BDS : RI­CHARD FER­RAND BOY­COTTE LES FAITS À

Pour­quoi le se­cré­taire gé­né­ral d'en Marche ! per­siste-t-il à nier qu'il a sou­te­nu po­li­ti­que­ment et fi­nan­ciè­re­ment des par­ti­sans du boy­cott d'is­raël ?

Causeur - - Sommaire N° 46 – Mai 2017 - Par Jean-paul Li­lien­feld

la fa­veur d’une vi­déo dé­cou­verte sur Fa­ce­book, qui af­fir­mait que Ri­chard Fer­rand, se­cré­taire gé­né­ral d’en Marche !, sou­te­nait ac­ti­ve­ment l’as­so­cia­tion France Pa­les­tine So­li­da­ri­té (AFPS), par l’in­ter­mé­diaire de son groupe lo­cal Centre-bre­tagne So­li­da­ri­té, je me suis pré­ci­pi­té sur le blog de ce pro­bable fu­tur mi­nistre pour y lire ses ex­pli­ca­tions. En ef­fet, j’étais un peu sur­pris que l’un des pi­liers du mou­ve­ment d’em­ma­nuel Ma­cron (mi­nis­trable et peut-être mi­nistre à l’heure où vous li­sez ces lignes) soit fa­vo­rable à une as­so­cia­tion qui sou­tient et pra­tique le BDS, ac­ti­vi­té de boy­cott d’is­raël dé­cla­rée illé­gale en France et con­dam­née par notre nou­veau pré­sident. Une as­so­cia­tion qui par ailleurs ré­clame le re­trait du Ha­mas de la liste des or­ga­ni­sa­tions ter­ro­ristes car, dit-elle, « le Ha­mas sus­cite bien des frayeurs et fan­tasmes, fon­dés sou­vent sur une mé­con­nais­sance du mou­ve­ment… » Pour en avoir le coeur net, di­rec­tion le blog de M. Fer­rand qui nous ex­plique : « De quoi s’agit-il en réa­li­té ? J’ai ac­cor­dé 2 000 € de “ma” ré­serve par­le­men­taire pour sou­te­nir un pro­jet d’équipement mo­bi­lier d’une classe de jeunes filles dans le camp d’el Aroub en Pa­les­tine. » Un peu plus bas, et en gras, il in­siste : « J’ai tou­jours veillé à pri­vi­lé­gier les pro­jets re­la­tifs aux écoles, à l’édu­ca­tion ou à la jeu­nesse, lors­qu’il s’en pré­sen­tait, dans l’at­tri­bu­tion de ma ré­serve par­le­men­taire. » L’ac­cès à l’édu­ca­tion, quoi de plus noble ? Seul hic, si on cherche sur le site de L’AFPS, qui a fi­nan­cé cette fa­meuse école, on se rend compte que Ri­chard Fer­rand n’est pas ci­té. Confir­ma­tion sur le site de l’assemblée na­tio­nale, où les dé­pu­tés sont te­nus de pré­ci­ser l’uti­li­sa­tion de leur ré­serve par­le­men­taire : M. Fer­rand a ef­fec­ti­ve­ment at­tri­bué 2 000 € de sa ré­serve par­le­men­taire à L’AFPS en 2016 mais… au mo­tif de « frais de fonc­tion­ne­ment ». Soit, en clair, une aide à l’as­so­cia­tion et pas des pe­tits bu­reaux d’éco­liers avec en­criers. Et ce n’est pas une er­reur car quelques lignes plus loin, on trouve bien des aides très concrètes at­tri­buées sur sa ré­serve comme la « créa­tion d’un lo­cal com­mer­cial en centre-bourg » ou la « créa­tion d’un skate-park » En­ten­dons-nous bien. Tout ce­la est par­fai­te­ment lé­gal. M. Fer­rand est libre de pen­ser ce qu’il veut et d’agir en con­sé­quence. C’est seule­ment la contra­dic­tion avec la po­si­tion de notre pré­sident de la Ré­pu­blique qui est trou­blante. En­cou­ra­gé par cette trans­pa­rence nu­mé­rique et ré­pu­bli­caine, je me per­mets de re­mon­ter dans le temps sur le site de l’assemblée et constate qu’en 2013 dé­jà, mon­sieur Fer­rand don­nait 3 000 € de sa ré­serve par­le­men­taire a L’AFPS pour « Sou­tien au peuple pa­les­ti­nien dans sa lutte pour la réa­li­sa­tion de ses droits na­tio­naux ». C’est dé­jà moins sco­laire, et net­te­ment plus clair. Cette ré­cur­rence in­dique que cette cause lui tient à coeur. Je di­rais même que la cons­tance avec la­quelle il sou­tient L’AFPS est tout à son hon­neur. Cons­tance est le mot juste. Ain­si en fé­vrier 2014, Il adres­sait une ques­tion écrite à Ch­ris­tiane Tau­bi­ra, dont voi­ci un ex­trait : « M. Ri­chard Fer­rand at­tire l’at­ten­tion de Mme la garde des Sceaux, mi­nistre de la Jus­tice, sur la ques­tion du boy­cott des pro­duits en pro­ve­nance des co­lo­nies de l’état d’is­raël, et com­mer­cia­li­sés en France […] Il lui de­mande si le gou­ver­ne­ment en­tend me­ner une ré­flexion sur les pour­suites ju­di­ciaires, qui semblent de moins en moins jus­ti­fiables, en­ga­gées contre ces mi­li­tants. » Il semble donc bien que M. Fer­rand soit op­po­sé à l’illé­ga­li­té dé­cla­rée du BDS. Et c’est son droit. Mais c’est en contra­dic­tion avec les dé­cla­ra­tions de son chef. L’an­née sui­vante, Le Té­lé­gramme du 31 mars 2015 nous in­dique que Ri­chard Fer­rand re­çoit la même an­tenne lo­cale de L’AFPS, la­quelle lui re­met une pé­ti­tion de 219 si­gna­tures, de­man­dant au gou­ver­ne­ment de suivre le vote du Par­le­ment et de re­con­naître of­fi­ciel­le­ment l’état pa­les­ti­nien. En s’en­ga­geant à re­mettre cette pé­ti­tion au gou­ver­ne­ment, M. Fer­rand si­gni­fie

