Ci­né­ma : Wang Bing à Cas­sel Em­ma­nuel Bur­deau

Une ré­tros­pec­tive de l’oeuvre de Wang Bing se tient à Cas­sel jus­qu’au 17 sep­tembre, dans le cadre de la Do­cu­men­ta 14. Outre Fif­teen Hours, « monstre » conforme à son titre – un seul plan d’une du­rée de quinze heures, réa­li­sé dans une im­mense usine de text

Art Press - - NEWS -

Bien qu’elle soit en­core jeune – quinze ans seule­ment de­puis À l’Ouest des rails –, l’oeuvre de Wang Bing est mo­nu­men­tale. Dé­jà, aus­si, elle a ses dis­tri­bu­tions in­ternes, ses se­crets de fa­bri­ca­tion. De­puis une de­mi-dou­zaine d’an­nées, le ci­néaste chi­nois a en ef­fet pris l’ha­bi­tude d’al­ter­ner les pro­jets de longue ha­leine et ceux qu’il peut me­ner à bien en un temps plus bref. Wang Bing tourne sans ar­rêt. Rien ne lui plaît tant que d’être par­mi les gens, de se faire ac­cep­ter d’eux afin de fil­mer ce qu’au­cun autre, en Chine ou ailleurs, ne montre. Il se laisse sai­sir par quel­qu’un croi­sé par ha­sard et qui, sou­dain, lui donne l’idée, la né­ces­si­té d’un film, plus ra­pide – pas for­cé­ment plus fa­cile – que ce­lui au­quel il tra­vaillait jus­qu’alors.

PRO­GRAMME MINIMAL

C’est ain­si qu’est né Ta’Ang, un peuple en exil entre Chine et Bir­ma­nie, sor­ti à l’au­tomne 2016 et qui sui­vait des groupes de ré­fu­giés, sur­tout fé­mi­nins, entre cam­pe­ments et mon­tagnes. Ain­si est aus­si né Mrs. Fang. Wang Bing a fait sa connais­sance dans un vil­lage du sud de la Chine, tan­dis qu’il tour­nait un autre film. Mrs. Fang a 67 ans. Elle ap­pa­raît dans les pre­miers plans, sou­ve­raine dans son blou­son im­pri­mé. Il semble presque qu’elle toise la ca­mé­ra. Elle fait quelques pas, mar­monne deux ou trois mots. Quelques se­condes plus tard, tout a chan­gé : Mrs. Fang est cou­chée, amai­grie au point d’être mé­con­nais­sable. Elle souffre de la ma­la­die d’Alz­hei­mer. Ses jours sont comp­tés. Le film se li­mite à un pro­gramme minimal : ac­com­pa­gner l’ago­nie de Mrs. Fang sur le lit d’où elle ne bouge plus, alors qu’au­tour d’elle vont et viennent les membres de sa fa­mille. Ils vaquent à leurs oc­cu­pa­tions, écoutent la ra­dio, ri­va­lisent de soins comme d’hy­po­thèses sur l’échéance plus ou moins pro­chaine de sa fin – « Ça peut al­ler très vite, mais ça peut aus­si du­rer… ». Seules quelques scènes de pa­labres entre hommes à l’ex­té­rieur ou de pêche noc­turne ap­portent une res­pi­ra­tion – en­core que tel plan d’un pois­son ex­pi­rant sur le trot­toir ra­mène à la chambre, avec une cruau­té presque ac­crue. Droite, Mrs. Fang ne le se­ra ap­pa­rue que quelques ins­tants. Tout le reste du temps elle est au lit, et les signes de vie qu’elle donne vont sans cesse s’ame­nui­sant. Là est l’autre dis­tri­bu­tion qui or­ga­nise le tra­vail de Wang Bing. De­bout, cou­ché. C’est en mar­chant que l’homme est en­tré dans l’his­toire du ci­né­ma. Au dé­but des an­nées 2000, il a in­las­sa­ble­ment sui­vi les ou­vriers, bien­tôt ou dé­jà au chô­mage, dans les cou­loirs, les cour­sives, les salles du com­plexe in­dus­triel de Tie Xi Qu. Sans la lé­gè­re­té du nu­mé­rique, sans l’en­du­rance de cet an­cien étu­diant en art, pas d’À l’Ouest des rails. Par la suite, Wang Bing a no­tam­ment, et de la même ma­nière, mis ses pas dans ceux de « l’homme sans nom ».

