DOSSIER FIAC pa­roles de ga­le­ristes / Hea­ring the Gal­le­rists

Art Press - - CONTENTS - In­ter­views par Ca­the­rine Millet et Anaël Pi­geat

Georges-Phi­lippe Val­lois, Pa­trick Bon­gers, Fa­ri­deh Ca­dot, Ka­mel Men­nour, Sté­phane Cor­réard, Fa­bienne Le­clerc, Be­noît Por­cher, Alix Dio­not-Mo­ra­ni et Axel Di­bie, Anne-Sa­rah Bé­ni­chou.

Des foires d’art de plus en plus nom­breuses, cer­taines de plus en plus in­ter­ven­tion­nistes : le constat nous a in­ci­tés à de­man­der leur avis aux pre­miers concer­nés : les ga­le­ristes. À voir éga­le­ment notre ca­hier spé­cial sur la pro­gram­ma­tion Hors les murs de la Fiac qui se tient du 19 au 22 oc­tobre.

It’s late Oc­to­ber so it must be FIAC time (Oc­to­ber 19–22). We de­ci­ded to ask Pa­ri­sian gal­le­rists what they thought about the recent pro­li­fe­ra­tion of art fairs. We are al­so pu­bli­shing a spe­cial sec­tion on the Hors les murs pro­gram that runs pa­ral­lel to the Fiac pro­per.

Dans une édi­tion du dé­but de l’été, The Art­news­pa­per pu­bliait un ar­ticle pré­sen­tant quelques ini­tia­tives de ga­le­ries face à l’in­fla­tion foi­rale. On ap­pre­nait qu’on es­time à quelque 270 le nombre de foires d’art dans le monde, et que, prises en étau entre l’obli­ga­tion de se faire connaître dans un monde glo­ba­li­sé et le coût ex­po­nen­tiel de leur par­ti­ci­pa­tion à quelques-unes d’entre elles (trans­port, per­son­nel, lo­ca­tion des stands), les ga­le­ries étaient dé­pas­sées par le monstre qu’elles avaient contri­bué à faire naître, car les foires ont été sou­vent et conti­nuent d’être fon­dées par des mar­chands (exemple ré­cent : Pa­ris In­ter­na­tio­nale fon­dée par cinq ga­le­ries). Cer­taines, dé­sor­mais, mettent en place ce qu’elles es­pèrent être des al­ter­na­tives. Crom­well Place à Londres, par exemple, est un pro­jet de re­grou­pe­ment d’une tren­taine de ga­le­ries met­tant en com­mun es­paces d’exposition, bu­reaux et ré­serves, éga­le­ment ou­vert à des ins­ti­tu­tions et à des com­mis­saires in­dé­pen­dants ; Con­do est un pro­gramme d’échanges, des ga­le­ries-hôtes in­vi­tant tem­po­rai­re­ment d’autres ga­le­ries dans leurs murs. En­fin, cer­tains mar­chands pré­fèrent re­non­cer car­ré­ment à l’es­pace d’exposition et pour­suivre leur ac­ti­vi­té de fa­çon pri­vée, consta­tant la ra­ré­fac­tion du pu­blic dans leurs ex­po­si­tions et re­non­çant à la course folle de foire en foire. Ce­la avait été le cas en 2013 d’Em­ma­nuelle et Jé­rôme de Noir­mont, c’est la dé­ci­sion prise par Fa­ri­deh Ca­dot en juin der­nier, qui dé­plo­rait dans la lettre an­non­çant sa dé­ci­sion la « fi­nan­cia­ri­sa­tion du monde de l’art ». Il y a crise. Ce n’est certes pas la crise du mar­ché, loin de là ! c’est la crise de ses ac­teurs. Les foires mo­di­fient pro­fon­dé­ment le mé­tier des ga­le­ristes mais aus­si le mode d’ac­cès du pu­blic à l’art. On s’est d’abord ré­joui de la créa­tion et du suc­cès des pre­mières. Elles al­laient at­ti­rer l’at­ten­tion du pu­blic vers des formes d’art qu’il ap­pré­hen­dait mal, sus­ci­ter des vo­ca­tions de col­lec­tion­neurs. Pour ne par­ler que de la si­tua­tion pa­ri­sienne, il ne fait pas de doute que la Fiac, créée en 1973, a contri­bué, ain­si que le rap­pelle Pa­trick Bon­gers, à dy­na­mi­ser un mar­ché de l’art en France alors bien pous­sif, et à ré­ins­crire le pays dans le cir­cuit du mar­ché in­ter­na­tio­nal. À ce­la s’ajoute pour le simple ama­teur qu’elle per­met de faire « un tour des ga­le­ries » qu’il est de­ve­nu im­pos­sible de faire dans le pé­ri­mètre de la ville tant elles sont dé­sor­mais nom­breuses, et donne ac­cès à des ga­le­ries ve­nues du monde en­tier. Mais voi­ci que trop c’est trop. Il semble qu’il n’y ait plus de ca­pi­tale, na­tio­nale ou ré­gio­nale, qui ne veuille une foire d’art comme la ce­rise sur le gâ­teau de son dé­ve­lop­pe­ment et que bien sûr les foires prin­ci­pales en­gendrent au­tour d’elles les « off », sa­lons des re­fu­sés ou foires à taille hu­maine. Comme les ga­le­ries ne sau­raient par­ti­ci­per à une foire dif­fé­rente chaque se­maine, la ri­va­li­té entre les foires s’ins­talle. Ain­si, pour s’as­su­rer de nouveaux par­ti­ci­pants, quel­que­sunes com­mencent à ac­cep­ter des cour­tiers. Elles entrent dans une lo­gique qui n’est plus seule­ment au ser­vice du mar­ché de l’art, mais aus­si au ser­vice d’elles-mêmes. No­tons que der­rière la Fiac et son co­mi­té d’ex­perts, il y a Reed Ex­po­si­tions, so­cié­té spé­cia­li­sée qui or­ga­nise des sa­lons pour les pro­fes­sion­nels du bâ­ti­ment, du tou­risme, ou… de l’art fu­né­raire. Dé­jà concur­ren­cées par les com­mis­saires-pri­seurs main­te­nant au­to­ri­sés à la vente de gré à gré, les ga­le­ries se voient de plus en plus dé­pos­sé­dées de cer­taines de leurs fonc­tions par la nature évé­ne­men­tielle des foires qui happe l’at­ten­tion des ama­teurs et as­sèche les re­la­tions hu­maines au tra­vers des­quelles se fai­sait jus­qu’alors le com­merce de l’art. Nous sommes donc al­lés trou­ver quelques-uns des mar­chands d’art pa­ri­siens, de dif­fé­rentes gé­né­ra­tions et de dif­fé­rentes « sta­tures », et nous leur avons po­sé trois ques­tions : que vous ont ap­por­té les foires ? Y a-t-il suf­fi­sam­ment, pas as­sez ou trop de foires ? Comment voyez-vous l’ave­nir de votre mé­tier ? La ré­ponse à la première ques­tion a tou­jours été po­si­tive. Qu’il s’agisse de ga­le­ries nou­vel­le­ment créées ou d’en­seignes his­to­riques, ceux qui les re­pré­sentent re­con­naissent tous le bé­né­fice de no­to­rié­té ap­por­té par les foires, que ce soit au­près du pu­blic et des col­lec­tion­neurs qu’au­près de leurs pairs, et ce bé­né­fice est tel que beau­coup ac­ceptent qu’il soit par­fois le seul, c’est-à-dire qu’elles par­ti­cipent sans cou­vrir leurs frais.

NÉCESSITÉ DE L’EXPOSITION Hé­las ! Si les foires re­çoivent de plus en plus de vi­si­teurs, les ga­le­ristes, eux, ren­trés chez eux, y sont de plus en plus seuls. Il semble loin le temps où Da­niel Ger­vis, l’un des fon­da­teurs de la Fiac, m’ex­pli­quait que le pu­blic ve­nu à la foire al­lait en­suite dans les ga­le­ries. Voi­ci plu­sieurs an­nées dé­jà que tous les di­rec­teurs de ga­le­ries font le même constat : les ex­po­si­tions qu’il leur tient à coeur d’or­ga­ni­ser et d’ac­cro­cher et qui mettent en place les condi­tions idéales pour l’ar­tiste de ren­con­trer son pu­blic sont vues par de moins en moins de per­sonnes. Ka­mel Men­nour rap­pelle qu’il a fait ses classes en vi­si­tant la Fiac. J’ai ou­blié com­bien coû­tait le billet d’entrée dans les an­nées 1990, quand le jeune homme qu’il était s’y for­mait le re­gard, je sais qu’au­jourd’hui il faut payer 37eu­ros, ce qui n’au­to­rise pas qu’on y re-

tourne aus­si sou­vent qu’il semble l’avoir fait (à ce prix-là, on va deux fois au Centre Pom­pi­dou, et on peut même s’y of­frir une séance de ci­né­ma). Moi, vingt ans au­pa­ra­vant, j’al­lais dans les ga­le­ries et les per­sonnes qui étaient là trou­vaient le temps de m’ex­pli­quer les choses. J’ai tou­jours consi­dé­ré que l’ac­cès libre dans les ga­le­ries était le plus fa­cile et le plus for­mi­dable moyen d’ap­pro­cher de très près les oeuvres d’art, qui que l’on soit. On de­vrait le rap­pe­ler dans un tract dis­tri­bué sur tous les stands. Po­sons- nous la ques­tion de l’ave­nir du monde de l’art si le ré­seau des foires en de­vient l’unique maillage. D’un cô­té, dis­pa­ri­tion des grandes ex­po­si­tions thé­ma­tiques qui met­taient en ébul­li­tion les cer­veaux dans les an­nées 1970-1980, dé­li­ques­cence de beau­coup des ren­dez-vous pé­rio­diques de type bien­nale, et Do­cu­men­ta avec un trou de sept mil­lions d’eu­ros pour cette der­nière, de l’autre la pion­nière et la plus smart de toutes les foires, Art Ba­sel, qui non contente de s’être im­plan­tée à Mia­mi et à Hong-Kong, ca­resse peut-être un rêve hé­gé­mo­nique avec le tout nou­veau Art Ba­sel Ci­ties qui offre ses ser­vices à des villes dé­si­reuses de dé­ve­lop­per leur ac­tion cultu­relle. Première sur la liste : Bue­nos Aires. S’avan­cet-on vers un monde où les « cu­ra­tors » se­ront les or­ga­ni­sa­teurs de foires ? Avant l’in­ven­tion du mé­tier de « cu­ra­tor », il y avait dé­jà des « cu­ra­tors » qui s’ap­pe­laient des di­rec­teurs de ga­le­rie. Certes, ceux-ci sont des mar­chands, mais qui s’at­tachent à éclai­rer et va­lo­ri­ser l’oeuvre des artistes qu’ils dé­fendent à tra­vers des ex­po­si­tions. Be­noît Por­cher de la ga­le­rie Se­miose est très at­ten­tif à la qua­li­té des ac­cro­chages sur ses stands, mais tous ses confrères n’ont pas cette pos­si­bi­li­té. Beau­coup se plaignent des contraintes que font pe­ser les prin­ci­pales foires, en­tra­vant leur li­ber­té de choix. Ce que quelques-uns n’hé­sitent pas à ap­pe­ler des dik­tats s’ap­puie cer­tai­ne­ment sur des cri­tères de qua­li­té, mais aus­si, il faut le dire, sur la prise en compte, par­fois oc­culte, de la concur­rence entre les ga­le­ries, ou sur la nécessité qu’ont les or­ga­ni­sa­teurs d’an­non­cer à la fer­me­ture de la foire des chiffres d’af­faires ex­plo­sés (ce qui, on l’a com­pris, ne pri­vi­lé­gie ni les jeunes artistes, ni les oeuvres dif­fi­ciles). Aus­si, tan­dis que se tient la Fiac, don­nons la pa­role aux ga­le­ristes…

