Drague : chauffe, Marcelle !

Causette - - SOMMAIRE -

Qu’elle ne fut pas notre sur­prise d’ap­prendre, grâce à la Une du Fi­ga­ro Ma­ga­zine du 23 fé­vrier, que la drague était dé­sor­mais in­ter­dite en France. Si si ! Au même titre que le ta­bac, l’al­cool, le sucre et la vi­tesse. Pre­mière étape, le choc : com­ment a-t-on été fou­tu·es de pas­ser à cô­té d’une sé­rie de lois li­ber­ti­cides dignes d’un mau­vais scé­nar de scien­ce­fic­tion – on dor­mait, ou quoi ? Deuxième étape, la tris­tesse : fi­ni le pe­tit verre de sy­rah à table, la pau­se­clope, les Ma­gnum double cho­co­lat, la ba­gnole qui fend la bise, fi­ni le flirt sous peine d’être in­ter­pel­lé·e illi­co par les forces de l’ordre. Alors, uti­li­ser le bon vieux pré­texte du « t’as du feu » pour in­vi­ter quel­qu’un à boire un verre, c’est case pri­son di­recte, c’est ça ? La vie vaut-elle en­core d’être vé­cue ?! Troi­sième étape : ah, mais nooonnn !, ils ont (en­core) confon­du drague et har­cè­le­ment.

Al­lez, ré­pé­tez après moi : dra­guer n’est pas har­ce­ler. Har­ce­ler n’est pas dra­guer. Pre­nons un exemple : te­nir la porte à une femme, est-ce du har­cè­le­ment ? Non – sauf si vous te­nez la porte avec votre pé­nis. Et rac­com­pa­gner une femme chez elle, est-ce in­ter­dit ? Non – sauf, bien sûr, s’il s’agit d’une fi­la­ture. Pro­po­ser à une femme d’al­ler boire un verre, est-ce illé­gal ? Non – à condi­tion que ce ne soit pas la tren­tième fois que vous le lui de­man­dez (ça suf­fit main­te­nant Jean-Louis, j’ai dit non). Une der­nière : prendre l’as­cen­seur avec une femme peut-il vous conduire en pri­son ? Non – à condi­tion que vous par­ve­niez à ne pas l’agres­ser. Fa­ti­guées de toutes ces confu­sions, nous, on se prend à rê­ver à un monde dans le­quel, pre­miè­re­ment, le Fi­ga­ro Ma­ga­zine fe­rait des Unes moins bêtes ; ­deuxiè­me­ment, on n’au­rait plus be­soin de ré­pé­ter douze fois par jour ce que vous ve­nez de lire ; troi­siè­me­ment, les femmes se sen­ti­raient libres de prendre en main leur dé­sir et de cour­ti­ser en toute tran­quilli­té – sans har­ce­ler bien en­ten­du, mais sur­tout sans peur du ju­ge­ment et même, j’ose, sans peur du râ­teau. Peut-être que ce sont les dra­gueuses qui, en dé­cloi­son­nant les rôles tra­di­tion­nels (il sé­duit/elle se laisse sé­duire), trans­for­me­ront le ba­di­nage en un art noble, joyeux et mo­derne. Moins de « dis ca­mion », plus de sé­duc­tion.

CLA­RENCE ED­GARD-RO­SA

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.