Mi­lo Rau

Art Press - - CONTENTS - Bas­tien Gal­let

Mi­lo Rau est dou­ble­ment pré­sent cet au­tomne: par la créa­tion fran­çaise de Com­pas­sion. L’his­toire de la mi­traillette à la Villette, dans le cadre du Fes­ti­val d’au­tomne, et par la re­trans­mis­sion au théâtre des Aman­diers, à Nan­terre, de Ge­ne­ral As­sem­bly, qui réuni­ra à la Schaubühne, à Ber­lin, cent vingt dé­lé­gués ve­nus du monde en­tier re­pré­sen­ter celles et ceux (hu­mains et non-hu­mains) que per­sonne ne re­pré­sente. Un théâtre où la représentation est à la fois un pro­blème et un moyen.

CINQ PIÈCES FA­CILES

Sept enfants âgés de 8 à 13 ans ra­content la vie de Marc Du­troux, de­puis la nais­sance de son père au Con­go belge jus­qu’à son ar­res­ta­tion par la po­lice après vingt ans de sé­ques­tra­tions, de viols et d’as­sas­si­nats. Des enfants met­tant en scène un tueur d’enfants : tel est l’en­jeu de Five Ea­sy Pieces, la pièce que Mi­lo Rau a créée au Kuns­ten­fes­ti­val­de­sarts de Bruxelles le 14 mai 2016. Le titre re­prend ce­lui de cinq pièces qu’Igor Stra­vins­ky ima­gi­na pour des enfants pia­nistes, une ma­nière de sou­li­gner la di­men­sion pé­da­go­gique du pro­jet. Five Ea­sy Pieces est une école au moins au­tant qu’elle est une pièce de théâtre. Un adulte pré­sent sur le pla­teau joue le rôle de met­teur en scène. Il at­tri­bue les rôles, place les ac­teurs, leur dit ce qu’ils doivent dire et faire. Mé­dia­teur, il re­pré­sente aus­si le point aveugle du dis­po­si­tif, ce­lui que per­sonne n’in­carne, mais qui est à l’ho­ri­zon de chaque scène : Marc Du­troux lui-même. Ce que Mi­lo Rau in­ter­roge par ce dis­po­si­tif, ce n’est pas seule­ment la sub­ju­ga­tion des enfants par le pé­do­phile, c’est aus­si le théâtre comme en­tre­prise de fa­çon­nage des ac­teurs. Im­pos­sible de faire jouer des enfants sans mon­trer le pro­cès de cette sub­ju­ga­tion douce : l’in­fra­struc­ture sub­jec­tive et so­cio-po­li­tique de la représentation théâ­trale. Quand ils doivent in­car­ner des adultes – pa­rents aux­quels on vient an­non­cer la mort de l’en­fant, ma­gis­trats et po­li­ciers re­cons­ti­tuant une scène de crime ou of­fi­ciels scel­lant le sort d’une co­lo­nie soixan­te­cinq fois plus vaste que le pays qui l’a co­lo­ni­sée –, au-des­sus d’eux, sur un écran, des adultes jouent la même scène. Les enfants imitent des imi­ta­teurs. Le dis­po­si­tif mis en place par Mi­lo Rau a une double fonc­tion : créer entre les enfants et l’ob­jet de la représentation la bonne dis­tance, celle qui rend pos­sible l’in­car­na­tion, et, dans le même temps, dé­crire ce qu’il a fal­lu mettre en oeuvre pour leur per­mettre de s’en ap­pro­cher au plus près. Aux deux tiers de la pièce, l’ac­teur met­teur en scène de­mande à la plus jeune de lire la der­nière lettre qu’une des vic­times de Du­troux a écrite à sa mère : elle s’as­sied en tailleur sur un ma­te­las po­sé à même le sol, ôte en hé­si­tant son maillot de corps et lit. Cette scène est aus­si belle qu’ef­frayante. On y voit une en­fant de l’âge de la vic­time trans­for­mer en théâtre ce qui, pour les spec­ta­teurs, n’était, une heure plus tôt, qu’un odieux fait di­vers. Le fait

qu’elle ne maî­trise pas com­plè­te­ment les en­jeux de ce qu’elle joue ajoute à la puis­sance de la scène. À tra­vers elle, c’est tout un pu­blic qui se re­trouve sou­dain ca­pable d’éprou­ver autre chose que des sen­ti­ments d’hor­reur et de co­lère. Five Ea­sy Pieces est aus­si, pro­fon­dé­ment, une école des émo­tions. Qu’une en­fant soit ca­pable de re­jouer cette scène sans qu’il n’y ait là rien d’obs­cène per­met aux spec­ta­teurs d’y trou­ver un sens jus­que­là in­ac­ces­sible. Le théâtre comme en­tre­prise de ré­ap­pro­pria­tion col­lec­tive des évé­ne­ments: ain­si pour­rait-on dé­fi­nir le tra­vail de Mi­lo Rau.