Ca­the­rine Millet

——— In the ear­ly sum­mer The Art News­pa­per pu­bli­shed an ar­ticle pre­sen­ting a num­ber of ini­tia­tives ta­ken by gal­le­ries to coun­ter the hy­per­tro­phy of the art fair cir­cuit. It spoke of an es­ti­ma­ted 270 art fairs or­ga­ni­zed around the world, and sta­ted that, what with the obli­ga­tion of mar­king their pre­sence in a glo­ba­li­zed world and the ro­cke­ting costs of par­ti­ci­pa­tion in some of these fairs (trans­port, staff, booth rates), the gal­le­ries found them­selves figh­ting a mons­ter that they had hel­ped create, and are still fee­ding—on­ly re­cent­ly, in fact, five gal­le­ries crea­ted Pa­ris In­ter­na­tio­nale. They were trying to create al­ter­na­tives. In Lon­don, for example, Crom­well Place is a pro­ject brin­ging to­ge­ther some thir­ty gal­le­ries who share the ex­hi­bi­tion spaces, of­fices and sto­re­rooms. It is al­so open to ins­ti­tu­tions and in­de­pendent cu­ra­tors. Con­do is an ex­change pro­gram whe­re­by host gal­le­ries in­vite other gal­le­ries to put on tem­po­ra­ry shows in their space. Fi­nal­ly, some dea­lers pre­fer sim­ply to give up their ex­hi­bi­tion spaces and conti­nue their work on a pri­vate ba­sis, what with the dwind­ling at­ten­dances at gal­le­ry shows and the see­ming mad­ness of schlep­ping from fair to fair. That was the de­ci­sion ta­ken in 2013 by Em­ma­nuelle and Jé­rôme de Noir­mont, and by Fa­ri­deh Ca­dot last June, when she pu­bli­shed a let­ter tal­king about the do­mi­na­tion of art by fi­nance. There is a cri­sis. It is not the cri­sis of the mar­ket—far from it. It is the cri­sis of the mar­ket players. Fairs are conti­nuing to cause deep changes in the gal­le­rist’s pro­fes­sion, but al­so in the way the pu­blic has ac­cess to art. To be­gin with, we were en­thu­sias­tic about the crea­tion and suc­cess of these fairs. They were going to get the pu­blic loo­king at forms of art that it found hard to grasp, to ins­pire a new ge­ne­ra­tion of col­lec­tors. To take the case of Pa­ris, there can be no doubt that, as Pa­trick Bon­gers points out, the crea­tion of the FIAC in 1973 hel­ped to ener­gize what was then a ve­ry slack French art mar­ket and to put the coun­try back on the in­ter­na­tio­nal map. To this must be ad­ded the fact that the FIAC of­fers the simple vi­si­tor the chance to “do the gal­le­ry tour” that has be­come im­pos­sible in the ci­ty it­self, so nu­me­rous and far flung are its gal­le­ries, with the consi­de­rable bo­nus of seeing other gal­le­ries from all around the world. But there you have it: en­ough is en­ough. No­wa­days it seems that eve­ry na­tio­nal or re­gio­nal ca­pi­tal as­pires to its own fair as the cher­ry on the cake of its de­ve­lop­ment, while the main fairs keep ge­ne­ra­ting their own fringes, sa­lons des re­fu­sés or al­ter­na­tive events “on a hu­man scale.” And be­cause gal­le­ries can’t hope to take part in a new fair eve­ry week, com­pe­ti­tion bet­ween fairs is in­tense. To en­sure new par­ti­ci­pants, some of the fairs have star­ted to ac­cept bro­kers, fol­lo­wing a lo­gic that is not on­ly in the ser­vice of the art mar­ket, but al­so in their own in­ter­est. Note that be­hind the FIAC and its com­mit­tee of ex­perts there is Reed Ex­hi­bi­tions, a com­pa­ny whose port­fo­lio al­so in­cludes events for buil­ding com­pa­nies, the tou­rist trade and un­der­ta­kers.

Al­rea­dy fa­cing com­pe­ti­tion from auc­tio­neers, who are now al­lo­wed to sell di­rect­ly to in­di­vi­duals, gal­le­ries find them­selves strip­ped of some of their func­tions by the event-ba­sed nature of fairs, which mo­no­po­lise the at­ten­tion of art lo­vers and dry up the chan­nels of hu­man re­la­tions that used to ir­ri­gate the art trade. We spoke to a num­ber of Pa­ri­sian dea­lers from dif­ferent ge­ne­ra­tions and with dif­ferent “sta­tures,” and as­ked them three ques­tions: What have art fairs done for you? Are there en­ough, not en­ough or too ma­ny fairs? How do you en­vi­sage the fu­ture of your pro­fes­sion? The ans­wer to the first ques­tion was al­ways po­si­tive. Whe­ther the gal­le­ries in ques­tion were new or his­to­ric, their re­pre­sen­ta­tives all re­co­gnise that fairs have rai­sed their pro­file, in re­la­tion to their peers as well as to the ge­ne­ral pu­blic and col­lec­tors, and this be­ne­fit is suf­fi­cient­ly im­por­tant for ma­ny of them to jus­ti­fy their par­ti­ci­pa­tion: in other words, co­ve­ring their costs doesn’t ne­ces­sa­ri­ly come in­to it. Sad­ly if at­ten­dances at fairs conti­nue to rise, gal­le­rists are fin­ding them­selves in­crea­sin­gly on their own. How long ago it seems since Da­niel Ger­vis, one of the foun­ders of the FIAC, told me that vi­si­tors who came to the fair then went on to vi­sit the gal­le­ries. For a num­ber of years now, gal­le­ry di­rec­tors have all rea­ched the same conclu­sion: the ex­hi­bi­tions that they real­ly want to or­ga­nize and show, ex­hi­bi­tions that present the ideal condi­tions for ar­tists to be seen by the pu­blic, are ac­tual­ly being seen by fe­wer and fe­wer people. Ka­mel Men­nour points out here that he got his ar­tis­tic edu­ca­tion by going round the FIAC. I have for­got­ten how much it cost to get in when he was a young man trai­ning his eye, back in the 1990s, but I do know that to­day you have to pay 37 eu­ros, which makes you think twice about going back (as he did, se­ve­ral times): for the same mo­ney, you can go to the Pom­pi­dou Cen­ter twice and still have en­ough change for a mo­vie. Twen­ty years before Ka­mel, when I star­ted going round gal­le­ries, the people there found the time to ex­plain things to me. I have al­ways thought that free ad­mis­sion to gal­le­ries was the ea­siest and best way to get close to art­works, whoe­ver you may be. There should be flyers re­min­ding vi­si­tors of this fact in all the booths. What would the art world be­come if its on­ly net­work were the one for­med by art fairs? We have lost all the big the­ma­tic ex­hi­bi­tions that were so sti­mu­la­ting in the 1970s and 80s, and the big per­io­di­cal events like Do­cu­men­ta (se­ven mil­lion eu­ros in the red) are tee­te­ring; at the same time, the first and smar­test of all art fairs, Art Ba­sel, has not on­ly sent out shoots in Mia­mi and Hong Kong, but seems to be drea­ming of he­ge­mo­ny through its new Art Ba­sel Ci­ties scheme, which of­fers its ser­vices to ci­ties ea­ger to de­ve­lop their cultu­ral ini­tia­tives. Are we hea­ded for a world where the or­ga­ni­zers of fairs are al­so the cu­ra­tors? Before cu­ra­tors were cu­ra­tors as we know them to­day, there were gal­le­ry di­rec­tors, who set out to show the work of the ar­tists they re­pre­sen­ted to its best and most in­tel­li­gible ad­van­tage, even if, yes, the bot­tom line was al­so fi­nan­cial. Be­noît Por­cher at the Se­miose gal­le­ry is ex­tre­me­ly at­ten­tive to the qua­li­ty of the han­gings in his booth, but not all his col­leagues have that pos­si­bi­li­ty. Ma­ny com­plain about the res­tric­tions im­po­sed by the main fairs. What some free­ly call dik­tats are foun­ded, for sure, on qua­li­ta­tive cri­te­ria, but al­so, it must be said, on so­me­times oc­cult cal­cu­la­tions concer­ning com­pe­ti­tion bet­ween gal­le­ries and on the im­pe­ra­tive of the post-fair ba­lance sheet, i.e., the need to be able to an­nounce spec­ta­cu­lar sales (ob­vious­ly, that doesn’t help young ar­tists or com­plex work). So, du­ring this FIAC, from Oc­to­ber 19 to 22, let’s hear what the gal­le­rists have to say.

Ca­the­rine Millet Trans­la­tion, C. Pen­war­den

GEORGES-PHI­LIPPE VAL­LOIS Créée en 1990, la ga­le­rie Georges-Phi­lippe et Na­tha­lie Val­lois dé­fend si­mul­ta­né­ment des artistes fran­çais qu’elle a dé­cou­verts (Bar­bier, Bu­blex, Sein­tu­rier), d’autres qu’elle fait mieux connaître en France (Keith Ty­son, Ta­ro Izu­mi…), ain­si que les oeuvres main­te­nant his­to­riques des avant­gardes fran­çaises des an­nées 1960 (Tin­gue­ly, Saint Phalle, Ville­glé…). G.-Ph. Val­lois est éga­le­ment l’ac­tuel pré­sident du Co­mi­té pro­fes­sion­nel des ga­le­ries d’art. « La par­ti­ci­pa­tion aux foires a en­traî­né une « la­bel­li­sa­tion » des ga­le­ries. Même lorsque nous ne ven­dons pas, le bé­né­fice est d’ap­pa­raître aux yeux de col­lec­tion­neurs de tous pays comme une ga­le­rie ma­jeure. Nous avons ra­pi­de­ment par­ti­ci­pé à la Fiac ain­si qu’à la foire de Bâle, d’abord dans la sec­tion des jeunes ga­le­ries, mais le mo­ment de vé­ri­té est ar­ri­vé quand il s’est agi d’in­té­grer la grande sec­tion. Les foires sont ex­trê­me­ment ré­gle­men­tées. Elles de­mandent en gé­né­ral de re­ce­voir le plan du stand ; si des chan­ge­ments in­ter­viennent, il faut nor­ma­le­ment les si­gna­ler. Dans la sec­tion jeunes ga­le­ries ou pro­jets, les ré­serves ne sont par­fois pas au­to­ri­sées. Au-de­là de ces règles, il ne faut pas ou­blier que la sé­lec­tion des ga­le­ries et les exi­gences sur la liste d’artistes pro­po­sée sont au­tant le fait des or­ga­ni­sa­teurs que des co­mi­tés de sé­lec­tion com­po­sés de nos pairs. Il est en ef­fet par­fois dif­fi­cile pour nombre de ga­le­ries de mon­trer tel ou tel jeune ar­tiste qu’elle re­pré­sente.

