VINCENT RAYNAUD ITA­LIE : L'ÉTAT S'EN VA E LA NAVE VA…

Mal­gré les crises fi­nan­cières et po­li­tiques à ré­pé­ti­tion, l'ita­lie ne se porte pas si mal. Là-bas, l'ir­rup­tion pour­tant bru­tale de la mo­der­ni­té n'a pas dé­truit les struc­tures tra­di­tion­nelles.

Causeur - - Sommaire N° 46 – Mai 2017 - Propos recueillis par Daoud Bou­ghe­za­la

Cau­seur. Depuis la dé­mis­sion de Mat­teo Ren­zi en dé­cembre der­nier, l'ita­lie vit une énième crise politique. Der­nier coup de théâtre, alors que son ca­ma­rade Pao­lo Gen­ti­lo­ni l'a rem­pla­cé à la pré­si­dence du Con­seil, Ren­zi vient d'être re­con­duit à la tête du par­ti dé­mo­crate. Le pays tra­verse-t-il des tur­bu­lences propres à tout l'oc­ci­dent ou vit-elle un ma­laise aux ra­cines plus pro­fondes ?

Vincent Raynaud. Dans une large me­sure, j’y vois les se­cousses sis­miques du mo­dèle ita­lien. Après une phase de re­la­tive sta­bi­li­té – puisque Ren­zi est res­té au pou­voir trois ans, ce qui est beau­coup pour un pré­sident du Con­seil ita­lien –, la si­tua­tion de­vait in­évi­ta­ble­ment fi­nir par cra­quer. Un peu comme Valls, Ren­zi s’est d’abord alié­né son propre par­ti, beau­coup plus à gauche que lui­même puisque le par­ti dé­mo­crate reste l’hé­ri­tier, même loin­tain, du par­ti com­mu­niste. Au fond, Mat­teo Ren­zi a vou­lu nor­ma­li­ser l’ita­lie et ra­tio­na­li­ser un sys­tème politique dif­fi­ci­le­ment contrô­lable, mais aus­si créer une nou­velle forme d’élite, quitte à lais­ser de cô­té le pe­tit peuple. Il in­carne un cu­rieux mé­lange, à la fois tri­bun po­pu­liste et di­ri­geant lé­gi­ti­miste, fas­ci­né par le monde des ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes et des grandes banques. Ren­zi en­ten­dait jouer dans la cour des grands, ta­per dans le dos d’oba­ma et ruer dans les bran­cards face à Mer­kel. En Ita­lie, ce genre d’at­ti­tude passe mal car les ci­toyens ap­pré­cient une cer­taine hu­mi­li­té – la mo­des­tie est l’une des va­leurs de la Ré­pu­blique ita­lienne, fon­dée sur le tra­vail. Fils d’un hié­rarque dé­mo­crate-ch­ré­tien, Ren­zi est per­çu comme un pri­vi­lé­gié, pur pro­duit du sys­tème politique. Ce­la l’ex­pose aux at­taques du Mou­ve­ment 5 étoiles (M5S) de Beppe Grillo mais aus­si de l’aile gauche de son propre par­ti, qui est en train de faire sé­ces­sion. Tout ce­la risque de lui faire perdre les pro­chaines élections lé­gis­la­tives.

On a du mal à cer­ner ce par­ti po­pu­liste en as­cen­sion constante mal­gré l'ama­teu­risme de ses élus. Le M5S a-t-il suc­cé­dé au par­ti com­mu­niste ita­lien dans le rôle d'épou­van­tail du sys­tème politique ?