THÉÂTRE DE LA REPRÉSENTATION

Son théâtre dé­passe l’op­po­si­tion mo­derne entre pré­sen­ta­tion et représentation, entre ceux qui ne voient sur scène que des corps exer­çant ( ou pas) leur puis­sance de par­ler et de se mou­voir, et ceux qui per­sistent à y en­tendre aus­si des per­son­nages, une his­toire, des mythes : entre le théâtre du drame et ce­lui qui a re­non­cé aux fables. En un sens, Mi­lo Rau est du cô­té de la représentation. Dans cha­cune de ses pièces, il s’agit de re-pré­sen­ter, c’est-à-dire de re­jouer et de re­cons­ti­tuer des mo­ments d’his­toire, des vies, des faits di­vers, des pro­cès: de Ceaușes­cu à An­ders Brei­vik, du gé­no­cide rwan­dais à de jeunes dji­ha­distes belges, des pro­cès de Mos­cou au film Tri­bu­nal sur le Con­go, c’est tou­jours au réel qu’il se confronte, mais pas n’im­porte le­quel, ce­lui qu’on a le plus de mal à la fois à dire et à ac­cep­ter. Re­pré­sen­ter n’est alors plus une évi­dence mais un pro­blème. Comment, et pour­quoi, mon­trer ce que per­sonne ne vou­drait re­voir ni re­vivre ? Comment, et pour­quoi, faire jouer par des enfants la vie de Marc Du­troux ou faire lire par une ac­trice la plai­doi­rie qu’An­ders Brei­vik pro­non­ça de­vant le tri­bu­nal d’Os­lo ? On l’a vu avec Five Ea­sy Pieces, re­pré­sen­ter per­met deux chose: com­prendre et éprou­ver. Com­prendre l’(ap­pa­rem­ment) in­com­pré­hen­sible et com­pa­tir, au­tre­ment dit par­ta­ger, avec ceux qui re­jouent, une part des sen­ti­ments que le fait de re­jouer l’évé­ne­ment leur fait éprou­ver. Re­pré­sen­ter per­met de s’ap­pro­prier. Mais ce­la n’est pos­sible que s’il y a, entre ce qui est re­pré­sen­té et qui le re­pré­sente, une proxi­mi­té ou une re­la­tion qui soit apte à per­mettre un rap­port d’iden­ti­fi­ca­tion. Il faut des enfants pour jouer la vie de Marc Du­troux. Eux seuls sont ca­pables de construire la bonne dis­tance : ni trop près ni trop loin. Pas de représentation qui n’af­fecte di­rec­te­ment et sen­si­ble­ment les corps qui, sur scène, la prennent en charge. C’est ce­la que Mi­lo Rau met en scène : l’ef­fet de la représentation sur ceux et celles pré­sents pour qu’elle ait lieu, sur le pla­teau et dans la salle. Ce n’est là qu’une ma­nière de tra­vailler le pro­ces­sus de la représentation. Il en est bien d’autres. Dans Tri­bu­nal sur le Con­go (2015), Mi­lo Rau convo­quait jour­na­listes, in­tel­lec­tuels, re­pré­sen­tants po­li­tiques du gou­ver­ne­ment et de l’op­po­si­tion, membres d’or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales et d’entreprises mul­ti­na­tio­nales, afin de les in­ter­ro­ger sur le conflit qui mine le Con­go de­puis plus de vingt ans et d’éta­blir les res­pon­sa­bi­li­tés des uns et des autres, le tri­bu­nal de­vant, au terme du pro­cès, rendre un ver­dict. Re­pré­sen­ter pre­nait dans ce cas la forme d’une en­quête pu­blique : re­cueillir les té­moi­gnages des par­ties pre­nantes, dés­in­tri­quer les fils mul­tiples d’une si­tua­tion com­plexe, dé­ter­mi­ner les rôles de cha­cun et faire des re­com­man­da­tions.