une nou­velle fois son plein ac­cord avec les membres de cette as­so­cia­tion et pré­cise même : « Un pre­mier pas a été fait par le Par­le­ment, ce se­rait une bonne chose que le gou­ver­ne­ment re­prenne à son compte ce que le Par­le­ment a vo­té. »

M. Fer­rand est fa­vo­rable à la re­con­nais­sance im­mé­diate de l’état pa­les­ti­nien. Et c’est son droit. Mais en contra­dic­tion avec les dé­cla­ra­tions de son chef. Puis en oc­tobre 2016, M. Fer­rand se fait le mes­sa­ger de L’AFPS de Brest Fi­nis­tère Nord, cette fois au­près de Jean-marc Ay­rault, mi­nistre des Af­faires étran­gères. Par une lettre, il lui de­mande de quelle ma­nière il compte prendre en consi­dé­ra­tion la de­mande de L’AFPS qui vou­drait que le gou­ver­ne­ment fran­çais in­ter­vienne pour per­mettre aux an­nuelles « flot­tilles de la paix » d’ac­cos­ter à Gaza.

Ré­so­lu­ment fi­dèle à sa ligne, le 26 fé­vrier 2017, Ri­chard Fer­rand est l’un des 154 par­le­men­taires à si­gner la tri­bune du JDD ap­pe­lant Fran­çois Hol­lande à re­con­naître l’état pa­les­ti­nien avant la fin de son man­dat. Et c’est son droit. Mais en­core une fois en contra­dic­tion avec etc., etc.

Ré­su­mons-nous : Que mon­sieur Fer­rand agisse sui­vant ses convic­tions est son droit le plus en­tier. Qu’il choi­sisse pour ce­la d’en­tre­te­nir une re­la­tion in­ap­pro­priée avec une as­so­cia­tion contes­table est pour le moins une faute mo­rale. Qu’il qua­li­fie de ru­meurs des faits si fa­ciles à prou­ver res­semble fort à un ma­laise beau­coup moins as­su­mé qu’il ne le pré­tend. Que la ré­vé­la­tion de ces faits pro­vienne de la fa­cho­sphère ne change rien à leur vé­ra­ci­té. J’ai lu une fois sur un blog d’ex­trême droite que la pluie mouillait et j’avoue avoir été à court d’ar­gu­ments pour prou­ver le contraire. En­fin, son « Je ne le re­grette pas, n’en dé­plaise aux im­bé­ciles » me confirme que je suis un im­bé­cile car son sou­tien à L’AFPS sous pré­texte hu­ma­ni­taire me dé­plaît for­te­ment.

Mais sur­tout que va en pen­ser notre nou­veau pré­sident qui, le 24 jan­vier 2017 lors de sa vi­site au Li­ban, dé­cla­rait son re­jet du BDS et re­fu­sait de s’ex­pri­mer sur la re­con­nais­sance d’un État de Pa­les­tine avant la si­gna­ture d’un ac­cord de paix entre les deux par­ties ? Je sais bien qu’en ce mo­ment, il est for­te­ment conseillé de n’être ni de droite ni de gauche, ou d’être de droite « mais en même temps » de gauche, mais, si le pré­sident et ses mi­nistres ne sont ni pour ni contre le BDS, ou alors pour « mais en même temps » contre la re­con­nais­sance im­mé­diate d’un État pa­les­ti­nien, je me fe­rai un devoir de n’être ni pour ni pour « La Ré­pu­blique en Marche » aux pro­chaines lé­gis­la­tives.

Je sou­haite pour le bien de tous la réus­site de ce nou­veau gou­ver­ne­ment « mais en même temps » j’ai­me­rais as­sez sa­voir où je mets les pieds. •

Ri­chard Fer­rand.

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