Lui seul ?

Connaissance de la Chasse - - Èdito - Fran­çois-Xa­vier Al­lon­neau fx.al­lon­neau@edi­tions-la­ri­viere.fr

De toute évi­dence, il s’im­pose. Qui, quoi ? Le dis­cours sur la mé­téo, par­di. Le prin­temps et le dé­but de l’été 2016 au­ront été par­ti­cu­liè­re­ment plu­vieux, of­frant avec gé­né­ro­si­té crues et inon­da­tions dans nombre de ré­gions. Outre les drames hu­mains, les dé­gâts ma­té­riaux, la faune sau­vage a éga­le­ment été at­teinte. Pour ce qui est du pe­tit gi­bier, nids et ter­riers, pous­sins et jeunes au­ront été lo­ca­le­ment plus ou moins dé­ci­més. Dans cer­tains sec­teurs, le chas­seur s’in­ter­ro­ge­ra sur la per­ti­nence de chas­ser ou non per­drix et fai­sans sau­vages, la­pins voire lièvres. Après avoir concoc­té un été 2015 des plus chauds, cette fois-ci le ciel au­ra op­té pour le mode di­lu­vien meur­trier. Et pour­tant… Et pour­tant nous avons tant be­soin de pe­tit gi­bier, socle de la chasse tra­di­tion­nelle fran­çaise. Mais en­core, porte d’en­trée de notre uni­vers pour de nom­breux nou­veaux chas­seurs. Lors du Game Fair de La­motte-Beu­vron en juin der­nier, un tech­ni­cien char­gé d’or­ga­ni­ser la for­ma­tion à l’exa­men du per­mis de chas­ser au sein d’une Fdc du Centre nous ré­vèle que le can­di­dat-type en­tend chas­ser : - du pe­tit gi­bier ; - na­tu­rel ; - en quan­ti­té « nor­male » ; - avec un chien. Notre homme d’ajou­ter que « c’est nous, chas­seurs aguer­ris, qui sommes sen­sibles au ta­bleau, au score. Ce qui n’est pas le cas du nou­veau por­teur de per­mis. Il re­cherche un ins­tant de na­ture, simple, au­then­tique. Comme nos pères. »

Dans les al­lées du même sa­lon, un ar­mu­rier ex­pé­ri­men­té et fin ob­ser­va­teur par­tage ses ré­flexions. « Fi­na­le­ment le grand gi­bier, le san­glier sur­tout, per­mit à la fi­lière cy­né­gé­tique tout en­tière de bé­né­fi­cier de plu­sieurs dé­cen­nies de bonnes an­nées. La dé­cou­verte et la pra­tique de la chasse du grand gi­bier a amoin­dri la chute du nombre de per­mis, et a ali­men­té l’éco­no­mie de la chasse. Néan­moins le tout grand gi­bier, le tout san­glier, com­mence à mar­quer le pas. Les jeunes chas­seurs n’ap­pré­cient pas for­cé­ment de res­ter des heures du­rant au poste, et même les vieux chas­seurs s’en lassent. Au­jourd’hui, ma jour­née idéale, c’est bat­tue de grand gi­bier le ma­tin, pe­tit gi­bier l’après-mi­di, pas­sée le soir. En­fin, soyons lu­cides, dans cer­taines ré­gions la fo­ca­li­sa­tion sur le grand gi­bier a ren­du la chasse plus chère, moins ac­ces­sible, moins po­pu­laire. N’avons-nous pas hy­po­thé­qué l’ave­nir pour trois dé­cen­nies de tran­quilli­té ? »

Comment or­ga­ni­ser le re­tour du pe­tit gi­bier alors que ses ter­ri­toires lui sont sou­vent de­ve­nus hos­tiles ? Que faire dans des es­paces re­mem­brés, sou­mis à la mé­ca­ni­sa­tion et aux trai­te­ments chi­miques, où abondent les pré­da­teurs ai­lés et ter­restres ? Le pa­ri n’est pas ga­gné, néan­moins cer­tains ne s’avouent pas vain­cus. Ain­si le ver­tueux ré­seau Agri­faune (qui réunit Oncfs, Fnc, Chambres d’agri­cul­ture et Fn­sea) fête ses 10 ans, et af­fiche plus de 400 ex­ploi­ta­tions agri­coles mo­dèles où est pra­ti­quée une agri­cul­ture du­rable. 400 ex­ploi­ta­tions sur 514800 (Dom in­clus). Moins d’1 pour 1000… Ci­tons les tout au­tant res­pec­tables Hon­neurs de la Chasse Laurent-Per­rier/Grou­pa­ma. Pour leur 35e édi­tion, le prix a re­te­nu le Grou­pe­ment d’in­té­rêt agro-syl­vo-cy­né­gé­tique Beauce-Gâ­tine (nord du Loir-et-Cher) pour son ac­tion en fa­veur du gi­bier na­tu­rel (fai­san, che­vreuil…) et d’une chasse ou­verte sur les autres. Pour ce faire, ce Giasc ras­semble 17 com­munes, 48 ter­ri­toires, soit 21000 hec­tares et 450 chas­seurs. Exem­plaire. Et puis, le 22 juin der­nier, des dé­pu­tés du groupe chasse ont par­ti­ci­pé au vote pour la sup­pres­sion des néo­ni­co­ti­noïdes – in­sec­ti­cides agri­coles tueurs d’abeille – d’ici 2020. La Fnc se fé­li­cite de ce vote au nom du com­bat pour la pré­ser­va­tion du pe­tit gi­bier. Une pre­mière [lire p. 23]. Long­temps, le la­pin consti­tua le fonds de la chasse fran­çaise. Pour­ra-t-il un jour re­poin­ter ses oreilles ? Ou de­meu­re­ra-t-il à ja­mais hon­ni par l’agri­cul­teur comme par le fo­res­tier ? En at­ten­dant, un nou­veau vi­rus – concer­nant aus­si le lièvre – se charge de li­mi­ter ses po­pu­la­tions : le Rhdv2 [lire p. 32]. Le re­tour du pe­tit gi­bier n’est pas une si­né­cure. Mais il condi­tionne une grande par­tie de notre ave­nir. Bonne lecture à toutes et à tous.

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