Le M5S ex­prime une haine du sys­tème, dont le par­ti com­mu­niste ita­lien fai­sait mal­gré tout par­tie au sein du « Pen­ta­par­ti­to », le par­ti à cinq têtes [Ndlr : so­cia­listes, so­ciaux-dé­mo­crates, li­bé­raux, dé­mo­cra­tes­chré­tiens, com­mu­nistes]. Le par­ti de Grillo s’ap­puie sur une étrange dé­mo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive en ligne et forme une al­ter­na­tive pro­tes­ta­taire dif­fi­cile à si­tuer politique- ment. Ses idéo­logues ont en­vie de tout cas­ser, tan­tôt à rai­son, au ni­veau éco­lo­gique par exemple, tan­tôt en som­brant dans d’in­quié­tantes dé­rives droi­tières an­tiim­mi­grés qui les rap­prochent de la Ligue du Nord et des post-fas­cistes…

C'est jus­te­ment grâce à l'ex­trême droite, si je puis dire, que je vous ai dé­cou­vert, avec votre tra­duc­tion du chef-d'oeuvre d'al­ber­to Gar­li­ni1, Les Noirs et les Rouges (Fo­lio, 2017). Ce Ro­méo et Ju­liette contem­po­rain se dé­roule au dé­but des an­nées de plomb avec en toile de fond les af­fron­te­ments entre maoïstes et néo­fas­cistes. En quoi est-ce un ro­man fon­da­teur ?

En Ita­lie, ces an­nées n’ont pra­ti­que­ment ja­mais été ra­con­tées du point de vue de l’ex­trême droite. L’his­toire est ra­re­ment écrite par les per­dants ! Quand Gar­li­ni a pré­pa­ré son livre, il a lu énor­mé­ment d’écrits d’an­ciens bri­ga­distes ou de mi­li­tants gau­chistes mais n’a pra­ti­que­ment trou­vé au­cun té­moi­gnage du camp d’en face. Il faut dire que l’ex­trême gauche était plus nom­breuse et in­tel­lec­tuel­le­ment mieux for­mée. Or Gar­li­ni a le ta­lent d’in­ven­ter sans au­cune com­plai­sance un hé­ros ro­ma­nesque néo­fas­ciste, Ste­fa­no, monstre par­mi les monstres qui s’hu­ma­nise jus­qu’à trou­ver sa ré­demp­tion. J’ajoute que ce ro­man est ar­ri­vé dans un contexte par­ti­cu­lier.

Le­quel ?

Au cours des an­nées 2000, s’est ins­tal­lée une forme de ré­vi­sion­nisme his­to­rique au­tour de la guerre ci­vile des an­nées 1940, qui op­po­sait la Ré­pu­blique de Salò à la Ré­sis­tance. On a ex­hu­mé les mas­sacres entre par­ti­sans, no­tam­ment entre com­mu­nistes et dé­mo­cra­tes­chré­tiens, au risque de tom­ber dans des ex­cès sa­lis­sant in­si­dieu­se­ment la Ré­sis­tance. On a écor­né ce mythe in­tou­chable à des fins de ré­con­ci­lia­tion na­tio­nale, mais aus­si pour blan­chir les mi­nistres post-fas­cistes des gou­ver­ne­ments Ber­lus­co­ni. Dans cer­taines villes comme Rome, avec le suc­cès de la Ca­sa­pound, des ten­dances fas­cistes re­sur­gissent au­jourd’hui.

Une ving­taine d'an­nées sé­parent la fin du ré­gime fas­ciste du dé­but de la guerre ci­vile lar­vée entre rouges et noirs. Il est com­mu­né­ment ad­mis que l'état pro­fond ma­ni­pu­lait ex­tré­mistes de droite et de gauche pour mieux as­seoir le règne sans par­tage de la dé­mo­cra­tie chré­tienne. Qu'en est-il réel­le­ment ?

