Pay­sages fran­çais à la BnF.

Bi­blio­thèque na­tio­nale de France, site Fran­çois-Mit­ter­rand 24 oc­tobre 2017 - 4 fé­vrier 2018

Art Press - - CONTENTS - In­ter­view de R. Ber­tho et H. Co­né­sa par É. Hatt

Mille images de plus de 160 pho­to­graphes des­sinent une his­toire de la pho­to­gra­phie de pay­sage en France de­puis l’évé­ne­ment fon­da­teur que consti­tue la mis­sion pho­to­gra­phique de la Da­tar (1984-88). Ra­phaële Ber­tho et Hé­loïse Co­né­sa as­surent le com­mis­sa­riat de Pay­sages fran­çais, une aven­ture pho­to­gra­phique, 1984-2017.

Vous étiez aus­si les com­mis­saires de Dans l’ate­lier de la mis­sion pho­to­gra­phique de la Da­tar qui s’est te­nue aux Ren­contres d’Arles cet été. Comment s’ar­ti­culent les deux ex­po­si­tions ? Ra­phaële Ber­tho Elles com­posent un dip­tyque qui tra­verse l’his­toire de la mis­sion pho­to­gra­phique de la Da­tar avec deux points de vue com­plé­men­taires. L’exposition d’Arles en­ten­dait re­mettre le pro­jet de la Da­tar dans l’onde du par­cours des pho­to­graphes. Hé­loïse Co­né­sa On in­sis­tait sur les choix ar­tis­tiques faits au mo­ment de la mis­sion et on mon­trait comment ils pou­vaient être dé­ter­mi­nants, par exemple, chez Jo­sef Kou­del­ka qui dé­couvre avec la Da­tar le for­mat pa­no­ra­mique qu’il conser­ve­ra pour ses pay­sages. À la BnF, on mon­tre­ra le rôle dé­ci­sif de la Da­tar dans l’his­toire de la pho­to­gra­phie fran­çaise, plus par­ti­cu­liè­re­ment de pay­sage, et on pré­sen­te­ra ses épi­gones, soit d’autres mis­sions na­tio­nales et des mis­sions ayant eu lieu en ré­gions, ins­ti­tu­tion­nelles ou spon­ta­nées comme, ré­cem­ment, France(s) ter­ri­toire li­quide (2011-14).

RB Ces mis­sions, no­tam­ment les ob­ser­va­toires pho­to­gra­phiques du pay­sage, tra­duisent l’as­so­cia­tion de la pho­to­gra­phie à la po­li­tique du pay­sage qui est me­née à par­tir des an­nées 1990. Cette fa­çon de sol­li­ci­ter le mé­dium pho­to­gra­phique pour sa puis­sance de ré­vé­la­tion et de dis­cours sur la ques­tion du pay­sage est spé­ci­fique à la France. Vous pro­po­sez une dé­fi­ni­tion du pay­sage pho­to­gra­phique qui pri­vi­lé­gie l’ex­pé­rience à la vi­sion. HC On se fonde no­tam­ment sur les tra­vaux de l’his­to­rien Alain Cor­bin qui a dé­ve­lop­pé l’idée d’une per­cep­tion du pay­sage po­ly­sen­so­rielle. Le pay­sage est en­vi­sa­gé comme quelque chose de beau­coup plus sen­sible. Pour beau­coup de pho­to­graphes, l’ex­pé­rience du pay­sage est aus­si celle de la marche.

RB Le texte qui ac­com­pagne la mis­sion de la Da­tar, si­gné par Ber­nard La­tar­jet et Fran­çois Hers, s’in­ti­tule « L’ex­pé­rience du pay­sage ». C’est pour la Da­tar un dé­ca­lage im­por­tant car la culture vi­suelle de l’ins­ti­tu­tion