En fait, les foires se pensent dé­sor­mais et sou­vent à juste titre en concur­rence avec les grandes ex­po­si­tions in­ter­na­tio­nales d’où cette exi­gence sur le conte­nu. Quant à nous, nous par­ti­ci­pons ré­gu­liè­re­ment aux grandes foires in­ter­na­tio­nales, telles la Fiac, Art Ba­sel, Art Ba­sel/Mia­mi, ou en­core l’Ar­mo­ry show, mais nous ai­mons aus­si des foires de moindre en­ver­gure ou plus spé­cia­li­sées comme Abu Dha­bi, Dra­wing Now ou Loop à Bar­ce­lone. Il faut mal­heu­reu­se­ment bien consta­ter que les gens dis­posent de moins en moins de temps et que, même si leur mul­ti­pli­ca­tion re­pré­sente à des de­grés di­vers des pro­mo­tions po­ten­tielles en termes de vi­si­bi­li­té, les foires ont ten­dance à vi­der les ga­le­ries de leurs vi­si­teurs. C’est d’au­tant plus dom­mage que les artistes ont tou­jours en­vie de faire des ex­po­si­tions, que les ga­le­ries ouvrent de grands es­paces pour les sa­tis­faire et que, par ailleurs, la ga­le­rie reste le lieu où les vraies ren­contres peuvent avoir lieu, où on a le temps de dis­cu­ter. Le pu­blic, orien­té par une mé­dia­gé­nie ba­sée sur l’évé­ne­men­tiel, est par­fois plus at­ten­tif aux cotes at­teintes dans les ventes pu­bliques qu’à l’his­toire de l’ar­tiste et de la ga­le­rie qui le dé­fend. Je crois plu­tôt que, dans l’ave­nir, on ver­ra des ga­le­ries de plus en plus grosses, que de pe­tites conti­nue­ront d’émer­ger, et que ce se­ront les ga­le­ries d’im­por­tance moyenne n’ayant pas su se dis­tin­guer qui au­ront de plus en plus de mal à sub­sis­ter. Quant à moi, je reste un « pa­léo-ga­le­riste », tra­vaillant avant tout se­lon ses convic­tions, et as­su­mant que les condi­tions éco­no­miques sont de plus en plus dif­fi­ciles pour un jeune ar­tiste et ce­lui qui l’ex­pose. Je pense en­fin que la toute-puis­sance du mar­ché reste un fait conjonc­tu­rel, mais qu’on ne doit pas confondre l’his­toire de l’art et celle de son mar­ché, les nom­breuses crises et les re­mises en cause qui les ont ac­com­pa­gnées sont là pour nous le rap­pe­ler.

——— The Georges-Phi­lippe and Na­tha­lie Val­lois gal­le­ry, foun­ded in 1990, cham­pions French ar­tists it dis­co­ve­red (Bar­bier, Bu­blex, Sein­tu­rier) and others it hel­ped be­come bet­ter known in France (Keith Ty­son, Ta­ro Izu­mi; etc.), as well as now-his­to­ri­cal work by French avant-garde fi­gures of the 1960s such as Tin­gue­ly, Saint Phalle and Ville­glé. G.-P. Val­lois is al­so the cur­rent head of the Co­mi­té Pro­fes­sion­nel des Ga­le­ries d’Art. There is a ten­den­cy for gal­le­ries that par­ti­ci­pate in art fairs to be­come la­be­led. Even if we don’t sell any­thing, we be­ne­fit by being seen as a ma­jor gal­le­ry in the eyes of col­lec­tors from all over the world. We star­ted at­ten­ding the FIAC and Art Ba­sel ear­ly on, ini­tial­ly in their emer­ging gal­le­ries sec­tion, but the mo­ment of truth comes when you move in­to the main sec­tion. Art fairs are tight­ly re­gu­la­ted. Usual­ly they want a layout dia­gram of the stand in ad­vance, and if there are any changes they’re sup­po­sed to be no­ti­fied. In the emer­ging gal­le­ries sec­tion, sto­re­rooms are not al­ways per­mit­ted. In ad­di­tion to these rules, the se­lec­tion of par­ti­ci­pa­ting gal­le­ries and the exi­gen­cies in­vol­ving the ar­tists they show are de­ci­ded by the fair or­ga­ni­zers as well as se­lec­tion com­mit­tees made up of fel­low gal­le­rists. Con­se­quent­ly, ma­ny gal­le­ries so­me­times find it dif­fi­cult to show a par­ti­cu­lar young ar­tist they re­present. In fact, art fairs now present them­selves, and of­ten right­ly so, as com­pe­ti­tors to ma­jor in­ter­na­tio­nal ex­hi­bi­tions. That’s why they’re so de­man­ding about the contents. We re­gu­lar­ly take part in big in­ter­na­tio­nal fairs like FIAC, Art Ba­sel, Art Ba­sel/Mia­mi and the Ar­mo­ry Show, but we al­so like smal­ler fairs such as Abu Dha­bi, Dra­wing Now and Loop in Bar­ce­lo­na. Un­for­tu­na­te­ly, it must be ack­now­led­ged that people have less and less time at their dis­po­sal. Even if the mul­ti­pli­ca­tion of fairs re­pre­sents po­ten­tial op­por­tu­ni­ties in terms of vi­si­bi­li­ty and pro­mo­tion, still they tend to re­duce the num­ber of people who vi­sit the gal­le­ries them­selves. That’s all the more a shame in that ar­tists al­ways want to show their work, gal­le­ries are ope­ning up big­ger spaces to sa­tis­fy them and, fur­ther­more, gal­le­ries re­main a place where ar­tists, vi­si­tors and others can meet and take the time to talk. So­me­times the pu­blic pays more at­ten­tion to the me­dia and its hy­pe­dup re­ports on auc­tion sales than the ar­tists and their gal­le­ries. I be­lieve that in the fu­ture we’ll see big­ger and big­ger gal­le­ries, that small gal­le­ries will conti­nue to emerge, and that me­dium-rank gal­le­ries that ha­ven’t been able to make a name for them­selves will find it in­crea­sin­gly dif­fi­cult to sur­vive. Per­so­nal­ly, I’m still a “pa­leo-gal­le­rist” whose work is gui­ded above all by my convic­tions, and willing to take in­to ac­count the fact that eco­no­mic condi­tions are ma­king it in­crea­sin­gly dif­fi­cult for young ar­tists and the gal­le­ries that show their work. Fi­nal­ly, I’m convin­ced that the mar­ket will not be all­po­wer­ful fo­re­ver. We shouldn’t confuse the his­to­ry of art with the his­to­ry of art mar­kets, as the ma­ny crises and ree­va­lua­tions of ar­tists should have taught us.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

PA­TRICK BON­GERS Pa­trick Bon­gers di­rige de­puis 1978 la ga­le­rie Louis Car­ré, fon­dée en 1938 par son grand-père. Il a été membre du co­mi­té d’or­ga­ni­sa­tion de la Fiac et pré­sident du Co­mi­té pro­fes­sion­nel des ga­le­ries d’art. À cô­té des oeuvres his­to­riques, il ex­pose Té­lé­maque, Le­bel, Di Ro­sa, Bois­rond… « Nous avons par le pas­sé par­ti­ci­pé aux foires de Bâle, de Chi­ca­go, à la Fiac et à Art Pa­ris, consi­dé­rant que c’était une ex­ten­sion de notre tra­vail, et ce­la a élar­gi notre ré­pu­ta­tion. Nous pre­nions soin de pré­sen­ter de vraies ex­po­si­tions, par exemple lors de notre der­nière par­ti­ci­pa­tion à la Fiac, un en­semble d’oeuvres d’artistes ori­gi­naires des Ca­raïbes, Kcho, Té­lé­maque, Ca­ma­cho, ou, à Art Pa­ris une exposition Erró dont nous avons tout ven­du. Mais ne pas se conten­ter d’un stand quel­conque, re­cher­cher des oeuvres in­édites ou pres­ti­gieuses, ce­la coûte cher, et les ga­le­ries ne rentrent pas tou­jours dans leurs frais ; cer­taines y par­ti­cipent plus pour le rayon­ne­ment de leur image que pour le com­merce. Nous avons ar­rê­té toute par­ti­ci­pa­tion aux foires en 2008, quand les co­mi­tés d’or­ga­ni­sa­tion ont com­men­cé à mettre leur nez dans le pro­gramme des ga­le­ries. Nous avons été chas­sés de Bâle qui ré­cla­mait que nous ne

pré­sen­tions que notre fonds his­to­rique. Les or­ga­ni­sa­teurs des foires, qui sont d’abord des gens qui louent des mètres car­rés, ont be­soin pour leur propre ré­pu­ta­tion que l’on voie beau­coup de points rouges sur les stands, ce qui com­pro­met le choix d’artistes fran­çais dont beau­coup se vendent en­core mal à l’étran­ger. Au moins la Fiac donne-t-elle une image de Pa­ris plus dy­na­mique. Un autre in­con­vé­nient est que, si un mau­vais em­pla­ce­ment vous est at­tri­bué, c’est très pé­na­li­sant. En­fin, vous ne sa­vez pas tou­jours où va un ta­bleau ven­du sur une foire, alors que nous ai­mons suivre le des­tin des oeuvres des artistes que nous dé­fen­dons. Il faut se rap­pe­ler que, dans l’après­guerre, les col­lec­tion­neurs gar­daient les oeuvres pour pou­voir un jour les don­ner à un mu­sée. Nous avons conser­vé des re­la­tions avec tous les col­lec­tion­neurs ren­con­trés dans les foires. Ce sont des gens qui sont dans le même état d’es­prit que nous et, sou­vent, c’est au tra­vers d’eux que nous en ren­con­trons de nouveaux. Nous tra­vaillons beau­coup avec des ga­le­ries à l’étran­ger ; nous avons ain­si contri­bué à mieux faire connaître Gas­ton Chais­sac en Es­pagne. Il est évident qu’il y a trop de foires, ce qui est dif­fi­cile à as­su­mer pour des pe­tites ga­le­ries, tan­dis que d’autres n’existent que par les foires et ont des équipes en­tières qui y sont dé­diées. Il fau­drait des foires avec une vo­ca­tion plus ar­tis­tique. Ga­le­ristes est une bonne ini­tia­tive. Il faut aus­si sou­hai­ter que le sys­tème fis­cal fran­çais fa­vo­rable au mar­ché de l’art per­dure. »

——— Since 1978 Pa­trick Bon­gers has di­rec­ted the gal­le­ry foun­ded by his grand­fa­ther Louis Car­ré in 1938. He has been a mem­ber of the FIAC or­ga­ni­zing com­mit­tee and pre­sident of the Co­mi­té Pro­fes­sion­nel des Ga­le­ries d’Art. Along­side his­to­ri­cal works, he ex­hi­bits Té­lé­maque, Le­bel, Di Ro­sa, Bois­rond and others. In the past the fairs we took part in were Ba­sel, Chi­ca­go, the FIAC and Art Pa­ris. We vie­wed them as an ex­ten­sion of our usual work and as a way of ex­ten­ding our re­pu­ta­tion. We took care to put on real ex­hi­bi­tions. For example, for our last par­ti­ci­pa­tion at the FIAC we sho­wed an en­semble of works by ar­tists from the Ca­rib­bean—Kcho, Té­lé­maque, Ca­ma­cho—and at Art Pa­ris we had a show by Erró where we sold eve­ry­thing. But if you want more than a stan­dard booth, if you want to find pre­vious­ly un­shown or pres­ti­gious works, that can be ex­pen­sive, and gal­le­ries don’t al­ways co­ver their costs. Some take part more for their image than to sell. We stop­ped sho­wing in art fairs in 2008, when the or­ga­ni­zing com­mit­tees star­ted sti­cking their noses in­to the gal­le­ry pro­grams. We were ki­cked out of Ba­sel, who wan­ted us to show on­ly our his­to­ri­cal col­lec­tions. For the sake of their own re­pu­ta­tions, fair or­ga­ni­zers, who are first and fo­re­most people who rent out square me­ters, need to see lots of those red dots on the booths, and that com­pro­mises the choice of French ar­tists, ma­ny of whom still don’t sell ve­ry well abroad. At least the FIAC gives a more dy­na­mic image of Pa­ris. Ano­ther draw­back is if you get a bad po­si­tion.That's a real han­di­cap. Fi­nal­ly, you don’t al­ways know where a pic­ture you sell at a fair is going to end up. We like to fol­low the ca­reer of works by the ar­tists we cham­pion. Don’t for­get that in the post-war years col­lec­tors used to keep their works so that one day they could give them to a mu­seum. We have kept up re­la­tions with all the col­lec­tors we met at fairs. They are like-min­ded people, and of­ten it is through them that we meet others. We work a lot with gal­le­ries abroad. For example, we hel­ped to make Gas­ton Chais­sac bet­ter known in Spain. It’s ob­vious that there are too ma­ny fairs. It’s a lot to take on for small gal­le­ries, while some exist on­ly through and for fairs and have whole teams de­di­ca­ted to these events. We need fairs with more of an ar­tis­tic role. Ga­le­ristes is a good ini­tia­tive. We have to hope that France’s tax in­cen­tives in fa­vor of the art mar­ket re­main in place.

