La guerre du goût est dé­cla­rée

Causeur - - Brèves - Par Fran­çois-xa­vier Aja­von

L’hu­main passe un temps consi­dé­rable à table. C’est même l’une de ses prin­ci­pales ac­ti­vi­tés, avec le som­meil, loin de­vant la lec­ture de livres ou la fa­bri­ca­tion de tro­phées de chasse. Dans les grandes villes, on a ten­dance à ba­di­ner avec la nour­ri­ture. On bâ­tit des « bars à cé­réales », des « bars à ta­cos », on s’ag­glu­tine der­rière des « food-trucks » ser­vant une « world cui­sine » sans glu­ten, on se nour­rit comme des cos­mo­nautes so­vié­tiques. Dans la France pro­fonde, c’est une autre his­toire. Il en va en­core de la sur­vie. À l’oc­ca­sion de l’oc­to­bière, fes­ti­val dé­dié aux bières ar­ti­sa­nales, la pre­mière bière au cas­sou­let a été pré­sen­tée. Le breu­vage a été réa­li­sé avec les in­gré­dients tra­di­tion­nels de ce plat en­ra­ci­né. Son pro­mo­teur en dé­crit le goût à nos confrères de La Dé­pêche du Mi­di : « Au nez on a bien l’arôme du cas­sou­let et, en bouche, le cô­té soyeux du ha­ri­cot, de même que le goût de la viande. » L’am­bas­sa­deur de la Grande Con­fré­rie du cas­sou­let est du­bi­ta­tif. La crise couve à Cas­tel­nau­da­ry. À Rians, en Pro­vence, on a cé­lé­bré re­li­gieu­se­ment la courge. L’es­pace d’un week-end, en oc­tobre, la courge était par­tout, dans les rues et dans les têtes. On a élu so­len­nel­le­ment la courge la plus lourde et la plus in­so­lite ; et on a pré­sen­té mille ob­jets usuels fa­bri­qués à par­tir de courges. D’autre part, à l’oc­ca­sion de la « Jour­née de l’oeuf » le monde en­tier a dé­cou­vert la croi­sade de l’as­so­cia­tion de sau­ve­garde de l’oeuf mayo (ASOM). Comme l’avait bien an­ti­ci­pé Be­noît Du­teurtre dans Le Re­tour du Gé­né­ral, l’oeuf mayo se­rait en dan­ger. On ne le man­ge­rait guère plus en de­hors des can­tines sco­laires et ré­fec­toires d’en­tre­prises. « L’oeuf c’est bon, et la mayo c’est la vie », jus­ti­fie l’un des afi­cio­na­dos de ce plat. Le temps passe, les oeufs durent. En­fin, Le Pro­grès nous si­gnale que des me­lons se sont mis à pous­ser sur une tombe au ci­me­tière de Bron. Le mys­tère n’est pas éclair­ci ; on ne sait pas si c’est le dé­funt lui-même qui au­rait la main verte. La bouffe, c’est à la vie à la mort… •

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