re­pose jus­qu’alors sur la vue aé­rienne. Les deux di­rec­teurs de la mis­sion af­firment que, dans un contexte de perte des re­pères sym­bo­liques, il faut ré exa­mi­ner le ter­ri­toire de l’ in­té­rieur, le vivre, l’ex­pé­ri­men­ter. Il faut le­ver ce que Jean-Fran­çois Che­vrier ap­pelle alors le« masque du pay­sage de charme », ar­rê­ter de fonc­tion­ner avec des sté­réo­types hé­ri­tés du 19e siècle. La seule obli­ga­tion contrac­tuelle des pho­to­graphes est de res­ter, sur six mois de mis­sion, trois mois sur le ter­rain. Ce temps long doit per­mettre à leur re­gard de se dé­ca­ler pour re­nou­ve­ler la vi­sion du ter­ri­toire. La ques­tion de l’ex­pé­rience du ter­ri­toire est ini­tiée dans les an­nées 1980 mais tra­verse toute l’exposition. On passe ain­si d’une des­crip­tion à une ins­crip­tion dans les images.

HC L’ex­pé­rience du pay­sage est celle d’une forme de quo­ti­dien­ne­té. Elle fa­vo­rise une es­thé­tique du ba­nal. Dans l’exposition de la BnF, des « tables de tra­vail » fe­ront no­tam­ment ré­fé­rence aux pho­to­graphes de l’exposition amé­ri­caine New To­po­gra­phics (1975) qui, eux aus­si, pra­tiquent le pay­sage de la ba­na­li­té.

RB Cer­tains pho­to­graphes de New To­po­gra­phics, comme Le­wis Baltz, par­ti­cipent aus­si à la mis­sion de la Da­tar. Mais les en jeux sont dif­fé­rents. Pour ré­su­mer sché­ma­ti­que­ment, la pro­blé­ma­tique aux États-Unis est : « Qu’avons-nous fait de ce ter­ri­toire que nous avons connu vierge ? » Pour les Eu­ro­péens, la ques­tion est très dif­fé­rente : « Comment faire avec un ter­ri­toire pa­limp­seste d’au­tant d’époques ? »

RECONDUCTION

Il res­sort de cette exposition que le pay­sage est au­tant af­faire de temps que d’es­pace. HC La se­conde par­tie de l’exposition s’in­ti­tule « Le temps du pay­sage » et met en exergue deux tem­po­ra­li­tés : celle de l’évo­lu­tion du pay­sage, dans un rap­port sé­quen­tiel qui met en évi­dence les mu­ta­tions ur­baines et les grands tra­vaux qui rythment le pay­sage contem­po­rain, et, avec le Con­ser­va­toire du lit­to­ral, le temps im­mé­mo­rial et pa­tri­mo­nial qui est ce­lui des pay­sages su­blimes. Ces deux re­gards se su­per­posent.

RB Les ob­ser­va­toires du pay­sage pré­sentent des tem­po­ra­li­tés cy­cliques, celle des saisons, et des tem­po­ra­li­tés plus longues avec la mis­sion Trans­manche, par exemple, qui suit entre 1988 et 2005 les trans­for­ma­tions d’un ter­ri­toire au­tour du grand chan­tier du tun­nel sous la Manche. Ces tem­po­ra­li­tés très dif­fé­ren­ciées se­ront en­core ré­in­ter­ro­gées par des pro­jets comme ce­lui de Ber­trand Sto­fleth et Geof­froy Ma­thieu du GR2013. Les deux pho­to­graphes se ré­ap­pro­prient la ques­tion de l’ob­ser­va­toire et le prin­cipe de la reconduction pho­to­gra­phique – qui consiste à re­faire des pho­to­gra­phies au même en­droit et se­lon le même point de vue – pour pro­po­ser un ob­ser­va­toire qui per­mette à la fois de re­gar­der l’évo­lu­tion du ter­ri­toire et d’im­pli­quer les ha­bi­tants qui de­viennent des « adop­tants » char­gés de réa­li­ser les re­con­duc­tions pho­to­gra­phiques. Y a-t-il, der­rière ce prin­cipe très do­cu­men­taire de reconduction, une di­men­sion concep­tuelle ? HC C’est toute l’his­toire de cette exposition qui montre que la com­mande, le pro­to­cole, la mé­tho­do­lo­gie im­po­sés par le com­man­di­taire sont des contraintes qui de­viennent des dé­fis ar­tis­tiques et des es­paces de li­ber­té.