Trans­la­tion, CP

FA­RI­DEH CA­DOT Créée en 1976, la ga­le­rie Fa­ri­deh Ca­dot a fer­mé en juin der­nier. Sa fon­da­trice s’en est ex­pli­quée dans une lettre ou­verte où elle dé­plo­rait que les in­té­rêts fi­nan­ciers aient rem­pla­cé, dans le monde de l’art, l’aven­ture in­tel­lec­tuelle. Elle avait dé­jà, en 2011, si­gné une tri­bune dans Li­bé­ra­tion in­ti­tu­lée « L’art sous la coupe des spé­cu­la­teurs ». Elle conti­nue à dé­fendre ses artistes, Mar­kus Raetz, Bog­dan Ra­ta, Joel Fi­sher, Noël Cuin entre autres, à tra­vers son bu­reau pri­vé. « Pour­quoi au­rais-je conser­vé un es­pace d’exposition alors que le mar­ché de l’art est do­mi­né par les foires, qu’on as­siste à une concen­tra­tion de celles-ci (les plus grandes ra­che­tant les plus pe­tites, ce qui leur per­met d’exer­cer un chan­tage: les ga­le­ries doivent s’en­ga­ger à par­ti­ci­per à plu­sieurs d’entre elles), pen­dant que cer­taines, de moindre im­por­tance, certes, ac­cueillent des cour­tiers ? Dans ma gé­né­ra­tion, per­sonne n’a ou­vert une ga­le­rie pour faire for­tune, c’était un choix de vie, et beau­coup d’entre nous ne se re­con­naissent plus dans ce qu’est de­ve­nu le mi­lieu de l’art. Par exemple, nous ne nous conten­tons pas de vendre les oeuvres, nous cher­chons à les pla­cer dans de bonnes col­lec­tions, à faire le sui­vi, et nos ga­le­ries ont gran­di en même temps que les artistes. Nous avons fait équipe avec eux. Par le pas­sé, j’ai par­ti­ci­pé aux foires de Bâle, de Chi­ca­go, de Ma­drid et bien sûr à la Fiac dès leur première édi­tion. J’avais été ac­cep­tée à Bâle un an après avoir ou­vert ma ga­le­rie grâce à Ilea­na Son­na­bend qui fai­sait par­tie du co­mi­té et qui m’avait sou­te­nue. Plus tard, moi-même, j’ai fait par­tie de ceux qui ont né­go­cié avec la Fiac la pos­si­bi­li­té pour des ga­le­ries dont les moyens sont li­mi­tés de louer des stands à l’étage à un prix moins éle­vé que ceux du rez-de-chaus­sée. Et puis, j’ai ar­rê­té d’al­ler à Bâle parce que Mar­kus Raetz que je re­pré­sente ne sou­hai­tait plus que ses oeuvres soient ex­po­sées dans ce contexte. Il y a deux ans, j’avais aus­si pro­po­sé à la Fiac une exposition d’oeuvres de Raetz qui n’au­raient pas été à vendre mais qui étaient ex­cep­tion­nelles. La Fiac a re­fu­sé, la foire de Maas­tricht m’a in­vi­tée pour ce même pro­jet. Je re­fuse les dik­tats des or­ga­ni­sa­teurs d’au­tant qu’il entre dans leurs cri­tères des consi­dé­ra­tions sur les ri­va­li­tés entre les ga­le­ries, la nécessité de trou­ver un équi­libre entre les unes et les autres, et qu’ils im­posent même les oeuvres que les ga­le­ries doivent ex­po­ser.

Foire ou non, ma clien­tèle me reste fi­dèle. J’ai aus­si consta­té qu’un cer­tain nombre de col­lec­tion­neurs, et non des moindres, n’achètent plus dans les foires. Je conti­nue à être très sol­li­ci­tée, y com­pris pour des artistes avec qui je ne tra­vaille plus ! Après que j’ai en­voyé la lettre an­non­çant la fer­me­ture de ma ga­le­rie, j’ai re­çu énor­mé­ment de té­moi­gnages de sym­pa­thie. Peut-être mon mes­sage ar­ri­vait-il au bon mo­ment. »

——— Foun­ded in 1976, Ga­le­rie Fa­ri­deh Ca­dot clo­sed last June. Its foun­der ex­plai­ned her ac­tion in an open let­ter in which she de­plo­red the fact that fi­nan­cial in­ter­ests had re­pla­ced in­tel­lec­tual ad­ven­ture in the world of art. In 2011, she had si­gned an opi­nion piece in the dai­ly Li­bé­ra­tion tit­led “Art in Th­rall to Spe­cu­la­tors.” She conti­nues to sup­port her ar­tists (Mar­kus Raetz, Bog­dan Ra­ta, Joel Fi­sher, Noël Cuin, etc.) from a pri­vate of­fice. Why would I have kept an ex­hi­bi­tion space when the art mar­ket is do­mi­na­ted by fairs that are be­co­ming in­crea­sin­gly concen­tra­ted (with the big ones buying up the small ones: this al­lows them to put pres­sure on gal­le­ries: to ex­hi­bit in one, you must ex­hi­bit in se­ve­ral) and when some of them, ad­mit­ted­ly the les­ser ones, are now ac­cep­ting bro­kers? No one in my ge­ne­ra­tion ope­ned a gal­le­ry to get rich. We were choo­sing a way of life, and ma­ny of us can no lon­ger iden­ti­fy with what the art world has be­come. For example, we don’t just try to sell art­works, we try to find a place for them in good col­lec­tions, to fol­low them up. Our gal­le­ries grew to­ge­ther with our ar­tists. We were a team. In the past, I have ta­ken part in fairs in Ba­sel, Chi­ca­go and Ma­drid, and of course at the Fiac, ever since the first edi­tion. I was ac­cep­ted at Ba­sel one year af­ter ope­ning my gal­le­ry thanks to Ilea­na Son­na­bend, who was on the se­lec­tion com­mit­tee and sup­por­ted me. La­ter, I my­self was in the group that ne­go­tia­ted with the FIAC to give gal­le­ries with more li­mi­ted re­sources the chance to hire stands on the up­per floor at lo­wer rates than on the first floor. La­ter, I stop­ped going to Ba­sel be­cause Mar­kus Raetz, whom I re­present, didn’t want his works to be shown in that en­vi­ron­ment. Two years ago I al­so pro­po­sed to ex­hi­bit works by Raetz at the FIAC that were not for sale, but were of outs­tan­ding in­ter­est. The FIAC re­fu­sed; Maas­tricht in­vi­ted me to ex­hi­bit with the same pro­ject. I re­fuse to bow to the dik­tats of or­ga­ni­zers, es­pe­cial­ly since they fac­tor in ques­tions of ri­val­ries bet­ween gal­le­ries and the need to ba­lance out the dif­ferent par­ti­ci­pants, and that they even tell gal­le­ries what works they should ex­hi­bit. Fairs or no fairs, my clien­tele is fai­th­ful. I have al­so no­ted that a cer­tain num­ber of col­lec­tors, and some quite im­por- tant ones, have stop­ped buying at fairs. I still get a lot of re­quests, even for ar­tist I’ve stop­ped wor­king with. The let­ter I sent out an­noun­cing the clo­sure of the gal­le­ry got a ve­ry sym­pa­the­tic res­ponse. Maybe my mes­sage ar­ri­ved at just the right mo­ment.

Trans­la­tion, CP

KA­MEL MEN­NOUR La première ga­le­rie Ka­mel Men­nour, d’abord consa­crée à la pho­to, a ou­vert en 1998. Elle a dé­sor­mais trois adresses pa­ri­siennes et une lon­don­nienne où elle pré­sente des oeuvres consa­crées (Mo­li­nier, Mo­rel­let) et des artistes plus jeunes, cer­tains re­con­nus au plan in­ter­na­tio­nal (Hen­rot, Lé­vêque, Ping). « J’ai d’abord été un vi­si­teur de foires. J’avais fait des études d’éco­no­mie et mon en­vie de faire ce mé­tier était énorme, mais je n’avais été l’as­sis­tant d’au­cun ga­le­riste qui au­rait pu être mon men­tor. Je fré­quen­tais les ga­le­ries mais, à l’époque, l’ac­cueil y était un peu éli­tiste, si bien que ma for­ma­tion a consis­té à vi­si­ter sept ou huit fois chaque Fiac. Je m’en­traî­nais à ap­prendre par coeur le nom des artistes ! Pour une ga­le­rie, les foires sont un très bon moyen de se faire connaître et de faire connaître ses artistes. Pour le pu­blic, elles per­mettent de concen­trer les vi­sites car les gens ont de moins en moins le temps d’al­ler dans chaque ga­le­rie in­di­vi­duel­le­ment. D’ailleurs, l’évo­lu­tion de­puis quinze ans est qu’on ne vend pra­ti­que­ment plus que sur les foires. J’ai po­sé pour la première fois la can­di­da­ture de ma ga­le­rie à la Fiac en 2000, quand cel­le­ci avait ins­ti­tué le prin­cipe de one man shows, mais je n’ai été ac­cep­té qu’en 2001. Au­jourd’hui, nous par­ti­ci­pons à six ou sept foires par an. La glo­ba­li­sa­tion im­pose que nous al­lions à Frieze, Londres et New York, à Art Ba­sel, Bâle, Mia­mi et Hong Kong. Nous re­tour­nons à Abu Dha­bi cette an­née en rai­son de la coïn­ci­dence de la foire avec l’ou­ver­ture du Louvre Abu Dha­bi. J’ai com­pris que chaque foire a son ca­hier des charges, par exemple, Bâle cherche « la pho­to­gra­phie » la plus pré­cise du champ. Nous, nous choi­sis­sons nos artistes re­pré­sen­tés sur les stands en fonc­tion de leur ac­tua­li­té lo­ca­le­ment, ain­si Mo­ha­med Bou­rouis­sa était pré­sen­té à New York parce qu’il ex­po­sait à la Barnes Foun­da­tion à Phi­la­del­phie. Plus gé­né­ra­le­ment, je re­cherche la confron­ta­tion entre les artistes les plus jeunes et ceux qui sont confir­més. Le nombre de foires à tra­vers le monde at­teint un pa­roxysme, le pu­blic ne peut pas suivre, ni évi­dem­ment la pro­duc­tion des artistes. Il nous ar­rive de gar­der dé­li­bé­ré­ment des oeuvres d’une exposition pour pou­voir les pré­sen­ter plus tard dans une foire. Tou­te­fois, je reste un ga­le­riste « à l’an­cienne », plu­tôt « ca­sa­nier ». J’ai ou­vert des es­paces ave­nue Ma­ti­gnon et à Londres, mais qui sont plu­tôt comme des vi­trines ; je n’ou­vri­rai ja­mais de suc­cur­sale à New York. De toute fa­çon, les ré­seaux so­ciaux offrent une caisse de ré­so­nance à la pro­mo­tion de nos artistes. Pour moi, le mé­tier reste le même: faire des ex­po­si­tions, en consa­crant tou­jours la même éner­gie à en ré­vé­ler ce qui en fait la sub­stance. »