ULTIMES FRAG­MENTS DE POS­SIBLE

D’un autre cô­té, il a fil­mé des gens al­lon­gés, de ma­nière tout aus­si in­las­sable et peut-être plus sin­gu­lière en­core. Ce sont les pri­son­niers du camp du Fos­sé. Ce sont les pa­tients d’À la fo­lie. C’est le gar­çon oi­sif de Fa­ther & Sons, éga­le­ment pré­sen­té à la Do­cu­men­ta et in­édit en France. Au­tant de vies tour­nant au­tour d’une couche d’in­for­tune où l’on mange, écrit, prie, souffre, in­vite un ou plu­sieurs amis sous la couette… Et c’est main­te­nant Mrs. Fang, tan­tôt fil­mée de très près, de sorte que sa mâ­choire semble tou­cher l’ob­jec­tif et que ses faibles râles pa­raissent en­core une apos­trophe ; tan­tôt, au contraire, de­puis l’autre bout de la pièce, mince sil­houette dis­pa­rais­sant en si­lence sous la cou­ver­ture, tan­dis qu’au­tour d’elle on s’agite bruyam­ment. Ci­né­ma ver­ti­cal, films qui marchent. Ci­né­ma ho­ri­zon­tal, films qui gisent. Des uns aux autres s’ouvrent le même temps hors du temps, la même du­rée étran­gère aux lois du tra­vail, de la rai­son et de la san­té. Comment, et jus­qu’à quand, une vie peut-elle se pro­lon­ger, à par­tir du mo­ment où elle semble comme sor­tie d’elle-même ? De quelles vir­tua­li­tés d’ac­tion l’in­ac­tion a prio­ri la plus com­plète est en­core grosse ? De l’in­fa­ti­gable marche à la fa­tigue des gi­sants, s’il y a un spec­ta­cu­laire bou­le­ver­se­ment des pos­tures, se dé­ve­loppe aus­si une com­mune per­sé­vé­rance : le geste de Wang Bing dé­gage d’ultimes frag­ments de pos­sible du coeur de l’épui­se­ment. Re­pla­cés dans le contexte de la Do­cu­men­ta 14, la pré­sen­ta­tion de Mrs. Fang et le par­tage entre fa­çons d’al­lon­gés et fa­çons d’en­dor­mis prennent aus­si un autre sens. Avant la pro­jec­tion, Wang Bing s’est ex­cu­sé de la mau­vaise qua­li­té tech­nique de ce que le pu­blic s’ap­prê­tait à dé­cou­vrir, à son sens in­fé­rieure à ce à quoi est ha­bi­tué le monde de l’art. Le film a été mon­tré au Glo­riaKi­no, mais il n’est pas sûr que Wang Bing des­tine Mrs. Fang à la salle – pas sûr qu’à ses yeux il s’agisse d’un film pro­pre­ment dit.

L’ART AU CHEVET DU CI­NÉ­MA ?

