d’angle abri­tant les archives (en­core en construc­tion, cette der­nière se­ra li­vrée en 2016). Ni ré­no­va­tion, ni re­qua­li­fi­ca­tion. Rem Kool­haas opte pour le dia­logue tran­ché entre l’ar­chi­tec­ture ori­gi­nale, celle de la stoa, le han­gar, et celle, nou­velle, du naos, le temple, dans un es­prit non de fu­sion mais de com­plé­men­ta­ri­té et de frag­men­ta­tion. Si l’en­semble sé­duit par son raf­fi­ne­ment, cette mul­ti­pli­ca­tion des ef­fets de style n’est pas sans per­tur­ber, no­tam­ment quand le maître de Rot­ter­dam, comme sai­si par l’en­vie ir­ré­pres­sible de la citation, ouvre son grand es­pace fonc­tion­na­liste avec trois pleins cintres évo­quant le vieil arc ro­main. In­évi­table ef­fet de brouillage, tant s’ac­cu­mulent les genres. Le mieux se­rait-il, comme le veut l’adage, l’en­ne­mi du bien ? Ne dé­bou­lon­nons pas la sta­tue du Com­man­deur mais in­ter­ro­geons, du moins, la « patte » ul­time de Kool­haas, qu’illustre cette nou­velle réa­li­sa­tion. Car, cette fois, la ra­di­ca­li­té s’en­dort, l’af­fir­ma­tion d’une po­si­tion laisse place à l’éclec­tisme ; la théo­lo­gie même, ayant ser­vi jus­qu’à pré­sent des dieux ja­loux (la fonc­tion­na­li­té, la dé­con­tex­tua­li­sa­tion, l’au­to­no­mie, la vir­tuo­si­té tech­nique), se dis­sout en bout de course dans un po­ly­théisme to­lé­rant. Les temps ico­no­clastes de New York De­lire (1978), l’époque struc­tu­rale et sans conces­sion de la Ca­sa de Mu­si­ca de Por­to (2005), le tour de force high­tech du « Gros Pan­ta­lon » de Pé­kin (CCTV Head­quar­ters, 2009) se po­lissent dans une sa­gesse pru­dente où la mi­nu­tie rem­place l’am­bi­tion et le me­nu à dix en­trées le plat unique. Di­geste ? Mal di­geste ? Cha­cun fe­ra son opi­nion.

DÉ­MONS­TRA­TION

Pour com­prendre cette évo­lu­tion, il im­porte de rap­pro­cher la Fon­da­tion Pra­da li­vrée à Mi­lan par Rem Kool­haas ce prin­temps des thèmes qui avaient été ceux, l’an pas­sé, de la 14e Bien­nale d’ar­chi­tec­ture de Ve­nise, ma­ni­fes­ta­tion dont le même Kool­haas était le di­rec­teur ar­tis­tique. In­vi­tant chaque re­pré­sen­ta­tion na­tio­nale à s’in­ter­ro­ger sur le legs de la mo­der­ni­té, lui-même y pré­sen­tait une double pro­po­si­tion. D’une part, dans la sec­tion Fun­da­men­tals, une mise en va­leur mé­tho­dique, genre sa­lon Bâ­ti­mat, des ma­té­riaux et des élé­ments de construc­tion. D’autre part, avec Mon­di­ta­lia, un in­ven­taire des styles qui, en Italie même, avaient à la fois scan­dé et re­fu­sé le mou­ve­ment mo­derne. Cet égal sou­ci du dé­tail et de la com­pi­la­tion contra­dic­toire se trans­cende

