Des pas­seurs et des passes… Par Ra­chel Bin­has

Causeur - - Sommaire N° 50 – Octobre 2017 -

Le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Grasse, a ju­gé le 20 sep­tembre quatre pré­ve­nus dont trois Ni­gé­rians en si­tua­tion ir­ré­gu­lière, ac­cu­sés d'avoir ma­na­gé un ré­seau de pros­ti­tuées « low cost ». Rien de très ori­gi­nal, hé­las, ex­cep­té que leurs ga­gneuses étaient toutes des de­man­deuses d'asile dû­ment en­re­gis­trées. Re­cru­tées à Be­nin Ci­ty, un port du sud du Ni­gé­ria, les jeunes filles ont toutes sui­vi le cir­cuit flé­ché des mi­grants sub­sa­ha­riens : Li­bye, Lam­pe­du­sa, puis camp hu­ma­ni­taire en Ita­lie. Après quoi un pas­seur les ame­nait à leur des­ti­na­tion fi­nale : Cannes. Là, elles étaient aus­si­tôt prises en main par Flo­rence, une mère ma­que­relle nigériane, qui les pla­çait, sept nuits sur sept, sous les abri­bus de la Croi­sette.

Comme de cou­tume, les huit jeunes filles étaient contraintes de rem­bour­ser le prix du voyage, soit 20 000 eu­ros. Pour bé­ton­ner ce contrat, outre les me­naces ha­bi­tuelles contre la fa­mille en cas de dé­ser­tion, la créance avait été scel­lée au pays par la cé­ré­mo­nie dite du « ju­ju ». Un ma­ra­bout leur avait pré­le­vé che­veux, sa­live, sang et poils pu­biens avant de le mé­lan­ger à de la terre. Les pros­ti­tuées-ré­fu­giées vi­vaient en­tas­sées à huit dans un ap­par­te­ment de 40 m2, loué par le com­pa­gnon de la ma­que­relle, pro­jec­tion­niste pour le Fes­ti­val de Cannes. « Je ne sa­vais rien », a-t-il af­fir­mé aux juges ex­pli­quant qu'il se conten­tait de faire des pe­tits tra­vaux d'en­tre­tien dans le lo­ge­ment. La boîte de 288 pré­ser­va­tifs po­sée en évi­dence sur la com­mode ne l'avait pas in­ter­pel­lé…

Et parce que les passes – entre 30 et 50 eu­ros en moyenne – ne suf­fi­saient pas à Flo­rence, elle confis- quait aus­si leur ADA, l'al­lo­ca­tion pour de­man­deur d'asile ver­sée par l'état d'en­vi­ron 340 eu­ros par mois. Une somme trop faible pour Flo­rence : « De­puis que tu es en France, ils te doivent beau­coup plus ! », af­fir­mait-elle au té­lé­phone (sur écoute) à l'une des pros­ti­tuées.

L'en­quête de la PJ de Nice a été ren­due pos­sible par le cou­rage de Pa­tience, une des pros­ti­tuées, qui a pous­sé la porte d'un com­mis­sa­riat pour ra­con­ter son his­toire. C'est donc grâce aux po­li­ciers que cet es­cla­vage a pu prendre fin. Les ac­cu­sés ont éco­pé de peines al­lant de un à quatre ans de pri­son. De quoi don­ner à ré­flé­chir aux adeptes du « Po­lice par­tout, jus­tice nulle part ! » ? Et à ceux qui pré­tendent ac­cueillir toute la mi­sère du monde. •

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.