Le par­tage entre ci­né­ma et art re­cou­pe­rait-il ce­lui entre mar­cher et cou­cher ? On est ten­té de le pen­ser. Il y a un an sor­tait un autre film de chambre et de gi­sant dont cer­tains firent va­loir qu’il au­rait mieux conve­nu dans un lieu d’ex­po­si­tion. Le film s’in­ti­tule la Mort de Louis XIV (1) et son au­teur, Al­bert Ser­ra, eut éga­le­ment les hon­neurs de la Do­cu­men­ta : c’était il y a cinq ans, le Ca­ta­lan y pré­sen­tait les 101 heures des Trois Pe­tits Co­chons, au­tour de la pa­role de trois fi­gures de l’his­toire al­le­mande, Jo­han Wolf­gang Goethe, Adolf Hit­ler et Rai­ner Wer­ner Fass­bin­der. De Mrs. Fang à Louis XIV, les dif­fé­rences sont fla­grantes : la pompe qui en­toure l’un ré­pond à la mi­sère de l’autre – la fa­mille de Mrs. Fang, n’ayant pas les moyens de payer son trai­te­ment, pré­fère ré­ser­ver ses éco­no­mies à l’or­ga­ni­sa­tion d’un fas­tueux dî­ner de fu­né­railles –, les dou­ce­reux égards de la va­le­taille n’ont rien à voir avec les brus­que­ries des Fang, de même que les chu­cho­te­ments de la pre­mière sont loin des ex­cla­ma­tions des se­conds. Mais le dis­po­si­tif est le même. Il évoque un col­loque de spec­ta­teurs fai­sant masse au­tour d’une oeuvre, d’un ta­bleau, pour se perdre en conjec­tures, com­pli­ments, in­ter­pré­ta­tions… La par­ti­tion en jeu n’est pas neuve. Au ci­né­ma, ce sont les images qui bougent, pas les spec­ta­teurs. Au mu­sée ou dans une ga­le­rie, c’est l’in­verse : les images ne bougent pas, mais les spec­ta­teurs, les vi­si­teurs, oui. Faut-il lire alors dans les pro­jets par ailleurs in­com­men­su­rables de Wang Bing et d’Al­bert Ser­ra une al­lé­go­rie, celle de l’art se por­tant, tel un ra­pace ou tel un dis­ciple, au chevet du ci­né­ma ? On pré­fé­re­ra bot­ter en touche en sou­li­gnant une autre res­sem­blance. Ser­ra s’in­té­resse aux grandes fi­gures my­tho­lo­giques, lit­té­raires ou his­to­riques de la culture oc­ci­den­tale, Don Qui­chotte, les Rois Mages, Dra­cu­la, Ca­sa­no­va, Louis XIV. Wang Bing, c’est le contraire : il ne filme pas de grands noms mais des « sans nom », les ou­bliés des ra­dars de l’His­toire. Et pour­tant, les deux oeuvres ha­bitent un temps com­mun, ga­gné par-de­là ou au creux de l’épui­se­ment : épui­se­ment des mythes, des forces pro­duc­tives, du par­tage entre oeuvre et désoeu­vre­ment. Aus­si n’est-il pas ab­surde de te­nir que leur dé­marche à tous les deux – leur re­fus de mar­cher, leur fa­çon de faire leur lit – pour­rait éga­le­ment échap­per à la dis­tri­bu­tion usuelle de l’art et du ci­né­ma.

Em­ma­nuel Bur­deau

(1) Voir art­press n° 433, mai 2016. A re­tros­pec­tive of the work of Wang Bing is being held in Kas­sel through Sep­tem­ber 17 as part of Do­cu­men­ta 14. Apart from Fif­teen

Hours, a “mons­ter” of a se­quence shot made in a tex­tile fac­to­ry (its du­ra­tion is gi­ven in the title), vi­si­tors can see a new “film,”