dans « sa » Fon­da­tion Pra­da, sous forme de dé­mons­tra­tion. Il suf­fit à qui veut s’en convaincre de bais­ser les yeux et dé­comp­ter la mul­ti­tude de sols pro­po­sés au mar­cheur : gra­vier, bé­ton, bois, mé­tal, ma­té­riaux com­po­sites, marbre… avec tou­jours un sou­ci cal­cu­lé des ef­fets de dé­tail et sans que s’im­pose un ma­té­riau contre un autre ; ou, mieux en­core, peut s’as­seoir à la ter­rasse du ca­fé Luce, au de­si­gn si­gné du ci­néaste Wes An­der­son dans le style kitsch raf­fi­né qui le ca­rac­té­rise, citation dou­teuse des ca­fés mi­la­nais des an­nées 1950 (la qua­li­fi­ca­tion « Star­bucks es­thé­ti­sé » se­rait plus ap­pro­priée). Que voit, de gauche à droite, le spec­ta­teur at­ta­blé, son nez sou­le­vé au-des­sus de son en­tre­côte pa­née ? Dans l’ordre : un mur en po­ly­car­bo­nate an­nées 1990 ; une porte en alu ty­pée an­nées 1970 ; un mur vé­né­rable re­cou­vert d’or dans le style post­mo­derne des an­nées 1980 ; une vi­trine de style fonc­tion­na­liste in­ter­na­tio­nal an­nées 1960 re­cou­verte d’alu­mi­nium mous­sé an­nées 2000 ; un bâ­ti­ment an­cien à peine ré­no­vé, aux en­duits lais­sés en l’état, conno­tant le tra­vail du temps. De quoi être per­plexe, sauf à pré­tendre que tous les goûts sont dans la nature mais aus­si va­li­dés en li­néaire à la Fon­da­tion Pra­da.

OP­TIONS IN­CON­CI­LIABLES

En un choeur concer­tant, ca­len­drier oblige, on s’est éver­tué à com­pa­rer la nou­velle Fon­da­tion Pra­da de Mi­lan à la ré­cente Fon­da­tion Vuit­ton du Bois de Bou­logne, à Paris, si­gnée Frank Geh­ry. Dans le pre­mier cas, Mi­lan, une opé­ra­tion dis­crète ba­sée sur l’exis­tant, à peine vi­sible de- puis la rue, abri­tant le spec­ta­cu­laire à l’in­té­rieur. Dans le se­cond cas, Paris, une offre neuve de Aà Z, ou­tra­geu­se­ment fri­meuse, éta­lant sans nuance la ri­chesse de ses com­man­di­taires. Deux op­tions non concil ia b l e s , à pro­pos des­quelles com­pa­rai­son n’est pas rai­son, dans la me­sure où ce n’est pas le même ef­fet sym­bo­lique qui est re­cher­ché d’em­blée. Une com­pa­rai­son cette fois plus sen­sée, à Mi­lan même, peut être faite avec les an­ciens Fri­go­ri­fe­ri Mi­la­ne­si, un bâ­ti­ment d’ori­gine in­dus­trielle lui aus­si ré­ac­tua­li­sé en es­pace cultu­rel, en 2008, par l’agence d’ar­chi­tec­ture gé­noise 5+1AA. Le par­ti de 5+1AA, contre le re­trait et la sym­bo­lique du tré­sor en­fer­mé dans la for­te­resse, est ce­lui de l’ou­ver­ture sur rue, de la tra­ver­sée vi­suelle, de l’ar­ti­cu­la­tion terme à terme (jus­qu’à la cou­leur et la si­gna­lé­tique) avec la ville même, au nom de la « res­pon­sa­bi­li­té » de l’ar­chi­tec­ture à ne ja­mais mé­pri­ser son contexte d’im­plan­ta­tion. Une voie clai­re­ment op­po­sée à l’ef­fet de ci­ta­delle et de dic­tion­naire des styles que crée, en dé­pit de sa mo­dé­ra­tion vi­suelle, le bâ­ti­ment de Rem Kool­haas. Pour la ville et pour tous, ou bien, à l’in­verse, à l’écart de la ville et pour le plai­sir éli­tiste d’abord ? Cha­cun son camp.