RB En outre, comme on le voit dans la troi­sième par­tie de l’exposition, « Le pay­sage comme style », ces pro­to­coles sou­vent ini­tiés par les ins­tances pu­bliques sont en­suite re­pris à leur compte, de fa­çon in­di­vi­duelle, par les pho­to­graphes. C’est ce que l’on ob­serve dans l’in­ven­taire des bel­vé­dères et points de vue de la sé­rie Pay­sages orien­tés de Ma­thieu Far­cy. En met­tant l’ac­cent sur les mis­sions pho­to­gra­phiques, n’avez-vous pas pris le risque de né­gli­ger cer­taines tra­jec­toires in­di­vi­duelles im­por­tantes pour l’his­toire du pay­sage? HC On a pri­vi­lé­gié, dans les trois pre­mières par­ties de l’exposition, l’idée d’une his­toire col­lec­tive de la pho­to­gra­phie de pay­sage. Mais cer­taines fi­gures en émergent comme Ray­mond De­par­don qui a fait la France de Ray­mond De­par­don ou en­core Thi­baut Cuis­set avec Une cam­pagne fran­çaise.

RB Il était vrai­ment im­por­tant de mettre en exergue ce re­gard col­lec­tif car il té­moigne aus­si d’une dé­marche en­ga­gée et ci­toyenne des pho­to­graphes sur ces ques­tions ter­ri­to­riales. Re­gar­der le pay­sage, c’est aus­si al­ler à la ren­contre des ha­bi­tants, échan­ger, dia­lo­guer sur les modes d’« ha­bi­ter » nos pay­sages. En ce sens, les pho­to­graphes contri­buent à des­si­ner un es­pace du com­mun, un sen­ti­ment d’ap­par­te­nance à un pays, au-de­là de ses pay­sages.

HC Beau­coup des pho­to­graphes que nous pré­sen­tons dans l’exposition, au-de­là de l’ex­pé­rience des mis­sions pho­to­gra­phiques, se sont d’ailleurs fé­dé­rés très tôt en col­lec­tifs. C’est le cas, par exemple, du Bar Flo­réal ou de Ten­dance Floue. Quand Ber­trand Meu­nier, membre de Ten­dance Floue pose la ques­tion dans sa sé­rie Je suis d’ici de ce qui nous lie à un pay­sage et à un pays, il sou­ligne aus­si dans la forme qu’il donne à son tra­vail mê­lant por­traits d’ha­bi­tants et vues pay­sa­gères à quel point le sens de la com­mu­nau­té ne peut se construire qu’à plu­sieurs, dans la mise en com­mun des sin­gu­la­ri­tés.

RÉCITS

Quelles sont les ca­rac­té­ris­tiques du pay­sage pho­to­gra­phique en France? HC Par la confron­ta­tion des re­gards de pho­to­graphes in­ter­na­tio­naux et na­tio­naux, se des­sine une école fran­çaise du pay­sage ca­rac­té­ri­sée par le rap­port à l’hu­main, une ré­flexion plus his­to­rique et la ques­tion du ré­cit. Cette der­nière est, d’une cer­taine fa­çon, la marque de la pho­to­gra­phie fran­çaise de­puis le dé­but. Elle appa- raît dans la pho­to­gra­phie de pay­sage dans les an­nées 2000.

RB L’idée d’ex­pé­rience in­clut qu’il faut être pré­sent sur le ter­ri­toire mais, dans les an­nées 1980, il existe en­core une dis­tance entre un su­jet per­ce­vant et un ob­jet per­çu. Au fur et à me­sure, avec l’émer­gence d’une concep­tion phé­no­mé­no­lo­gique du pay­sage, l’in­ves­tis­se­ment du pho­to­graphe est de plus en plus fort. Le ré­cit prend alors le pas sur le constat, le pho­to­graphe étant là pour té­moi­gner du ter­ri­toire mais dire aus­si son vé­cu.

