Mar­seille, l'autre scan­dale de Pa­ris 2024

Causeur - - Sommaire N° 50 – Octobre 2017 -

Un as­pect du dos­sier de la can­di­da­ture fran­çaise a sus­ci­té peu de com­men­taires, alors qu'il est conster­nant. C'est le choix de Mar­seille pour les épreuves de voile. Brest, Lo­rient, Le Havre et La Ro­chelle ont été écar­tées les unes après les autres par le Co­mi­té na­tio­nal olym­pique du sport français (CNOSF). La dé­ci­sion a été prise en 2015, sur six cri­tères : qua­li­té du plan d'eau, in­fra­struc­tures de la ma­ri­na olym­pique, vi­si­bi­li­té pour les spec­ta­teurs, hé­ber­ge­ment des spor­tifs, ac­ces­si­bi­li­té et ca­pa­ci­té hô­te­lière. Manque à la liste : le vent. Aus­si stu­pé­fiant que ce­la puisse pa­raître, il n'a pas été pris en compte pour les épreuves de voile, qui risquent fort de vi­rer à la farce. Les Jeux au­ront lieu du 2 au 18 août 2024. Fa­ci­le­ment ac­ces­sibles, les don­nées mé­téo de la sta­tion Mar­seille-cor­niche pour la pé­riode 2012-2017 sont élo­quentes. En août, la ville en­chaîne les jours de calme plat. La vi­tesse moyenne du vent y est de 5 noeuds (soit 9,26 km/h), au­tant dire rien. La pro­ba­bi­li­té de vent su­pé­rieur à 4 beau­forts, ce qu'on ap­pelle une « jo­lie brise », est de 12 % seule­ment. À Brest à la même pé­riode, il y a, sans sur­prise, deux à trois fois plus de vent : 9 noeuds de moyenne et 29 % de chance d'avoir du 4 beau­forts ou au-de­là. En ap­pre­nant la vic­toire de Mar­seille en 2015, le maire de La Ro­chelle, Jean-fran­çois Foun­taine, n'avait pas ca­ché sa co­lère. Par­lant en confé­rence de presse d'un « triste jour pour la voile fran­çaise », il avait dé­non­cé le « lob­bying » du pré­sident du CNOSF, le Mar­seillais De­nis Mas­se­glia, an­cien in­ter­na­tio­nal... d'avi­ron. Et Jean-fran­çois Foun­taine ne connais­sait pas en­core la touche fi­nale du dos­sier. Fin 2016, la di­rec­tion dé­par­te­men­tale des ter­ri­toires et de la mer (DDTM) a pu­blié son plan de pré­ven­tion des risques d'inon­da­tion. Il classe en zone rouge l'em­bou­chure d'un pe­tit fleuve cô­tier su­jet à des crues puis­santes : l'hu­veaune. C'est exac­te­ment à cet en­droit, entre l'es­pace Borély et le Rou­cas­blanc, qu'il est pré­vu d'éri­ger les in­fra­struc­tures olym­piques. Le 5 dé­cembre, le con­seil mu­ni­ci­pal a adop­té une dé­li­bé­ra­tion de­man­dant à la DDTM de re­voir son zo­nage, pour ne pas nuire à la can­di­da­ture de la ville ! Certes, les risques de crue pen­dant les Jeux sont qua­si­ment nuls. L'hu­veaune dé­borde à l'au­tomne ou en hi­ver. La pers­pec­tive de voir le chan­tier de la ma­ri­na olym­pique noyée sous 50 cm d'eau, en re­vanche, est bien réelle. Il suf­fi­rait d'un épi­sode ora­geux comme il y en a eu en 1978, 1999 ou 2003.

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