AVEC SAR­KO, C'ÉTAIT DU SÉ­RIEUX!

Causeur - - L'éditorial D'élisabeth Lévy -

Alors que je ru­mi­nais sur la énième en­quête ré­vé­lant le ni­veau dé­sas­treux des connais­sances de base des élèves fran­çais et que j’en­vi­sa­geais d’y consa­crer un énième édi­to­rial ven­geur, j’ai réa­li­sé que j’al­lais lais­ser pas­ser l’une des der­nières oc­ca­sions de par­ler de Ni­co­las Sar­ko­zy. Comme si moi, la France, j’al­lais me sé­pa­rer comme ça d’un homme avec le­quel j’ai une his­toire tu­mul­tueuse de­puis plus de dix ans. Vous sa­vez comment on est, nous les filles on aime mettre des mots, sou­vent jus­qu’à l’épui­se­ment, sur le pas­sé : qu’estce qui n’a pas mar­ché et qui est res­pon­sable et qu’estce qu’on au­rait pu faire mieux ? D’ailleurs, jus­qu’au der­nier mo­ment, j’ai hé­si­té à lui don­ner une se­conde chance à mon Sar­ko. Je sais, c’est idiot, après tous les tours pen­dables qu’il m’a joués, mais j’ai gar­dé une ten­dresse cou­pable pour ce type pas très dis­tin­gué qui me dra­guait à la hus­sarde et ne me par­lait pas comme si j’étais une por­ce­laine chi­noise. Il me di­sait que j’étais une belle fille, qu’il al­lait me protéger, que per­sonne ne m’obli­ge­rait à chan­ger, d’ailleurs que les mi­ni­jupes et les ta­lons de douze, ça m’al­lait pas mal. Et puis, avec lui, je pou­vais par­ler de mes troubles d’iden­ti­té, et ça m’a fait du bien parce qu’avec ceux d’avant, il fal­lait plu­tôt faire pro­fil bas. Bien sûr, j’avais re­mar­qué que s’il m’ai­mait, sans doute, à sa fa­çon, il s’ai­mait en­core plus. Ce type qui avait l’air d’être un dur se com­por­tait par­fois comme un vrai môme qu’il fal­lait ras­su­rer : mais oui tu es beau, mais oui on t’aime. Et si par mal­heur on lui fai­sait une re­marque sur un truc pas ter­rible qu’il avait fait ou dit, alors là c’était le ca­price, la grosse co­lère. Bref, il fal­lait jouer les mères câ­lines, mais le ma­ter­nage, avec les hommes, c’est pas trop mon truc. Par mo­ments, j’avais en­vie de le se­couer : « Hé ! ho ! c'est toi qui dois t'oc­cu­per de moi, pas le contraire ! » N’em­pêche, quand il vou­lait, il sa­vait me cau­ser. De moi, bien sûr, et de toutes mes extravagances pas­sées. Et puis ce qui ajou­tait à son charme, c’est que tous les autres gars du quar­tier le dé­tes­taient, ils pas­saient leur temps à dire des hor­reurs sur lui, il était de­ve­nu leur ob­ses­sion. Moi, la France, vous me connais­sez, j’ai l’es­prit de contra­dic­tion. Alors quand je voyais le beau linge dire du mal de mon Sar­ko, j’ou­bliais toutes ses tur­pi­tudes. Mais voi­là, les beaux par­leurs, on les croit, contre toute évi­dence. Et un jour ça s’ar­rête, leurs mots n’em­brayent plus. C’est ce qui s’est pas­sé il y a cinq ans. J’au­rais pu re­plon­ger, mais les pa­rents n’étaient pas chauds, ils di­saient que j’avais be­soin de calme, d’apaisement, alors je l’ai quit­té. C’est à ce mo­ment-là qu’il a vou­lu faire ban­quier au Qatar, vous vous ren­dez compte, je ve­nais de le vi­rer et il al­lait se conso­ler en fai­sant du fric au Qatar. Et puis il a vu que ça ne mar­chait pas fort avec le nou­veau fian­cé que m’avait choi­si la fa­mille et il a dé­ci­dé de me re­con­qué­rir. No sex with your ex ! lui di­saient ses amis, ça ne marche ja­mais, tu vas te prendre un râ­teau. Moi ça m’a plu qu’il s’ac­croche, et pour tout dire, s’il n’y avait eu que moi, on au­rait peu­têtre re­mis le cou­vert. Mais la fa­mille a dit niet. On en a assez de ses mau­vaises ma­nières, râ­laient les uns. On ne peut pas lui faire confiance, ju­raient les autres. Et moi, la France, je ne peux pas faire n’im­porte quoi, alors je lui ai dit que cette fois, c’était vrai­ment fi­ni. Un sale quart d’heure, je vous jure. Non, il n’a pas été odieux, au contraire, c’était la grande classe : gé­né­reux, élé­gant, mo­deste, il m’a sou­hai­té tout le bon­heur du monde avec mon pro­chain Jules, ce­lui de 2017, et je suis sûre qu’il était sin­cère. L’en­nui, c’est que je suis ins­tan­ta­né­ment re­tom­bée amou­reuse. Heu­reu­se­ment, il était trop tard. •

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