HC La qua­trième et der­nière par­tie de l’exposition, « L’être au pay­sage », in­dique que le ré­cit, au tour­nant des an­nées 2000-10, est in­time, bio­gra­phique ou au­to­bio­gra­phique. D’où l’im­por­tance, dans cette par­tie, des tra­vaux au­tour de l’im­mi­gra­tion qui montrent comment le pay­sage est un point d’an­crage, ou va le de­ve­nir quand on vient d’ailleurs. Cette ques­tion iden­ti­taire in­fuse dans le rap­port au ré­cit pho­to­gra­phique qui est aus­si un ré­cit du ter­ri­toire et de la fa­çon dont dif­fé­rentes gé­né­ra­tions ont pu le per­ce­voir. Le pay­sage s’ouvre aus­si à la fic­tion.Vous par­lez d’« es­pace-fic­tion ». HC Cette exposition est aus­si une his­toire du rap­port à la tech­nique pho­to­gra­phique. L’usage très ré­pan­du de la chambre pho­to­gra­phique ne doit pas faire ou­blier le tour­nant nu­mé­rique et son ap­port en termes de fic­tion­na­li­sa­tion du pay­sage, par exemple, dans les tra­vaux de Thi­bault Bru­net, qui fait de la pho­to­gra­phie de pay­sage der­rière son or­di­na­teur, ou en­core chez Lio­nel Bayol-Thé­mines, qui sub­ver­tit l es codes nu­mé­riques de ses images pour ob­te­nir un pay­sage qu’il nomme post-an­thro­po­cène.

Vous pré­sen­tez un tra­vail de Cé­dric Del­saux au­tour du fait di­vers de Jean-Claude Ro­mand. Dans quelle me­sure est-on en­core dans le pay­sage? RB Le pas­sage de la des­crip­tion à l’ins­crip­tion, de l’idée que l’on est face à un élé­ment que l’on ob­serve à un élé­ment que l’on in­ves­tit, dé­place la no­tion du genre pay­sa­ger à celle du ter­ri­toire.

HC Cette his­toire du pay­sage est aus­si celle d’un re­gard qui se dé­porte vers l’ha­bi­tant, vers la fi­gure hu­maine.

RB Le genre pay­sa­ger s’ouvre, à tel point que l’on pose la ques­tion de la per­ti­nence d’une ca­té­go­rie pay­sage. Il existe au­tour de la ques­tion de l’ins­crip­tion et du ter­ri­toire une grande po­ro­si­té entre le por­trait et le pay­sage.

HC Les an­nées 2000 sont ain­si mar­quées par une in­fla­tion de dip­tyques qui, met­tant en re­la­tion un por­trait et un pay­sage, brouillent les fron­tières des genres et montrent que la ques­tion de la re­la­tion est de­ve­nue dé­ter­mi­nante.

RB Au fil des quatre dé­cen­nies que couvre l’exposition, la pho­to­gra­phie est de­ve­nue lé­gi­time. Elle n’est plus dans une re­ven­di­ca­tion de son propre mé­dium mais cherche à trou­ver la ma­nière la plus juste d’ap­pro­cher son su­jet. Ce der­nier s’est lui aus­si dé­pla­cé au fil des ans, la per­cep­tion d’un État-na­tion unique a lais­sé place à la va­lo­ri­sa­tion d’un en­semble de ter­ri­toires. Au fi­nal, le mé­dium pho­to­gra­phique et le genre du pay­sage ne semblent plus être les en­jeux de l’ex­trême contem­po­rain. Pro­pos re­cueillis par