EM­PIRE VS AS­SEM­BLÉES

C’est cette forme de théâtre que Mi­lo Rau met­tra à nou­veau en scène avec Ge­ne­ral As­sem­bly à la Schaubühne de Ber­lin, pro­jet dont l’am­bi­tion est de construire, non loin du Par­le­ment al­le­mand fraî­che­ment élu, une as­sem­blée al­ter­na­tive où se­ront re­pré­sen­tés tous ceux qui sont af­fec­tés par la po­li­tique me­née dans le pays, mais qui ne sont ja­mais ni in­ter­ro­gés ni en­ten­dus : « ré­fu­giés, enfants, tra­vailleurs fron­ta­liers, vic­times de guerre, tra­vailleurs dans les usines de tex­tile et les mines du monde en­tier, pe­tits pay­sans, vic­times d’un éco­cide à ve­nir, mers, at­mo­sphère, ani­maux et fo­rêts ». D’un cô­té, l’as­sem­blée et le tri­bu­nal, un théâtre de l’en­quête et du ju­ge­ment ; de l’autre, le ré­cit de vies dans le monde d’au­jourd’hui. Dans Em­pire, troi­sième vo­let de la tri­lo­gie que Mi­lo Rau a consa­crée à l’Eu­rope, quatre ac­teurs se ra­content : un Kurde, un Sy­rien, une Rou­maine et un Grec. Ils se re­pré­sentent eux­mêmes. Quand l’un d’eux a fi­ni de par­ler, il passe der­rière la ca­mé­ra pour fil­mer ce­lui ou celle qui pren­dra la pa­role après lui. La représentation les dé­double et les aide à trou­ver la bonne dis­tance, entre la pré­ci­sion des faits et les émo­tions qu’éprouve ce­lui qui les ra­conte. Se des­sine alors, dans le contre­point des quatre voix, un por­trait en creux, com­plexe et ou­vert de l’Eu­rope d’au­jourd’hui. Il s’agit de per­mettre à des spec­ta­teurs de croi­ser des vies sin­gu­lières, qui, le temps d’une pièce, dé­bor­de­ront un peu sur les leurs.

Bas­tien Gal­let Écri­vain et phi­lo­sophe. Bas­tien Gal­let en­seigne à la Haute école des arts du Rhin. Mi­lo Rau is ha­ving a dou­ble­bar­rel im­pact in Pa­ris this fall with the French première of his play Com­pas­sion: The His­to­ry of the Ma­chine Gun at La Villette as part of the Fes­ti­val d’Au­tomne and the re­trans­mis­sion shown at the Théâtre des Aman­diers in Nan­terre of Ge­ne­ral As­sem­bly, his piece per­for­med at the Schaubühne in Ber­lin brin­ging to­ge­ther 120 de­le­gates from all over the world to re­present those (hu­mans and non-hu­mans) no one re­pre­sents. In Rau’s thea­tri­cal work, re­pre­sen­ta­tion is both a pro­blem and a means to an end.