Gar­li­ni ra­conte l’at­ten­tat de la piaz­za Fon­ta­na (Mi­lan, 1969). De cet évé­ne­ment, on ne connaît ni vé­ri­té ju­di­ciaire ni vé­ri­té his­to­rique éta­blies. On dé­signe tour à tour les anar­chistes, les néo­fas­cistes, les ser­vices se­crets, la CIA, comme cou­pables. Dans la men­ta­li­té ita­lienne, il y a tou­jours un com­plot dans le com­plot dans le com­plot, une spi­rale in­fi­nie dont on ne sort ja­mais ! Mais Les Noirs et les Rouges re­prend une hypothèse as­sez lar­ge­ment par­ta­gée se­lon la­quelle les bombes étaient po­sées par des anar­chistes ma­ni­pu­lés par →

les néo­fas­cistes qui ne pen­saient pas que l’his­toire fi­ni­rait ain­si. Ce­la dit, Gar­li­ni joue sur l’am­bi­guï­té en lais­sant une fe­nêtre de doute ou­verte...

Al­ber­to Gar­li­ni si­tue la plu­part de ses livres dans le nord de l'ita­lie où il vit, tout comme d'autres écri­vains friou­lans (Gian Ma­rio Villal­ta) ou émi­liens (Ca­te­ri­na Bon­vi­ci­ni) que vous pu­bliez. Pour­quoi l'ita­lie sep­ten­trio­nale est-elle si mé­con­nue à l'étran­ger ?

Il existe une Ita­lie in­su­laire (Sar­daigne, Si­cile) et mé­ri­dio­nale qui plaît beau­coup aux Fran­çais, aux Al­le­mands et aux An­glo-saxons. Ils y trouvent à la fois un fou­toir monstre et du so­leil ! C’est cette Ita­lie qu’on voit au ci­né­ma, dont l’industrie vient de Rome, et avec la­quelle on en­tre­tient une cer­taine fa­mi­lia­ri­té mal­gré sa dis­tance et son exo­tisme. En ce mo­ment, les ro­mans na­po­li­tains d’ele­na Fer­rante ont beau­coup de suc­cès. Même lors­qu’on parle d’une lit­té­ra­ture vrai­ment in­té­res­sante, comme Ro­ber­to Sa­via­no, Fer­rante et des au­teurs sardes, sub­siste cette image de carte pos­tale en ar­rière-plan. La dis­tance per­met de ne pas tel­le­ment se mettre en jeu alors que l’ita­lie du Nord et du Centre s’avère beau­coup plus proche de nous. Une par­tie de l’ita­lie a été fran­çaise et ce qui s’y est pas­sé de Bo­na­parte à Na­po­léon III se ré­vèle lar­ge­ment de notre res­pon­sa­bi­li­té. Tu­rin, Gênes et Parme ont gar­dé une in­fluence fran­çaise. Or cette Ita­lie at­tire moins et a été beau­coup moins pu­bliée. À ma mo­deste échelle, je ré­équi­libre un peu la ba­lance en pu­bliant des au­teurs du nord-est, tels que Vi­ta­lia­no Tre­vi­san et Mar­co Man­cas­so­la, res­pec­ti­ve­ment ori­gi­naires des villes vé­ni­tiennes de Vi­cence et Pa­doue. Leurs oeuvres me sé­duisent no­tam­ment en termes d’écri­ture.

C'est-à-dire ?

Les dia­lectes existent par­tout en Ita­lie, mais leur in­fluence est en­core plus forte au sud. Cet an­crage lo­cal im­prègne l’ita­lien de fa­çon à pro­duire une langue plus mé­ri­dio­nale et plus lourde qui m’in­té­resse moins. Or la langue ita­lienne existe. Elle vient du tos­can. J’aime beau­coup un au­teur comme Tre­vi­san parce qu’il écrit dans un ita­lien très pur, mal­gré sa maî­trise du dia­lecte. À l’ins­tar de Man­cas­so­la et Gar­li­ni, Tre­vi­san épure son ita­lien des in­fluences dia­lec­tales de fa­çon à at­teindre une langue in­té­res­sante par son ef­fi­ca­ci­té même.