Paul Ar­denne The for­mer dis­til­le­ry that houses the Pra­da Foun­da­tion ope­ned its doors May 9 on Lar­go Isar­co, in south Mi­lan, on the edge of an area where ur­ban re­ne­wal is in full spate. An ana­ly­sis of an aes­the­tic op­tion that al­ter­nates bet­ween dis­creet re­fi­ne­ment and eclec­ti­cism. The Pra­da Foun­da­tion has a three­part mis­sion: to show­case the abun­dant art col­lec­tion ow­ned by this foun­da­tion established in 1995 by Miuc­cia Pra­da and her hus­band Pa­tri­zio Ber­tel­li, CEO of the fa­mous luxu­ry goods brand, an icon of Mi­la­nese bu­si­ness acu­men; to cen­tra­lize the Foun­da­tion’s archives; and to pro­vide the ca­pi­tal of Lom­bar­dy with a new site for cul­tu­ral ac­ti­vi­ties. This new ins­ti­tu­tion, lo­ca­ted in the vast spaces of a for­mer dis­til­le­ry built in the ear­ly twen­tieth cen­tu­ry, was de­si­gned by Dutch “star­chi­tect” Rem Kool­haas (Pritz­ker Prize 2000), who foun­ded the Of­fice for Me­tro­po­li­tan Ar­chi­tec­ture (OMA) in 1975. En­te­ring the Pra­da Foun­da­tion is like en­te­ring Mon­sieur Hen­ri’s fac- to­ry as pain­ted by Co­rot: a simple me­tal main door, the ca­re­ta­ker’s house to the right, a vast com­plex of li­mes­tone buil­dings whose on­ly dis­tin­gui­shing fea­ture is that they were built to last. A part of the col­lec­tion is pre­sen­ted in these ori­gi­nal struc­tures at both ends of the com­plex, a line of for­mer work­shops built side by side, their ear­lier confi­gu­ra­tion un­chan­ged, sta­cked pre­mises in de­ta­ched buil­dings and the old fac­to­ry wa­ter tank stan­ding at the end of the in­side cour­tyard. Vi­si­tors to this suc­ces­sion of niches can ex­plore the worlds of Robert Go­ber and Louise Bour­geois and com­pare ar­tists like Pi­no Pas­ca­li, Eva Hesse and Da­mien Hirst, each with their own pri­vate cha­pel, in ad­di­tion to more “ac­cu­mu­la­tive” pre­sen­ta­tions that mix genres with oc­ca­sio­nal au­da­ci­ty. You shi­ver at the sight of a big Bar­nett New­man hung on co­lo­red wall­pa­per in a stair­case, as if in so­meone’s home, a to­tal re­jec­tion of the spi­rit of the white cube. The huge for­mer de­po­si­to (wa­re­house) serves as a kind of ga­rage for ar­tists’ cars, from Sarah Lu­cas’s wrecks to a fake Lam­bor­ghi­ni by To­bias Reh­ber­ger. It should be poin­ted out that the works on view in these non-ho­mo­ge­neous spaces are not unaf­fec­ted by the re­hab job, with win­dows so­me­times part­ly co­ve­red by openwork shut­ters and gil­ded struc­tures, such as se­ve­ral sec­tions of the ex­te­rior walls and the buil­ding cal­led “the haun­ted house.” This aes­the­ti­ci­zed set­ting is agreeable to the eye but could bo­ther pu­rists.

COMPLEMENTARITY, FRAG­MEN­TA­TION

Kool­haas’s ad­di­tions to the “ori­gi­nal” en­semble is perfectly in­te­gra­ted in­to the ori­gi­nal ar­chi­tec­ture. He in­ser­ted th­ree new buil­dings in­to the ob­long com­plex, a two-sto­rey glass-wal-

led ex­hi­bi­tion pa­vi­lion, ra­ther func­tio­na­list in its de­si­gn, the ve­nue for the ca­no­ni­cal grand ope­ning ex­hi­bi­tion of Ro­man co­pies of Greek sculp­tures ( Se­rial

