Léon Bloy, la grâce et la fu­reur

À l'oc­ca­sion du cen­te­naire de la mort de Léon Bloy, la col­lec­tion « Bou­quins » a réuni en un seul vo­lume ses Es­sais et Pam­phlets. On y trou­ve­ra mille preuves que cet im­pré­ca­teur ca­tho­lique, an­ti­mo­derne et ré­vo­lu­tion­naire est avant tout un très grand écriv

Causeur - - Sommaire N° 50 – Octobre 2017 - Jé­rôme Le­roy

Léon Bloy nous manque. Comme nous manquent Bar­bey d'au­re­vil­ly, Ber­na­nos ou Pa­so­li­ni. Im­pré­ca­teurs déses­pé­rés, ma­ra­tho­niens de la co­lère, ré­vol­tés an­ti­mo­dernes, tous se sont tus, ap­pa­rem­ment une fois pour toutes. Au­cune voix, dé­sor­mais, pour trou­bler le consen­sus et nous ré­veiller d'un to­ta­li­ta­risme doux – et choi­si – qui nous conduit à nous ex­ta­sier sur les nou­velles tech­no­lo­gies, les trains à grande vi­tesse, les al­go­rithmes du tra­ding à haute fré­quence, la vie vir­tuelle comme sub­sti­tut de la vraie vie pen­dant que sur terre, l'hor­reur réelle est quo­ti­dienne. Celle, ba­nale dans nos contrées dé­ve­lop­pées, d'une exis­tence alié­née, « sé­pa­rée » au­rait dit Guy De­bord. Celle, aus­si, de la vio­lence pla­né­taire qui frappe par­tout, tou­jours et en­core, les plus pauvres.

Les pauvres… Le mot a quelque chose de dé­mo­dé, n'est-ce pas ? De dé­mo­dé et de bru­tal à la fois : dans les dis­cours po­li­tiques, même de gauche, comme dans la néo-langue so­cio­lo­gique ou tech­no­cra­tique, on pré­fère le sub­stan­tif, plus im­per­son­nel, de « pau­vre­té ». Les pauvres, eux, sont au coeur de l'oeuvre de Léon Bloy et le mot, chez lui, est aus­si fré­quent que les of­fenses qui leur sont faites. Nous ou­blions les pauvres, nous dit Bloy, preuve que nous avons ou­blié Dieu et construit l'en­fer sur terre avant de le connaître dans l'au-de­là.

Léon Bloy nous manque aus­si parce qu'il était le seul, ou presque, à mau­dire ce qu'il voyait s'édi­fier sous ses yeux et que tous ap­plau­dis­saient au nom du pro­grès. Dans Bel­luaires et Por­chers, il a dit sa dé­tes­ta­tion de la « Ba­bel de fer », au­tre­ment dit la tour Eif­fel : « On ne la sent pas fra­ter­nelle comme les autres mo­nu­ments de Pa­ris. Elle res­semble à une étran­gère d'orient et on de­vine bien qu'elle n'au­ra ja­mais pi­tié de nos pauvres. » Ou en­core du mé­tro­po­li­tain : « Bruit in­fer­nal, dan­ger cer­tain, mort pro­bable – et quelle mort ! – toutes les fois qu'on des­cend dans ces ca­ta­combes. Im­pres­sion de la fin des sources, de la fin des bois fris­son­nants, des aubes et des cré­pus­cules, dans les prai­ries du Pa­ra­dis. De la fin de l'âme hu­maine. » On rêve, du coup, de ce qu'il au­rait écrit, par exemple, au su­jet des smart­phones, qui ont en­fer­mé les at­tri­buts de la di­vi­ni­té dans des ap­pli­ca­tions et des mo­teurs de re­cherche, don­nant l'il­lu­sion pro­mé­théenne d'être om­ni­po­tent, om­ni­scient, maître d'un pré­sent per­pé­tuel.