Mrs. Fang, and look at wor­king do­cu­ments that have ne­ver been shown be­fore. Al­though he’s still young—it’s on­ly fif­teen years since West of the Tracks— Wang Bing’s work has al­rea­dy mo­nu­men­tal sta­tus. The ar­tist al­rea­dy has his own in­ter­nal geo­gra­phy, his own se­cret pro­duc­tion tech­niques. Over the last half do­zen years this Chi­nese di­rec­tor has got in­to the ha­bit of al­ter­na­ting bet­ween long-term pro­jects and much shor­ter ones. Wang Bing ne­ver stops fil­ming. There’s no­thing he likes more than being sur­roun­ded by people, than gai­ning their ac­cep­tance in or­der to film what no one else, in Chi­na or anyw­here, ever shows. He likes to be led by chance en­coun­ters, fin­ding in these people he meets the idea and need for a film that will be fas­ter, and not ne­ces­sa­ri­ly ea­sier, than the one he was wor­king on at the time. Hence his film about “a people in exile bet­ween Chi­na and Myan­mar,” which was re­lea­sed in fall 2016 and fol­lo­wed groups of re­fu­gees, es­pe­cial­ly wo­men, bet­ween their camps and the moun­tains. Hence, too, Mrs. Fang. Wang Bing met her when he was shoo­ting in a vil­lage in sou­thern Chi­na. Mrs. Fang is 67 years old. She ap­pears in the first shots, re­gal in her prin­ted ja­cket, as if loo­king the ca­me­ra up and down. She takes a few steps, mut­ters two or three words. A few se­conds la­ter, here is Mrs Fang in bed, so thin that we hard­ly re­co­gnize her. She is suf­fe­ring from Alz­hei­mer’s di­sease. Her days are num­be­red. The prin­ciple of the film is minimal: it sets out to fol­low the ago­ny of Mrs Fang on the bed where she has stop­ped mo­ving, while mem­bers of her fa­mi­ly come and go around her. They are bu­sy with their oc­cu­pa­tions, lis­te­ning to the ra­dio, com­pe­ting over ta­king care of her and de­ba­ting how much lon­ger she has. “It can go ve­ry qui­ck­ly, but it can al­so last.” The on­ly re­lief comes from a few scenes of men out­side chat­ting, al­though a shot sho­wing a fish dying on a si­de­walk brings us back to the be­droom, with an al­most heigh­te­ned cruel­ty. It turns out we have seen Mrs. Fang on her feet for on­ly a few moments. All the rest of the time she is in her bed, and the si­gns of life that she gives grow fain­ter and fain­ter. This is ano­ther of the op­po­si­tions that or­ga­nize Wang Bing’s work: upright, lying down. Man en­te­red the his­to­ry of ci­ne­ma as a wal­king fi­gure. At the turn of this cen­tu­ry, Wang Bing ti­re­less­ly fol­lo­wed the wor­kers—soon to be unem­ployed, or al­rea­dy so—in the cor­ri­dors, gang­ways and rooms of the in­dus­trial com­plex at Tie Xi Qu. Wi­thout the light­ness of the di­gi­tal, wi­thout the en­du­rance of this for­mer art student, there would be no West of the Tracks. La­ter, but in the same way, Wang Bing wal­ked in the foots­teps of the Man with No Name.