Clas­sic, cu­ra­ted by Sal­va­tore Set­tis and Da­vide Gas­pa­rot­to); a mo­vie thea­ter whose mir­ro­red stain­less steel walls create new re­flec­tions and spaces; and a cor­ner to­wer to house the Foun­da­tion’s archives (un­der construc­tion un­til 2016). None of the ori­gi­nal struc­tures have been chan­ged much. Kool­haas has op­ted for a bold dia­logue bet­ween the ori­gi­nal ar­chi­tec­ture, the stoa (the wa­re­house), and the new, the naos (the temple), in a spi­rit that seeks complementarity and frag­men­ta­tion ra­ther than fu­sion. While the en­semble’s re­fi­ne­ment makes it at­trac­tive, the mul­ti­pli­ci­ty of styles can be dis­tur­bing. For ins­tance, as if sei­zed by an ir­re­pres­sible urge for citation, the Rot­ter­dam mas­ter in­tro­duces his Mies-like func­tio­na­list space with th­ree se­mi­cir­cu­lar Ro­man arches. Inevitably, this mish­mash of styles is dis­con­cer­ting. Is this an example of bet­ter be­co­ming the ene­my of good? Wi­thout see­king to un­der­mine this ar­chi­tect’s en­tire ideo­lo­gi­cal edi­fice, we could at least in­ter­ro­gate his la­test per­so­nal touch as exem­pli­fied in this new pro­ject. Here his ra­di­ca­lism has do­zed off and cla­ri­ty of po­si­tion has gi­ven way to eclec­ti­cism. His ve­ry theo­lo­gy, ha­ving hi­ther­to ser­ved jea­lous gods (func­tio­na­li­ty, de­con­tex­tua­li­za­tion, autonomy and tech­ni­cal vir­tuo­si­ty) has en­ded up dis­sol­ved in­to a to­le­rant po­ly­theism. The ico­no­clas­tic days of De­li­rious New York (1978), the no-com­pro­mise struc­tu­ral era of La Ca­sa de Mu­si­ca in Por­to (2005), the hi-tech tour de force of his Pe­king “Big Pants” (CCTV head­quar­ters, 2009) have been fol­lo­wed by a po­li­shed conven­tio­na­li­ty where mi­nu­tiae re­place am­bi­tion and the ten-course din­ner is re­pla­ced by a one-plate meal. Is this a syn­the­sis or a case of in­di­ges­tion? Eve­ryone will have their own opi­nion.

DE­MONS­TRA­TION

To un­ders­tand this evo­lu­tion, it is im­por­tant to com­pare Kool­haas’s Pra­da Foun­da­tion buil­ding in Mi­lan com­ple­ted this last spring with the themes in last year’s four­teenth Ve­nice Bien­nale of Ar­chi­tec­ture whose ar­tis­tic di­rec­tor was the ve­ry same Kool­haas. He in­vi­ted each na­tio­nal pa­vi­lion to re­flect on the le­ga­cy of mo­der­nism while he him­self cu­ra­ted two sec­tions. “Fun­da­men­tals” was a me­tho­di­cal ce­le­bra­tion of buil­ding ma­te­rials and ele­ments, along the lines of a construc­tion trade fair. “Mon­di­ta­lia” was an in­ven­to­ry of styles that both re­pri­sed and re­fu­sed the mo­der­nist mo­ve­ment in Italy. That even­han­ded concern for both de­tails and contra­dic­to­ry com­pi­la­tion has now gi­ven way, with the Pra­da Foun­da­tion, to a hea­vy-han­ded de­mons­tra­tion. For suf­fi­cient proof of that as­ser­tion, all you have to do is look down and count the num­ber of dif­ferent kinds of floo­ring and pa­ve­ments prof­fe­red for your feet: gra­vel, concrete, wood, me­tal, com­po­site ma­te­rials, marble, etc., all with a stu­died concern for the ef­fects of de­tails and ne­ver contras­ting one with ano­ther. Or, even more convin­cin­gly, try sit­ting down on the ter­race of the Luce ca­fé de­si­gned by mo­vie di­rec­tor Wes An­der­son in his si­gna­ture re­fi­ned kitsch style, a du­bious citation of 1950s Mi­lan ca­fés (the la­bel “aes­the­ti­ci­zed Star­bucks” would be ap­pro­priate). As she chews her veal mi­la­nese, what does the vi­si­tor see in the back­ground around her? In or­der from her left to right: a 1990s po­ly­car­bo­nate wall, an alu­mi­num door from the 70s, a ve­ne­rable wall co­ve­red with gold leaf in the post- mo­dern style of the 80s, a dis­play case in the func­tio­na­list in­ter­na­tio­nal style of the 1960s with a ve­ry 2000s foa­my alu­mi­num sur­face, and a ba­re­ly re­tou­ched old buil­ding with its worn plas­ter si­gni­fying the ra­vages of time. One could be ut­ter­ly per­plexed, un­less the point is that there’s no ac­coun­ting for taste and it’s all equal­ly good and va­li­da­ted as such, in chro­no­lo­gi­cal or­der, at the Pra­da Foun­da­tion.