Bloy est au­tant l'« en­tre­pre­neur de dé­mo­li­tions » du stu­pide xixe siècle que le pro­phète du xxe et même du xxie. Mou­rir un 3 no­vembre 1917 en fait le contem­po­rain du car­nage mon­dia­li­sé de la Grande Guerre et, à quelques jours près, de la ré­vo­lu­tion russe : « J'at­tends les Co­saques et le Saint-es­prit », écri­vait-il peu de temps avant sa mort. Et dans Les Mé­di­ta­tions d'un so­li­taire en 1916, il com­prend en di­rect avec une clar­té bou­le­ver­sante le bas­cu­le­ment qui se joue : « Une tris­tesse énorme est sur le monde. À l'ex­cep­tion des scé­lé­rats in­nom­brables, in­dus­triels ou com­mer­çants, qui s'en­ri­chissent de la guerre et qui craignent de la voir fi­nir, à l'ex­cep­tion des pros­ti­tués de tous les étages qui se soûlent du sang des vic­times, on n'en­tend par­tout que des la­men­ta­tions et des san­glots. » N'y au­rait-il pas là un étrange écho aux pro­pos d'ana­tole France qui écri­vait dans l'hu­ma­ni­té en 1922 : « On croit mou­rir pour la Pa­trie, on meurt pour des in­dus­triels » ? France qui est pour­tant l'exact en­vers de Bloy, que ce soit sur le plan de l'idéo­lo­gie, de la re­li­gion et même du style. Sans doute, à ce­ci près que Bloy ne puise pas son in­to­lé­rance à l'in­jus­tice so­ciale et aux hy­po­cri­sies mor­ti­fères du ca­pi­ta­lisme dans la po­li­tique, mais dans la théo­lo­gie. C'est au nom de Dieu et du Ch­rist ou­tra­gé, au nom de la force éman­ci­pa­trice des Évan­giles que Bloy fe­rait pâ­lir au­jourd'hui, par sa vio­lence an­ti-bour­geoise, les gau­chistes les plus achar­nés : « Le riche est une brute inexo­rable qu'on est for­cé d'ar­rê­ter avec une faux ou un pa­quet de mi­traille dans le ventre. »

C'est que Bloy, qu'on a clas­sé un peu hâ­ti­ve­ment dans les ré­ac­tion­naires fin-de-siècle, est d'abord un pro­phète. Cer­tains, même, le voient comme un saint pos­sible – tel le do­mi­ni­cain Au­gus­tin Laf­fay, qui a don­né une ma­gni­fique pré­face à cette édi­tion « Bou­quins » en un seul vo­lume, la pre­mière du genre des Es­sais et Pam­phlets, chaque titre étant en outre pré­sen­té par les no­tices éclai­rantes de Maxence Ca­ron. Pour Bloy – comme pour le Bau­de­laire de Mon coeur mis à nu –, « le monde va fi­nir ». Mais Bloy nous dit comment et pour­quoi. Il nous le dit dans ses ro­mans, ses nou­velles et son jour­nal, dont le titre de chaque vo­lume, Le Men­diant in­grat, L'in­ven­dable, Le Pè­le­rin de l'ab­so­lu, Au seuil de l'apo­ca­lypse, ré­sume une exis­tence qui s'est dé­rou­lée dans une mi­sère ef­froyable. Il a ai­mé des folles et des illu­mi­nées. Il a épou­sé des pros­ti­tuées. Il a per­du des en­fants en bas âge. Il a connu comme un sol­dat cou­ra­geux les hor­reurs de la guerre de 70 et il faut lire à ce pro­pos les nou­velles de Sueur de sang. Il a écrit dans des jour­naux qui ne vou­laient pas de lui et le payaient mal. Il en a même créé un, Le Pal, en 1885, un heb­do­ma­daire qui n'au­ra que cinq nu­mé­ros et dont il se­ra le seul ré­dac­teur. Et pour fi­nir, il a écrit des livres qui, lors­qu'ils n'étaient pas re­fu­sés, ne se ven­daient pas. Qui dit mieux dans le pal­ma­rès des écri­vains mau­dits ? Pour­tant, Léon Bloy est bien ce ca­tho­lique qui a tou­jours lut­té contre le pire des pé­chés, ce­lui contre l'es­pé­rance. Et ses Es­sais et Pam­phlets en té­moignent, il a le sens du com­bat et il l'a me­né fron­ta­le­ment contre les gloires lit­té­raires et icônes in­tou­chables de son temps. Pas pour se faire un nom, mais parce que leur gloire était pour lui un crime contre l'es­prit et pire en­core, contre les pauvres.