——— Ka­mel Men­nour ope­ned his first gal­le­ry, which spe­cia­li­zed in pho­to­gra­phy, in 1998. To­day, there are three Pa­ri­sian spaces and one in Lon­don, sho­wing both his­to­ri­cal fi­gures (Mo­li­nier, Mo­rel­let) and youn­ger ar­tists, some of them in­ter­na­tio­nal­ly known (Hen­rot, Lé­vêque, Ping). For me it all star­ted with going round fairs. I had stu­died eco­no­mics and I had a tre­men­dous de­sire to do this job, but I hadn’t been the as­sis­tant to any other gal­le­rist, to so­meone who could have been my men­tor. I went to gal­le­ries but in those days the wel­come was a bit eli­tist. In fact, my trai­ning consis­ted in going round each FIAC se­ven or eight times. I trai­ned my­self to learn the names of the ar­tists by heart. For gal­le­ries, fairs are a ve­ry good way of be­co­ming known and pro­mo­ting your ar­tists. For the pu­blic, they are a way of

concen­tra­ting your visits, be­cause people have less and less time to go to each gal­le­ry in­di­vi­dual­ly. In fact, the trend over the last fif­teen years is that sales take place al­most ex­clu­si­ve­ly at fairs. I first ap­plied for the Fiac with my gal­le­ry in 2000, when it had ins­ti­tu­ted the prin­ciple of one-per­son shows, but I wasn’t ac­cep­ted un­til 2001. To­day we take part in six or se­ven fairs a year. Glo­ba­li­za­tion means that we need to go to Frieze in Lon­don and New York, and Art Ba­sel in Ba­sel, Mia­mi and Hong Kong. This year we are going back to Abu Dha­bi be­cause the fair coin­cides with the ope­ning of the Louvre Abu Dha­bi. I have un­ders­tood that each fair has its own re­mit. Ba­sel, for example, aims at gi­ving as pre­cise a snap­shot as pos­sible of the lay of the land. We choose the ar­tists to show in our booth in ac­cor­dance with what’s hap­pe­ning for them lo­cal­ly. For example, we had Mo­ha­med Bou­rouis­sa in New York be­cause he was ex­hi­bi­ting at the Barnes Foun­da­tion in Phi­la­del­phia. More ge­ne­ral­ly, I look to show youn­ger and more es­ta­bli­shed ar­tists side by side. The num­ber of fairs around the world has rea­ched sa­tu­ra­tion point. The pu­blic just can’t keep up, and nor of course can ar­tists keep pace with their out­put. So­me­times we de­li­be­ra­te­ly de­cide to keep the works we’ve just had in an ex­hi­bi­tion so that we can present them la­ter at a fair. For all thatl, I re­main an “old school” gal­le­rist, a bit of a “ho­me­bo­dy.” I have ope­ned spaces in Ave­nue Ma­ti­gnon and in Lon­don, but they are more like show­cases: I will ne­ver open a gal­le­ry in New York. Be­sides, so­cial me­dia are a great am­pli­fier for pro­mo­ting our ar­tists. For me, it’s still the same pro­fes­sion: it’s all about put­ting on ex­hi­bi­tions, and conti­nuing to chan­nel the same ener­gy in­to brin­ging out their si­gni­fi­cance.

Trans­la­tion, CP

STÉ­PHANE COR­RÉARD Sté­phane Cor­réard a lan­cé Ga­le­ristes en 2016. Il avait fon­dé la ga­le­rie Mé­téo en 1992 et l’avait di­ri­gée jus­qu’à 1998 afin de mon­trer des artistes fran­çais ou fran­co­phones ja­mais ex­po­sés à Pa­ris. En 1998, il s’as­so­cie à Gil­bert Browns­tone dans une nou­velle ga­le­rie, avant de fer­mer dé­fi­ni­ti­ve­ment en 2000. Il par­ti­cipe à sa première Fiac en 1993, puis à Art Ba­sel, Pa­ris Pho­to, Ar­tis­si­ma, Gra­mer­cy, Art Brus­sels. Il a di­ri­gé le Sa­lon de Mon­trouge pen­dant sept ans. « Ga­le­ristes est le fruit de mes ex­pé­riences de ga­le­riste, de col­lec­tion­neur et d’or­ga­ni­sa­teur du Sa­lon de Mon­trouge, mais aus­si de l’évo­lu­tion du mar­ché de l’art de­puis vingt­cinq ans. À l’époque, les foires étaient moins im­por­tantes, mais créaient dé­jà une frus­tra­tion, car leur visite se sub­sti­tuait pa­ra­doxa­le­ment à celle des ga­le­ries. Il est com­mode de voir toutes les ga­le­ries réunies, mais ce­la res­semble aux dé­gus­ta­tions-ma­ra­thons : comme le dit le cri­tique Ro­bert Par­ker, au bout de cin­quante vins, on ne sait plus si on boit de la bière, du Co­ca-Co­la ou du Mou­ton-Roth­schild ! Les foires ne sont pas ca­li­brées pour faire dé­cou­vrir de nouveaux artistes, ce sont les oeuvres les plus spec­ta­cu­laires qui l’em­portent. La par­tie vi­sible de l’art et de son mar­ché est de­ve­nue in­dus­trielle. Or, par­tout où il y a de l’in­dus­trie, il y a de la place pour l’ar­ti­sa­nat, pour une échelle hu­maine. Un col­lec­tion­neur cu­rieux et en­ga­gé comme An­toine de Gal­bert dit que, pour lui, la se­maine de la Fiac est un sup­plice com­pa­rable à la Fête de la mu­sique pour un mé­lo­mane! Une par­tie du pu­blic ne voit que des block­bus­ters au ci­né­ma, mais une autre pri­vi­lé­gie la « po­li­tique des au­teurs ». Jus­qu’au dé­but des an­nées 1980, les ga­le­ries étaient par­mi les rares lieux de connais­sance sur l’art contem­po­rain, tous les ama­teurs s’y re­trou­vaient. Au­jourd’hui, on a ac­cès à un trop-plein d’in­for­ma­tions. Ain­si la ques­tion de­vient plu­tôt : pour­quoi va-t-on en­core dans les ga­le­ries ? Les gens ne font plus le tour des ga­le­ries mais des ga­le­ristes. Le sa­lon Ga­le­ristes s’ef­force de per­mettre aux ga­le­ries de dé­ve­lop­per ce « pre­mier cercle » des col­lec­tion­neurs, qui sont en ré­so­nance avec la ligne ar­tis­tique de la ga­le­rie. Il n’y a cer­tai­ne­ment pas trop de foires, puis­qu’elles semblent si ren­tables qu’il s’en crée tous les jours ! Il existe un mo­dèle com­mer­cial, qui té­moigne de cette nou­velle échelle in­dus­trielle. Mais je re­grette que soient mé­lan­gées dans toutes les foires des en­seignes ar­ti­sa­nales (quand on en ac­cepte en­core…) et des en­seignes in­dus­trielles. Dans une foire, le pu­blic ne peut dé­cou­vrir quelles dif­fé­rences existent entre le mo­dèle de Ga­go­sian et ce­lui de Ga­brielle Mau­brie, qui n’a ja­mais eu d’as­sis­tant. À tra­vers mes ac­ti­vi­tés mul­tiples, qui sont par­fois ju­gées conflic­tuelles, je suis du cô­té des artistes, au ser­vice des­quels je tâche d’être un « cri­tique d’art opé­ra­tion­nel », ce que mes mo­dèles Pierre Res­ta­ny ou Ber­nard La­marche-Va­del ont tou­jours été – on le leur a as­sez re­pro­ché d’ailleurs ! Au­jourd’hui, il n’y a pas d’autre re­con­nais­sance que celle du mar­ché, même s’il a plu­sieurs vi­sages. Mais der­rière le mar­ché, il y a des femmes et des hommes qui achètent de l’art. Je veux les prendre par la main, et par les yeux, et les em­me­ner vers autre chose. »

——— Sté­phane Cor­réard laun­ched Ga­le­ristes in 2016. He foun­ded the Mé­téo gal­le­ry in 1992 and di­rec­ted it un­til 1998. His aim was to present work by French and French-spea­king ar­tists pre­vious­ly un­shown in Pa­ris. In 1998 he part­ne­red with Gil­bert Browns­tone in a new gal­le­ry, which clo­sed in 2000. His first time at the FIAC came in 1993, and was fol­lo­wed by Art Ba­sel, Pa­ris Pho­to, Ar­tis­si­ma, Gra­mer­cy, Art Brus­sels and so on. He al­so di­rec­ted the Sa­lon de Mon­trouge for se­ven years. “Ga­le­ristes is the fruit of my per­so­nal ex­pe­riences as a gal­le­rist, collector and or­ga­ni­zer of the Sa­lon de Mon­trouge, along with changes in the art mar­ket since twen­ty-five years ago. At that time art fairs played less of a role, but they were al­rea­dy pro­du­cing a cer­tain frus­tra­tion be­cause pa­ra­doxi­cal­ly, fair vi­si­tors skip going to gal­le­ries. It’s conve­nient to have all the gal­le­ries in one place, but that be­comes so­me­thing of a ma­ra­thon tas­ting ses­sion. As the wine cri­tic Ro­bert Par­ker wrote, af­ter sip­ping fif­ty dif­ferent wines you can no lon­ger tell if you’re drin­king beer, Coke or Mou­ton-Roth­schild! Fairs are not set up for dis­co­ve­ring new ar­tists; the most spec­ta­cu­lar works get all the at­ten­tion. The vi­sible part of art and its mar­ket has be-

come in­dus­trial. But whe­re­ver you find in­dus­try, you al­so find in­di­vi­dual pro­fes­sio­nals who work on a hu­man scale.The cu­rious and en­ga­gé collector An­toine de Gal­bert says that as far as he’s concer­ned the FIAC week is as much tor­ture as the June 21st all-night Fête de la Mu­sique is for true mu­sic-lo­vers. Some mo­vie­goers ne­ver go to any­thing but block­bus­ters, but others pre­fer au­teur films. Un­til the ear­ly 1980s, gal­le­ries were some of the few places you could learn about contem­po­ra­ry art, and eve­ryone who lo­ved contem­po­ra­ry art went there. To­day we’re as­saul­ted by too much in­for­ma­tion. So the ques­tion now is this: Are gal­le­ry visits still worth it? To­day people don’t make the rounds of the gal­le­ries, they check out gal­le­rists at fairs.The Ga­le­ristes show tries to help gal­le­rists de­ve­lop an inner circle of col­lec­tors in tune with the kind of art each gal­le­ry fea­tures. There is clear­ly not an ove­ra­bun­dance of fairs—they seem so pro­fi­table that new ones are laun­ched eve­ry day! There is a bu­si­ness mo­del for this new kind of in­dus­trial-scale event. But I’m sor­ry to see that all the fairs jumble to­ge­ther old-fa­shio­ned in­di­vi­dual gal­le­rist-ba­sed gal­le­ries with to­day’s cor­po­rate kind. Fair­goers aren’t aware of the dif­fe­rence bet­ween the Ga­go­sian mo­del and Ga­brielle Mau­brie, who has ne­ver even had an as­sis­tant. In all of my va­rious ac­ti­vi­ties, which are so­me­times jud­ged as mu­tual­ly conflic­ting, I’m on the side of the ar­tists. It’s in their ser­vice that I strive to be an “ope­ra­tio­nal art cri­tic,” as my role mo­dels Pierre Res­ta­ny and Ber­nard La­marche-Va­del have al­ways been—and they’ve been round­ly cri­ti­ci­zed for that! These days the mar­ket is the art world’s on­ly source of re­cog­ni­tion, even if it has ma­ny faces. But be­hind the mar­ket there are wo­men and men who buy art. I want to take them by the hand, and the eyes, and steer them to­ward so­me­thing else.”