IR­RE­CON­CI­LABLE OP­TIONS

In a kind of sin­fo­nia con­cer­tante, due to chro­no­lo­gi­cal coin­ci­dence, we can’t help com­pa­ring the new Pra­da Foun­da­tion in Mi­lan with the re­cent­ly ope­ned Vuit­ton Foun­da­tion in Paris’s Bois de Bou­logne de­si­gned by Frank Geh­ry. In Mi­lan, scar­ce­ly per­cep­tible changes in an old fac­to­ry com­plex, as seen from the street, house a spec­ta­cu­lar in­te­rior. In Paris, we are of­fe­red a to­tal­ly new buil­ding, an exer­cise in os­ten­ta­tion if ever there was one, sha­me­less­ly sho­wing off the wealth of its ow­ners. Two ir­re­con­ci­lable op­tions where com­pa­ri­sons are odious be­cause they do not seek the same sym­bo­lic im­pact. A more rea­so­nable com­pa­ri­son can be made with ano­ther Mi­lan pro­ject, the for­mer Fri­go­ri­fe­ri Mi­la­ne­si, a cold sto­rage wa­re­house re­pur­po­sed for cul­tu­ral ac­ti­vi­ties in 2008 by the Ge­noa ar­chi­tec­tu­ral firm 5+1AA. In contrast to the tight lit­tle for­tress pro­tec­ting trea­sures ap­proach, they op­ted for ope­ning the com­plex to the street out­side and to trans­ver­sal views, ar­ti­cu­la­ting with the rest of the ci­ty ele­ment for ele­ment (even the co­lors and si­gnage), in the name of ar­chi­tec­ture’s “res­pon­si­bi­li­ty” to ne­ver dis­dain its si­ting and con­text. This is the op­po­site of the com­bi­na­tion of ci­ta­del and dic­tio­na­ry of styles that cha­rac­te­rizes Kool­haas’s buil­ding, des­pite its vi­sual mo­de­ra­tion. Ar­chi­tec­ture for the ci­ty and for all, or, conver­se­ly, cut off from the ci­ty and above all for the plea­sure of the elite? Chose your camp.

Translation, L-S Tor­goff

Fon­da­tion Pra­da, Mi­lan. Ar­chi­tecte : OMA (Tous les vi­suels / all images: Court. Fon­da­tion Pra­da ; Ph. Bas Prin­cen)

Ci-des­sus/ above: Bar­nett New­man. « One­ment VI ». 1953 Ci-des­sous / be­low: Walter De Ma­ria. « Bel Air Tri­lo­gy: Circle Rod, Square Rod, Triangle Rod ». 2000-2011. Ex­po­si­tion / Ex­hi­bi­tion view . « An In­tro­duc­tion ». 2015. (Ph. At­ti­lio Ma­ran­za­no)

De haut en bas / from top: Vue de l’ex­po­si­tion / Ex­hi­bi­tion view « Por­table Clas­sic ». Com­mis­saires : Sal­va­tore Set­tis et Da­vide Gas­pa­rot­to (Ph. At­ti­lio Ma­ran­za­no) Vue de l’ex­po­si­tion / Ex­hi­bi­tion view « An In­tro­duc­tion ». 2015. OEuvres de/ works by L. Tuy­mans, G. Rich­ter, J. Bal­des­sa­ri, J. Wes­ley, L. Foulkes, L. Fon­ta­na, E. Ve­do­va... (Ph. At­ti­lio Ma­ran­za­no)

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