Je suis l’in­verse d’une gee­kette. Quand on me dit ta­blette, je pense : cho­co­lat. Mais ma li­seuse, c’est pas pa­reil.

Cosmopolitan (France) - - Moi Et... - Par So­phie Hé­naff

ci­pli­née, y a plus qu’à re­gar­der. Cer­tains dé­tails conti­nuent néan­moins de me per­tur­ber, no­tam­ment l’ab­sence de re­père concret. Sur un livre, s’il me reste une ving­taine de pages, je le vois, mon cer­veau en­re­gistre au­to­ma­ti­que­ment « bien­tôt, le cou­pable ». Là, les cons­truc­teurs ont in­té­gré un sys­tème de sta­tis­tiques, mais ça ne rem­place pas l’épais­seur. Autre dé­tail : la douche ac­ci­den­telle. Sur un poche, je me dé­sole pour les 7,50 eu­ros, sur une li­seuse, je me gifle. L’ap­pa­reil to­lère mal l’eau, le sable, le mo­noï, tout ce qui en­va­his­sait d’or­di­naire mon ro­man et lui conser­vait un par­fum d’été. C’est pénible, je vais de­voir me pri­ver de plage. Mais le pire, c’est de de­voir trom­per mon li­braire.

Mon li­braire ado­ré, comment faire ?

Avant, j’en­trais, je di­sais : « Bon­jour mon­sieur le li­braire, moi j’aime Var­gas et Oli­vier Gay, je vou­drais un po­lar bien écrit où on ne tor­ture ni les femmes ni les en­fants – les hommes peuvent mor­fler, ça ne me dé­range pas. » Là mon li­braire me sor­tait Jef­frey Co­hen et j’étais contente. Main­te­nant, au lieu de ça, le site Ko­bo me re­com­mande à moi tout per­son­nel­le­ment le der­nier Mus­so­pan­co­lof­grey. Fran­che­ment, je n’ai rien contre Mus­so­pan­co­lof­grey, par­fois même je l’ap­pré­cie, mais j’ai pas non plus une tête de gon­dole. Aus­si, afin de pré­ser­ver à la fois mon confort mo­ral, les bonnes trou­vailles des pro­fes­sion­nels et le juste pro­grès, j’ai ré­flé­chi. Et je pro­pose qu’on adopte un sys­tème de code ou de borne dans les bou­tiques. Ain­si mon li­braire me vend à son comp­toir à lui, avec ses avis pré­cieux et sa lé­gi­time com­mis­sion, le livre vir­tuel que j’entre dans ma li­seuse. Très chouette mon idée, je trouve. Alors amis geeks, li­braires et dé­ci­deurs, lan­cez- vous : je veux conser­ver mon dea­ler du coin, sans me sé­pa­rer de ma li­seuse. Parce que c’est trop tard main­te­nant, on s’aime.

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