Trans­la­tion, L-ST

FA­BIENNE LE­CLERC La ga­le­rie In Si­tu Fa­bienne Le­clerc a ou­vert en 2001 dans le quar­tier de la rue Louise Weiss, puis s’est ins­tal­lée à Saint-Ger­maindes-Prés, dans le Ma­rais et, de­puis un an, sur le très vi­vant bou­le­vard de la Cha­pelle, où de plus en plus de grands es­paces ouvrent leurs portes. « Pour le nou­veau lieu, j’ai d’abord cher­ché dans le Ma­rais mais tout était dé­ce­vant et cher. Il n’y a plus que des ma­ga­sins de vê­te­ments ! Alors que du cô­té de Sta­lin­grad, il y a des jeunes qui sortent, et des ate­liers. Et puis, avec un grand es­pace, j’ai pri­vi­lé­gié la qua­li­té de mons­tra­tion des oeuvres. Il y a aus­si un mou­ve­ment vers le nord de Pa­ris : Thad­daeus Ro­pac à Pan­tin, le CNEAI aux Ma­ga­sins Gé­né­raux, et bien­tôt la Fon­da­tion Fi­min­co à Ro­main­ville, qui m’in­té­resse et avec qui je suis en train de me lier. Il y au­ra un grand lieu d’exposition, des ate­liers, des ou­tils pour les artistes. Ceux qui ont par­ti­ci­pé à la rue Louise Weiss re­grettent cette époque. Dans ce quar­tier où il n’y avait rien, où les lo­caux étaient laids, il y a eu un monde fou pen­dant dix ans, c’était là que ça se pas­sait ! J’ai ado­ré être à cô­té d’art: concept, de Per­ro­tin, de gb agen­cy. Nous n’avions pas les mêmes ma­nières de tra­vailler, mais il y avait une sy­ner­gie, c’était joyeux ! Les artistes étaient là en per­ma­nence et fai­saient des pro­po­si­tions va­riées. Au­jourd’hui, cette ému­la­tion me manque. Je par­ti­cipe à la Fiac, Ar­tis­si­ma, Art Ge­nève, Art Ba­sel Hong-Kong, Mo­na­co ponc­tuel­le­ment, Du­baï et au­jourd’hui plu­tôt Abou Dha­bi pour tou­cher un autre pu­blic. Je de­viens op­por­tu­niste par rap­port aux foires : c’est un coût énorme pour les struc­tures de notre taille. Je choi­sis deux foires in­ter­na­tio­nales dans les­quelles on sait qu’on risque de perdre de l’ar­gent. Peu de foires rap­portent; même à la Fiac, cer­taines an­nées les ventes marchent bien, et d’autres an­nées ce n’est pas le cas. On est de plus en plus at­ten­tif à de pe­tites foires dont les coûts sont moindres, et où on touche des col­lec­tion­neurs poin­tus. J’aime aus­si beau­coup les foires où les ga­le­ries sont in­vi­tées par des com­mis­saires. Ce­la ap­porte un pu­blic de conser­va­teurs de mu­sées, de com­mis­saires d’ex­po­si­tions, de presse. On sait qu’il y au­ra une suite po­si­tive, pas for­cé­ment en ventes. Une foire où on vend tout et où on ne ren­contre per­sonne ne m’in­té­resse pas. Je m’étonne que beau­coup de col­lec­tion­neurs n’aient plus la cu­rio­si­té de ve­nir voir les ex­po­si­tions à la ga­le­rie. Sur un stand, ils n’ont pas le temps de par­ler car ils ont peur de ra­ter une pièce quelques mètres plus loin. En voyant 160 ga­le­ries, ils ont l’im­pres­sion de les connaître, mais c’est faux. Beau­coup d’artistes n’ont pas les for­mats adap­tés aux foires. Au­jourd’hui, peu de per­sonnes pa­rient et beau­coup cherchent le bon in­ves­tis­se­ment. Par­fois, je me dis que ce sont les Noir­mont qui ont tout com­pris en ac­com­pa­gnant les artistes dans la pro­duc­tion sans lieu d’exposition. Mais ce­la ne me suf­fit pas, car j’aime tra­vailler sur le long terme et faire ve­nir des gens à la ga­le­rie. Ce qui est dif­fi­cile est que ceux qui ont le temps de par­ler, des jeunes ou des in­tel­lec­tuels, ne sont en gé­né­ral pas ceux qui ont les moyens de nous faire vivre. »

——— The In Si­tu Fa­bienne Le­clerc gal­le­ry ope­ned in 2001 in the Rue Louise Weiss quar­ter, af­ter that mo­ved to Saint-Ger­main-des-Prés, fol­lo­wed by the Ma­rais, and, a year ago, the ve­ry li­ve­ly Bou­le­vard de la Cha­pelle, in nor­thern Pa­ris where more and more large-scale ve­nues are set­ting up shop. “When I was loo­king for a new lo­ca­tion I first consi­de­red the Ma­rais, but eve­ry­thing was di­sap­poin­ting and ex­pen­sive. Now there’s no­thing but clo­thing shops! But the Sta­lin­grad area is full of stu­dios and young people who like to go out. And with a big space, I can do hi­gher-qua­li­ty han­gings. Gal­le­ries are al­so mo­ving in­to Pa­ris’s nor­thern sub­urbs—Thad­daeus Ro­pac to Pan­tin, the CNEAI to the Ma­ga­sins Gé­né­raux and soon the Fon­da­tion Fi­min­co to Ro­main­ville. I’m in­ter­es­ted in that and get­ting in­vol­ved. There will be a big ex­hi­bi­tion ve­nue, stu­dios and tools for ar­tists. Those of us who ex­pe­rien­ced Rue Louise Weiss miss those days. That for­mer­ly in­dus­trial quar­ter was still al­most most unin­ha­bi­ted back then, and the buil­dings were ugly, but people came to the gal­le­ries in droves. That’s where it was hap­pe­ning! I lo­ved being neigh­bors with gal­le­ries like art: concept, Per­ro­tin and gb agen­cy. We

all had our own par­ti­cu­lar ap­proach, but there was a sy­ner­gy. It was a hap­py time. There were al­ways ar­tists around and they had all kinds of ideas for shows. I miss that kind of emu­la­tion. I take part in the FIAC, Art Ge­ne­va, Art Ba­sel Hong Kong, so­me­times Mo­na­co, Du­bai and these days more li­ke­ly Abu Dha­bi to reach out to a dif­ferent kind of clien­tele. I’m be­co­ming op­por­tu­nis­tic in re­gard to fairs, since they re­present such an en­or­mous ex­pense for gal­le­ries like us. I’ve cho­sen two in­ter­na­tio­nal fairs where we know we might lose mo­ney. Ac­tual­ly, you lose mo­ney at most fairs. Even at the FIAC, sales go well some years and some they don’t. We are in­crea­sin­gly paying at­ten­tion to small fairs where the costs are lo­wer and we reach more know­led­geable col­lec­tors. I al­so real­ly like fairs where cu­ra­tors in­vite the gal­le­ries. They at­tract mu­seum people and other cu­ra­tors and the art press. We know that the re­sults will be po­si­tive, even if not ne­ces­sa­ri­ly in terms of sales. I have no in­ter­est in fairs where you sell eve­ry­thing and meet no one. I’m sur­pri­sed that ma­ny col­lec­tors are no lon­ger cu­rious en­ough to come to gal­le­ry shows. When they come to your booth, they don’t take the time to talk be­cause they’re afraid of mis­sing so­me­thing a lit­tle fur­ther down the line.They walk by 160 gal­le­ries and feel like they know them, but that’s not the case. Ma­ny ar­tists don’t work in for­mats sui­table for an art fair. To­day, not ma­ny people are willing to take a chance. What they want is a so­lid in­vest­ment. So­me­times I tell my­self that the Noir­monts were right in sup­por­ting ar­tists du­ring the art pro­duc­tion phase wi­thout ow­ning an ex­hi­bi­tion space. But that’s not en­ough for me, be­cause I like to work on a more long­term ba­sis and bring people to my gal­le­ry. The pro­blem is that the people who have the time to talk, young people and in­tel­lec­tuals, do not, ge­ne­ral­ly spea­king, have en­ough mo­ney to spend for us to make a li­ving.