Étienne Hatt A thou­sand pic­tures by more than 160 pho­to­gra­phers re­count the his­to­ry of land­scape pho­to­gra­phy in France since the de­fi­ning mo­ment re­pre­sen­ted by the DA­TAR, a go­vern­ment pro­ject in which pho­to­gra­phers were com­mis­sio­ned to make a pho­to­gra­phic in­ven­to­ry of the coun­try (1984-88). The ex­hi­bi­tion Pay­sages fran­çais, une aven­ture pho­to­gra­phique, 1984-2017 was cu­ra­ted by Ra­phaële Ber­tho and Hé­loïse Co­né­sa , in­ter­vie­wed for this ar­ticle. ——— You were al­so the cu­ra­tors of Dans l’ate­lier de la mis­sion pho­to­gra­phique de la Da­tar, an ex­hi­bi­tion seen at the Ren­contres d’Arles pho­to fes­ti­val this past sum­mer. What’s the connec­tion bet­ween these two shows? Ra­phaële Ber­thoT­hey com­prise a dip­tych that takes us through the his­tor­ty of the Mis­sion Pho­to­gra­phique at Da­ta by pre­sen­ting two com­ple­men­ta­ry points of view. The idea of the ex­hi­bi­tion in Arles was to re­late the Da­tar pro­ject to the pho­to­gra­phers’ own ca­reers. Hé­loïse Co­né­sa In the first we em­pha­si­zed the ar­tis­tic choices made at the time of the DA­TAR pro­ject and sho­wed how de­ci­sive they were, for Jo­sef Kou­del­ka, for example, be­cause it led him to dis­co­ver the pa­no­ra­mic for­mat that he would conti­nue to use in his land­scapes. At the Bi­blio­thèque Na­tio­nale de France, we de­mons­trate the DA­TAR’s de­ci­sive role in the his­to­ry of French pho­to­gra­phy, par­ti­cu­lar­ly land­scape pho­to­gra­phy, and present its imi­ta­tors, both other na­tio­nal and re­gio­nal pro­jects and pri­vate sec­tor ini­tia­tives such as the recent France(s) ter­ri­toire li­quide (2011-14).

RB Other, si­mi­lar com­mis­sion pro­jects, es­pe­cial­ly the Ob­ser­va­toires Pho­to­gra­phiques du Pay­sage, are tes­ta­ment to the as­so­cia­tion bet­ween pho­to­gra­phy and the go­vern­ment’s po­li­cy of en­cou­ra­ging the land­scape genre, star­ting in the 1990s. This way of cal­ling on the me­dium of pho­to­gra­phy be­cause of its po­wers of re­ve­la­tion and dis­course on the ques­tion of land­scapes is spe­ci­fic to France. You of­fer a de­fi­ni­tion of land­scape pho­to­gra­phy that em­pha­sizes ex­pe­rience over just seeing. HC We es­pe­cial­ly ba­sed our ap­proach on the work of the his­to­rian Alain Cor­bin who put for­ward the idea of a mul­ti­sen­so­ry per­cep­tion of the land­scape. The land­scape is en­vi­sa­ged as a com­bi­na­tion of sen­so­ry in­puts. For ma­ny pho­to­gra­phers, the land­scape is to be ex­pe­rien­ced, which means while wal­king.

RB The mis­sion sta­te­ment for the DA­TAR pro­ject, si­gned by Ber­nard La­tar­jet and Fran­çois Hers, was en­tit­led “The Ex­pe­rience of the Land­scape.” It re­pre­sen­ted a si­gni­fi­cant shift for DA­TAR, whose ins­ti­tu­tio­nal culture had pre­vious­ly pri­vi­le­ged ae­rial views.The two pro­ject di­rec­tors ar­gued that in a context where sym­bo­lic re­fe­rence points were being lost, ter­ri­to­ries had to be li­ved in, ex­pe­rien­ced from in­side. There was a need to see beyond what Jean-Fran­çois Che­vrier cal­led “the mask of the char­ming coun- try­side” and es­cape the bonds of ni­ne­teenth-cen­tu­ry ste­reo­types. The com­mis­sion contract had on­ly one condi­tion: that the pho­to­gra­phers spend at least three months in the field du­ring their pro­ject’s six-month du­ra­tion. That re­la­ti­ve­ly leng­thy per­iod was meant to al­low them to change the way they saw things and adopt a new vi­sion of ter­ri­to­ries ra­ther than sim­ply phy­si­cal land­scapes. The ques­tion of ex­pe­rien­cing a ter­ri­to­ry arose du­ring the 1980s but runs throu­ghout our ex­hi­bi­tion. Images shift from being des­crip­tive of places to being ins­cri­bed in them.