N'est-ce pas un tro­pisme ty­pi­que­ment fran­çais que de fan­tas­mer une langue uni­fiée épu­rée de toute sco­rie dia­lec­tale ?

Je le confesse vo­lon­tiers. Mais les ex­pres­sions dia­lec­tales dressent un écran de fu­mée de folk­lore, avec des jeux sur la langue qui posent de sem­pi­ter­nelles ques­tions de tra­duc­tion. Quand on em­ploie une cer­taine langue, c’est pour ra­con­ter un cer­tain type de choses. À une langue dia­lec­tale cor­res­pond le plus sou­vent un type de ré­cit lo­cal et non uni­ver­sel. Or les Ita­liens ont autre chose à nous dire sur eux-mêmes et sur le monde.

Ain­si, si on com­pare Trump à Ber­lus­co­ni, c’est bien la preuve que l’ita­lie a vé­cu des évé­ne­ments qui sont en­suite sur­ve­nus ailleurs.

Re­pre­nons d'ailleurs l'his­toire ita­lienne où nous l'avons lais­sée. Plu­sieurs de vos der­nières pa­ru­tions – Ca­te­ri­na Bon­vi­ci­ni, Le pays que j’aime, Gian Ma­rio Villal­ta, In­fer­no. com, Ales­san­dro de Ro­ma, Tout l’amour est dans les arbres – re­tracent le des­tin de per­son­nages en si­tua­tion d'as­cen­sion so­ciale dans l'ita­lie des an­nées 1980 à au­jourd'hui. Comme pen­dant les Trente Glo­rieuses en France, le très long règne de la dé­mo­cra­tie chré­tienne après-guerre a-t-il vu l'en­semble de la so­cié­té s'en­ri­chir et adhé­rer au mythe du pro­grès ?

Ab­so­lu­ment. Après-guerre, le gâ­teau était tel­le­ment énorme qu’il y en avait un peu pour tout le monde. Ce n’était donc pas si grave que ça si les gros se goin­fraient puisque tout le monde était as­su­ré d’avoir au moins une petite part. Mais dès lors que la si­tua­tion éco­no­mique change, tout change. Les suc­ces­seurs de la dé­mo­cra­tie chré­tienne, Ber­lus­co­ni et sa bande, n’ont plus du tout fonc­tion­né de cette fa­çon. Le gâ­teau de­ve­nant moins gros, ils ont tout pris, c’est pour­quoi un cer­tain équi­libre s’est rom­pu dans les an­nées 1990-2000.

C'est un point que je re­trouve dans In­fer­no. com de Villal­ta : le hé­ros fon­da­teur de star­tup à suc­cès, dé­pri­mé par le dé­sert spi­ri­tuel de la so­cié­té de mar­ché, ne re­grette pas pour au­tant le monde pay­san de ses pa­rents, comme s'il était brus­que­ment pas­sé d'une alié­na­tion à l'autre…

Les Ita­liens ont sau­té à pieds joints dans la mo­der­ni­té, en­core plus vite et en­core plus loin que nous. Dans des pays comme la France, des phé­no­mènes tels que le di­vorce et l’avor­te­ment sont ap­pa­rus plus tôt et plus pro­gres­si­ve­ment. En Ita­lie, la plon­gée dans les té­lé­vi­sions pri­vées, le culte de l’ar­gent roi et la politique spec­tacle ont long­temps été plus re­te­nus et plus lents. Puis, avec la chute de l’an­cien ré­gime dé­mo­crate-ch­ré­tien et l’ar­ri­vée de Ber­lus­co­ni au dé­but des an­nées 1990, tout s’est em­bal­lé. Cette vi­tesse a été dé­sta­bi­li­sante tant l’ita­lie reste à cer­tains égards une so­cié­té tra­di­tion­nelle où la fa­mille et la re­li­gion ca­tho­lique gardent une grande im­por­tance (on a long­temps dit que chaque vil­lage ita­lien abri­tait deux églises : l’église ca­tho­lique et la sec­tion du par­ti com­mu­niste en face !).