Ain­si s'en prend-il à Paul Bour­get, ai­ma­ble­ment sur­nom­mé « l'eu­nuque » et « le gre­lu­chon de l'im­pé­ni­tente sot­tise ». Il est dif­fi­cile d'ima­gi­ner au­jourd'hui le ma­gis­tère exer­cé par ce ro­man­cier à thèse, aus­si pro­lixe qu'en­nuyeux, per­sua­dé de po­ser presque scien­ti­fi­que­ment les « vrais pro­blèmes de so­cié­té ». Seul Léon Bloy ose at­ta­quer un homme qui écrit froi­de­ment : « Ce n'est pas le manque d'ar­gent qui fait que les pauvres sont pauvres, mais c'est leur ca­rac­tère qui les a faits tels et il est im­pos­sible de n'y rien chan­ger. » Paul Bour­get sait quant à lui se mon­trer un digne pré­cur­seur des mé­thodes mo­dernes de lyn­chage mé­dia­tique. Il parle de fo­lie, de ja­lou­sie et fi­na­le­ment or­ga­nise une re­mar­quable conspi­ra­tion du si­lence. Trans­for­mer en bouf­fons fré­né­tiques ou en apha­siques mal­gré eux les esprits qui gênent : nous n'avons rien in­ven­té, mais rien ou­blié. Bloy a fi­na­le­ment eu le mal­heur d'iso­ler les ta­bous né­vral­giques, les points de contrac­tures de la so­cié­té. On pour­ra lire par exemple, dans ce vo­lume d'es­sais et Pam­phlets, les deux sé­ries des « Exé­gèses des lieux com­muns », dont Maxence Ca­ron af­firme à rai­son qu'elles vont beau­coup plus loin que le Dic­tion­naire des idées re­çues de Flau­bert ; mais Bloy montre, de ma­nière or­wel­lienne, que ces ex­pres­sions toutes faites sont des an­ti­phrases qui disent le contraire de ce qu'elles pré­tendent dire et sont pour lui la marque ty­pique du dé­mo­niaque. Ain­si com­mente-t-il l'ex­pres­sion « faire tra­vailler l'ar­gent » : « Il y a des peuples qui crèvent dans les usines ou les ca­ta­combes pour ve­lou­ter la gueule des vierges en­gen­drées par des ca­pi­ta­listes sur­fins. C'est ce qui s'ap­pelle faire tra­vailler l'ar­gent. (…) Et la face pâle du Ch­rist est plus pâle au fond des puits et dans les four­naises. »

Bloy avait fi­na­le­ment com­pris, sen­si­ble­ment au même mo­ment que Marx, mais par des che­mins émi­nem­ment dif­fé­rents, deux idées fon­da­men­tales. Pri­mo, l'ar­gent, qui dans les Écri­tures était la mé­ta­phore de la pa­role de Dieu, est de­ve­nu le pire des ty­rans. Se­cun­do, la re­li­gion, cette re­li­gion dans la­quelle Bloy met­tait toute sa foi, a mu­té en une idéo­lo­gie bour­geoise du main­tien de l'ordre. Elle est mas­quée, de plus, der­rière la miè­vre­rie saint-sul­pi­cienne tel­le­ment en vogue à l'époque des « prêtres mon­dains », que Bloy voue aux gé­mo­nies parce qu'ils dé­cul­pa­bi­lisent le riche à force de pro­pos onc­tueux et lui font ou­blier qu'il lui se­ra plus dif­fi­cile, comme il est dit dans les Évan­giles, d'en­trer au royaume des cieux qu'à un cha­meau de pas­ser par le trou d'une ai­guille : « Le prêtre mon­dain est in­fi­ni­ment pré­cieux pour les riches. Avec lui, pas moyen de s'en­nuyer une mi­nute. Le sa­lut quoi qu'on fasse est as­su­ré. Il suf­fit de di­ri­ger l'in­ten­tion. Tout est là. Soû­lez-vous avec l'in­ten­tion d'être sobre. For­ni­quez avec des élans de pu­re­té. Soyez adul­tères, s'il le faut, pour mieux ap­pré­cier le bon­heur d'être fi­dèle, etc. »

Règne de l'ar­gent, fal­si­fi­ca­tion du mes­sage di­vin : ces deux thèmes ob­ses­sion­nels se conjuguent dans son livre le plus fort, Le Sang du pauvre, pa­ru en 1909. On re­com­man­de­rait au lec­teur de com­men­cer par ce texte où Bloy concentre, avec son style fu­rieux et apo­plec­tique, sa vi­sion d'une so­cié­té où les in­éga­li­tés se sont creu­sées jus­qu'à de­ve­nir sur­na­tu­relles ou, pour re­prendre un terme dé­ci­dé­ment cher à Léon Bloy, « dia­bo­liques » ; et il passe pour ce­la mé­tho­di­que­ment en re­vue les dif­fé­rents as­pects de l'hor­reur éco­no­mique née de la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle. Et ce n'est pas dans la lutte des classes qu'il puise sa com­pré­hen­sion mais, en­core, dans les Écri­tures. Le Sang du pauvre s'ouvre ain­si sur un cha­pitre in­ti­tu­lé « La Carte fu­ture ». Cette carte, c'est celle du monde si Na­po­léon avait ga­gné. Il faut savoir que Na­po­léon, ce qui peut sur­prendre au pre­mier abord, était le grand homme de Bloy. He­gel, qui crut per­ce­voir dans la ba­taille d'ié­na le dé­but de la fin de l'his­toire, fut ébloui de croi­ser aux abords de l'uni­ver­si­té l'em­pe­reur, « cette âme du monde ». Pour Bloy – qui écri­ra par la suite L'âme de Na­po­léon, une brève bio­gra­phie illu­mi­née qui tient au­tant du poème en prose que de la prière –, Na­po­léon n'an­nonce pas la fin de l'his­toire, mais son dé­but. Il est le Pré­cur­seur, ce­lui qui va ame­ner le royaume de Dieu sur la terre, ce­lui qui ré­pète sans le savoir la pro­phé­tie de saint Jean-bap­tiste : « Ce­lui qui vien­dra après moi se­ra plus fort que moi. » Il est heu­reux que Bloy sorte dé­sor­mais, et de plus en plus, du mal­en­ten­du où