HC In be­co­ming a way of re­cor­ding ex­pe­rience, land­scape pho­to­gra­phy has em­bra­ced for­mal quo­ti­dian-ness. It fa­vors an aes­the­tics of ba­na­li­ty. In our ex­hi­bi­tion, the “work tables” re­fer main­ly to the pho­to­gra­phers as­so­cia­ted with the 1975 Ame­ri­can ex­hi­bi­tion New To­po­gra­phics, who al­so prac­ti­ced the land­scape of ba­na­li­ty.

RB Some New To­po­gra­phics pho­to­gra­phers like Le­wis Baltz took part in the DA­TAR pro­ject, but they fa­ced a dif­ferent is­sue. To put it sche­ma­ti­cal­ly, in the U.S. the pro­blem is: What have we done with this ter­ri­to­ry we knew when it was a wil­der­ness?”The ques­tion is ve­ry dif­ferent for Eu­ro­peans: “What is to be done with a ter­ri­to­ry that is a pa­limp­sest of so ma­ny eras?”

EX­TEN­DED PHO­TO­GRA­PHY

This ex­hi­bi­tion tells us that the land­scape is as much a ques­tion of time as space. HCThe se­cond part of this show is cal­led “TheTime of the Land­scape.” It brings out two tem­po­ra­li­ties, that of the evo­lu­tion of a land­scape in a se­quen­tial re­la­tion­ship de­mons­tra­ting the ur­ban trans­for­ma­tions and large-scale construc­tion that punc­tuate the contem­po­ra­ry land­scape, and, with the Con­ser­va­toire du lit­to­ral (a na­tio­nal pu­blic agen­cy that ac­quires shore spaces), our he­ri­tage of im­me­mo­rial su­blime land­scapes. These two vi­sions are su­per­im­po­sed. RBThe “land­scape ob­ser­va­to­ries” present cy­cli­cal tem­po­ra­li­ties such as the sea­sons and lon­ger-term time frames.TheT­rans­manche pro­ject of 1988-2005, for example, re­cor­ded the trans­for­ma­tion of the ter­ri­to­ries around the construc­tion of the tun­nel un­der the En­glish Chan­nel. These high­ly dif­fe­ren­tia­ted ter­ri­to­ries were la­ter re­vi­si­ted and re-in­ter­ro­ga­ted by people like Ber­trand Sto­fleth and Geof­froy Ma­thieu of the GR2013 pro­ject. These two pho­to­gra­phers reap­pro­pria­ted the idea of the ob­ser­va­to­ry and the concept of ex­ten­ded pho-

to­gra­phy (ta­king pho­tos of the same place from the same view­point over a long ti­me­frame) to construct an ob­ser­va­to­ry that both al­lows us to see the changes a ter­ri­to­ry un­der­goes and in­volves lo­cal “adop­ters” who take charge of ta­king these pho­tos over time. Is there a concep­tual di­men­sion to this high­ly do­cu­men­ta­ry idea of ex­ten­ded pho­to­gra­phy? HCThe whole point of this ex­hi­bi­tion is to show how the pro­to­col and me­thod im­po­sed by a com­mis­sion are constraints that be­come ar­tis­tic chal­lenges and spaces of free­dom.