Mal­gré tous ces fac­teurs de dé­sta­bi­li­sa­tion, vous croyez im­per­tur­ba­ble­ment en l'ave­nir de l'ita­lie. Qu'est-ce qui vous in­cite à l'op­ti­misme ?

Ce qui est fas­ci­nant avec l’ita­lie, c’est que la sur­face des choses pa­raît chao­tique mais que le pays conti­nue à al­ler de l’avant. Ce­la re­lève presque de l’éner­gie vi­tale : les gens tra­vaillent, l’éco­no­mie tourne, les choses fonc­tionnent tant bien que mal avec des hauts et des bas. L’his­toire ita­lienne a pro­duit un sys­tème al­ter­na­tif em­pi­rique – qui est en fait un non-sys­tème tant la ma­chine po­li­ti­co-éco­no­mique est cor­rom­pue – qui tient. Tout peut tou­jours s’ar­ran­ger. C’est vrai au ni­veau in­di­vi­duel : si un élec­tri­cien diag­nos­tique une panne gé­né­rale cen­sée coû­ter 1 000 eu­ros, on va dis­cu­ter et trou­ver une so­lu­tion à moindre prix. Cette loi qua­si an­thro­po­lo­gique s’ap­plique à tous les ni­veaux (in­di­vi­duel, so­cial, politique), si bien que l’ita­lie ne s’ef­fon­dre­ra ja­mais. En pé­ril d’un strict point de vue éco­no­mique, le sys­tème ban­caire ita­lien tien­dra donc d’une fa­çon ou d’une autre. L’ho­mo ita­li­cus a créé une so­cié­té à son image, pour le meilleur et pour le pire.

Cent cin­quante-cinq ans après sa fon­da­tion, cette so­cié­té du sys­tème D forme-t-elle en­fin une na­tion ?

Il existe une vraie conscience na­tio­nale ita­lienne qui se forge. S’il reste quelque chose des 20 pe­tites pa­tries ré­gio­nales dans les men­ta­li­tés, ce­la se li­mite à la sur­face des choses. Mais contrai­re­ment à la France, les villes moyennes ita­liennes jouissent d’une grande vi­ta­li­té, no­tam­ment cultu­relle. J’ai vé­cu à Bol­za­no, une com­mune de 95 000 ha­bi­tants en­cas­trée dans les Alpes, où le centre-ville de­meure vi­vant. Gar­li­ni ha­bite Por­de­none, une ci­té friou­lane de 50 000 âmes dans la­quelle il or­ga­nise un fes­ti­val lit­té­raire très im­por­tant. Mal­gré le suc­cès d’ama­zon et le manque de moyens du mi­nis­tère de la Culture, le dy­na­misme naît d’ini­tia­tives pri­vées. À Man­toue (Lom­bar­die), 48 000 ha­bi­tants, d’an­ciens li­braires et des mi­li­tants as­so­cia­tifs ont construit ex ni­hi­lo le plus grand fes­ti­val lit­té­raire d’eu­rope. C’est la sub­si­dia­ri­té ita­lienne : mal­gré l’ab­sence de struc­tures éta­tiques so­lides, la ré­si­lience de ce peuple d’épar­gnants as­sure la pé­ren­ni­té de la na­tion. Il ne faut ja­mais déses­pé­rer de l’ita­lie : le pou­voir et les en­va­his­seurs passent mais son iden­ti­té de­meure. •

Au-de­là du folk­lore, les Ita­liens ont des choses à nous dire. Si on com­pare Trump à Ber­lus­co­ni, c'est la preuve que l'ita­lie a vé­cu des évé­ne­ments qui sont en­suite sur­ve­nus ailleurs.

Dé­fi­lé de Ca­sa­pound dans les rues de Rome, 21 mai 2016.

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