FRAG­MENTS OF THE POS­SIBLE

On the other hand, he has fil­med re­cli­ning people in a way that is just as ti­re­less and pe­rhaps even more sin­gu­lar. They are the pri­so­ners in the Fos­sé camp. They are the pa­tients of Till Mad­ness Do Us Part, or the idle boy in Fa­ther & Sons, al­so shown at Do­cu­men­ta and not re­lea­sed in France. These are lives re­vol­ving around a layer of mis­for­tune where people eat, write, pray, suf­fer and in­vite one or se­ve­ral friends un­der the du­vet. And now, Mrs. Fang, so­me­times fil­med so close up that her jaw seems to be tou­ching the lens and its mu­ted groans to be but­ton­ho­ling us; so­me­times, on the contra­ry, seen from the other end of the room, a slen­der sil­houette di­sap­pea­ring si­lent­ly un­der the blan­ket, while those around her bu­sy them­selves noi­si­ly. Ver­ti­cal ci­ne­ma, films that walk. Ho­ri­zon­tal ci­ne­ma, films that are re­cumbent. Bet­ween them is a time out­side time, the same du­ra­tion alien to the laws of work, of rea­son and of health. How, and un­til when, can a life be ex­ten­ded once it seems to have left it­self be­hind? What vir­tual ac­tions re­main la­tent wi­thin what ap­pears to be the most com­plete in­ac­tion? From in­de­fa­ti­gable wal­king to the fa­tigue of the re­cumbent, the spec­ta­cu­lar re­ver­sal of pos­tures is al­so ac­com­pa­nied by a sha­red per­se­ve­rance: Wang Bing’s ges­ture consists in di­sen­ga­ging from the core of ex­haus­tion the ultimate frag­ments of the pos­sible. Put back in the context of Do­cu­men­ta 14, the pre­sen­ta­tion of Mrs. Fang and the di­vi­sion bet­ween kinds of re­cum­bence and kinds of slee­ping takes on ano­ther mea­ning. Be­fore the scree­ning, Wang Bing apo­lo­gi­zed for the poor tech­ni­cal qua­li­ty of what the au­dience was about to see, which in his view was in­fe­rior to what the art world is used to. The film was shown at the Ki­no Glo­ria, but it is not sure that Wang Bing wants Mrs. Fang to be shown thea­tri­cal­ly. Not sure that in his eyes it is ac­tual­ly a film, in the strict sense. Might the bor­der bet­ween ci­ne­ma and art be co­ter­mi­nous with that bet­ween wal­king and re­cum­bence? It is temp­ting to think so. A year ago ano­ther cham­ber mo­vie was re­lea­sed about a su­pine fi­gure that some clai­med would have been bet­ter off in a gal­le­ry. This was La Mort de Louis XIV (1) and its di­rec­tor, the Ca­ta­lan Al­bert Ser­ra, was al­so ho­no­red by Do­cu­men­ta, the last one, where he sho­wed Three Lit­tle Pigs, ba­sed on the words of three his­to­ric Ger­mans: Jo­han Wolf­gang Goethe, Adolf Hit­ler and Rai­ner Wer­ner Fass­bin­der. The dif­fe­rences bet­ween Mrs. Fang and Louis XIV are ob­vious: where one is sur­roun­ded by pomp, the other is mi­red in po­ver­ty (Mrs Fang’s fa­mi­ly can’t af­ford the treat­ment and so pre­fers to splurge its sa­vings on a fu­ne­ral blow-out), and the mel­ting so­li­ci­tous­ness of the king’s flun­keys are worlds away from the brus­que­ness of the Fangs, just as the whis­pe­ring of cour­tiers clashes with the shou­ting of the Chi­nese. And yet the set-up is the same. It evokes an as­sem­bly of spec­ta­tors ga­the­red around a work, a pain­ting, going deep in­to com­pli­ments and in­ter­pre­ta­tions. The score is not new. At the ci­ne­ma, it is the images that move, not the spec­ta­tors. In a mu­seum or gal­le­ry, the op­po­site is the case: the images do not move, but the spec­ta­tors and vi­si­tors do. Des­pite the gulf bet­ween them, should not these pieces by Wang Bing and Al­bert Ser­ra both be read as al­le­go­ries, that of art ho­ve­ring, like a vul­ture or a dis­ciple, at ci­ne­ma’s bed­side. That’s a ques­tion for the long grass, but meanw­hile I would stress ano­ther re­sem­blance. Ser­ra is in­ter­es­ted in the great my­tho­lo­gi­cal fi­gures of Wes­tern his­to­ry, both li­te­ra­ry and his­to­ri­cal: Don Quixote, the Wise Men, Dra­cu­la, Ca­sa­no­va, Louis XIV. With Wang Bing it’s the op­po­site: he does not film “great names” but the “na­me­less,” those igno­red by the ra­dar of His­to­ry. And yet both bo­dies of work in­ha­bit a sha­red time, eked out from beyond or wi­thin ex­haus­tion: the ex­haus­tion of myths, of pro­duc­tive forces, of the di­vi­sion bet­ween work and work­less­ness. And it is the­re­fore not ab­surd to argue that their res­pec­tive ap­proaches—their re­fu­sal to walk, their way of ma­king their bed— could al­so es­cape the ha­bi­tual car­to­gra­phies of art and ci­ne­ma.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.