RB Fur­ther, as seen in the third seg­ment of this show, “Land­scape as Style,” these pro­to­cols of­ten ini­tia­ted by pu­blic agen­cies are then in­di­vi­dual­ly and free­ly adop­ted by prac­ti­tio­ners. That be­comes clear in the in­ven­to­ry of bel­ve­deres and out­looks in the se­ries Pay­sages orien­tés (Gui­ded land­scapes) by Ma­thieu Far­cy. In em­pha­si­zing pho­to­gra­phy pro­jects, ha­ven’t you ris­ked ne­glec­ting in­di­vi­dual tra­jec­to­ries that have played such an im­por­tant role in the his­to­ry of land­scape pho­to­gra­phy? HCThe show’s first three seg­ments high­light the col­lec­tive his­to­ry of land­scape pho­to­gra­phy. Still, there emerge cer­tain fi­gures like Ray­mond De­par­don, with his book La France de Ray­mond De­par­don, and Thi­baut Cuis­set’s coun­try­side views in Une cam­pagne fran­çaise. RBWe felt it was im­por­tant to call at­ten­tion to this col­lec­tive vi­sion be­cause it is al­so tes­ta­ment to a self-concep­tion of pho­to­gra­phers as en­ga­ged ci­ti­zens. Seeing it as land­scape means mee­ting its in­ha­bi­tants, ex­chan­ging ideas and en­te­ring in­to a dia­logue with them about how we in­ha­bit our land- scapes. In this sense pho­to­gra­phers contri­bute to the construc­tion of a com­mon space, a fee­ling of be­lon­ging to a coun­try that goes beyond its land­scapes.

HC One thing ma­ny of the pho­to­gra­phers in our ex­hi­bi­tion have in com­mon, in ad­di­tion to their par­ti­ci­pa­tion in a go­vern­ment-spon­so­red pho­to­gra­phic pro­ject, is that they or­ga­ni­zed them­selves col­lec­ti­ve­ly star­ting from ear­ly on. Take, for example, the Bar Flo­réal and Ten­dance Floue groups. WhenTen­dance Floue mem­ber Ber­trand Meu­nier, in his se­ries Je suis d’ici (I’m from here), as­ked what connects us to a land­scape and a coun­try, he un­der­li­ned that point in for­mal terms as well by mixing land­scape views and por­traits of in­ha­bi­tants, brin­ging out the fact that a sense of com­mu­ni­ty can on­ly be construc­ted by ma­ny people who come to rea­lize what their sin­gu­la­ri­ties have in com­mon.

NAR­RA­TIVES

What are the spe­ci­fic cha­rac­te­ris­tics of French land­scape pho­to­gra­phy? HC When you com­pare the vi­sion of in­ter­na­tio­nal and French pho­to­gra­phers, you can dis­cern a French school of land­scape pho­to­gra­phy cha­rac­te­ri­zed by a cer­tain hu­ma­nism, a more his­to­ri­cal sense and a nar­ra­tive ap­proach. In a way the lat­ter has been the hall­mark of French pho­to­gra­phy ever since the be­gin­ning. It ap­pea­red in land­scape pho­to­gra­phy in the first de­cade of this cen­tu­ry. RBThe idea of land­scape as ex­pe­rience im­plies the pho­to­gra­pher’s pre­sence in the land­scape, but du­ring the 1980s there was still a concep­tual dis­tance bet­ween the per­cei­ving sub­ject and per­cei­ved ob­ject. Gra­dual­ly, with the emer­gence of a phe­no­me­no­lo­gi­cal no­tion of land­scape, the pho­to­gra- pher’s in­vest­ment be­came in­crea­sin­gly im­por­tant. Nar­ra­tives took over from re­ports as pho­to­gra­phy be­came a way to bear wit­ness not on­ly to a phy­si­cal ter­ri­to­ry but al­so to people’s ex­pe­rience of it. HCThe ex­hi­bi­tion’s fourth and last seg­ment, “Being in the land­scape,” shows that du­ring the cen­tu­ry’s first de­cade land­scape nar­ra­tives were per­so­nal, ei­ther bio­gra­phi­cal or au­to­bio­gra­phi­cal.That’s why this seg­ment gives im­por­tance to work on the ques­tion of im­mi­gra­tion that brings out just how much we are an­cho­red in land­scapes, ei­ther those of our birth or those we adopt if we come from el­sew­here. This ques­tion of iden­ti­ty in­fuses pho­to­gra­phic nar­ra­tives that are al­so nar­ra­tives about ter­ri­to­ries and the way they were per­cei­ved by dif­ferent ge­ne­ra­tions. Land­scapes can be a form of fic­tion. You re­fer to “fic­tio­nal spaces.” HC This show is al­so about the his­to­ry of pho­to­gra­phers’ re­la­tion­ship to the tech­no­lo­gi­cal as­pects of the me­dium. The ve­ry wi­des­pread use of view ca­me­ras should not over­sha­dow the di­gi­tal turn in pho­to­gra­phy and its contri­bu­tion to the fic­tio­na­li­za­tion of land­scapes, as, for example, in the work ofT­hi­bault Bru­net, who makes land­scape pho­tos sit­ting at his com­pu­ter, and Lio­nel Bayol-Thé­mines, who sub­verts the di­gi­tal codes in his images to ob­tain land­scapes of what he calls the post-An­thro­po­cene. You show the work of Cé­dric Del­saux about the much me­dia­ti­zed cri­mi­nal case of a man in ru­ral France who mur­de­red his en­tire fa­mi­ly. How much is this still land­scape pho­to­gra­phy? RB The pas­sage from des­crip­tion to ins­crip­tion, from ob­ser­va­tion to be­co­ming in­ves­ted, shifts the ques- tion from how we conceive land­scape pho­to­gra­phy as a genre to how we conceive a ter­ri­to­ry.

