NONSENSE COM­MUN Par Ba­sile de Koch

Causeur - - Sommaire N° 50 – Octobre 2017 -

Quel rap­port entre un hip­po­po­tame dans une pis­cine, le ma­riage de Nor­man Bates et l'ana­ti­dae­pho­bie ? La ré­ponse s'im­pose : tout ça n'a pas de bon sens ! C'est même ce que j'ap­pré­cie tant chez l'écri­vain Ga­ry Lar­son, le des­si­na­teur Jean et mes chou­chous les Sparks : leur nonsense com­mun.

Mais pour être à l'avant-garde, ces gens-là n'ont pas le mo­no­pole de l'ab­surde, loin de là. Le lea­der du sec­teur est in­con­tes­ta­ble­ment l'ab­surde in­vo­lon­taire, plus cou­ram­ment ap­pe­lé « sé­rieux ». Un exemple ré­cent ? Le la­men­to mé­dia­tique una­nime et obli­ga­toire à la mort de Pierre Ber­gé, avec em­bau­me­ment ins­tan­ta­né d'un ca­davre en­core chaud. Ex­quis, non ?

UN JEAN NOR­MAL Lun­di 4 sep­tembre

Dans Le Point, j'avais re­mar­qué de­puis long­temps les des­sins si­gnés Jean, net­te­ment dé­ca­lés par rap­port au reste du ma­ga­zine, et plus gé­né­ra­le­ment à tout. Grâce à l'ami Google, j'ai pu me faire une idée de l'uni­vers de l'au­teur à tra­vers ses des­sins et même ses « livres » – qui montent en­core d'un cran dans le nonsense. Rien que les titres m'ont ra­vi d'em­blée : « Les filles sont des gens comme vous et moi », « Les Beatles font l'in­té­res­sant »… En­fin quel­qu'un de plus fê­lé que moi, si ça se trouve ! Du coup, j'ai vou­lu à tout prix ren­con­trer ce Jean-là de notre vi­vant. Pre­nant pré­texte de cette chro­nique, j'ai donc sol­li­ci­té une in­ter­view, que l'ami Jean a aus­si­tôt ac­cep­tée de bonne grâce. En dé­cou­vrant son oeuvre, j'avais ten­té en vain de de­vi­ner à quoi pou­vait bien res­sem­bler le créa­teur de ce monde même pas pa­ral­lèle. Faute d'indices, j'en étais même ar­ri­vé à me le re­pré­sen­ter va­gue­ment à l'image de ses per­son­nages. Ab­surde, n'est-ce pas ? À ce compte-là, un Pi­cas­so n'au­rait pas fait de vieux os.

Le vrai Jean est un grand type sec, hâ­lé, genre éle­vé en plein air. Et avec ça sou­riant, simple, ou­vert… « Plus fê­lé que moi » ? Tu parles… Un mo­dèle d'équi­libre, oui ! C'est bien simple : il n'y a pas plus rai­son­nable que ce vir­tuose de l'aber­ra­tion.

Face à un tel phé­no­mène, j'ai dû rem­bal­ler vi­te­ment mon ques­tion­naire ba­teau. Jean est trop mo­deste pour bien par­ler de son oeuvre ; et c'est à peine s'il connaît l'arbre gé­néa­lo­gique du nonsense, dont il oc­cupe pour­tant une branche – et dont cer­taines ra­cines re­montent, comme di­rait l'autre, à la plus haute An­ti­qui­té.

En fait d'ab­surde, notre des­si­na­teur se dit « au­to­di­dacte ». Tout juste ac­cepte-t-il de re­con­naître, sous la ques­tion, que pour lui Cha­val et Bosc sont des « maîtres ». Puis, sur sa lan­cée, voi­là que par­mi les vi­vants il cite spon­ta­né­ment Willem, van­tant à juste titre sa « sub­ti­li­té » ; en re­vanche, il se montre plus nuan­cé sur Plan­tu : « Je n'ar­rive plus à me sou­ve­nir du der­nier des­sin drôle que j'ai vu de lui. »

Pro­fes­sion­nel­le­ment, Jean dit n'avoir qu'un re­gret : ne pas maî­tri­ser l'exer­cice su­prême, où ex­cel­lait Cha­val dit-il : le des­sin sans lé­gende. Er­reur en ta fa­veur, cher Jean ! Ce­lui que nous re­pro­dui­sons ici, par exemple, pour­rait fort bien s'en pas­ser. J'ai fait le test en ca­chant le texte, et il est pro­bant !

Pour ceux qui n'ont ja­mais vu Psy­chose (et Dieu sait que c'est pas fa­cile à trou­ver !), ça ne change évi­dem­ment rien. La plu­part se montrent sen­sibles néan­moins à une cer­taine co­cas­se­rie de la si­tua­tion. Quant aux autres, ils re­con­naissent au pre­mier coup d'oeil ta Mrs Bates, avec son chi­gnon gri­son­nant et son cou­teau de bou­cher, et du même coup son grand fils Nor­man – sans vou­loir spoi­ler.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.