Trans­la­tion, L-ST

BE­NOÎT POR­CHER Après avoir créé la mai­son d’édi­tion Se­miose en 1999, Be­noît Por­cher ouvre sa ga­le­rie du même nom en 2007. Il tra­vaille avec de jeunes artistes et des fi­gures his­to­riques qui n’avaient pas ou peu de représentation sur le mar­ché, comme Jean Du­puy ou Pie­ro Gi­lar­di. En­tré à la Fiac en 2009, alors qu’une par­tie de la foire se te­nait dans la Cour Car­rée du Louvre, il par­ti­cipe éga­le­ment à Dra­wing Now, Art Brus­sels et par­fois Ar­tis­si­ma. « Sur une foire, il faut être ef­fi­cace, sor­tir du lot. Cer­tains sont très me­su­rés, d’autres maxi­ma­listes. Pour moi, la scé­no­gra­phie est pri­mor­diale, de­mande un vrai re­gard cu­ra­to­rial : un stand de foire doit s’en­vi­sa­ger comme une exposition. En ef­fet, la mise en va­leur des oeuvres doit res­ter pri­mor­diale. J’ai vu toutes les Fiac de­puis que j’ai 16 ans, avec des oeuvres dont je me sou­viens en­core au­jourd’hui, même si les condi­tions d’éclai­rage et d’exposition sont plus pri­mi­tives que dans les mu­sées. En tant que vi­si­teur, j’ap­pré­cie beau­coup les foires. Les foires ap­portent une vi­si­bi­li­té pour les artistes, mais aus­si une pos­si­bi­li­té de conqué­rir de nouveaux marchés, de re­voir et de ren­con­trer des col­lec­tion­neurs, des cu­ra­tors, des conser­va­teurs de mu­sée. Par ailleurs, les pro­grammes hors-les-murs de la Fiac au Jar­din des Plantes, aux Tui­le­ries et au Pe­tit Pa­lais nous offrent l’op­por­tu­ni­té de mon­trer des pièces que l’on ne pour­rait pas mon­trer à la ga­le­rie. Avec Se­miose, j’ai, dans un pre­mier temps, pri­vi­lé­gié la conso­li­da­tion de notre pré­sence sur les foires fran­çaises ; au­jourd’hui, nous par­ti­ci­pons éga­le­ment à de nom­breuses foires in­ter­na­tio­nales, Art Brus­sels no­tam­ment. Le re­proche fait aux foires d’être trop cen­trées sur le mar­ché ne me semble pas en­tiè­re­ment fon­dé ; les foires sont éga­le­ment des en­droits pri­vi­lé­giés pour les ren­contres, les échanges au­tour de l’art et de nos artistes. Y a-t-il trop de foires ? L’ob­jec­tif est sur­tout de sa­voir bien choi­sir ses foires. Je pré­fère celles dans les­quelles il y a un cercle de sym­pa­thie avec des col­lec­tion­neurs bien­veillants, des conser­va­teurs de mu­sée qui s’in­té­ressent à la ga­le­rie. Je n’ai pas la sen­sa­tion que les col­lec­tion­neurs soient au­jourd’hui moins en­ga­gés, le pro­gramme de la ga­le­rie étant as­sez éloi­gné de la “col­lec­tion spé­cu­la­tion“. Le re­grou­pe­ment des ga­le­ries est une belle idée ; dans le Ma­rais, j’ai la chance de bé­né­fi­cier de la proxi­mi­té de mes confrères. C’est comme une grande al­lée de foire à ciel ou­vert, l’in­ti­mi­té en plus ! La dif­fé­rence entre une foire et une ga­le­rie tient sur­tout au rythme, tout y est plus ra­pide, sans que ce­la nuise for­cé­ment à la qua­li­té des échanges. C’est une am­biance sti­mu­lante, cer­tains col­lec­tion­neurs s’y re­con­naissent plus. Notre mé­tier est au­jourd’hui en pleine évo­lu­tion, avec la ré­vo­lu­tion nu­mé­rique no­tam­ment qui a pro­fon­dé­ment chan­gé notre fa­çon de tra­vailler en dix ans. Je reste très at­ta­ché au pa­pier, je conti­nue à en­voyer des in­vi­ta­tions par la poste, à im­pri­mer des ca­ta­logues. J’ai réus­si à fé­dé­rer des gens au­tour d’un conte­nu, en pu­bliant, en étant as­so­cié aux mu­sées et à des col­lec­tion­neurs de ré­fé­rence. Et j’ai la chance d’avoir de jeunes col­lec­tion­neurs qui lisent, qui sont pas­sion­nés et en­thou­siastes. »

——— Af­ter foun­ding the Se­miose pu­bli­shing house in 1999, Be­noît Por­cher ope­ned the gal­le­ry with the same name in 2007. He works with young ar­tists and his­to­ric fi­gures who have had lit­tle or no mar­ket ex­po­sure, like Jean Du­puy and Pie­ro Gi­lar­di. He came aboard the FIAC in 2009, when the fair was still main­ly ba­sed at the Cour Car­rée at the Louvre, and al­so takes part in Dra­wing Now, Art Brus­sels and so­me­times Ar­tis­si­ma. “At an air fair you have to be ef­fec­tive and stand out from the crowd. Some people are ve­ry mea­su­red in this re­gard, others like to go over the top. For me, a good ex­hi­bi­tion de­si­gn is a ba­sic re­qui­re­ment. You have to conceive it as if you were a cu­ra­tor wor­king for a mu­seum. Af­ter all, what we’re doing is ma­king the art­works look their best. I’ve been to eve­ry FIAC since I was six­teen, and seen work I still remember to­day even if the ligh­ting and ex­hi­bi­tion fa­ci­li­ties are more pri­mi­tive than in a mu­seum. As a vi­si­tor, I great­ly ap­pre­ciate fairs.

Fairs bring ar­tists vi­si­bi­li­ty and a chance to conquer new mar­kets, to meet or catch up with col­lec­tors, cu­ra­tors and mu­seum conser­va­tors. Fur­ther, the FIAC’s Hors-les­murs pro­ject at the Jar­din des Plantes, Tui­le­ries and Pe­tit Pa­lais gives us a chance to show pieces that couldn’t be shown in a gal­le­ry. For Se­miose, at first I fo­cu­sed on conso­li­da­ting our pre­sence at French fairs; to­day, we’re al­so present at ma­ny in­ter­na­tio­nal fairs, par­ti­cu­lar­ly Art Brus­sels. Fairs are of­ten cri­ti­ci­zed for being too mar­ket-cen­tric, but I don’t think that’s en­ti­re­ly well foun­ded. Fairs are al­so places for people to meet and talk about art, in­clu­ding our ar­tists. Are there too ma­ny fairs? For me, the ob­jec­tive is to choose your fairs well. I pre­fer fairs where there’s a circle of sym­pa­thy, with be­ne­volent col­lec­tors and mu­seum cu­ra­tors who take an in­ter­est in the gal­le­ry. I don’t have the im­pres­sion that col­lec­tors are less en­ga­ged to­day; our gal­le­ry doesn’t en­cou­rage spe­cu­la­tion-dri­ven col­lec­tion. It’s a won­der­ful idea to group gal­le­ries to­ge­ther. In the Ma­rais I’m lu­cky to be­ne­fit from ha­ving col­leagues close by. It’s like strol­ling down the main aisle in a big ope­nair gal­le­ry, and at the same time kind of co­zy. The dif­fe­rence bet­ween a fair and a gal­le­ry is above all a ques­tion of tem­po. At a fair eve­ry­thing goes much more qui­ck­ly, but that doesn’t ne­ces­sa­ri­ly un­der­mine the qua­li­ty of the hu­man ex­changes. It’s a sti­mu­la­ting am­biance where some col­lec­tors feel more at home. Our pro­fes­sion is un­der­going great changes to­day, es­pe­cial­ly with the di­gi­tal re­vo­lu­tion that has trans­for­med the way we work in on­ly a de­cade. I’m still ve­ry fond of pa­per; I still send out in­vi­ta­tions by mail and print ca­ta­logues. I’ve been able to bring people to­ge­ther around pu­bli­ca­tions and content, part­ne­ring with mu­seums and lea­ding col­lec­tors. And I’ve been lu­cky en­ough to have young col­lec­tors who read, who are pas­sio­nate and en­thu­sias­tic.”

Trans­la­tion, L-ST

ALIX DIO­NOT-MO­RA­NI ET AXEL DI­BIE Fon­dée par A. Dio­not-Mo­ra­ni et A. Di­bie, la ga­le­rie Crè­ve­coeur a ou­vert en 2009 à Bel­le­ville où s’étaient ins­tal­lées d’autres jeunes ga­le­ries, et où les loyers étaient moins chers qu’ailleurs. Ils ont co-fon­dé Pa­ris In­ter­na­tio­nale qui ouvre cette an­née sa troi­sième édi­tion. « Créer Pa­ris In­ter­na­tio­nale nous est ap­pa­ru comme une nécessité pour notre gé­né­ra­tion à un mo­ment où nous avions le sen­ti­ment de ne pas avoir notre place à la Fiac. Avec Gre­gor Stai­ger de Zu­rich, Guillaume Sul­ta­na, An­toine Le­vy et High Art, nous avons créé un sa­lon (plu­tôt qu’une foire) or­ga­ni­sé par des ga­le­ries pour des ga­le­ries: nous sommes une as­so­cia­tion vouée uni­que­ment au fonc­tion­ne­ment de la foire. Les deux pre­mières an­nées, nous avons oc­cu­pé l’an­cien hô­tel par­ti­cu­lier de la fa­mille Gul­ben­kian et un hô­tel voi­sin de l’ave­nue d’Ié­na. Quoi de mieux pour une foire que de jouer sur l’at­mo­sphère des in­té­rieurs pa­ri­siens ? Cette an­née, nous se­rons dans le ga­rage lais­sé va­cant par Li­bé­ra­tion, avec de grands pla­teaux et une belle vue sur Pa­ris. Nous or­ga­ni­sons des pro­grammes de dis­cus­sions, et puis nous in­vi­tons des ar­tists-runs­paces gé­rés par des artistes ou des cu­ra­tors, comme Treize, Shay­nay­nay, To­nus, et une li­brai­rie, Sec­tion 7. C’est dans les foires que l’on noue des re­la­tions avec des col­lec­tion­neurs. On les re­voit dans d’autres foires, et ils viennent à la ga­le­rie quand ils sont à Pa­ris. Nous sommes réa­listes tout en ayant en­vie de dé­fendre une scène poin­tue. Nous fai­sons quatre foires par an: Pa­ris In­ter­na­tio­nale, Liste à Bâle, Art Ba­sel Mia­mi et, de temps en temps, une autre foire à l’étran­ger, comme Ma­te­rial à Mexi­co où nous re­tour­nons cette an­née pour nous ou­vrir à de nouveaux marchés. Aux ga­le­ries de prendre leurs res­pon­sa­bi­li­tés, de ne pas par­ti­ci­per à trop de foires. Ce­la est va­lable aus­si pour les col­lec­tion­neurs. D’ailleurs, je crois que cette bulle de foires est en train de se dé­gon­fler na­tu­rel­le­ment. Cette an­née, nous nous sommes ins­tal­lés à Mar­seille, rue du Che­va­lier Roze qui ac­cueille aus­si d’autres ga­le­ries, des es­paces d’exposition et des cu­ra­tors. C’est un phé­no­mène com­pa­rable à ce­lui de la rue Louise Weiss à Pa­ris, qui était sou­te­nu par la Mai­rie. À Mar­seille, c’est un pro­prié­taire im­mo­bi­lier qui a mis des es­paces à notre dis­po­si­tion pour trois ans. Nous au­rons aus­si une tem­po­ra­li­té dif­fé­rente : trois ex­po­si­tions par an. La scène de Mar­seille est en plein fré­mis­se­ment, avec des artistes et des ins­ti­tu­tions, ce qui est sin­gu­lier dans le contexte fran­çais très cen­tra­li­sé. À Pa­ris, nous avons ré­cem­ment chan­gé d’es­pace. À Mé­nil­mon­tant, à dix mi­nutes à pied des autres ga­le­ries, nous pou­vons faire des ex­po­si­tions plus am­bi­tieuses. Il existe un sys­tème dont il faut sa­voir jouer, et qui offre alors une vraie li­ber­té. Nous vou­lons in­ven­ter nos propres mo­dèles. »

——— The Crè­ve­coeur gal­le­ry was ope­ned by Alix Dio­not-Mo­ra­ni and Axel Di­bie in 2009 in Bel­le­ville, along­side other new gal­le­ries at­trac­ted by the lo­wer rents. They co­foun­ded Pa­ris In­ter­na­tio­nale, now in its third edi­tion, a must-see part of FIAC week in Pa­ris. “We felt the laun­ching of Pa­ris In­ter­na­tio­nale was a ne­ces­si­ty for our ge­ne­ra­tion at a time when we didn’t real­ly feel at home at the FIAC. With Gre­gor Stai­ger from Zu­rich, Guillaume Sul­ta­na, An­toine Le­vy and High Art, we crea­ted so­me­thing more like a sa­lon than a fair, or­ga­ni­zed by gal­le­ries for gal­le­ries. We’re a non-pro­fit whose on­ly func­tion is to run the fair. The first two years we held it in a town­house that for­mer­ly be­lon­ged to the Gul­ben­kian fa­mi­ly and a neigh­bo­ring buil­ding on Ave­nue d’Ié­na. What could be more ap­pro­priate for an art fair than the at­mos­phere of a Pa­ri­sian re­si­dence?This year we’ll be hol­ding it in a for­mer par­king ga­rage that ser­ved as the edi­to­rial of­fices of the dai­ly

