De guerre lasse

Nos ba­tailles, Guillaume Se­nez, en salles le 3 oc­tobre.

Causeur - - Culture & Humeurs -

Sans que ce­la soit un pro­pos dé­li­bé­ré, le film de Guillaume Se­nez vient heu­reu­se­ment se pla­cer en contre­point réus­si du dé­sas­treux En guerre, de Sté­phane Bri­zé. À bien y ré­flé­chir, tout ou presque op­pose ces deux films qui ont pour­tant en com­mun de vou­loir prendre à bras-le-corps le cli­mat so­cial hexa­go­nal avec ses fer­me­tures d’usine, ses ré­duc­tions d’ef­fec­tifs sau­vages et son « ma­na­ge­ment » mé­pri­sant. Mais quand Bri­zé nous im­pose Vincent Lin­don ver­sion « Ch­rist aux ou­trages », en­tou­ré d’une foule d’ac­teurs non pro­fes­sion­nels (c’est Jé­sus et le club théâtre lo­cal), Se­nez prend le par­ti de la fic­tion en confiant à un im­pec­cable et si­dé­rant Ro­main Du­ris le rôle de L’OS en co­lère dans son usine et en ga­lère dans sa fa­mille. Là où Bri­zé ne re­cule de­vant au­cune ou­trance pour s’as­su­rer de son flanc gauche, Se­nez consi­dère la réa­li­té sous ses jours mé­lan­gés et ne fait pas de son film un ba­nal tract syn­di­cal ou le cou­plet d’une chan­son d’un Dé­rou­lède qui se­rait de­ve­nu mar­xiste. Chez le pre­mier, on filme un sui­cide « en di­rect », sous le cou­vert fa­cile du té­lé­phone mo­bile, de­ve­nu la tarte à la crème et l’ali­bi par­fait des fai­seurs d’image qui ne… ré­flé­chissent pas. Chez le se­cond, on ne montre pas le sui­cide, on l’évoque, bref, on ne filme pas tout, tout le temps et n’im­porte com­ment. Nos ba­tailles mêle avec bon­heur le très in­time et le très col­lec­tif. En ce sens, il fait oeuvre utile, c’est aus­si ce qu’on peut at­tendre d’un film dès lors qu’il traite ses spec­ta­teurs en adultes. •

Nos ba­tailles, de Guillaume Se­nez.

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