Ita­lie : que tra­fiquent donc les ONG ?

Causeur - - Sommaire N° 46 – Mai 2017 - Par Mau­ro Za­non

Les ré­cits de sau­ve­tage in ex­tre­mis de mi­grants afri­cains au large des côtes ita­liennes que pu­blient ré­gu­liè­re­ment les mé­dias ont de quoi re­tour­ner les coeurs les plus secs. Mais sont-ils tou­jours cré­dibles ? En Ita­lie, bien des gens se posent la ques­tion depuis des an­nées, mais per­sonne n’osait trop en par­ler. On peut même dire que les connais­seurs de ces ques­tions sa­vaient qu’il y avait un loup, mais pré­fé­raient re­gar­der ailleurs : il est sou­vent sui­ci­daire de prendre à re­brousse-poil l’émo­tion lé­gi­time sus­ci­tée par les drames hu­mains à ré­pé­ti­tion et les images ter­ribles qui les ac­com­pagnent.

Mais l’hor­reur peut-elle ser­vir de pa­ravent au men­songe, voire au viol de toutes les lois en vi­gueur sur l’im­mi­gra­tion illé­gale ? Ce n’est pas l’avis de Car­me­lo Zuc­ca­ro, le pro­cu­reur de Ca­tane, en Si­cile, qui, dans une in­ter­view au quo­ti­dien La Stam­pa, a ébran­lé l’omer­ta mé­dia­tique : « Nous avons des preuves fla­grantes qu’il y a des contacts di­rects entre cer­taines ONG et les tra­fi­quants d’êtres hu­mains ba­sés en Li­bye. Nous ne sa­vons pas en­core com­ment uti­li­ser ces in­for­ma­tions mais nous sommes as­sez cer­tains de nos al­lé­ga­tions. Des coups de fil qui partent de la Li­bye vers cer­taines ONG, des phares qui éclairent le che­min vers les ba­teaux de ces or­ga­ni­sa­tions, des na­vires qui désac­tivent leur émet­teur à l’im­pro­viste sont des faits avé­rés. »

Le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique pointe no­tam­ment du doigt L’ONG mal­taise MOAS (Mi­grant Off­shore Aid Sta­tion), fon­dée par un couple ita­lo-amé­ri­cain d’« en­tre­pre­neurs hu­ma­ni­taires » hy­per-mé­dia­tiques, Ch­ris­to­pher et Re­gi­na Ca­tram­bone. Des pho­tos pu­bliées par le jour­nal Times of Mal­ta prouvent que, depuis des an­nées, cette as­so­cia­tion sert de « taxi » aux mi­grants qui sou­haitent re­joindre les côtes ita­liennes avant de pour­suivre leur voyage vers le nord de l’eu­rope. Pour le pro­cu­reur, il ne s’agit pas d’ac­tion hu­ma­ni­taire, mais de tra­fic d’êtres hu­mains.

Bien qu’une en­quête soit en cours, le pré­sident du Con­seil ita­lien Pao­lo Gen­ti­lo­ni a te­nu à in­ter­ve­nir dans le dé­bat pour fé­li­ci­ter en bloc les ONG et les ser­vices de l’état : « Je re­mer­cie les bé­né­voles, les garde-côtes et la ma­rine qui sauvent des vies chaque jour. Nous, nous en sommes fiers. » Ce désa­veu im­pli­cite n’a pas in­ti­mi­dé Zuc­ca­ro. En­ten­du le 3 mai par la com­mis­sion de la Dé­fense du Sé­nat, le pro­cu­reur a ap­por­té des preuves sup­plé­men­taires de ses as­ser­tions, en pre­nant soin de pré­ci­ser qu’il ne vi­sait pas toutes les ONG, mais seule­ment celles im­pli­quées dans la col­la­bo­ra­tion avec « tous ceux qui pro­fitent de ce bu­si­ness, à com­men­cer par les ma­fias ». Une dé­cla­ra­tion qui a cho­qué bien des grandes consciences. Sou­vent les mêmes qui ac­cusent la ma­fia de s’être in­fil­trée dans tous les sec­teurs de la vie pu­blique ita­lienne. Par­tout, donc, sauf dans l’hu­ma­ni­taire… •

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