Li­bé­ra­tion, with big open-plan spaces and a great view of Pa­ris. We’re or­ga­ni­zing dis­cus­sion pro­grams and in­vi­ting spaces run by ar­tists and cu­ra­tors like Treize, Shay­nay­nay, To­nus and a books­tore, Sec­tion 7. Our gal­le­ry net­works with col­lec­tors at fairs. We see them at other fairs, and they come to our gal­le­ry when they’re in Pa­ris. We’re rea­lists, and at the same time want to pro­mote a cut­ting-edge art scene. We do four fairs a year: Pa­ris In­ter­na­tio­nale, Liste at Ba­sel, Art Ba­sel Mia­mi and, from time to time, ano­ther fair abroad like Ma­te­rial in Mexi­co Ci­ty, where we’re going back these year in search of new mar­kets. It’s up to eve­ry gal­le­ry to be res­pon­sible and not do too ma­ny fairs. Fairs are al­so good for col­lec­tors. Fur­ther, I be­lieve that the fair bubble is shrin­king by it­self, na­tu­ral­ly. This year we’re set­ting up in Mar­seille, in a ve­nue on Rue du Che­va­lier Roze that al­so hosts other gal­le­ries, ex­hi­bi­tion spaces and cu­ra­tors. It’s a phe­no­me­non si­mi­lar to Rue Louise Weiss in Pa­ris, which was ba­cked by ci­ty hall. In Mar­seille, a real es­tate de­ve­lo­per lent us a space for three years. Un­like in Pa­ris, we’ll hold three shows a year. Mar­seille has

an up and co­ming art scene, in terms of ar­tists and art spaces, that is unique in the high­ly cen­tra­li­zed French context. In Pa­ris we re­cent­ly chan­ged lo­ca­tions. In Mé­nil­mon­tant, about a ten-mi­nute walk from other gal­le­ries in Bel­le­ville, we have room for more am­bi­tious shows.There’s a sys­tem, and if you have to know how to game it you can be real­ly free. We want to invent our own mo­dels.”

Trans­la­tion, L-ST ANNE-SA­RAH BÉ­NI­CHOU Pour Anne-Sa­rah Bé­ni­chou, qui a créé sa ga­le­rie il y a presque deux ans, le vé­ri­table sou­tien et l’ac­com­pa­gne­ment constant de la créa­tion n’existent plei­ne­ment que dans une ga­le­rie. « La première an­née, je n’ai vou­lu par­ti­ci­per à au­cune foire à cause du risque éco­no­mique. Il faut d’abord s’im­plan­ter dans un sys­tème lo­cal. En­suite, j’ai vou­lu par­ti­ci­per à de bonnes foires – cette an­née Pa­réi­do­lie à Mar­seille, Ar­tis­si­ma à Tu­rin, et Ga­le­ristes à Pa­ris. Mes stands sont des pe­tites ex­po­si­tions, et même si toutes les oeuvres sont ven­dues, elles res­tent en place jus­qu’à la fin de la foire. À Ar­tis­si­ma, qui est une « foire pour cu­ra­tors », il y a une vé­ri­table dé­marche ar­tis­tique ; j’y par­tage un stand avec Lau­rence Ber­nard (Ge­nève), dans le sec­teur his­to­rique (Back to the fu­ture), où je mon­tre­rai le tra­vail en­core mal connu de Ma­rion Ba­ruch, ar­tiste rou­maine née en 1929. Pa­réi­do­lie est un pe­tit sa­lon où l’on n’achète pas en dix mi­nutes comme sur les grandes foires ; les foires concen­trées sur des mé­diums, comme Loop à Bar­ce­lone pour la vi­déo, sont sou­vent ex­cel­lentes. Ga­le­ristes, qui met l’ac­cent sur la per­son­na­li­té des ga­le­ristes, est aus­si très in­té­res­sante : la ligne de ma ga­le­rie, c’est moi! Pour la suite, j’ai bien sûr en­vie de par­ti­ci­per à la Fiac – cette an­née, j’étais sur liste d’at­tente – car ce­la offre une re­con­nais­sance in­ter­na­tio­nale et un ac­cès à des col­lec­tion­neurs qui ne vont pas dans les pe­tites foires. Bien que l’on ait ab­so­lu­ment be­soin de foires, il me semble tout de même qu’il y en a beau­coup trop ! Les col­lec­tion­neurs ne peuvent pas s’épar­piller à l’in­fi­ni. Les foires sont in­dis­pen­sables éco­no­mi­que­ment, mais il n’est pas conce­vable pour moi de ne pas faire mon tra­vail à la ga­le­rie. L’es­sen­tiel de mon bud­get va dans les ex­po­si­tions et 95% des gens qui viennent à la ga­le­rie ne sont pas des col­lec­tion­neurs. Je désap­prouve l’idée de ga­le­ries qui se contentent d’un bu­reau et de par­ti­ci­pa­tions à des foires. Ce sont deux lieux de tra­vail dif­fé­rents. Les foires servent prin­ci­pa­le­ment à vendre, car les col­lec­tion­neurs viennent de moins en moins dans les ga­le­ries. Et puis, dans une foire, il y a une ému­la­tion éco­no­mique liée à la sé­lec­tion

Exposition « Par­ti­tion du si­lence »

ga­le­rie Anne-Sa­rah Bé­ni­chou, Pa­ris des par­ti­ci­pants et à la courte du­rée de la ma­ni­fes­ta­tion. Quand des ga­le­ries se re­groupent dans un bâ­ti­ment ou même lorsque des ver­nis­sages com­muns et des évé­ne­ments sont or­ga­ni­sés par les ga­le­ries d’une rue ou d’un quar­tier, ce n’est pas la même chose. Plus on avance, plus il y a de mo­dèles de ga­le­ries et de foires. Beau­coup de ga­le­ries ferment mais beau­coup ouvrent aus­si. Je crains qu’il y ait de moins en moins de ga­le­ries au sens clas­sique, avec une in­ten­tion de par­tage, d’ou­ver­ture et d’édu­ca­tion cultu­relle, et qu’elles soient rem­pla­cées par des mar­chands dans des bu­reaux qui font des foires. Mais on peut ar­ri­ver à faire ce tra­vail à l’an­cienne sans re­nier les né­ces­si­tés éco­no­miques du 21e siècle, avec une liste d’artistes ré­duite, et en les ac­com­pa­gnant de plus en plus. Chan­tal Crou­sel fait ce­la très bien de­puis trente-cinq ans. Il n’y a pas que le mar­ché ! » ——— Anne-Sa­rah Bé­ni­chou foun­ded her own gal­le­ry al­most a de­cade ago out of a per­so­nal need to do so. She be­lieves that a gal­le­ry is the best way to sup­port ar­tists. “The first year I didn’t want to do any fairs be­cause it was too ris­ky eco­no­mi­cal­ly. First you have to put down roots in the lo­cal eco­sys­tem. Af­ter that I wan­ted to do the right fairs.This year that means Pa­réi­do­lie in Mar­seille, Ar­tis­si­ma in Tu­rin and Ga­le­ristes in Pa­ris. My booths are mi­ni-ex­hi­bi­tions; even if eve­ry­thing is sold it stays in place un­til the fair is over. At Ar­tis­si­ma, which calls it­self “a fair for cu­ra­tors,” they take an ar­tis­tic ap­proach to art. I’m sha­ring a booth there with Lau­rence Ber­nard (Ge­ne­va), in the his­to­ric sec­tion (Back to the Fu­ture), where I’ll be pre­sen­ting the still re­la­ti­ve­ly unk­nown work of Ma­rion Ba­ruch, a Ro­ma­nian ar­tist born in 1929. Pa­réi­do­lie is a small sa­lon where people don’t buy things af­ter just ten mi­nutes like at the big fairs. Fairs that fo­cus on me­dium-si­zed gal­le­ries like Loop in Bar­ce­lo­na for vi­deo are of­ten ex­cellent. Ga­le­ristes, which emph­sizes the per­so­na­li­ty of the gal­le­rist, is al­so ve­ry in­ter­es­ting. My gal­le­ry’s ap­proach is who I am. Next, of course I’d like to do FIAC—I’m on the wai­ting list this year—be­cause it of­fers in­ter­na­tio­nal re­cog­ni­tion and ac­cess to the kind of col­lec­tors who don’t go to small fairs. While we ab­so­lu­te­ly do need art fairs, I still think there are just too ma­ny. There’s a li­mit to how thin col­lec­tors can spread them­selves. Fairs are eco­no­mi­cal­ly in­dis­pen­sable, but I can’t conceive of not doing my work at the gal­le­ry. My bud­get es­sen­tial­ly goes for ex­hi­bi­tions, and 95 percent of the people who come to the gal­le­ry aren’t col­lec­tors. I di­sap­prove of the idea that a gal­le­ry can rest content with a desk and sho­wing at fairs. They consti­tute two dif­ferent kinds of work­places. Fairs are main­ly about sel­ling, since col­lec­tors vi­sit gal­le­ries less and less. Al­so, at a fair, there’s an eco­no­mic emu­la­tion lin­ked to the se­lec­tion of the par­ti­ci­pants and the short du­ra­tion. It’s not the same thing when gal­le­ries group to­ge­ther in a buil­ding or or­ga­nize com­mon ope­nings and other events on their block or in their neigh­bo­rhood. The more things de­ve­lop, the more we have dif­ferent mo­dels of gal­le­ries and fairs. A lot of gal­le­ries are closing, but a lot are ope­ning, too. I fear there will be fe­wer and fe­wer clas­si­cal gal­le­ries whose mis­sion in­cludes sha­ring, open-en­ded­ness and cultu­ral edu­ca­tion, that they’ll be re­pla­ced by dea­lers who have their of­fices and their fair booths. But it is pos­sible to do this job in the old-fa­shio­ned way wi­thout de­nying the eco­no­mic ne­ces­si­ties of the twen­ty-first cen­tu­ry if you have a short list of ar­tists and work with them more and more clo­se­ly. Chan­tal Crou­sel has been doing that ve­ry well for more than thir­ty-five years. There’s more to art than the art mar­ket.

La Fiac au Grand Pa­lais, Pa­ris. (Ph. M. Do­mage) Ci-des­sous/ be­low: Pe­ter Stämp­fli. Stand de la ga­le­rie Georges-Phi­lippe & Na­tha­lie Val­lois, sec­tion Art Un­li­mi­ted, Art Ba­sel 2017. The Ga­le­rie Georges-Phi­lippe & Na­tha­lie Val­lois booth in Ba­sel, 2017

Fran­çois Bois­rond. Exposition à la ga­le­rie Louis Car­ré

& Cie, 2017. Ex­hi­bi­tion at Ga­le­rie Louis Car­ré

Bog­dan Ra­ta. Exposition à la ga­le­rie Fa­ri­deh Ca­dot

Da­niel Bu­ren. « 1965-2015 ». Pho­to sou­ve­nir. Stand de la ga­le­rie Ka­mel Men­nour, The Ar­mo­ry Show, New York, 2015. (Ph. R. Fa­nel­li). At the Ar­mo­ry Show

Vue de Ga­le­ristes. 2016. (Ph. M. Men­das)

Pa­trick To­sa­ni. Ga­le­rie in si­tu fa­bienne le­clerc

Au­ré­lien Mole & Ju­lien Ti­be­ri. Stand de la ga­le­rie Se­miose, Pa­ris, Fiac 2013. (Ph. A. Mole). Se­miose booth

Moy­ra Da­vey. Ga­le­rie Crè­ve­coeur, Pa­ris

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