l'his­toire lit­té­raire l'a long­temps en­fer­mé par l'obs­ti­na­tion d'une co­horte de clo­portes bien-pen­sants, ce cher Paul Bour­get en tête, qui ont pris bien soin d'en­tre­te­nir mal­en­ten­dus et contre­sens au­tour d'un écri­vain qui, s'il était ré­ac­tion­naire, le fut sur­tout par dé­sir de ré­en­chan­te­ment du monde. Contre­sens aus­si, les ac­cu­sa­tions ré­cur­rentes d'an­ti­sé­mi­tisme qui ne tiennent pas à une lec­ture sé­rieuse de Je m'ac­cuse où Bloy, s'il ne montre au­cune sym­pa­thie pour les drey­fu­sards, Zo­la en tête, n'en af­firme pas moins l'in­no­cence de Drey­fus et dé­nonce l'in­fa­mie de ses ac­cu­sa­teurs. Quant au Sa­lut par les Juifs, il n'est pas un livre an­ti­sé­mite comme l'ont dit des lec­teurs mal­in­ten­tion­nés, mais avant tout un livre an­ti-an­ti­sé­mite qui dé­truit lit­té­ra­le­ment Dru­mont : « Sa­lus ex Jua­daeis est ! Le sa­lut vient des Juifs ! J'ai per­du quelques heures pré­cieuses de ma vie à lire, comme tant d'autres, les élu­cu­bra­tions an­ti­juives de Mon­sieur Dru­mont et je ne me sou­viens pas qu'il ait ci­té cette pa­role simple et for­mi­dable de Notre Sei­gneur Jé­sus-ch­rist. »

Soyons clairs : Léon Bloy n'est pas ai­mable. Il se­ra dif­fi­cile de trou­ver un quel­conque apai­se­ment dans la lec­ture de ces Es­sais et Pam­phlets. Les an­xio­ly­tiques ne sont pas le genre de la mai­son. Ce­lui qui nous avait ma­gni­fi­que­ment pré­ve­nus à la fin de son ro­man La Femme pauvre que la seule tris­tesse, c'était de ne pas être des saints, n'épargne rien ni per­sonne parce que nous ne sommes pas des saints pré­ci­sé­ment ; et lui non plus. Bloy a cho­qué et il cho­que­ra en­core mal­gré le plai­sir que pro­cure ce style érup­tif, cette uti­li­sa­tion par­fois hi­la­rante du sar­casme et de l'iro­nie suc­cé­dant à des la­men­ta­tions poi­gnantes, des abat­te­ments noirs ou de saintes co­lères.

Mais cette voix ra­di­cale est unique dans notre lit­té­ra­ture. Elle est, ré­pé­tons-le, sou­te­nue par une pa­ra­doxale es­pé­rance conte­nue dans le Mys­tère de la re­li­gion ca­tho­lique le plus poé­tique et le plus conso­lant qui soit, ce­lui de la Com­mu­nion des Saints. Bloy nous le ré­sume ain­si : « Tel mou­ve­ment de la Grâce qui me sauve d'un pé­ril grave a pu être dé­ter­mi­né par tel acte d'amour ac­com­pli ce ma­tin ou il y a cinq cents ans par un homme très obs­cur de qui l'âme cor­res­pon­dait mys­té­rieu­se­ment à la mienne et qui re­çoit ain­si son sa­laire. » Au­tre­ment dit, et pour ce­la, pas be­soin d'être ca­tho­lique pour le vivre, chaque être hu­main est res­pon­sable de tous les autres par le bien ou le mal qu'il com­met, dans le pré­sent et dans l'ave­nir. Et Léon Bloy de conclure, ce qui là aus­si nous concerne plus que ja­mais : « De telles pen­sées sont à leur place en notre temps d'apo­ca­lypse. »

La soupe po­pu­laire à Pa­ris, hi­ver 1910. Dans Le Sang du pauvre (1909), Bloy s'at­taque à l'hor­reur éco­no­mique née de la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle.

Léon Bloy, Es­sais et Pam­phlets (pré­face d'au­gus­tin Laf­fay o.p., édi­tion de Maxence Ca­ron), « Bou­quins », Ro­bert Laf­font, 2017.

On si­gna­le­ra la ré­édi­tion ré­cente des His­toires déso­bli­geantes de Léon Bloy dans la col­lec­tion de poche « Le Temps re­trou­vé », au Mer­cure de France.

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