FIVE EA­SY PIECES

Se­ven children aged eight through thir­teen re­count the life sto­ry of Marc Du­troux, from the birth of his fa­ther in the Con­go through his ar­rest by the po­lice af­ter twen­ty years of kid­nap­pings, rape and mur­der. Children dra­ma­ti­zing the life of a child killer—that’s what we get with Five Ea­sy Pieces, the play Mi­lo Rau de­bu­ted at the Brus­sels Kuns­ten­fes­ti­val­de­sarts on May 14, 2016. The title is bor­ro­wed from a suite writ­ten by Igor Stra­vins­ky for child pia­nists, a way to high­light the pro­ject’s pe­da­go­gic di­men­sion. Five Ea­sy Pieces is at least as much a school as it is a play. An adult ons­tage plays the role of the di­rec­tor. He casts ac­tors, di­rects their mo­ve­ments and tells them what to say and do. But he is not on­ly a me­dia­tor. He al­so re­pre­sents the play’s blind spot, a cha­rac­ter no one plays but ho­ve­ring above eve­ry scene: Marc Du­troux. This me­cha­nism al­lows Rau to in­ter­ro­gate not on­ly the sub­ju­ga­tion of children by a pe­do­phile but al­so thea­ter it­self as a me­cha­nism for the groo­ming of ac­tors. It’s im­pos­sible to have children act wi­thout sho­wing this pro­cess of subtle sub­ju­ga­tion—the sub­jec­tive and so­cio­po­li­ti­cal in­fra­struc­ture of thea­tri­cal re­pre­sen­ta­tion. When the children play adults (pa­rents who have just been in­for­med of the death of their children, judges and po­lice re­cons­ti­tu­ting a crime scene and go­vern­ment of­fi­cials sea­ling the fate of a co­lo­ny six­ty­five times big­ger than the coun­try that co­lo­ni­zed it), above them, on a screen, adults per­form the same scene. The children imi­tate imi­ta­tors. Rau’s me­cha­nism here serves a two­fold func­tion, on the one hand construc­ting the right amount of dis­tan­cing bet­ween the children and the ob­ject of the re­pre­sen­ta­tion, and the­re­by ma­king per­so­ni­fi­ca­tion pos­sible, and on the other des­cri­bing what had to be done to let them get as close to that per­so­ni­fi­ca­tion as pos­sible. Two thirds of the way in­to the per­for­mance, the ac­tor playing the di­rec­tor asks the youn­gest child to read the last let­ter one of Du­troux’s vic­tims wrote to her mo­ther. Sit­ting cross-leg­ged on a mat­tress on the floor, she he­si­ta­tin­gly pulls off her ca­mi­sole and reads. The scene is as ter­ri­fying as it is beau­ti­ful. We see a child the same age as the vic­tim sta­ging—trans­for­ming in­to thea­ter—so­me­thing that un­til that eve­ning, for the au­dience, was just a re­vol­ting crime sto­ry in the news. The fact that she can’t com­ple­te­ly un­ders­tand what’s in­vol­ved in what she is ac­ting makes the scene all the more po­wer­ful. Through her the au­dience sud­den­ly finds it­self able to feel so­me­thing other than hor­ror and rage. Five Ea­sy Pieces is al­so, pro­found­ly, a school for the emo­tions. The fact that children can re­create that mo­ment wi­thout the sligh­test obs­ce­ni­ty al­lows the au­dience to dis­co­ver a pre­vious­ly in­ac­ces­sible mea­ning. Thea­ter as an en­dea­vor to col­lec­ti­ve­ly reap­pro­priate events—this could be the de­fi­ni­tion of Rau’s work.

THEA­TER OF RE­PRE­SEN­TA­TION

Rau’s thea­ter goes beyond the mo­dern bi­na­ry bet­ween pre­sen­ta­tion and re­pre­sen­ta­tion, bet­ween those who see no­thing ons­tage but bo­dies exer­ci­sing (or not) their po­wers of spea­king and mo­ving, and those who per­sist in un­ders­tan­ding thea­ter as al­so a ques­tion of per­so­na, sto­ries and myths—bet­ween the thea­ter of dra­ma and the thea­ter that re­nounces fables. In one sense, Rau is on the side of re­pre­sen­ta­tion. Eve­ry one of his plays is a re-pre­sen­ta­tion, i.e. a re­sta­ging and re­cons­ti­tu­tion of his­to­ric mo­ments, lives, news items and trials, from Ni­co­lae and Ele­na Ceau­ses­cu to An­ders Brei­vik, from the ge­no­cide in Rwan­da to young Bel­gian ji­ha­dis, from the Mos­cow Trials to the film The Con­go Tri­bu­nal. His plays al­ways confront rea­li­ty, not just any rea­li­ty but that which it is most dif­fi­cult to talk about and ac­cept.Thus re­pre­sen­ta­tion is no lon­ger ob­vious; it’s a pro­blem. How, and why, have children sta­ged the life of Du­troux, or has a fe­male ac­tor read An­ders Brei­vik’s de­fense speech at his trial in Os­lo? As we’ve seen with Five Ea­sy Pieces, re­pre­sen­ta­tion makes two things pos­sible, un­ders­tan­ding and fee­ling. Un­ders­tan­ding the (ap­pa­rent­ly) in­com­pre­hen­sible, or, in other words, sha­ring with the ac­tors some of the fee­lings that ree­nac­ting the event makes them feel. Re­pre­sen­ta­tion makes reap-

pro­pria­tion pos­sible. But that’s on­ly pos­sible if bet­ween what is re­pre­sen­ted and what re­pre­sents it there is a proxi­mi­ty or other re­la­tion­ship that can al­low an iden­ti­fi­ca­tion bet­ween them. In short, on­ly children can play the life of Du­troux. On­ly they can construct the right amount of dis­tan­cing, nei­ther too close nor too far. There is no re­pre­sen­ta­tion that does not di­rect­ly and pal­pa­bly af­fect the bo­dies re­pre­sen­ting it ons­tage. That’s what Rau en­acts: the ef­fect of re­pre­sen­ta­tion on those whose pre­sence, ons­tage and in the au­dience, al­lows it to take place.