HC This his­to­ry of genre is al­so a his­to­ry of how our vi­sion has tur­ned to­ward the in­ha­bi­tant, the hu­man fi­gure. RBThe genre of land­scape pho­to­gra­phy has be­come so open-en­ded that we can right­ful­ly won­der about its re­le­vance as a ca­te­go­ry. When it comes to ins­crip­tion wi­thin a ter­ri­to­ry, there is a lot of po­ro­si­ty bet­ween por­trai­ture and land­scape. HCThe 2000s were al­so mar­ked by an in­fla­tion of dip­tychs mat­ching a por­trait and a land­scape, blur­ring the boun­da­ries bet­ween these genres and sho­wing the re­la­tion­ship bet­ween the two has be­come the de­ter­mi­nate ques­tion.

RB Over the course of the four de­cades co­ve­red in this ex­hi­bi­tion, pho­to­gra­phy has come to be consi­de­red le­gi­ti­mate. It no lon­ger needs to de­fend it­self as a me­dium; ins­tead, it’s sear­ching for the best way to ap­proach its sub­ject. The sub­ject of land­scape pho­to­gra­phy it­self has shif­ted over the years in that the per­cep­tion of a unique na­tion-state has gi­ven way to the va­lo­ri­za­tion of an en­semble of ter­ri­to­ries. Nei­ther pho­to­gra­phy as a me­dium nor land­scape as a genre is such a contro­ver­sial is­sue any­more. In­ter­view by Étienne Hatt

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Ci-contre / right: Anne Im­me­lé. Sé­rie «Les an­ti­chambres ». Ma­rie, Mul­house. 2005. 50 x 50 cm. Fa­çade, quar­tier Bar­ba­nègre, Mul­house. 2007. 80x 80 cm. Ci-des­sous/ be­low: Tom Dra­hos. Sé­rie « Ban­lieue pa­ri­sienne, les es­paces pé­ri­ur­bains de la ré­gion pa­ri­sienne ». Che­vreuse (Seine-et-Oise). 1986. Mis­sion pho­to­gra­phique de la DA­TAR. (BnF, Es­tampes et pho­to­gra­phie)

Lio­nel Bayol-Thé­mines. « Silent Mu­ta­tion (Post An­thro­po­cene) Low Land ». 2014. 80 x60 cm.

Geof­froy Ma­thieu et Ber­trand Sto­fleth.

Sé­rie « Pay­sages usa­gés ». Ob­ser­va­toire pho­to­gra­phique du pay­sage de­puis le GR2013. 2012-2022. Che­min des flâ­neurs, Aix-en-Pro­vence, 15h20, 17 oc­tobre 2012 et Che­min des flâ­neurs, Aix-en-Pro­vence, 16h15, 9 juin 2017. (Co­pro­duc­tion : Mar­seille Pro­vence 2013, Ca­pi­tale eu­ro­péenne de la culture, et Centre na­tio­nal des arts plas­tiques, com­mande pu­blique du mi­nis­tère de la Culture et de la Com­mu­ni­ca­tion.

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