EM­PIRE VER­SUS ASSEMBLIES

He has more than one way to ap­proach the pro­cess of re­pre­sen­ta­tion. In The Con­go Tri­bu­nal (2015), Rau in­vi­ted jour­na­lists, in­tel­lec­tuals, re­pre­sen­ta­tives of go­vern­ments and mem­bers of the po­li­ti­cal op­po­si­tion, in­ter­na­tio­nal or­ga­ni­za­tions and mul­ti­na­tio­nal com­pa­nies so that they could be ques­tio­ned about the conflict that has ra­va­ged the De­mo­cra­tic Re­pu­blic of the Con­go for more than twen­ty years and as­cer­tain re­spon- si­bi­li­ties. At the end of the trial the tri­bu­nal was to ren­der a ver­dict. In this case the re­pre­sen­ta­tion took the form of a pu­blic in­qui­ry, with the ga­the­ring of eye­wit­ness ac­counts from the va­rious ac­tors, the un­tan­gling of the ma­ny threads in a com­plex si­tua­tion, the de­ter­mi­na­tion of the roles played by all those in­vol­ved and, fi­nal­ly, re­com­men­da­tions. Rau re­vi­si­ted this same thea­tri­cal form for his Ge­ne­ral As­sem­bly at the Schaubühne in Ber­lin, a pro­ject whose aim is to ga­ther to­ge­ther, in a ve­nue not far from the fre­sh­ly elec­ted Ger­man par­lia­ment, an al­ter­na­tive as­sem­bly of re­pre­sen­ta­tives of all those af­fec­ted by the po­li­cies car­ried out by his coun­try but ne­ver before ques­tio­ned or heard: “re­fu­gees, children, cross­bor­der wor­kers, war vic­tims, wor­kers in garment fac­to­ries and mines around the world, small far­mers and the vic­tims of the co­ming eco­cide: the at­mos­phere, sea, ani­mals and fo­rests.” On the one hand, an as­sem­bly and a tri­bu­nal, a thea­ter of in­qui­ry and judg­ment, and on the other, ac­counts of lives in to­day’s world. In Em­pire, the third part of Rau’s tri­lo­gy about Eu­rope, four ac­tors tell each other their sto­ries, a Kurd, a Sy­rian, a Ro­ma­nian and a Greek. They re­present them­selves. When one fi­nishes spea­king, they step be­hind the ca­me­ra to film whoe­ver speaks next. This re­pre­sen­ta­tion gives each a double di­men­sion and helps them find the right dis­tance bet­ween an ex­pla­na­tion of the facts and the emo­tions felt by the spea­ker re­coun­ting them. Lit­tle by lit­tle, from this fugue for four voices there emerges a coun­ter-relief por­trait of Eu­rope to­day. The point is not to judge but to al­low the au­dience to en­coun­ter sin­gu­lar lives that, for the du­ra­tion of a play, spill out a bit in­to their own.

Bas­tien Gal­let Trans­la­tion, L-S Tor­goff

« Com­pas­sion. L’his­toire de la mi­traillette ». La Villette, Pa­ris, 2017 (© Da­niel Seif­fert) “Com­pas­sion. The His­to­ry of the Ma­chine Gun”

Bas­tien Gal­let is a wri­ter and phi­lo­so­pher. He teaches at the Haute École des Arts du Rhin. Mi­lo Rau Né à / born Berne en/ in 1977 Vit à / lives in Co­logne Met­teur en scène, jour­na­liste et écri­vain 2007 Fon­da­tion de l’In­ter­na­tio­nal Ins­ti­tute of Po­li­ti­cal Mur­der, so­cié­té avec la­quelle il pro­duit ses spec­tacles 2016 Em­pire, Five Ea­sy Pieces, théâtre des Aman­diers, Nan­terre 2017 Com­pas­sion. L’his­toire de la mi­traillette, Fes­ti­val d’Au­tomne, La Villette, Pa­ris

De haut en bas / from top:

« Em­pire ». Théâtre des Aman­diers, Nan­terre, 2017. (Ph. Marc Ste­phan)

« Five Ea­sy Pieces ». Théâtre des Aman­diers, Nan­terre, 2017. (Ph. Phil Des­prez)

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